LES R]£V0LUTI0NS D^ESPAGNIC ET DU PORTUGAL
versé après bien des revers. Les Bourbons quittèrent l'Espagne et les loges s'ouvrirent au grand jour. C'est la troisième période de la Maçon* nerie espagnole.
« Nos lecteurs auront remarqué, sans doute, qu'aucune différence essentielle n'existe entre les deux périodes que nous venons d'esquisser, puisqu'elles ont eu évidemment les mômes préoccupations, les mêmes tendances. Cependant, un point intéressant, la discipline intérieure des loges, a différé complètement dans les deux époques. Pendant le règne de don Fernando, c'est-à-dire durant la première période, les loges fonctionnaient sous une discipline de fer. On n'acceptait personne sans avoir pris les renseignements les plus rigoureux. On ne faisait une ini« Uation qu'après avoir soumis le candidat à toutes les épreuves. On n'ouvrait une tenue que lorsqu'on s'était soigneusement assuré que les travaux seraient à couvert de toute surprise et de toute trahison. Il est aisé de comprendre les motifs de cette prudence extrême. Une négligence aurait pu coûter la vie à une centaine et peut-être à un millier d'hon* notes gens. Pendant la deuxième époque de 1844 à 1868, ce fut tout autre chose ; on prit beaucoup moins de précautions, parce que la persécution avait faibli et que la prudence était moins nécessaire. Pour les réceptions on s'en tenait facilement à la parole d'un ou de deux frères, et les initiations se faisaient presque sans cérémonies. Toutefois il faut remarquer que de 1846 à 1854 les loges étaient d'un accès plus difficile ; mais de 1856 à 1868 c'est à peine s'il y eut des log^s dans l'acception rigoureuse du mot, car, bien qu'il y eût des dignitaires cens* tituant le cadre d'un Grand-Orient, les frères travaillaient généralement sans se constituer. Il est bon de remarquer encore que, dans ces derniers temps, les hauts rangs de notre association comptaient bon nombre d'hommes appartenant au parti libéral et progressiste ; tandis que la plus grande partie des maçons possédant les premiers degrés se rattachaient au parti démocratique. Les premiers étaient de vieux ma« çons ayant appartenu aux loges au temps des grandes persécutions ; les seconds étaient des nouveaux venus. Telle était la situation^de la Maçonnerie espagnole au moment de la révolution de septembre.]
c A l'époque où nous sommes arrivés, les loges se multiplièrent rapidement. Madrid, Cadix, Barcelonne, Valence, Barragosse, Malaga, Séville, Yalladolid et d'autres villes prirent une part active et glorieuse aux travaux maçonniques. Maïs il y avait au fond de cette situation, si satisfaisante en apparence, au sein de ce progrès même, un malaise sensible provoqué par une lutte sourde entre les anciens et les nouveaux maçons. D'un autre c6té, habitués à tirer de la Maçonnerie des ressources pour leux's projets, tous les partis voulaient s'emparer de la direction des loges. Leurs efforts troublaient profondément l'association et faisaient naître de continuels orages au sein de notre grande fa-
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mille. En vain, les bons esprits cherchaient^ls à bannir la politiqpa des ateliers maçonniques, il leur était impossible de faire entendre raison à ceux qui avaient pris la malheureuse habitude de mettre Vîdb^ titution au service des intérêts de leur parti. On connaît la fin de ces mésintelligences. La Maçonnerie espagnole se divisa en deox grandes fractions : le groupe de ceux qui croyaient nécessaire aux intérêts généraux d'associer les loges aux agitations de la politique, et le groupe de ceux qui entendaient placer la sphère d'action delà Maçonnerie dans des régions plus calmes. Cette scission déplorable affecta vivement lea vrais maçons, qui firent les démarches les plusactives pour concilier, lea jdeux partis et les amener à se reconnaître mutuellement et à se prêter aide et secours. Mais le Frère Ruiz^Zorrilla, grand maître d'an* dee groupes, ayant renoncé à la Grande-Maîtrise afurès l'abdication dn roi Amédée, les projets de conciliation furent abandonnés. Bien loin d'y donner suite, les loges qui avaient eu à leur tête le frère Rniz-Zorrilla élirent pour grand maître, le frère Juan de la Somera, maçon plein d'ardeur, dont tout le zèle semble se borner à ramener par la force la Maçonnerie espagnole à l'unité, et qui n'hésite pas à lancer l'exoommn* nication contre les loges qui refusent de travailler sous son obédienos. Nous espérons vivement que cette tentative violente, qui ne saurait aboutir à un résultat sérieux, se ralentira promptement. Il n'est plus temps pour les maçons espagnols de se faire la guerre et de s'entredé* chirer. L'heure de s'upir et de se réconcilier est venue.
