‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 21 sur 151 · LA DESTRUCTION DE L'ENSEIGNEMENT CHUÉTIBN · texte numérisé non relu

LA DESTRUCTION DE L'ENSEIGNEMENT CHUÉTIBN

vemement constitutionnel, et qu'une république n'aurait vu en lui qu'un VAT présomptueiuv et prodigue (1).

Quant aux parlements, on trouve aussi leur brevet d'affiliation maçonnico-philosophique dans la correspondance de Voltaire et de d'AIembert, dans les pèlerinages à Ferney des conseillers et maîtres des requêtes, et dans les nombreuses lettres aux principaux membres de ces cours, aurions-nous pu ajouter, s'il eût été nécessaire de les joindre aux premières. L'histoire du reste et les mémoires historiques ne laissent non plus aucun doute sur ce point :

« Les plus dangereux ennemis des jésuites^ dit M. de St- Victor, ceux qui pouvaient servir le plus efficacement la vengeance de la favorite (au sujet de l'absolution qu'ils lui avaient refusée si elle ne quittait la cour), étaient dans le parlement. Nous avons vu que là était le foyer du Jansénisme, et que la secte philosophique y avait aussi ses partisans Ce fut Berryer, fils d'un procureur-général, l'une des créatures

et l'un des espions supérieurs de M"** de Pompadour, et de lieutenant de police devenu par sa protection ministre de la marine, qui prépara les premiers ressorts du cette intrigue, en lui indiquant, comme propres à l'aider dans son projet, trois parlementaires, qui jouissaient dans leur corps d'un grand ascendant : l'abbé de Ghauvelin, l'abbé Terray, l'Averdy (2). »

Quelques mots sur chacun d'eux suffiront pour faire connaître et leur caractère et l'autorité de leurs comptes-rendus.

De VAverdy : de conseiller du Parlement, où il servit la courtisane en titre selon ses souhaits, il devint contrôleur des finances, et fit tout mal, même le bien, dit la Biograpide universelle de Michaud.

L'àbbé Terray : figure ignoble et renfrognée, regard en dessous, cynique d'action et de paroles, tournure de satyre, ce n'est, dit la même biographie, qu'en abandonnant les intérêts de sa compagnie qu'il s'acquit la protection de Madame de Pompadour. Devenu rapporteur de la cour, et chargé de toutes les grandes affaires, il joua un rôle très-important dans celle de l'expulsion des jésuites. Admis, ainsi que le ministre de la marine Berryer, dans les conseils intimes de la favorite, il combina avec ce minis-

(1) La reeponsabililô a toujours ô(ô un mythe sous las gouToraerneats dominât par les soci6tte socrètes. Elle n'a do réalité que soob le gouvernement d'un roi chrétien et d'honoAtes gens.

(?) TabkaUt etc., t. IV, deuxième partie, p. 323*

l'abolition des JIÊSDITES EN FkANGE 59

Ire et Tabb^ de Ghauvelin le plan d'attaque qui fut si habilemeut conduit contre cette société fameuse. Nommé rapporteur avec son confrère TAverdy pour examiner les statuts de la Compagnie, il fut encore nommé commissaire pour recevoir le serment d'abjuration des jésuites, que le Parlement venait de condamner, sur son rapport, à choisir entre cette apostasie nécessaire pour toucher une modique pension, et la mort de faim avec le bannissement. Dès lors les faveurs furent prodiguées au complaisant rapporteur ; i] cumula les bénéfices et les emplois, accrut considérablement une fortune dont l'origine venait du régent. Il y ajouta encore cinquante mille écus de rente par le monopole des grains vendus par l'Averdy, devenu contrôleur des finances, à une compagniCi avec part des bénéfices pour Terray, devenu ainsi le second de l'Averdy, qu'il trahit bientôt pour en prendre la place. La baronne de Lagarde, la seconde concubine avec laquelle l'Averdy vivait publiquement, vendait assez ouvertement les faveurs du contrôleur général, qui trouvait commode de la payer ainsi, et d'ailleurs partageait avec elle quand la chose en valait la peine. Ce honteux trafic avait rapporté dix-huit cent mille livres en dix-huit mois, lorsqu'une révélation scandaleuse vint tarir pour la concubine la source de ces profits énormes. On peut lire dans le long récit de la Biographie universelle ses concussions, vols et méfaits de tout genre. Il mourut, emportant dans la tombe la haine des familles que ses opérations avaient ruinées, et le mépris qu'inspirait à tout le monde le scandale de ses mœurs... On peut en eflet le mettre au nombre des hommes de cour ou d'église, qui sous le règne de Louis XV ont le plus contribué à la dégradation de la monarchie en affichant le vice triomphant à côté du trône (1).

