EN
Les querelles des opportunistes et des intransigeants viennent do mettre au jour des documents, qui montrent combien étroites éUiienl les relations secrètes do Thiers avec Gambetta à l'époque où, dans ses discours publics, il le traitait de fou furieux.
Au mois de juillet 1871, Rocbiefort, sur les conseils de son avocat, Albert Joly, écrivait à Gambetta une lettre où il lui demandait d'intervenir en sa faveur et où on lit textuellement ce passage : « Vous devez avoir^ mon cher ami, une influence très sé^ rieuse sur M. Thiers, oblige qu'il est db compter avec vous plus qu'avec pbbsonnb. >
Rochefort ayant cherché À jeter de l'équivoque sur les circOns* tances dans lesquelles cette lettre avait été écrite, Gambetta a fait répondre par la note suivante publiée dans la RijnU>lique fran» çaise du 15 décembre 1880 :
c En réponse aux interrogations de plnsieurs journaux, nous som* mes autorisés à déclarer que la lettre de M. Henri Rochefort, publiée par le Voltaire, a été remise à M. Gambetta, rue Montaigne, 12, à la fin de juillet 187i, par M. Albert Joly. M. Gambetta fit immé* diatement auprès de M. Thiers la démarche qui lui était demandée par M. Rochefort. »
Rochefort avait grandement raison de compter sur la situation où Thiers se trouvait vis-â-vis de Gambetta. Thiers, docile à la demande qui lui était faite, pesa de toute son influence sur là commission des grâces pour sauver la tête de Rochefort et le suivit de ses bontés jusque dans la Nouvelle-Calédonie.
Dans toutes les lettres publiées â cotte occasion par Rochefort il faut encore relever l'assertion suivante :
« De tous côtés — qu'on lise les journaux du temps -* on répétait
que M. Gambette était le véritable chef de la Commane, qu'il dirigeait par Tentremise de M. Ranc, et on parlait de les appréhender tous deux.»
Ce qui ressort avec évidence pour l& lecteur de toute cette polémique, c'est que les quatre personnages qui y sont nommés étaient à cette époque en partie liée ou au moins négociaient secrètement les uns avec les autres.
Document K
LA FrâNG-MAGONNERIB EN RuSSIE ET EN POLOGNE. l'insurrection de 1830 et la révolution de JUILLEI.
LES origines ou NIHILISME.
La malheureuse Pologne a été, comme nation catholique, la première victime du grand complot ourdi par les sectes contre rËglise et l'ordre social chrétien. D'autre part, la Russie est depuis plusieurs années le théâtre de la lutte décisive entre toutes. Ces considérations donnent im grand intérêt à Tétude de la Maçonnerie dans ces deux pays. Nous en empruntons les éléments À un travail très autorisé de M. Georgios Michalof publié à Leipsig et à Âmberg en 1877, sous ce titre : Die geheime Werk^tœte der Polnischen Erhebung von 1830 mil StreiflicMem auf Russland und Frankreich.
La Franc-maçonnerie en Rmsie. — Dès les premières années du règne de Catherine II, les loges étaient fort multipliées dans la haute société russe, et Saint-Martin y propagea ses doctrines par rintermédiaire du comte polonais Grabianka et de Tamiral russe Pleschtschejev. L'historien polonais franc-maçon Valerien Kransisky, dans son Histoire religieuse des peuples slaves (Paris 1853), raconte comment St-Martin vit dans les loges russes un champ très vaste ouvert pour la propagande de ses idées. A Moscou fut établie une société typographique^ qui, avec les œuvres de Jacob Boehme, d'Arndt et de Spene, publiait tous les manuscrits et toutes les traductions des ouvrages français empreints de la reli" giosité morale delà secte.Toute la littérature du pays en fut bientôt imprégnée, à commencer par le fameux historien F.'. Karam-
8in . L'âme de cette société était Novikof , grand maître et direo teur Intime de la Maçonnerie russe.
<( Tout membre de la Franc-maçonnerie, dit Kransiskî, employait à ses nobles travaux non-seulement ses talents, mais son autorité, son influence, ses relations. Découvrait-on dans les provinces quelque homme de talent, on Tappelait et on le mettait en évidence. Ceux qui parmi les martinistes ne pouvaient pas contribuer pécuniairement, donnaient leur temps et leur activité. Quelques-uns sacrifièrent tout leur patrimoine, comme le sénateur et conseiller criminel Lopuchin. »
Les loges martinistes pénétraient ainsi TÉgllse et y répandirent, au moyen des hauts dignitaires, Tesprit du Calvinisme. Les apparences pieuses dont se couvrait le Martinisme avaient pour objet de lui attirer les âmes religieuses, de masquer â la police son but politique, d'endormir dans une sécurité trompeuse Timpôratrice, née d'ailleurs dans le protestantisme et très zélée pour Ibl civilisation, et de répandre les idées de liberté et d'égalité dans les plus larges cercles. Alexandre Herzen, dans ses études sur VÉtat social de la HTMSsie (Hambourg 1854), s'exprime ainsi :
c La première action sérieuse qui donna une autre portée au dilletantisme littéraire, vint de la Franc-maçonnerie. A la fin du règne de Catherine II elle était très répandue en Russie ; son chef Novikof était une de ces personnalités saillantes dans l'histoire, qui font des prodiges sur une scène qui doit nécessairement rester dans l'ombre. Il était un des propagateurs de ces idées souterraines, dont Tœuvre devient
tout d'un coup visible au moment de l'explosion Dans toutes
les publications coûteuses qu'il fit, il était fortement appuyé par l'ordre des francs-maçons, qui réunissait dans un but commun depuis des grands seigneurs comme le prince Léopuchin, jusqu'au pauvre maître d'école et au chirurgien de district •.
Catherine II, dans les premières années de son règne, s'était déclarée la protectrice de la Maçonnerie et avait fait construire en 1784 à Pétersbourg la loge l'Impériale. En 1787, on comptait 145 loges en Russie et 75 en Pologne.
Après l'explosion de la révolution, en 1792, laczarine changea de sentiments, et quand elle eut appris que le grand-duc héritier depuis Paul I**, avait été initié par Movikof, elle voulut en finir avec la Franc-maçonnerie. Novikof fut jeté dans la forteresse de Schlussebourg, et les princes Léopuchin, Nicolas Trouhetzkoii Turgenief relégués dans leurs terres. Mais quelques têtes seulement étaient frappées. IjO reste des afiiliés n'en travailla que plus activement dans l'ombre.
