LÀ BESTHÛGTION DE L'ENSEIGNEMENT CHRÉTIEN
et composée de ses créatures, et livré par elle à Vinconfldence ou à Pom* bal lui-même, qui le fit étrangler et brûler dans un auto-da-fé solennel, non plus comme complice des précédents, mais pour crime de sorcellerie, joignant, dit Voltaire lui-môme, l'excès du ridicule et de l'absurdité à l'excès d'horreur (1). »
Cependant les jésuites étaient divisés en trois parts. Les novices et scholastiques des premiers vœux étaient soumis par Pombal, sans aucune ombre de procédure, à tous les genres de pro« messes, de menaces et de vexations propres à les amener au renoncement de leur vocation. Les profès furent jetés sur les terres du pape, en Italie, avec les premiers, qui refusèrent en grande majorité d'apostasier. Entassés par centaines dans des navires de commerce, exposés à toutes les intempéries, sans provisions, où le pain et Teau manquaient à dessein, ils furent jetés successivement, poussés par les vents, dans les ports d'Espagne, où ils furent abondamment secourus, et enfin à Civita-Vecchia, où ils furent salués avec admiration. Trois fois ces transports se renouvelèrent ; le dernier se composa des missionnaires amenés de la Cafrerie, du Brésil, du Malabar, de tous les lieux où ils répandaient la civilisation avec la foi catholique. Seulement, plus de deux cents, dont plusieurs français, italiens, allemands, furent retenus pour assouvir la rage de Pombal dans les cachots du Tdge, où 81 périrent de misère et de souffrance (2).
(1) Chute, etc., p. 17, 18, 25. — Histoire eedétiastiquey HodHoiIi t. X, p. 392.
(2) Cl Ce 80Dt des cachots souterrains, obscurs et infecls, écrivait l'un d'eux, où il n'entre de jour que par une ouverture de trois palmes de haut sur trois doigts de largo. On nous y donne un peu d'huile pour la lampe, une modique et mauvaise nourriture, de la mauvaise eau souvent corrompue et remplie de vers, et une demi- livre de pain par jour. On ne nous accorde les sacrements qu'à la mort, et U faut que le danger soit attesté par le chirurgien ; et comme il demeure hors du fort et qu'il n'est permis à personne de nous parler, il n'y a aucun secours spiri* tuel ni corporel à espérer pendant la nuit.
c Gos cachots sont remplis do quantité de vers et d'autres insectes et de petits animaux qui m'étaient inconnus. L'eau suinte sans cesse le long des murs, ce qui fait que les vêtements et autres choses y pourrissent en peu de temps ; aussi le gouverneur du fort disait-il dernièroment : Chote admirable, tout le pourrit pron^te^ ment ici ; il n*y a que les pères qui s'y conservent !
« A la vérité, nous paraissons conservés par miracle, ifQn de souffrir pour Jésus* Christ. Nous sommes dans l'aRliclion, et cependant presque toujours dans la Joie, quoique a'ayant pas un moment sans quelque souffrance et presque nus ; il y en a poi:^ d'entre nous qui conservent quelques lambeaux de sôuiane. A peine pou* vons-nous obtenir de quoi nous couvrir autant que la modestie l'exige. Un tissu de je ne sais quel poil à pointes aiguës nous sort de couverture ; un peu de paille est tout notre lit ; elle pourrit en peu de temps, ainsi que la couverture, et ce n'est