II. — POMBAL ET LA DESTRUCTION DES jiiSUITES EN PORTUOAI
Carvalho, dit Pombal, homme sans mœors et sans moralité, sceptique en action (1), comme parle M. de Saint-Priest, s'étaU montré fort enclin au libertinage et avait passé par tous les excès d'une jeunesse pétulcmte. ce Jeune encore^ après avoir enlevé une jeune fille du sang bleu (ou de la première noblesse), il Tavait épousée sous les yeux de la noblesse indignée ; souple et hardi à la fois, vainement s'était-il efforcé de calmer les hidalgos et de se faire adopter par eux : tous ses efforts avaient échoué, et c'est de ce jour qu'au fond de Vdme il jura la ruine de ceux qu'il n'avait pu s'assimiler. x> Profondément dissimulé, hypocrite jusqu'à la bassesse, il avait mis tout en œuvre pour parvenir à la faveur, et croyant l'influence des jésuites utile à sa fortune, il s'était efforcé de gagner leur estime par des dehors pieux et était allé jusqu'à revêtir de l'habit de la Compagnie le second de ses fils, encore enfant.
Jaloux, avare, cruel et raffiné dans sa vengeance, il poussa jusqu'au bout Va/rbitralre et lui demanda tout ce qu'il pouvait donner. Méprisé par le duc d'Aveiro, allié à la famille royale, dès ce moment il dressa dans son esprit lécha faud des grands^ et dans toutes les mesures qu'il ordonnait, il n'avait ou ne paraissait avoir en vue que son intérêt, sa vengeance et l'augmentation de •sa puissance.
Pour déchristianiser le Portugal, il résolut de le protestantiser, et d'une main plaçant dans les universités des professeurs protes* tants, il faisait traduire et répandre les œuvres de Voltaire, sans en excepter la Pucelle^ de J.-J. Rousseau, de Diderot et autres philosophes maçons ; il Uvrait de l'autre son pays à l'Angleterre, où il avait commencé par être chargé d'affaires, et sans doule aussi par être reçu franc-maçon, ou, comme Voltaire, membre des sodalités du Panthéisticon {Y . liv. II, chap. II, S 4)-
(I) Hiiloirê de la dkuU dm Jé$uite$, par Alexis de St-Prieet, Paris, in-t2, 1846. (Ouvrage tout favorabio aux deslFucieuis de la Gompagoie.)
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c Quoique, par une on deux pièces diplomatiques il eût fait semblant d'être l'ennemi des anglais, il n'était, dit encore M. de Saint-Priest, opposé qn'en paroles à la Grande-Bretagne, et lui était toujours soumis de fait. Tandis qu'il proclamait hautement la liberté du Portugal, il souleTait la ville de Porto par l'établissement de la compagnie qui livrait aux anglais le monopole des vins. Il est môme de tradition dans le monde politique à Lisbonne, que ces rodomontades étaient parfois concertées avec le cabinet de Londres pour servir de vDile à des complaisances (1). •
Ce dévouement, cette inféodation était telle que lorsque la France, à l'époque du pacte de famille j fit proposer au roi de Portugal, en raison de l'origine commune des maisons de Bourbon et de Bragance, de renoncer à ses liens avec l'Angleterre pour entrer dans l'alliance des Bourbons, Pombal répondit : Qm le roi son maître vendrait jusqu'aitx tuiles de son palais, plutôt que de subir des conditions aussi humilia/ntes. Est-il étonnant, absurde, après cela, selon M. de Saint^Priest, que Chevrier, qui avait écrit la vie du maréchal de Bellisle, négociateur et ministre de France en ce temps-là, lui ait fait dire dans son testament politique : « On sait que le duc de Cumberiand s'était flatté de devenir roi de Portugal, Je ne doute pas qu'il n'y eût réussi, si les jésuites, confesseurs de la famille royale, ne s'y fussent opposés. Voilà le crime qu'on n'a jamais pu leur pardonner (2). »
« Et c'est ainsi, ajoute Crétineau-Joly, que l'idée de protestantiser le Portugal, en mariant le duc de Cumberiand avec la princesse de Beira, germait depuis longtemps dans la tête de Pombal (3). »
Une telle conjecture, loin d'être absurde, peut seule expliquer la conduite de Pombal, et M. de Saint-Priest semble la confirmer en ajoutant : « II n'en est pas moins vrai que le ministre portu«« gais était lié avec le parti wigh et surtout avec lord Chattam. »
Le discours que les ordres de l'État adressèrent, en 1777, à la reine, fille et successeur de Joseph P', qui avait pu enfin, malgré
(1) Voyage en Portugal^ t. J. — BibUograpkie univerteUe de Miehaud, art. Pombal, I.XXKV. p. 275. — Alex, de St-Prieet, p. 9, 14, 28. — Grélloeau-Joly, Histoire de il Compagnie de Jésus, t. V, p. 151, la-8*, 1845. — St-Priest, p. 9, 16. — ScliœU (proteManl). Court <Vhisloire, t. XXXIX, p. 66.