Paul I*', au lendemain de son avènement« rendit la liberté A
LA Maçonnerie russe et polonaise 689
Novikof et favorisa de nouveau la Maçonnerie, mais au commencement de 1797 il fit. fermer toutes les loges et exila les plus dangereux des affiliés. « Malgré cela, pour nous servir des expressions de Kransiski, les martinistes n'en continuèrent pas moins à poursuivre leur but philanthropique. » Alexandre P% en dépit de ses- bonnes intentions, tomba sous leur domination, et en 1803 révoqua Tordonnance de Paul P^ En cette année luimême entra dans l'ordre, ajoutant ainsi son nom à la liste de9 souverains qui servent de jouet aux habiles directeurs des sectes. C'était le conseiller d'État et directeur de l'école des cadets, Bober, qui valait ainsi aux loges la faveur impériale ; aussi fut-il grand maître du Grand-Orient russe jusqu'en 1814. Le grand-duc Constantin, le comte Potoki, organisèrent dans la cour même des loges montées sur le plus grand pied.Plusieurs loges pratiquaient l'ancien système suédois et formèrent une grande loge directoriale sous le nom de Wladimir à Vordonnance qui se composaient de membres des hauts grades et de représentants des loges johanites (1). »
Les campagnes contre Napoléon développèrent la Franc-maçonnerie dans l'armée. Des loges militaires se formèrent dans son sein et fraternisèrent avec toutes les loges qu'elles rencontraient dans leur course à travers la France, la Hollande, TAUemagne (2). L'on sait aujourd'hui ce que la direction secrète de l'ordre entendait par le cri de guerre de 1813 : délivrance des peuples du joug étranger ; c'était au fond l'indépendance absolue de l'homme de toute autorité religieuse et civile. L'armée russe fut peu à peu infectée de ces idées.
La Maçonnerie travaillait depuis longtemps à protestantiser réglise russe au moyen des sociétés bibliques. Elle était servie auprès de l'empereur par Mme de Krudener, une protestante mystique. € Sous son influence, dit Kransiski, il s'entoura de martic nistes, choisit pour ministre l'un d'eux, le prince Galitzin, qui c chargea un affilié, Labzin, de propager des traductions russes « de plusieurs œuvres religieuses dans la manière de Stilling et c fonda dans ce but le Messager de Sion, qui compta bientôt de t nombreux abonnés. » Un passage caractéristique du Journal de Vienne pour les francs-maçons de l'époque nous montre l'intérêt avec lequel la Maçonnerie suivait cette évolution religieuse do l'empereur. De son côté, Herzen signale les sociétés bibliques comme les précurseurs de la Jeune-Russie socialiste.
Tandis que l'empereur chargeait deux frères, Karamsin et Speranski, de préparer un projet de constitution, les loges soufflaient Tinsurrection dans l'esprit de la jeune noblesse et faisaient miroiter à ses yeux le rétablissement de l'ancienne république
(1) AUgemeines Handbueh der Freimaurerei, (• III, p. 112, (?) V. Allgemenki Bandbu^ vo Pedlogen,
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aristocratique russe. De leurs rangs se détacha une jeune phalange dans laquelle se faisaient remarquer par leur zèle de jeunes militaires> comme Pestel, von Wiesen, Narischln, Juchnewsky, Murawieff, Orlof, les écrivains Rulejef et Bestuschef, les princes Obolensky, Trubetskoî, Odoeosky, Wolkonsky^ le comte Tchernichef. U Alliance du salut^ tel était leur nom, et à leur tête tête on trouvait encore le vieux maître des loges Novikof !
Le premier groupe fut organisé en 1813, dans un régiment de la garde, sur le modèle d'une loge, et en 1815 Pestel noua toute la conjuration, en l'enrégimentant dans de véritales loges rouges. En même temps on créait, pour la propagande extérieure, une Société de bien public, divisée en quatre sections, l'une ayant pour objet les œuvres de philanthropie, la seconde la civilisation intellectuelle et morale et la propagation des écoles, la troisième* la surveillance des tribunaux et des fonctionnaires, la quatrième rétude de Téconomie nationale. Impossible de méconnaître l'identité de cette société avec les sociétés semblables, qui étaient créées à cette époque en France, en Espagne, en Italie, en Suisse, en Allemagne.
Les menées des conjurés ouvrirent les yeux à l'empereur, qui, par un ukase du 22 août 1822, défendit toutes les sociétés secrètes particulièrement celles des francs-maçons. Une disposition spéciale étendait cette prohibition aux résidents, consuls et ambas* sadeurs étrangers. Uempereur devait avoir acquis la preuve de la part que plusieurs membres du corps diplomatique prenaient aux conspirations^ comme cela s'est produit tant de fois depuis.
Mais un réveil de l'esprit chrétien eût seul pu arrêter le mal. En novembre 1825, Alexandre I"' chargea le comte Tscherni'.schef de rechercher les conjurés ; mais il ne lit par là que hâter sa hn, et il mourut le 1"" décembre subitement, à. Taganrog.
Les conjurés ne comptaient se soulever qu'en 1829. Prisa l'im* proviste, ils éclatèrent sans préparation suflisante et nommèrent pour dictateur le prince Trubetskoî. On sait comment l'énergie de Nicolas I*' en vint à bout
L'Association du salut dut désormais se cacher sous terre et se réfugier dans deux sociétés plus secrètes enGore,rZ7mon du Aord, qui avait son directoire à Pétersbourg, et 1' £/nû>n du £ud,qui avait le sien dans la Podolie.
U existait aussi dans le Sud une autre société secrète, qui en 1823 était sortie à Kief de la loge maçonnique les Slavoniens unis^ et qui comptait en tout 33 membres. Ce petit nombre ne doit pas faire méconnaître leur importance; les centres d'action dans les sociétés secrètes sont toujours peu nombreux* Leurs rites étaient exactement ceux des hauts grades de la Maçonnerie ; leur symbole, le poignard, comme dans le 30* grade écossais (Kadosh). Quant À leur but, le Catéchisme des slaves Texposait ainsi en style maçonnique :
,[ . JA Maçonnbrib russe et polonaise 691
c Par une alliance fédératiye et un gouYornement républicain égali- I taire,mai8 sans porter préjudice à leur indépendance respective, unir les c huit pays slaves, dont les noms étaient inscrits sur un sceau à huit c compartiments : la Russie, la Pologne^ la Bohême» la Moravie, la « Dalmatie, la Hongrie (?) avec la Transylvanie, la Servie avec la c Moldavie et la Yalachie. Ils voulaient, au centre géographique du c pays slave, fonder une ville fédérale et y élever sur un trône la « déesse de la civilisation ! »
Voilà une déesse qui rappelle fort la déesse de la raison de 4793. Nous avons dans cette esquisse do la république fëdérative slave une nouvelle preuve de rancienneto du plan des sectes qui veulent constituer les Etats unis d'Europe avec des républiques fédérées, romaac, germanique et slave.