c Nous avions la pensée de nous arrêter ici ; mais il nous a semblé que l'esquisse ne serait pas complète et qu'il manquerait à ces indica« tiens historiques l'idée de la lutte que la Maçonnerie espagnole a sou* tenue contre le fanatisme clérical. Cette lutte a été vive dans les premiers et dans les derniers temps, elle a été presque nulle dai^s la pé« riode moyenne. Dans les premiers temps elle était terrible et san« glante, parce que nos ennemis étaient puissants contre l'ordre» tandis que dans les derniers temps elle était sans conséquences graves, parce qa'iisjitaient impuissants.
A la suite de Tinsertion de cette note dans le MoruUmaçcmniqm, le Grand-Orient d'Espagne a adressé â ce journal une notice plue étendue qui a paru dans les n<^ de juin et de septembre 1875 et dont voici les principaux passages :
Elle débute par quelques détails sur la destruction des archives du Grand-Orient. Quelques noms sont intéressants û. relever aa passage :
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c L'ancien maçon Narvae8> autrefois trè8««élé, arriva au pouvoir, et exerçant la dictature, poursuivant ou déportant ses anciens frères, il laissa ses agents conunettre une indignité, qui aurait ùù, répugner à son caractère. Le secrétaire sortant du Grand-Orient fut gagné, et on découvrit le lieu où les archives étaient cachées. Ge secrétaire était un prêtre ; et il est fort singulier que les deux grandes dénonciations contre la Ma^ çonnerie espagnole, celle du milieu du siècle passé, et celle du milieu de ce siècle, aient été faites par des prêtres^ en apparence très-zélés maçons.
4 Le grand-maître actuel venait d'être élu, en décembre 1847. Il succédait au grand-maftre démissionnaire Tinfant don François, grand* père du roi don Alphonse. Le lieutenant frère Couder (Nephtali} et le secrétaire Jean Gruz communiquaient par planche, qu'on a autographiée et que le frère Gaubet a dans son pouvoir, les élections nouvelles. 8oit dépit du frère Gruz, de ne pas avoir été réélu, soit aussi d'autres motifs plus criminels, il se proposa de vendre ses frères, et commença sous divers prétextes à retarder la délivrance de son office au nouvel élu. Le grand-maitre adjoint frère Pinella, trompé dans sa confiance, lui laissa le temps d'accomplir son acte de trahison. Sur ces entrefaites, le contrecoup de la révolution de février 1848 se fit sentir en Espagne. Le gouvernement prit toutes sortes de mesures violentes. Le frère Pinella, craignant la saisie des papiers, les porta^ aidé du frère Gruz, dans une cachette connue d'eux seuls. Mais dans la nuit l'idée .vint à Pinella que les papiers n'étaient pas là dans un lieu sur ; il se leva de grand matin, fit transporter les sceaux et les papiers les plus intéressants et ne laissa que quelques papiers inutiles pour le cas où la police se disposerait à forcer la maison.
c Peu de temps après, le frère Gruz accourait hors d'haleine chez Pinella lui annoncer que la police avait découvert le lieu de la cachette ; qu'il n'y avait pas moyen de sauver les papiers ; mais qu'étant compromis ainsi que Pinella et tous les frères d'Espagne, il n'avait qu'à se cacher, en tâchant d'avertir ceux qu'on pourrait rencontrer. Pinella trèscalme demanda à Gruz conunent il avait su qu'on avait pris les papiers ; il donna dans son trouble des explications très-confuses ; alors le frère Pinella lui déclara qu'il devait se rassurer; qu'on l'avait trompé et que personne n'était compromis. Ajoutons que le sort du frère Gruz fut trèsmalheureux ; rongé sans doute par les remords et par la conscience du mépris public, il eut une mort prématurée.
c Les premières traces qu'on trouve de la Maçonnerie en Espagne sont celles de la propagande faite par la Maçonnerie anglaise reformée en 1717 en Angleterre sous le nom de philosophique. Ge nom et celui d'accepté, qu'on ne comprend généralementpas, procèdent des affiliations qui se faisaient, nous l'avons dit, dans la confrérie des maçons comme
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dans d'autres professions ot métiers, en admettant des membres qui n'étaient pas de la profession. On les appelait acceptés, Genz-ci en 1717 firent de la confrérie maçonnique un symbolisme philosophique dani lequel tous les hommes étaient frères.