L'abbé Chanivelin : petit, extrêmement contrefait et d'une laideur efDroyable : il avait à toutes les occasions pris une part trèsactive à la guerre contre le clergé et les évoques dans les affaires du JansénismOi ainsi qu'aux résistances aux volontés du roi (2) •

Confrère de Piron dans la loge d'adoption, ou la Paroissôy de Madame Doublet, consulteur ordinaire de Mademoiselle Clairon pour les pièces de théâtre, et choisi par cette fameuse Frétillon pour ce rôle édifiant, en compagnie d'un des plus infâmes tem*

(1) Biographie univerteUe, t. IH, p. 112, t. LV, p. 176, 177, 189. (t) Corretpondanee générale^ 1750.

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pliers et d'un des plus grands ennemis du Christianisme, dans les loges et Tintimité de Frédéric, enfin courtisan habituel de Voltaire : voilà le conseiller clerc choisi par l'intègre parlement de Paris pour foudroyer la morale relâchée des jésuites et anathématiser comme attentatoire à l'Église et à ses conciles généra/ux leur institut, déclaré pieux par le concile œcuménique de Trente.

La Chalotais : procureur-général du parlement de Rennes, «était célèbre, d\X\dL Biographie universelle ^q^iùlzxjA^ pour un procès criminel qui divisa la cour et les parlements du royaume, amena le renversement des grandes magistratures, et fut l'époque de la plus forte atteinte portée à l'autorité royale avant la Révolution de 1789. Il était lié avec le philosophe Duclos, son compatriote, ami de d'Alembert, de l'abbé Mably et autres gens de lettres de la même espèce. »

De tous les Comptes-rendus contre les jésuites, celui de La Chalotais fit le plus de sensation ; et cette sensation, dit M. de St- Victor, fut prodigieuse ; on se l'arrachait, on en dévorait les pages, on croyait à toutes ces infamies que le silence des jésuites semblait confirmer, et un cri presque universel s'éleva contre l'institut (1). Or voici, d'après un témoin bien informé, quelle était l'origine du fameux compte-rendu.

L'abbé Georgel raconte qu'il se trouvait chez le prince Louis de Rohan (que la secte regardait comme un adepte) à un dîner auquel avait été invité M. de La Chalotais, et où se trouvaient réunis, entre autres convives, Buffon, Duclos, d'Alembert et Marmontel.

€ Quelqu'un, voulant faire sa cour à Tauteur présumé du Compte^ rendu à la mode, fit tomber la conversation sur les jésuites. M. do La Chalotais, qui savait sa diatribe par cœur, en fit fort bien les honneurs

J'avais fait pour le prince, quelque temps auparavant, un petit travail qui démontrait à quel point l'ouvrage du magistrat breton avait tronqué, altéré et falsifié l'institut. Interpellé par lui et provoqué par M. de La Chalotais lui-même, je me trouvai tout à coup entré en lice avec ce redoutable athlète. Le combat, commencé avec sang-froid et sans fiel, se prolongea avec chaleur d'une manière très-pressante. L'issue n'en fut pas heureuse pour le Compte-rendu, L'Inslitui, édition de Prague, et le Compte-rendu furent apportés et confrontés ; les altérations étaient palpables. L'extrême embarras du procureur-général fut remarqué de tous les assistants ; il sortit, pour ne point entendre sans doute

(1) faMeau de Parti, U rV| douxième partie, p. 334.