Les SÛtvoniens unis, qui étaient en relation avec VUnion du Sud^ s'associèrent-ils à l'insurrection do 1825? On n'en a pas la preuve, au moins n'y prirent-ils pas une part ostensible.
Dès avant rétablissement des Slavoniens unis, les sociétés se-* crêtes russes avaient les liens étroits avec les sociétés secrètes de Varsovie, qui exploitaient maçonniquement le patriotisme polonais, comme cela se passait on Franco, en Allemagne et en Italie.
Ce qui caractérise le mouvement russe de 1817 à 1825, c'est ridée nationale-russe'socialistey ce qui prouve que les accusés du procès de 1875 se trompaient quand ils affirmaient que le mouvement socialiste remontait seulement à 1870. « Au commencement, dit « Herzen, la société avait une tendance constitutionnelle dans le c sens anglais» mais elle prit bientôt un caractère radical, qui en c éloigna de nombreux membres. Mais le noyau des conjurés c était républicain. Il voulait établir une dictature révolution- « nairo pour pouvoir procéder à une organisation républicaine c du pays... Pestel, dès qu'il prit la direction do la société, posa c tout de suite la question agraire et mit en avant le principe de « l'expropriation des biens... Si le complot eût réussi c'est lui c qui eût été dictateur.... >
La Franc-maçonnerie en Pologne. — Déjà, sous le régne de Frédéric-Auguste II, il y avait à Varsovie quelques loges. En 1742 le .comte Stanislas Mniseck, André Mocranowski et le prince Constantin Jablonowsky ouvrirent une loge à W^iniesvitz en Volhynie ; mais ce furent surtout des français, Longchamp, Jean de Thoux de Salverle, le général Lefort, qui furent dans ce pays les propagateurs de la Maçonnerie.
£n 1744, le F.*. François Longchamp ouvrait la loge des Trois
frères â Varsovie et la loge les Trois déesses à Lembcrg, en 1747. Ba 1749. le F.', de Thoux de Salverte parut en Pologne et fonda à Varsovie la loge au Bon Pasteur, au nom de laquelle il établit plusieurs foyers maçonniques dans différentes villes de Pologne. Durant le règne des rois saxons, sous la direction des deux grande maîtres von Bruhl et Zamoisky, il y avait â Varsovie une loge allemande et une loge française qui travaillaient de concert. Le 30 avril 1778, le F.-, de Thoux de Salverte érigea la loge Chevaliers de Saint Charles amis à Pépreuve, qui était un chapitre des hauts grades et qui compreuait parmi ses membres les FF.*..*. Ch^rletf <[e Heyking, G. Wilhorski, le comte Jos. de Hulfen, de V^oiwode, Joseph Zaikeseck et le général Dzuski. Deux ans auparavant, à la fin de 1776, le marchand Jean Mioche avait fondé à Varsovie la loge le Parfait Silence, qui demanda au Grand-Orient de France ses constitutions et introduisit en Pologne le système qui y était pratiqué. C'est celui que fit prévaloir le comte Polocki en 1781, quand il eut été pour la seconde fois choisi pour grand maître.
Malgré tout, les progrès de la Maçonnerie en Pologne ne furent pas d'abord très rapides ; le Monde maçonnique (t. VII, 1864, p. 727) en accuse « Tinfluence des jésuites qui entravait trop la direction « de l'ordre pour qu'il pût s'établir dans ce pays aussi solidement t qu'il rétait à cette époque dans beaucoup d'autres contrées civi- « Usées. > Après la destruction des jésuites et le premier démembrement de la Pologne, la Maçonnerie prit un grand essor,et l'on y comptait, en 1784, 70 loges.
La légion polonaise de 20,000 hommes, que Dombrov^ki commanda sous le règne de Napoléon P',devint un foyer de propagande maçonnique, car, à l'exemple des officiers français du temps, les polonais s*organisèrent aussi en loges. De ce nombre fut Hamo* rino, le célèbre carbonaro. La Maçonnerie prit ainsi en Pologne un caractère patriotique ardent, si bien que le F.-. Maurice Mochnacki a pu dire : < En Pologne toutes les insurrections sont t sorties des sociétés secrètes (1). »
Vers 1818, une société qui empruntait toute son organisation à la Franc-maçonnerie Y se constitua sous l'inspiration de Dombrowski et la direction du sous-lieutenant Prondzynski,du prince Jablonowrski et de Teraszinshi. D'autres anciens officiers deNapo* poléon, francs-maçons déjà, les FF. • . Lukazinski, WierzbonoskL Machniki, l'&vocat Schroder, formèrent en 1819 à Varsovie une loge, dont le but était essentiellement politique et qui fut le foyer de l'insurrection de 1831. « Les mots signes et degrés, dit le « Monde tTuu^onnî^ue, y étaient tout à fait maçonniques, et les memc bres s'engageaient par serment à s'aider mutuellement, à em- « ployer tous leurs efforts au triomphe de la cause nationale. Le f major Lukasinski en fut nommé grand maître. » Après divers
(1) PowstaDieNaroéa Polskiego wiroka 1830 i 1831. PoMo, 1863^ S toU
LA Maçonnerie russe et polonaise 693
changements dans rorganisation intérieure, nous voyons en 1821 la société réorganisée par le général Uminski et Sazoznieski. « Ils groupèrent autour d*eux, continue le Monde maçonnique, ua t certain nombre de vimx maçons politiques comme il en faut dans • les circonstances suprêmes... Le comité central 8*étàblità Varsovie.' « Seulement le succès de cette nouvelle organisation exigea on« t core que la dénomination de Maçonnerie nationale et celle de « Kossinieri (les faucheurs^ en souvenir de la guerre de 1794), fus*t sent remplacées par celle dé Société patriotique, > Ces derniers mots montrent bien que la Société patriotique et la Maçonnerie polonaise n'ét^ûent qu'une seule et même cliose.Elle complait,ea 1822, 5.000 membres. Tous ses chefs, Uminski, Louis Sobanski Eichowski, Jordan, étaient des francs-maçons de longue date comme dans la Maçonnerie, le pouvoir suprême et absolu, qui dirigeait toute Tassociation, était aux mains d'un directoire trèspeu nombreux, composé de sept membres seulement.
