III. — L'abolition des jésuites en Frange
Quant aux exécuteurs français, Choiseuî et M"* de Pompadour, leur affiliation à la secte maçonnique demande de moins longues preuves, a Les philosophes avaient sur Choiseuî, dit son panégyriste, M. de St-Priest, u/ne influence qu'il tâchait de se dissir muler, mais il retombait toujours sous leur Patelle (1). » Ses excuses à Voltaire, quand il lui était arrivé de faire quelque chose qui déplaisait à la secte, démontrent surabondamment que, loin de se dissimuler son influence ou son autorité sur lui, il l'accep* tait en disciple ou adepte docile.
« La faveur de Ghoiseul, déjà grande, s'accrut à la mort de M"^' de Pompadour de toute celle qu'elle avait possédée, de manière à ne pas môme échapper au soupçon bien ou mal fondé d'avoir contribué à hàtcr le trépas de cette maitrçsse dont le pouvoir était si absolu, et que Louis XV oublia si facilement. Sans en avoir le titre, il obtint tous les pouvoirs de premier ministre, les honneurs qu'il voulut, les richesses qu'il lui plut d'accumuler, et n'en devint que plus acharné contre les jésuites, qu'il avait des motifs particuliers de haïr, motifs que Ton a crus fort différents de ceux qu'il faisait publiquement valoir.
« Lié avec les chefs du parti philosophique, dont il était le disciple, poussé par eux et par une perversité égale à la leur, cet homme, devenu le maître de la France, avait conçu le projet insensé, — et des lettres DB SA HAiN EN FONT FOI, — do détruire dans le monde entier l'autorité
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da pape et la religion catholique. Or, l'entière destruction d'un ordre religieux si fortement constitué, et qui, répandu dans les deux hémisphères, soutenait et propageait de toutes parts la pureté de la fol et la plénitude de cette autorité apostolique, devenait la condition première d*un semblable projet : il s'y porta donc de toute l'activité de son esprit, nourri d'intrigues et de fraudes (1). i
L'historien des sectes et sociétés secrètes, M. Lecoulteux de Ganteleu, s'exprime ainsi :
c Le besoin qu'avait le duc de Ghoiseul de se rendre populaire, la tendance même de son esprit caustique et incrédule, le poussaient vers la protection des doctrines dites alors philosophiques. Il se laissait aller à la douce et orgueilleuse persuasion qu'il était un esprit fort, ami dei lumières et du progrès. De leur côté, les philosophes étaient descendus an dernier degré de bassesse à son égard. Aucun éloge ne leur coûtait, poarvu que le pouvoir retirât sa main à la foi religieuse et laissât la .société se corrompre sous les progrès de l'Encyclopédie. Ce fut pendant les deux dernières années du ministère Ghoiseul que furent publiés les livres les plus abominables, non-seulement contre la religion, mais encore contre la morale publique et contre tous les principes de gouver* nement et de civilisation. D'Argens, d'Holbach, Hehétius, vivaient dans la société de Ghoiseul, et c'était avec Yaide des A/faires étrangères que les plus mauvais livres trouvaient à circuler (2). »
Voltaire, leur grand mattre à tous, ne rougissait pas de lui écrire :
c Votre décrépite marmotte vous adorera du culte d'hyperdulie , tant que le peu qu'il y a de corps sera conduit par le peu qu'il y a d'âme... Il y a 60 ans, Monseigneur, que je cherche ce que c'est qu'une âme, et je n'en sais encore rien (3). »
Du reste les mémoires du temps ont fait connaître la moralité du ministre et de la courtisane. Ils furent les principaux auteurs des résistances séditieuses du parlement à la royauté. Choiseul, quoique ministre , eut même Tinsolente audace de répondre au grand dauphin qu'il pourrait avoir le malheur de devenir son sujet, mais qu'il ne serait jamais son serviteur^ et M. de St- Priest avoue que la responsabilité Vam'ait perdu dans un gou-
(t) De 81- Victor, Tableau de Paris, (• IV, douzième partis, p. 342 et soIt,
(2) Les Secte» et les Sociétés secrètes^ p. 125.
(3) 1766, nus autre date.