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les réflexions que cette vérification faisait naître. Le triomphe de Vlnsti" tut fat complet ; on pamt persuadé que M. de La Ghalotais n'était point l'auteur de son Compte^rmdu (1). »

L^opinion publique l'attribuait, pour la rédaction à Tami du procureur-général, d'Alembert, et ce n'était pas là la moindre cause de son succès. Quoi qu'il en soit, voici ce que d'Alembert en écrivait lui-même au grand maître Voltaire, 31 mars 1762 :

« Yous ne me dites rien du mémoire de M. de La Ghalotais. C'est, à mon avis, un terrible livre contre les jésuites, d'aatant plus quHi est fait avec modération. C'est le seul ouvrage philosophique qui ait été fait jusqu'ici contre cette canaille. »

Les réponses de Voltaire au procureur-général sont une trop fidèle analyse du Compte-rendu^ en montrent trop bien l'esprit, ainsi que l'origine et le plan commun de tout le complot contre les jésuites et les collèges, pour que nous n'en citions pas les principaux passages.

€ J'étais à la mort, Monsieur, lorsque j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré ; je souhaite de vivre pour voir les effets de votre excellent Compte-rendu. Je ne savais pas que vous m'eussiez fait l'honneur de me renvoyer, et que j'avais deux remerciments à vous faire, celui d'avoir éclairé la France, et celui de vous être ressouvenu de moi.

« Votre réquisitoire a été imprimé à Genève, et répandu dans toute l'Europe avec le succès que mérite le seul ouvrage philosophique qui soit jamais sorti du barreau. Il faut espérer qu'après avoir purgé la France des jésuites, on sentira combien il est honteux d'ôtre soumis à la puis* sanee ridicule qui les a établis. Vous avez fait sentir bien finement l'ab^ surdité d'être soumis à cette puissance, et le danger ou du moins l'inutilité de tous les autres moines qui sont perdus pour VÉtat et qui en d^orent la substance»

« Je Yous avoue. Monsieur, que c'est une grande consolation pour moi de voir mes sentiments justi/Us par un magistrat tel que vous. Il faut que je me vante d'avoir le premier attaqué les jésuites en France. »

Cette lettre à M. de La Chalotais, procureur-général du parle* ment de Bretagne, est datée des Délices, 17 mai 1762. On y voit que le Compte-rendu de l'ami de d'Alembert était la manifestation des sentiments de Voltaire, et que son but, en détruisant les jésuites, était de détruire tous les autres corps religieux et surtout la papauté elle-même, et avec elle la religion chrétienne.

(1) Mémoire$t 1. 1, p. 80»

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Dans la lettre da 11 juillet, le grand re fondeur de toutes les histoires loue le procureur-général d'avoir confondu les jésuites et instruit les historiens, «c Le mémoire que vous avez daigné m'envoyer, lui dit-il, est très-plausible. » Il s'agit là des parlements substitués aux états généraux et placés par lui-même audeg^s des rois, et il lui reste là-dessus quelques scrupules à dissiper. Mais il finit par les résoudre lui-même, en disant que tout dans l'univers, et la religion surtout, est fait de pièces et de morceaux, que la société humaine est un naufrage d'où les pauvres diables comme lui se sauvent comme ils peuvent :

« Pour Y0U8, Monsieur, qui avez une belle place dans le vaisseau, c'est tout autre ehose ; vous avez jeté Loyola à la mer, et votre vaisseau n'en va que mieux Cependant il y a toujours une douzaine

de jésuites à la Cour ; ils triomphent à Strasbourg, à Nancy ; le pape donne en Bretagne^ chez vous, oui, chez vous, des bénéfices quatre mois de l'année; vos évêques, prohpudor ! s'intitulent évéques par la grâce dusaint' siège, etc., etc. Monsieur, vous me remplissez de respect et d^espé" rance, i