Comme elle le fait partout, la Maçonnerie se servit habilement d'associations populaires^ qui groupent des hommes ardents en grand nombre sans les initier à aucun secret et lui permettent do les faire manœuvrer à sa guise en restant elle-même dans la coulisse. La vivacité du sentiment patriotique facilita beaucoup en Pologne la formation d'associations de ce genre. Â Timitalioa' des BurschenschaftemiilemsLndes^ou associations d'étudiants^Qi dans le même esprit d'impiété et de républicanisme, on forma parmi la jeunesse à, Vilna la Société des garnements^ la Société des étudiants polonais de Berlin et de Breslau et* les Frères rayonnants. Le président de cette dernière société était un jeune homme enthousiaste, d'ailleurs fort honorable, Thomas Zan; mais son directeur réel était le professeur d'histoire, Joachim Lelewell, qui joua un rôle important dans l'insurrection de 1831 et qui plus tard se réfugia ii Paris, où il est mort en 1861. Cette dernière association avait une tendance sociale marquée, c Elle se proposait, dit un document f du temps, d'unir fraternellement les riches et les pauvres. » Dissoute par la police,en 1821,elle se reforma en une société appelée l'Union des Philarètes.Qn souvenir duTûgendbund aWenmnd.qui agissait û. la fois comme association publique et comme sociétô> secrète. En la première qualité, elle excerçait une grande influence a Vilna en entretenant à, l'université cent étudiants pauvres et en formant une agence de publication, qui édita une coU lection de classiques polonais. Au moyen de la Société patriotique^ elle établit des centres correspondants dans la Lithuanie,rUkraine, la Samogitie, et couvrit ainsi toute la Pologne russe d'un réseau dont les fils étaient aux mains de la Maçonnerie. Mais les Philarètes étaient en même temps une société secrète, car ils avaient au-dessus d*eux le comité des Pfiilomathes^ composé seulement de vingt membres pris parmi les plus siUrs et les plus avan-
ces. Ils nouèrent une alliance étroite avec les Templiers de Volhynio, haut chapitre maçonnique.
En 1821, Alexandre I"" étendit en Pologne toutes les sociétés secrètes; mais le grand-maître Lukazinski avait paré le coup en éliminant des loges les membres les moins sûrs deux an^ auparavant, en sorte que, tout en fermant ostensiblement les loges, la Maçonnerie continua son existence. Cependant la police secrète ayant acquis la preuve qu'il préparait une insurrection, il fut arrêté avec quatre de ses complices et condamné à dix ans de prison. D*autres frères purent dissimuler leur participation au complot et reconstituèrent le comité central, dont firent partie Krzanowski, Plichta et Grzymala. Peu après, le gouvernement russe découvrit les agissements révolutionnaires des PhiUtrètes et des Philomathes et, en 1824, vingt de ces jeunes gens furent condamnés à la déportation.
Constamment cependant ces associations se reformaient sous d'autres noms; d'ailleurs la prohibition des sociétés secrètes n*était pas si rigoureusement appliquée, qu'en 1825 la grande maîtrise de laMaçonncrie en Pologne ne pût être offerte au comte Stanislas Soltyk et acceptée par lui.
C'est alors que les associations secrètes polonaises nouèrent deux alliances très Importantes, l'une avec les Templiers de Volhynie, l'autre avec les sociétés politiques socialistes de la Russie.
La première de ces sociétés avait été fondée en 1819 par le capitaine Majewski, qui avait reçu les hauts grades tempûers pendant qu'il était en Ecosse comme prisonnier de guerre. Aux trois grades symboliques, elle ajoutait un quatrième, où, comme dans le grade de chevalier Kadosh, on jurait haine à mort au triple et hideux despotisme, c'est-à-dire à, la papauté, à la royauté et â l'armée. Les loges s'appelaient campements et les grandes loge& grands encampements (1). En 1822, les Templiers entrèrent en masse dans la Société patriotique et les deux associations se fondirent pratiquement l'une dans l'autre.
Le comité central de Varsovie entra aussi â cette époque en relation avec les sociétés secrètes russes du Nordy du Stul et des Slavoniens unis. La société du Sud spécialement promit aux polonais l'indépendance de la Pologne et la restitution au royaume des parties de la Lithuanie qui n'étaient pas russifiées. De leur côté, les polonais devaient se soulever en môme temps que les conjurés russes, contenir l'armée de Lithuanie, assassiner le grand-duc Constantin en cas de nécessité et proclamer la république à Varsovie. Une première entrevue eut lieu à Kief, en 1824»
(1) Notez la diffusion dans toute l'Europe de cet ordre des Templiers que nous avons TUS à la même époque préparer en France la révolution do Juillot (liv. U, cliap. VIII, I 5} et étroitement unis à la Haute Vonte italienne {Noie de VédiUur].
LA Maçonnerie russe et polonaise 695
entre le président du comité polonais, prince Krzyanoski, et les deux conjurés russes Bestuchef etMurawief; une seconde eut lieu entre le prince Antoine Jablonowski (le fils du fondateur des loges de Volhynie, en 1742) et le chef russe Pestel, dans le château du prince Wolkowski. Là Pestel dévoila son plan, qui consistait à tuer toute la famille du czar et à proclamer la république so* ciale. Le prince Jablonowsky recula avec horreur devant ces projets d'assassinat et ne voulut pas entendre parler de socialisme, mais seulement d*ailranchissement et d'indépendance pour son pays (1). On convint, pour ne pas rompre, que la Pologne aurait f le choix de son gouvernement. Les conjurés russes donnèrent aux Polonais Tassurance que Ton avait conclu des alliances en Allemagne, en Italie et en Hongrie (2).
Nous avons vu comment la mort d'Alexandre P^ précipita en Russie l'explosion du complot primitivement fixée en 1829. Les polonais ne voulurent pas risquer tout en s'y associant. Néanmoins, ils furent compromis dans l'instruction du procès dés conjurés, et plus de 200 furent arrêtés, au nombre desquels étaient les vieux chefs maçons, le sénateur Gastellan, comte Stanislas Soltyk, âgé de 77 ans, Andréas Plichta, Alb. Grzymala, Adolph Lichowski, qui, en 1831, devait rédiger la feuille ultra-démocratique, le Courrier polonais, enfin le prince Jablonowsky. Dans lo grand-duché de Posen, des arrestations furent faites également, entre autres celles de Népomucène Uminski, de Jean Krzyano wski , de Prondzynski, de Mathias Mnelzynski (3). Ces derniers noms prouvent bien que les deux gouvernements étaient sur les mêmes pistes , , . .