(2) Biographie unieerselle, Mlcbaud, l. XXXV, p. S70. ^ Testament politique du wuiréehal de B^isîe, p. 108«
(3) Crédueau-Joly, Histoire delà Compagnie de Jésus, t.V, p. 176«
bi Là DËStRUCTtOK DE L^ENSSIGNEMENT CHRi£tIEN
Pombal, épouser, selon les volontés de son aïeul, Jean V, son oncle dom Pedro, ne laisse pas de doute sur un fait si important dans la conspiration de Pombal contre la religion catholique et les lois fondamentales du royaume, qui e^i^luaient de la succession à la couronne tout prince étranger, surtout non catholique.
c C'est cette même Providence, Ut-on dans ce discours envoyé au pape Pie VII par la reine eUe-môme, qui préserva miracvleusement Y. M. contre les chocs réjitérés qui réduisirent le Portugal à la consternation la plus déplorable. Son bras tout-puissant anéantit de puissants stratagèmes, afin que V. M. eût pour épotus Vaxiguste monarque qui nous gouverne actuellement... Enfin la Providence préserva V. M. de plusieurs attentats et d'infâmes machinations formées contre la Ugitimiti de son droit, 9
Le panégyriste de Pombal, M. de St-Priest, est obligé de dire lui-même :
c Ennemi du clergé et des moines, qu'il appelait la vermine la plut dangereuse qui puisse ronger un État, dit la Biographie universelle, il en voulut aux jésuites encore plus qu'à l'aristocratie, et ces griefs, Vécha» faud dressé d'avance dans son esprit contre les Fidalgues, leur mort igno • minieuse, n'avaient été pour lui qu^un moyen (i). »
Un moyen ! Quel mot dans la bouche de l'apologiste du bourreau et de l'ennemi des victimes I
Du reste, sous le despotisme de cet homme, tout était plus se* cret qu'à Venise, écrivait un témoin oculaire :
c Le comte d'Oeyras (Pombal) fait tout. Il a deux secrétaires qui n^osent voir personne. La noblesse épouvantée ne se montre point, les négociants vaquent à leurs affaires. On fait mystère des travaux mômes qui se font au fort St-Julien et à Gascacs, à l'entrée du port, bien que deux miUe hommes y travaillent journellement. C'est le frère du comte d'Oeyras qui dirige ces travaux, quoique prêtre et principal de la patriarcale. Le comte ne se fie qu'à ses proches (2). >
c C'était ce despotisme affreux, disaient encore les États dans le discours cité plus haut, qui était par système l'ennemi de l'humanité, de la liberté, du mérite et de la vertu. Il peupla les prisons ; il les rem* plit de la fleur du royaume ; il désespéra le peuple par ses vexations en le réduisant à la misère. C'est lui qui fit perdre de vue le respect dû à l'autorité du Souverain Pontife et à celle des évêques. Il opprima la noblesse, il infecta les mœurs, il renversa la législation et gouverna
(1) Biographie, p. 275. ^ St^Priest, p. 19.
(2) Biographie, p. 269.