« Eh bien, dans une session trimestrielle de cette réunion de frères, au lieu appelé Groum Tavern, près de la Bourse de Londres, le mer* credi 17 avril 1728, le délégué du Grand Orient communiqua une lettre de quelques maçons de Madrid et autres parties de l'Espagne, en disant qu'on avait profité de la présence du duc de Wharton pour fonder une loge appelée Matritense, à la rue ancha de San Bemardo ; on se réunissait le premier dimanche de chaque mois. La date de la lettre est le 15 janvier de 1728 et est inscrite par Philippe, duc de Wharton, délégué du grand-maître, Charles de Labelye, vénérable, Richardi, premier dgilant, Thomas Hasson, deuxième (pro tempore, pour temps) Eldnage, Diusdale ;rAndré Hâlluy, etc., etc.
« Par conséquent, le premier fait authentique sur la Maçonnerie es* pagnole, constaté par des documents encore existants à Madrid et à Londres, démontre que l'institution commença, comme en France, par délégation du grand-maître anglais, et qu'un français fut le premier vénérable.
La notice du Grand-Orient fait ensuite l'histoire de l'ordre en Espagne :
« L'introduction du rite écossais en Espagne est due an comte de Tilly, parent du fondateur du rite de France.
« Il n'est pas nécessaire de rappeler ici les origines au rite écossais ancien accepté, ni d'examiner la valeur de ces mots : Écossais /meien et accepté. Il y a peu de personnes connaissant l'histoire de la Franc- ma^ çonnerie qui n'aient pu apprécier les sérieux motifs que l'on peut avoir de contester à ce rite ses trois qualificatifs. Quant à l'ancienneté, on connaît l'histoire de propagandistes de Bordeaux, et la patente de l'ad* joint au grand maître de France dans la seconde moitié du siècle passé ; on connaît la régularisation du rite à Gharlestown, son introduction en France au commencement de ce siècle par le comte de Grasse«Tilly ; et son introduction plus tard en Ecosse, où depuis le XIP siècle il y avait des traces d'une Maçonnerie, dans laquelle, durant de longues années, une maison de haute noblesse occupa, de père en fils, la Grande- Maîtrise. Par conséquent, le rite écossais que nous connaissons, et qui n'a aucune parenté avec l'ancienne Maçonnerie d'Ecosse, est beaucoup moins an^ cien que la Franc-maçonnerie pratiquée en Espagne et moins écossais que cette Maçonnerie, fille de la Maçonnerie anglaise, laquelle était sœur de l'ancienne Maçonnerie écossaise. Quant au titre : accepté, nous atons expliqué déjà sa signification ; on rappliquait dans les confirérîsa
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d'art et d'offices aux agrégés qui n'étaient pas de la profession. Ainsi il n'y a aucun motif de l'appliquer au rite de Gharlôstown importé en Europe par le frère de Grasse-Tilly, qui ne fut jamais un membre de la confrérie des ouvriers maçons au sens matériel de ce mot. L'apparition de ce rite fut une simple évolution de la Maçonnerie philosophique.
c On trouvera peut-être que ce que nous disons ici est une digression inutile et même inconvenante ; mais notre premier devoir comme franc* maçon est de dire la vérité, môme quand cette vérité peut tourner contre nous-méme.
« D'ailleurs le rite écossais peut bien se passer de subterfuge, car le fond de son institution est une évolution importante dans l'histoire de la Maçonnerie.
c Ainsi que nous l'avons indiqué, son introduction en Espagne eut lieu peu après son apparition en France, par suite de la parenté du comte de Grasse-Tilly et du comte espagnol de Tilly.