En vain Nicolas contenait par la force les éléments dangereux en Russie ; les relations n'en continuaient pas moins entro les anciens conjurés russes de 1825 et les futurs insurgés polonais de 1830. Marc Fournier, dans son livre Les Mystères de la Russie (Bruxelles 1844, p- 16), nous apprend que a les sociétés secrètes des < deux pays eurent des rapports continus ; les russes proposèrent « au prince A... J... et au comte Peter M..., plus tard chefs del'in- « surrection polonaise, d'exterminer la famille impériale de façon • â racheter par là tous les crimes du gouvernement russe contre c la Pologne. Cette proposition, quoiqu'elle n'ait pas été acceptée, « prouve l'existence à cette époque en Russie d'un parti libéral « très-passionné. •
Une vive agitation politique commença â être excitée dans la jeunesse des écoles sous la direction de Lelewel, de Julien Ursyn Niemcewicz. de Boleslas Ostrowski et de Kempawieckl, si bien
(1) Gnorowski, InturreetUm polonaise.^. 93.
(2) I^ Spozier, Guchichte des Aufstandes des ponisehen Vdkes, iSSO-lSSi (AUoDberg, 1832, t. I,p. 93).
(S) Ghodsko, Dos Wiederaufleben Polens, Broxellee, 1831, p. 257. GhodskoéUiC agent des soclôlôs polonaises à Porisyen 1830 et 1831.
qu'un rapport de police, en !826, pouvait livrer les noms des 2,G00 affîiliés. Pendant les guerres de Napoléon, la plupart des orficiers 'avaient été reçus francs-maçons, de sorte que le tablier maçonnique était tout à fait à la mode dans les cercles militaires. L'insifrrcclion de la Grèce et la guerre de la Turquie contre la Grèce (1828) parurent aux polonais des circonstances favorables. On as* sure que la présence de nombreux polonais dans Tarmée russe paralysa notablement la campagne de 1828, et que la connaissance d'un plan concerté entre les polonais et les grecs empêcha le czar au milieu de ses triomphes de pousser jusqu*à Constanlinoplo (1).
L'âme de tous ces mouvements était Lelewel. Il attira dans son réseau d'intrigues Valen tin Zwierchowski, député de Mnejechow, qui du reste était déjà franc-maçon et qui devint le chef do Topposition dans la diète. Le franc-maçon Vryzinski, le comte Homin Soltyk, le comte Gustave Malachowski, furent également gagnés par lui. Lelewell lui-même se réservait la correspondance avec la Lithuanie et toutes les provinces annexées, où il êlait fort répandu et où il connaissait A fond toutes les sociétés sccrùles, même celles composées de russcs(2). Un témoin du temps reconto que tous les jours les affiliés pouvaient aller le voir dla bibliothèque où il était penché sur un tas d'in-folios. Moins il se mettait on avant, plus on mettait de zèle à aller à lui.
Sous son inspiration se forma, le 15 décembre 1828. une société secrète dans l'école des cadets de Varsovie, qui prit une part décisive dans l'insurrection En 1829! le czar Nicolas devait être assassiné sans cérémonie pendant les fêtes du couronnement : des circonstances accidentelles firent échouer cet attentat (3). A la fin, l'insurrection éclata le 29 novembre 1830. a Les der* « niers débris de la Maçonnerie sortirent, pour ainsi dire, de c Icui-s catacombes, dit le Monde fhaçonniqw^ et furent assez « heureux pour mourir peut-être ; mais avant de mourir, ils « avaient donné le signai de la révolution en Pologne (4). •
Caractère maçonnique de la révolution polonaise. — Le véritable airactère de la Maçonnerie est le cosmopolitisme. Elle Ta bien montré pendant les guerres de la révolution française, en détruisant
(1) La Pologne, par Brougham (Rassell), p. 153.
(2) Spaiiér, GetchichU du Àufstandei de$ polniêeKen Yolkm i8S(hi83i (AltoDburg, 1832), t. I, p. 114.
(3) Uochnacki, Powttanie Narodu PoUkcego wiroku {830 i i83i (Poson. 1S63. 9 vdI.), t. I, p. 2W.
(4) Voyez aussi le Zirket {Compas), Journal maçooniquo de la logo TieoQoiso ffumatiiiot, n* du 15 août 1876, qui rappolle louto la part prise par la Prane-ma* (oanerie et l'ordre des Templiers à rinsarrection. * ^
LA MAÇONNSRfK RUSS16 KT POLONAISE 69?
à son profit toutes les nationalités voisines. Elle n'a pris des cou** leurs nationales que quand le despotisme de Napoléon I** eut soulevé les peuples ; mais ce n'est là qu'un masque pour elle. AÎDsi en fut-il en Pologne.
Immédiatement après la révolution du 29 novembre 1830, les polonais se partagèrent en deux partis, Tun vraiment national et conservateur, l'autre radical et maçonnique, él la tête duquel se trouvait le vieux doctrinaire révolutionnaire Lelewel avec sa Société patriotiqiie^ et qui voulait bien moins combattre dans la Russie Tennemi de la nationalité polonaise que le principe mo<« ' narchique. Écoutons sur ce point le F.*. Jean Czynski, vice-pré** sident de la Société patriotiqm (i) :
c Tandis que dans la diète de Varsovie il y avait des éléments monarchiques et conservateurs portés aux accommodements, la pensée démocratique révolutionnaire trouva son expression dans quelques journaux, notamment dans la Gazeta Polska, rédigée par Nep. Janowski, et la Nouvelle Pologne de Ludw. Zukowski. Son foyer fut la Société pa* triotique de LeleweU,.où un grand nombre des premiers auteurs de la révolution, paysans, bourgeois, militaires, ouvriers^ marchands, israélites, gens de tous états, sans plus se soucier des privilèges, vou- ' laieat une guerre nationale irrésistible au moyen de la rénovation so^ ciale. Là on faisait des propositions pour l'amélioration du sort des pay-* sans et des juifs. On dénonçait le prince Gzartorisky, chef de la section diplomatique, qui comptait trop pour nous aider sur le secours des cours mal disposées. Là on traitait les affaires des peuples contre lesquels les rois s'étaient conjurés, avaient noué une sainte alliance. Là on accusait le vieux général Kniazjewitsch, le comte Ludw. Plater, qui jouaient auprès des cours un rôle de mendiants. Là on voulait rompre avec les cours et Ton voulait se tourner vers le peuple polonais d'abord et par là vers tous les peuples de l'Europe. La Société patriotique adressa en conséquence un appel au peuple russe comme à des frères malheureux et dignes d'un meilleur sort. Et elle célébra par une cérémonie solennelle, le 21 janvier 1831, la mémoire des martyrs de la liberté russe, Bestuchef, Pestel, Muraview, RylejefT, Kachowski (2).