Et le 21 juiUet:

c Je crois. Monsieur, que c'est à vous que je dois la réception de vo« tre nouveau chef-d'œuvre (le 2* compte-^rendu)... Ces deux ouvrages sont la voix de la patrie qui s'explique par l'organe de Téloquence et de Térudition. Vous avez jeté des germes qui produiront un jour plus qu'on ne pense, et quand la France n'aura plus un maître italien qu'il faut payer, elle dira : C'est à M. de La Ghalotais que nous en sommes redevables» »

Mais passons au procureur-général du parlement d'Âix, Ripert de \fontclar. Loué par tous les pbilosopbes maçons, propagé par eux dans toute rEurope,son Compte-rendu offrait le même esprit philosophique que celui de La Chalotais, et les nombreuses falsifications de textes que Ton y a relevées montre assez dans quel esprit il Tavait fait. Peu d'années aupararavant Marmontel le signalait comme un des hommes les plus engagés dans le mouvement philosophique (1).

Non content de calomnier, il fit aussi un mémoire peur la saisie d'Avignon, et accompagna le général qui Topera, sur l'ordre de Choiseul, pour forcer le pape à détruire canoniquement les jésuites, comme le montre Flassens dans son Histoire de la diplomatie, d'après les instructions données à l'ambassadeur de FrancCi

(1) Mémoires, U U,p. 2'2.

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à Naples, pendant que Tanucciydans le même dessein, faisait occuper la principauté de Bôpôvent (1).

Nous ne dirons rien en particulier des Comptes-rendus de MM. Riquet et Cantelauze et Chalvet à Toulouse, Charles à Rouoi, Dudon à Bordeaux, Castillon à Âix, Joly de Fleury à Paris, Sa« .lelles au conseil de Roussilion, Tolozan à Lyon, Servan à Grenoble. Tous sont rédigés dans le même esprit : mêmes textes tronqués ou falsifiés, mêmes contradictions, mêmes calomnies, même opposition au pape et au clergé, annonçant une source commune et un même complot.

A peine la dénonciation de Tabbé Ghauvelin avait-elle été prononcée, dit M. de 8t- Victor, qae toutes les presses du parti s'en étaient emparées ; on l'avait répandue avec profusion dans les provinces, et à ce signal convenu, tout avait commencé à fermenter dans les autres parle* ments. Trois avocats et procureurs généraux, Joly de Fleury à Paris, Montclar à Aix, La Ghalotais à Rennes, s'étaient mis sur-le-champ à ToBuvre ; un atelier de jansénistes, établi aux Blancs-Manteaux, leur fournissait des matériaux, composés, suivant les traditions de polémique de la secte, de textes altérés^ isolés, tronqués, falsifiés ; des plumes plus exercées que celles de ces magistrats étaient employées à revêtir ces compositions mensongères de tous les prestiges de i*art oratoire et des formes les plus énergiques de la satire. Ge fut ainsi qu'ils publièreqt des CompteS'rendus ; l'écrivain choisi pour polir le travail de La Ghalotais s'était montré le plus adroit et le plus éloquent. Ge fut le compterendu qui fit le plus de sensation (2). »