c Ce dernier personnage était un Guxman, appartenant par conséquent aux plus anciennes familles, mais jouissant d'une fortune assez médiocre, et d'un génie qui le poussait vers les aventures. Il était proche parent de ce Guzman, qui joua un rôle considérable pendant la grande révolution de 1792. Après avoir parcouru l'Europe sans trop réussir dans ses entreprises, le comte de Tilly revient en Espagne avec une autorisation de son parent, le comte de Grasse-Tilly, pour propager le nouveau rite. Il essaya d'abord à Séville, et il profita de son séjour dans la péninsule pour faire triompher le mouvement de mai 1808 contre l'invasion de Napoléon* Connaissant les mouvements populaires par l'apprentissage qu'il en fait en France, il sut les dominer et les di* riger à l'ombre d'un ancien ministre, appelé Saavedra, fait par lui président de la Junta, (comité) dont il était l'âme. Il fallait vaincre ses rivaux et hâter les préparatifs de campagne, car les français avançaient vers l'Andalousie. Il déploya de remarquables talents d'organisation, de ruse, d'énergie pour écraser ses compétiteurs. Il réunit dans un mois quarante mille hommes, assez mal armés, il est vrai, mais qui formèrent à Baylen le grand réseau qui paralysa Dupont, lorsqu'il fut attaqué par les vétérans de Reding et Gastanos, dont Tilly avait décidé les longues incertitudes. Sous la modeste charge de commissaire de l'armée, délégué par la Junta, Tilly fut le directeur de l'entreprise, la tête de la combinaison, et dans cette qualité rédigea la capitulation de Baylen.
c Napoléon qualifia très-durement la conduite de ceux qui avaient été les victimes de sa manie d'ordonner tout de Paris, sans connaître cette gorge de la Sierra Morena, où toute armée qui s'y aventure quand le pays est soulevé, surtout en été, ne peut manquer de mourrirde soif. 00 d'être passée au fil de Tépée.
a Si Napoléon avait su que rhomme qui commandait au camp ennemi était le chef des maçons espagnols du nouveau rite, dont son frère Joseph était alors en France le grand maître, et qui comptaient sans doute un grand nombre d'adeptes dans les divisions qui venaient de capituler, il n*aurait pas manqué, avec son caractère léger et soupçonneux d'attribuer à la trahison la défaite de ses armées, quand il n'aurait fallu voir dans cette coïncidence que des raisons pour adoudr les rigueurs de la guerre et pour soulager l'infortune.
c Tilly, à la suite de ses succès^ fut nommé un des deux représentants du comité de 8éville au gouvernement central, qui sUnstalla à Âranjuez le 21 septembre 1808. Le môme jour, il était au conseil suprême de la Maçonnerie écossaise, dont firent partie les membres libéraux du gouvernement, parmi lesquels nous avons connu le grand poëte Quintana, qui a transmis fidèlement à notre génération les év^ nements du temps.
« Il se produisit alors une de ces anomalies qu'on appelle casas d'Etpana. Le rite écossais qui introduisit les hauts degrés fut le rite de ceux qui tendaient vers la démocratie^ pendant que la Maçonnerie des trois grades fut, au moins en ce qui touche son grand maître, le défenseur de l'aristocratie et de l'absolutisme.
a Pendant que Tilly mourait dans une prison^ victime de la liberté, Montijo vouait aux libéraux triomphants depuis 1810 jusqu'à 1814 uno haine implacable. Au retour du roi Ferdinand, après la chute de Napoléon, dans deux conseils où le roi mit sur le tapis la question de savoir s'il fallait proclamer la Constitution ou rétablir Tabsolutisme, Montijo se répara de ses confrères de la grande noblesse qui voulaient la Constitution de la souveraineté nationale ou au moins une charte octroyée pendant que les conseillers sortis du peuple (une autre anomalie) demandaient l'entier rétablissement de l'ancien régime.
« Montijo fit plus. Quand Ferdinand emprisonna et voulut faire exécuter les députés qui lui avaient donné sa couronne, Montijo tâcha do donner à la restauration un semblant de popularité en ameutant les bas quartiers de Madrid, en se souillant jusqu*à donner le mot d'ordre aux énergumènes, autour de la prison, dont on faillit forcer les portes pour massacrer les libéraux.
c Mais doué d'un caractère léger et mobile, il changea de conduite trois ans après. Étant à Grenade, comme capitaine-général du roi Ferdinand, il protéga les maçons des deux rites, et amena le rite qu'il dirigeait à s'unir avec le rite écossais, qui après la mort de Tilly avait été dirigé par Yadillo et Yellesa, ministres aptes et honnêtes, mais sans notoriété. Pour consacrer l'union, on créa une Chambre des rites sous la direction de Montijo.