....« Si un succès heureux eût couronné l'entreprise de 1830, l'armée victorieuse de la Pologne non-seulement aurait détrôné le czar,
(t) Die Ereigniise in Wartchau am 15 august i83i^ par J. Czynski, trad, du polonais. Deux Ponts, 1832.
(2) L'anniversaire de celle scène fut côlôbrôe à Paris en 1832, par la partie radicale dt) l'émigration polonaise. On frappa à celte occasion une médaille i sur la quelle on voyait d'un côté la liberté foulant aux pieds un trdne sur lequel était écrit le nom de Nicolas, et do l'autre les noms en russe des martyrs de la libérien Poslel et ses compagnons.
mais encore elle eût porté la liberté à l'Europe opprimée. C'était là la destinée de la Pologne^ le but des patriotes qui avaient entrepris la révolution i.
Là encore Lelewcil était le meneur secret. A la seconde commémoration de la révolution polonaise, célébrée à Bruxelles en 1846 par la partie radicale de Témigration polonaise, on dit ouvertement que t Lelewel représentait dès 1831 Télément socialiste « et qu'il voulait le faire prévaloir dans le mouvement polonais ! » Parmi les orateurs de cette fête, on remarque deux ouvriers flamands, Kais et Pellering, Wallan, président de VUnion des travailleurs allemands de Bruxelles, Sénault, F. Engels, l'avocat juif Lubliner, et Karl Mabx !
Cet élément socialiste n'existait pas chez le peuple polonais, mais il y était introduit par la Maçonnerie, dont les doctrines aboutissent toutes au socialisme (D... La Maçonnerie se montrait donc là comme partout anti'uationale.
Les choses en vinrent au point qu'après avoir fait une révolution contre la domination russe, on voulut en faire une contre les meilleurs éléments sociaux dans la propre patrie polonaise. Ce *plan, qui s'accomplit dans la journée néfaste du 15 août 1831, avait été préparé par Lelewel, Czynwski, Franz Nakwaski, Ant. Ostrowski, Zvsrierkowski, Szamieski, Kemprowiecki, Franz Dmochov\rski, Casimir Pulaski.Une populace furieuse s*ameula aux cris de Vive la Pologne, mort aux traîtres et lyncha les généraux Hurtig« Jankowski, Bukowski et d'autres encore. Czywski dit à cette occasion avec un rare cynisme : « Le peuple sentait sa « dignité et sa force ; et alors que l'ennemi était proche, 11 voyait « que sa cause était compromise par la faiblesse du gouver- « nement et par les menées sourdes des grands; sa colère se tourna
• sur les traîtres et les espions qui avaient été depuis longtemps
• arrêtés et n'avaient pas été punis. • Gzartorisky dut s'enfuir sous un déguisement de Varsovie ; le parti aristocratique dans lequel se trouvaient les plus noblea patriotes fut chassé du pouvoir et lei Société patriotiqtie jQUSi le rôle de la Commune parisienne. Mais c'en fut bientôt fait de la cause polonaise
Nous comprenons maintenant pourquoi le P.*. Kossuth, le dictateur hongrois de 1848, travaillait déjà en agitateur zélé pour la Pologne en 1831 et pourquoi la partie maçonnique de l'émigration polonaise prend toujours et partout part aux insurrections. C'est le major Michalewski qui est à la tête du soulèvement de Francfort-sur-le-Mein, le 3 avril 1833, avec le privat-docent de Gœtlingue Rauschenplat. Behm figure dans l'insurrection vien-
(1) L'auteur de la brochure que cous analysons prouve ceUe proposiUoo par da nombreux extraits dos journaux et écrivains maçonniques. C'est uue ddmonstralion nouveUe & nyouler à ceUe qu'a faite le P, Deschamps dans le Uv. 1, chap. Vi de api ouvrage, {NoU de Véditeur.)
LA MAÇONNBftlli RÙSSti ftT MLÔNAISB 6dd
noise do 1848» en attendant de rejoindre Eossuth en Hongrie.
puis d*embra8ser Hslam Mirolawski est avec les insurgés
badois en 1848
Comment tous les fUs de la révolution polonaise pSrtSîent de Paris. — Le renversement, de Charles X en 1830 eut pour cause les intrigues de la Maçonnerie et principalement du maréchal Maison, qui appartenait aux loges et commit vis à vis de son prince et dans son service la plus honteuse trahison. Tous les cheis du mouvement, Lafiite, Lafayetle, Dupont de TEure, Schonen, Gérard, Odilon-Barrot, Mérilhou, Teste, Bérard, Manguin, Audry de Puyraveau, Labbey de Pompières, Alexandre de Laborde, Dupin Taîné étaient francs-maçons. Il ne faut jamais oublier que les hauts grades maçonniques, les Templiers, poursuivaient constamment un but politique. Le F.*. Schwerman, dans un discours prononcé à Bruxelles, le 22 mars 1822, disait : « Notis qui presque « tous connaissons les hauts grades, savons bien que daiis quelques-uns t d'entre eux se trouvent des principes^ dont la manifestation publique « ne serait jamais permise par les gouvernements. » Aussi bien, aucune dynastie n'était haïe de la secte au même point que les Bourbons. Déjà le mauvais génie de Louis XVIII avait été le F.-. Decazes (i)
Ainsi, nous comprenons pourquoi Louis-Philippe, le i:oi bourgeois « qui se glorifie d^être un de nous >, comme disaient les francsmaçons d'alors, fut élevé au pouvoir par les loges et comment la monarchie constitutionnelle fut proclamée la meilleure des républiques. Rappelons seulement une coïncidence : c'était en 1829 que devait éclater le complot de Pestel, dont la mort prématurée d'Alexandre précipita l'explosion. Que fût-il arrivé s'il eût eu pour sa préparation le temps qu'il voulait I
Vers 1820, les sociétés secrètes avaient étendu leur réseau sur l'Europe entière et provoquèrent des mouvements en Portugal, en Espagne, à Naples, en Romagne, en Piémont, en France, en Belgique, en Allemagne et jusque sur les bords de la Newa ; la direction partait de Paris.
