POMBAL ET LA DESTRUCTION DES JÉSUITES
Plus de cent languirent dix-huit ans dans ces sépulcres jusqu'à la mort du roi, esclave de son libertinage et de son ministre. Un tribunal, composé du Conseil d'État et des hommes les plus recommandables par leurs lumières et leur intégrité, fut chargé par le nouveau roi et la nouvelle reine de revoir la sentence du prétendu attentat contre le roi, et après l'audition de 80 témoins, elle fut cassée, déclarée injuste et sans fondement, et il fut déclaré à la presque unanimité que les personnes tant vivantes que mortes qui furent justiciées, ou exilées, ou emprisonnées en vertu de la sentence, étaient toutes innocentes du crime dont on les avait accusées- Les fatales prisons s'ouvrirent, et l'on vit sortir de dessous terre et reparaître parmi les vivants huit cents personnes crues mortes depuis longtemps ; c'était le reste de neuf mille enlevés à l'État par la haine, la férocité ou les soupçons du ministre, sans interrc^atoire et sans jugement. Les jésuites survivants parurent avec les autres à demi-nus, sans autre vêtement que la paille qui leur servait de lit, le teint livide, le corps enflé, si faibles pour la plupart qu'ils ne pouvaient ni marcher, ni presque se soutenir, plusieurs privés de l'usage de la vue par les ténèbres profondes où ils avaient été plongés, quelques-uns enSn les pieds pourris et rongés par les rats et les insectes.
Carvalho fut condamné à restituer des sommes immenses extorquées sous divers prétextes, et relégué, par considération de son grand âge et des signatures du feu roi dont il s'était fait garantir, à sa terre de Pombal, où en 1829 les jésuites rappelés par don Miguel rendirent les derniers devoirs à son cadavre, privé jusquelà de sépulture. Sur ces entrerailcs arrivèrent des Indes dix-neuf caisses à l'adresse du marquis de Pombal, pleines d'argenterie et de pierres précieuses enlevées au tombeau de saint François Xavier, à Goa, où la reine indignée les fit renvoyer sur-le-champ. Des confiscations, ou plutôt un pillage de ce genre, avaient eu lieu dans toutes les maisons et églises des jésuites en Portugal et aux colonies. A Porto, un parent du ministre, chargé de la saisie, se distingua par sa barbarie et son impiété. Il laissa trois pères mourir misérablement, faute de médecin et de remèdes. Ajoutant le sacrilëge à l'inhumanité, il fit ouvrir le tabernacle et vider sous
souvent qu'après en avoir manqué longtemps que nous pouvons en obtenir d'autre. »
(Lettre du P. Laurent Kauler, rapportée, ainsi que quelques autres, dans le Jour^ mal de la Littérature et des Ar te du protestant Ghrislopho de Murri t. IV, p. 306.)
56 LÀ DÈSTadGTÎON DE L^ENSÈIGNEMKNT dERéxiEN
ses yeux le saint ciboire dont il s'empara et qu'il mit dans les balances d'un orfèvre pour le lui faire peser sur Tautel même.
« Qui croirait, dit Toraison funèbre du roi Joseph, prononcée à Lisbonne en 1777^ qu'un seul homme, en abusant de la confiance et de Tautorité du roi, put durant l'espace de vingt ans enchaîner toutes les langues, fermer toutes les bouches, resserrer tous les cœurs, tenir la vérité captive, mener le mensonge en triomphe, effacer tous les traits de la justice, faire respecter l'iniquité et la barbarie, dominer l'opinion publique d'un bout de l'Europe à l'autre ? »
La Franc-maçonnerie seule peut l'expliquer.