c Depuis lors, et pendant six ans, l'histoire de la Maçonnerie est
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rhistoire d'Espagne. Elle lutta contre le pouvoir absolu de Ferdinand et prit part au mouvement de 1820, qui rétablit la constitution de Tan 12 et qui s'étendit en Portugal et en Italie, et fut près de devancer 1830 en France. Mais Montijo s'était séparé auparavant du mouvement des loges dirigées plutôt par les chefs du rite écossais, lequel avait triomphé en la pratique. Mû par des préjugés ou des calculs aristocra« tiques, autant que le comportait sa nature changante, il se tint à l'écart et à la fin, en 1821, il cessa ses fonctions de Grand Maître et fut remplacé par le général Rîégo, le chef du mouvement de 1820.
c Riégo était un beau caractère, quoique excentrique ; encore au« jourd'hui, pour vanter le libéralisme, on dit : Plus libéral que Riégo. Sous sa grande maîtrise (encore une anomalie], comme homme politi* que, il était plutôt le chef des démocrates ou des exaltés, mais affilié dans la Maçonnerie avec tous les hommes distingués d'Espagne par la naissance, la richesse, le talent ou le service, il se trouvait séparé des plus avancés, qui avaient formé une société démocratique, sous le nom de Comuneros. Ainsi Riégo se vit presque toujours tiraillé entre les égards dus à ses distingués confrères et les acclamations des masses de la société rivale.
c On sait la triste fin de cette étape libérale de TEspagne. La Sainte« Alliance, menacée par un mouvement qui s'était propagé en Italie et qui menaçait de se propager en France, se hâta de l'étoulTer à Naplos et en 8ardaigne et de distraire l'esprit révolutionnaire par l'esprit militaire.
c La Maçonnerie ayant été accusée d'avoir contribué à la révolution de 1820, on ne se demanda pas après 1823 si elle se réunissait innocemment ou pour conspirer, on la tint pour rebelle. En 1825, on dénonça la réunion d'une loge à Grenade, et, quoiqu'il n'y eût rien à reprocher à ses membres sinon d'avoir été trouvés porteurs d'un tablier, on les fit jeter en prison, on les jugea rapidement et on en exécuta sept.
c Jusqu^à l'année 1828, où les soulèvements des fanatiques royalistes et cléricaux firent connaître à Ferdinand qu'il y avait, parmi ses anciens partisans, des hommes qui l'appellaient maçon pour n'avoir pas voulu rétablir l'Inquisition, et qui voulaient le remplacer par son frère, l'esprit de peroécution ne cessa point de s'étaler dans toutes ses horreurs. L'impossibilité d'organiser la Maçonnerie continua ; seulement on put conserver le feu sacré par les soins du duc de San Lorenzo et de quelques amis du- Souverain chapitre, aidés en cela par de hauts fonctionnaires de Ferdinand qui avalent appartenu à la Franc-maçonnerie, Ainsi, il arriva, qu'exilé de Madrid, San Lorenzo passa par Valence, où l'homme investi de la plus haute autorité, par un heureux hasard, reconnut en lui un frère et le fit rester dans cette villOi l'entourant de toute espèce d'égards et de protection.
c Après la défaite des carlistes en 1828, an esprit relativement libéral régna autour de Ferdinand ; les anciens maçons, parmi lesquels plusieurs appartenaient à la haute noblesse, et avaient leur entrée an palais commencèrent à former un noyau du parti libéral en opposition au parti absolutiste.
c Et comme il ne manque jamais dans les monarchies un membre de la famille royale pour patronner un parti en opposition, à don Gatlos et à sa femme portugaise, il y eut le frère cadet, don François et sa femme, de la maison de Naples, qui patronnèrent le libéralisme. Cette phase fut aussi une ère nouvelle pour la Maçonnerie.
Les révélations dans lesquelles le Grand-Orient espagnol se lançait ont sans doute paru compromettantes, car le Monde ma" çonnique n*a jamais publié la suite de cette notice. Mais on peut voir que dans ses grands traits elle confirmait la première communication qui révèle toute la part prise par la Maçonnerie aux révolutions de TEspagne contemporaine. La plupart des prommciamientos ont eu pour point d*appui quelqu'une des fractions entre lesquelles les loges se divisaient.
Les mêmes divisions continuent actuellement dans la Maçonnerie espagnole et présagent de nouvelles révolutions (v. une lettre du F.'. Ferez dans le Free-Mason du 14 août 1880). Le document émané du Grand-Orient présidé par le F.'. Sagasta, qui représente le parti gouvernemental dans la Maçonnerie de ce pays, document publié â la fin du tome I"*, indique assez l'esprit anti-chrétien de la dernière révolution de ce pays que nous avons signalé (liv. II, chap. XII, § 3, note).