La Franc-maçonnerie polonaise, comme nous l'avons vue, était une tille de la Maçonnerie française : en 1781, notamment, quand le comte Ignace Potocki fut élu grand' maître des loges polonaises, il ébaucha des statuts semblables à ceux du Grand-Orient de France, qui furent définitivement adoptés quand André Mocra-
(1) le! l'auleur do la brochure reprodait les preuves de l'activité maçonnique dtt
duc Decazes à peu près telles que nous les avons données dans Touvrage, liv. II,
ehap. VIII, 2 2, et il cite, pour compléter sa dômoDslralion sur l'action des luges
contre le gouvornomont des Bourbons, le passage si important du templier d'Âsweld
que nous avoQS donné nous-méme, Ht. II, chap. VIJI, { 5. {Noie de Véditeur.)
ÎOO DOCUMENT K
nowski organisa définitivement la Maçonnerie polonaise en 1784, en face des Grands-Orients de France et d'Angleterre. Sous Tempire de Napoléon, Talliance devint encore plus étroite ; le Grand- Orient de Pologne fut reconstitué en 1811, et le 12 mars de la môme année, un concordat intervenait entre lui et le Grand-Orient de France. Cette même année, un chapitre pour les hauts grades était constitué dans la province de Posen directement par Paris.
A partir de 1821 surtout, les manœuvres des loges, les sociétés demi-publiques qu'elles constituent.sont les mêmes en Pologne et  Paris ; les noms même sont identiques. La Maçonnerie polonaise entretenait un agent spécial à Paris, le F.*. Léonard Ghodsko, qui y publiait en 1829 son Histoire des légions polonaises en Italie.
Immédiatement après juillet 1830, l'empereur Nicolas forma le projet de combattre la révolution et proposa dans ce but une action combinée â TAutriche et à la Prusse. Ces puissances n'arvaient pas repoussé ses ouvertures. Une seule chose pouvait paralyser cette action^ c'était d'occuper la Russie chez elle au moyen d^unô insurrection polonaise. Les sociétés secrètes françaises couvrirent immédiatement l'Europe de leurs émissaires pour machiner de nouveaux mouvements, particulièrement en Pologne et en Belgique. « C'était, dit Lucien de la Hodde, qui donne les détails les « plus précis à ce sujet, le moyen de détourner Torâge qui me« c naçait d'éclater sur l'œuvre de la révolution. Les grands Ëtats « étaient sur leurs gardes et purent arrêter ces manœuvres ; mais « deux petits peuples, les belges et les polonais, se laissèrent en- « traîner (1). t
C'est un journal maçonnique de Paris, la Tribune, qui disait encore en 1833 : « Indépendamment des grandes routes qui couc duisent de Paris aux capitales des Ëtats absolutistes, il y a aussi « un chemin souterrain, et quand le jour fixé sera levé, nous c savons en quels lieux sont placées des mèches enflammées qui c feront voler en poussière les trônes. »
A Varsovie, au commencement d'octobre 1830, une dépêche de Grabowski, ministre des affaires polonaises à Pétersbourg, au prince Lubecki, ministre des finances du royaume, où il était question d'une campagne sur le Rhin, d'une mobilisation éventuelle de l'armée polonaise et du concours financier du royaume, dépêche essentiellement confidentielle, fut rendue publique, gr&ce à une légèreté inexcusable. Aussitôt l'opinion s'égara complètement dans le sens de la société secrète. Celle-ci en profita pour préparer l'explosion de novembre.
' Qu'on le remarque bien : quatre grands mois s'étaient écoulés depuis la révolution de juillet» sans que l'opinion publique eût été agitée. Mais en France, au commencement de l'automne, 1 ministère franc-maçon dont Lafûte était le chef se trouvait entra
(1) iMoirê te SoeUtét mrèiet de iMO à iSi8, Parte, 1850, p. 98.
Là Maçonnerie RUdSK kt polonaîss tOl
l'enclume et le marteau. Il no voulait pas abandonner la Belgique et redoutait une guerreavec les grandes puissances. On avait beau proclamer le principe de non intervention k Vex\Aneuf et les institutions républicaines à Tintérieur, Nicolas était prêt à marcher C'est alors que la Pologne éclate. ... On sait la joie avec
laquelle cette nouvelle fut reçue à Paris. Le ministre de la guerre, F.-. Sébastian!, le même qui sous Napoléon avait commandé un corps polonais, connaissait assez bien le pays pour savoir que plusieurs mois seraient nécessaires à la Russie pour triompher de la Pologne, et qu'après, une armée d'occupation devrait encore y séjourner longtemps. La guerre que Nicolas méditait contre la Franco était donc renvoyée à un temps indéterminé.
A Varsovie cependant, on attendait un corps d'armée français. Mais le cabinet français ne cessa d'opposer des réponses dilatoires aux réclamations des amis de la f^ologne (1). Tout ce qull fit fut d'envoyer, mais sans hommes» un carbonaro éprouvé, le général Romorino en Pologne, où il fut immédiatement pourvu d'un commandement (1)... Pauvre et noble peuple indignement trompé et sacrihé aux plus secrètes combinaisons des sectes! Ce qui montra bien, plus tard, les obligations contractées envers l'insurrection polonaise, • ce sont les secours que pendant tant d'années le gouvernement de juillet inscrivit au budget pour les émigrés* Ce n'était pas évidemment simple affaire d'humanité» mais le paiement d'une dette, le moyen de fermer la bouche â des hommes envers qui on s'était engagé.
« Les loges se distinguèrent dans cette t&che, comme le dit le F.'. Rébald, Histoire des trois grandes loges de francs-maçons en France, p. ibi.
c Cette époque de 1830 est mémorable dans les annales de la Franomaçonneric. Après les événements de juillet 1830, le peuple polonais chercha à secouer le joug qui l'opprime encore» mais il succomba dans la lutte, et un grand nombre de ses héroïques débris se réfa* gièrent en France ; les loges maçonniques de tous les pays, celles de la France particulièrement, les accueillirent comme des frères et s'efforcèrent d'adoucir le sort de ces vaillants défenseurs des droits du peuple. Ils furent pour la plupart initiés, et leur participation aux travaux des loges donna à celles-ci une nouvelle impulsion. Le Grand- Orient ne met aucun obstacle à ces manifestations sympathiques. »
(1) Y.Qttdquei mot$ eoneemant k$ ordres donnée au eorpe du général Ramorinôf Paris, 1832, p. iotsoiT.
(%) La hrochure aUemande expoM en détail ceUe condaite du goayernement dé Iiouia-Philippe, qui est Irès-coDoue chez nous. Voir auul Spaiier, QeechiehU dee Aufttandee detpoMaeken Voliee, laSMSSl, t. I, p. 258.
Ce passage suggère une réflexion : si les rôfugiôs polonais avaient pour la première fois reçu la lumière dans les loges françaises comme apprentis, comment auraien^ils pu donwr à leurs travaux une nouvelle impulsion ? Pour cela, il fallait bien que la plus grande partie de Témigration appartint depuis longtemps A la secte et fût dans les hauts grades!....
La république universelle^ démocrate, socialiste, de la Maçonnerie en Russie et en Pologne. — Nous avons vu comment l'aile gauche de rinsurrection polonaise avaitversé4ès 1831 ,dans le pur socialisme. Il en fut de même dans rémigration,et de 1832 à 1848, nous trouvons des polonais mêlés à tous les mouvements insurrectionnels qui agitent les divers États de l'Ëvrope. En 18)8, Tidée de Isirépublique des États-Unis d* Europe, avec trois confédérations romane, germanique et slave, fait explosion. Le 25 mars 1848^ paraît un manifeste intitulé : Fédération générale des États libres, dédiée aux amis du peuple, par S. Gordaszev^rski (Paris, librairie générale de J. Bry). Le temps passe, les idées de la secte sont toujours les mêmes, et en 1867 nous trouvons, sous ce tilre : Alliance républicaine univers selle, département polonais, un appel aux russes dans lequel tous les principes de la république démocratique, sociale» sont exposés et où Ton fait appel à rinsurrection du peuple contre le gouvernement du czar. Il est signé pour le comité directeur de la république polonaise, Bosak-Uanke, général Bulewski (1). C'était un écho de VAlHance républicaine universelle^ qui se constituait à cette époque â New-York,et qui de là^comme d*unlieu sûr, rayonnait sur toute l'Europe (V. liv. II, chap. XIV, §2). L'Alliance républicaine est la tête diplomatique de cette armée de la révolution, dont le gros des troupes est fourni par cette Internationale qui, elle aussi, en 1872 a transporté son centre à New- York.
Mais les socialistes polonais ne peuvent rien tant que la Russie est leur ennemie. De là la nécessité d'une union avec les révolutionnaires russes. Dès 1822, Pestel avait noué entre eux des liens qui n'ont jamais été rompus.
La Maçonnerie hait particulièrement la Russie (2), et c'est en
(1) Le texte intégral de ces docoments est publié dans la brochare de If. Oeorgios Jlliehalow.
(2) La Russie et l'Autriche sont l'objet de la haitie parLiculiôre de la Maçonnerie. Volcl ce qu'écrivait le journal mensuel Der Preimaurer UltulrUte ZeUschriffi fur diê getammte Fretmaurerei (Vienne 1876, n*l.): c Sur toute la terre, ràutriehe et la Russie sont les deux seuls pays où la Maçonnerie ne peut pas déployer toute son activité, et œ sont précisément les pays qui en avaient le plus pressant besoin. » On imprime cela sous les yeux du gouvornemont autrichien et l'on voudrait en diro davantage ! En quoi T Autriche ei la Russie ont-elles le plus pressant besoLo dt hi Maçonnerie, si ce n'est pour changer les principes sur lesquels içpote loor
uonstitutiog sociale?
LA Magonnerib russe bt polonaise 703
vain qu'Alexandre II en 1857 a permis la réouverture des loges et laissé toute liberté à leurs travaux.
L'homme de cette alliance fut le réfugié misse Bakounine, qui est revêtu d'un haut grade dans la Maçonnerie.
Sans revenir sur sa vie dont une esquisse a déjà été donnée dans le corps de Touvrage (liv. II, chap. XIV, S 6), voici le résumé de sa politique, telle qu'il l'a exposée lui-même dans une brochure intitulée : A mes amis ntsses et volonais (Irad. du russe, Leipzig, Wolfg. Gerhard, 1862, in-8o)
c Les rapports sociaux actuels de la Russie ne peuvent plus durer. Deux partis sont en présence : l'un veut des réformes, l'autre la révolution radicale; le premier oublie que toute Torganisation gouvernementale est un cadavre depuis que Pierre P' a détourné la Russie de son développement historique. La Russie doit donc tomber comme l'Autriche et la Turquie, mais avec cette difiTérence que ces derniers doivent disparaître entièrement, tandis que, après le fantôme de la Russie officielle, doit paraître le peuple russe, celui-là môme qui s'est concentré dans le Rascol cotitre le Gzaropapisme et la Russie officielle
Tout autre est le parti de la révolution radicale. Lui aussi a ses racines dans une partie de la noblesse russe, qui, au lieu do s'affaiblir dans le contact avec l'Occident, s'y est au contraire relevé. Ce contact a éveillé chez eux un nouveau sentiment : l'amour de Vhùmanité ; on les comptait par dizaine sous Alexandre I" ; ils sont aujourd*hui des centaines. En 1815, ils montrent la pureté de leurs vues, mais aussi leur impuissance.Parmi eux Pestel, ce puissant génie^
le premier reconnut la nécessité en Russie d'une révolution sociale
La Russie paysans est la seule qui ait vie et à qui l'avenir appartienne » . ^ ( • ' > '
Le principal moyen pour faire la révolution sociale en Russie, selon Bakounine, c'est l'union avec les polonais.
tL Nous devons, dit-il, tendre la main à tous les slaves et avant tous autres aux polonais, qui sont nos plus proches voisins. Tant que nous tiendrons sous le joug les polonais, une étroite alliance régnera entre les trois gouvernements allemands, qui trônent à Berlin, à Vienne et à Pétersbourg. Une fois cette solidarité rompue, les allemands ne formeront plus corps, et nous n'aurons plus à nous occuper d'eux à Pétersbourg. Il n'y a plus que peu de russes qui nient la nécessité d'affranchir la Pologne.
t « Déjà le czar Nicolas, dans la prévision d'une guerre avec l'Autriche, avait pensé à faire un appel à tous les slaves de l'Autriche et de la Turquie, ainsi qu'aux italiens et^ aux magyars, et à se faire le czar de la Révolution au lieu d'être un czar du despotisme. Les