Les jésuites furent donc chassés de leurs collèges, condamnés

(1) Quant au désîDlôresâemeat antique de M. Bipert de Montclar, voici ce qu'en érriTait Mme du Deffand, lo 19 octobre 1769, à la suite par conséquent de tous les KnrieM reodas par lui à la Maçonnerie philosophique :

c Monsieur de Montclar fût l'autre Jonr chez M. le duc de Gholseul, qui lui dit : Je oottf fais wum compliment sur la pension de 5^000 fr. que le roi vous donne sur les affaires élrawQères. Eosulte il alla chez M. le chancelier, qui lui dit: Je vous fais «0» compliment sur la graiifica^ion annuelle que le roi vous donne iur les États êe Proemyoe, Pois il alla chez M. de 8t*Florentin, qui lui dit : H vous fais mon compliment sur le remboursement que le roi vous fait de votre charge, 11 voulait aller chez l'évèque d'Orléans (le maçon de Jaucourt, plus tard apostat), espérant un eompUment sur le don de quelque bénéfice. 9 {Lettres de Mme du Deffand, tom. I, p. 3»).

L'on ea( benrenz de dire ici que Montclar, avant de mourir, rétracta ezprewé-

ment tons les écrits impies et calomnieuT qui avaient paru sous son nom, et voulut

que n rélracfalion fût publiée en chairs par le vicaire de sa paroisse. L'évèque

d'Api en fit draesor nn procès-verbal qu'U envoya au iouverain-pontifo, en répa-

ation àm outrages faite au saint-siège.

(^) TakUau de Paris, i, lY, 2« part., p. 383 oi soiv.

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par les parlements à une faible majorité, sans enquête, sans défense, sans témoins entendus, sans être interrogés eux-mêmes, comme en Portugal ; ils furent proscrits en masse et individuellement comme jésuites ; leurs biens, fondations catholiques de leurs collèges ou de leurs maisons faites par eux-mêmes ou librement par des catholiques, furent confisqués ; c'est la jurisprudence ma** çonnique qui s'établit et qui bientôt s'appliquera en grand à tous les prêtres et aux biens catholiques, à tous les nobles et à la famille royale elle-même. Quatre mille religieux, qu'il avait plu à ces tyrans en simarre de placer entre leur conscience et la faim, furent arrachés à leur famille, à leur pays, et forcés d'aller mendier leur pain dans une terre étrangère. Tous cependant ne furent ^pas exilés. L'un d'eux fut pendu pour quelques indiscrétions, et un autre prêtre nommé Rinquet, accusé de s'être émancipé sur les parlements, dans la chaleur de la conversation^ fut également pendu à Paris par arrêt du parlement.

Voltaire, à qui d'Alembert en avait donné la nouvelle en ricanant, lui répondit :

« Pour le prêtre qu'on a pendu pour avoir parlé, il me semble qu'il a rhonneur d'être unique dans son genre. C'est, je crois, le premier depuis la fondation de la monarchie qu'on se soit avisé d'étrangler pour avoir dit son mot. Mais aussi on prétend qu'à souper chez les Mathurins il s'était un peu l&ché sur l'abbé de Ghauvelin. Gela rend le cas plus grave, et il est bon que ces messieurs apprennent aux gens à parler (1). »

Pour les destructeurs en France, ils voulurent, à la façon des victorieux, ériger un monument qui servît à la fois à transmettre à la postérité et les noms des vainqueurs et les conséquences de la victoire. Dans le vaste établissement du noviciat des jésuites à Paris, on établit, d'un côté, la grande loge maçonnique ou temple des Neuf Sosu/rs, où devait se faire bientôt l'apothéose de Voltaire comme maçon et comme premier des vainqueurs ; et de l'autre, une maison, rassemblement organisé de prostituées, un temple de Vénus.

Du reste, en France comme en Portugal, les biens des jésuites furent mis en vente et dilapidés, leurs magnifiques églises dépouillées, et leurs précieuses bibliothèques dispersées : c'étaient là tous leurs trésors. Partout ailleurs on ne voyait chez eux que simplicité et pauvreté ; et il le fallait bien, puisque, d'après le relevé

;0 D'Alembert, 42 Janvier ; Voltaire, 18 février 1763.

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fait alors des revenus de la société de France et du nombre des individus, qui allait à plus de quatre mille, on a assuré qu'ils avaient environ 350 francs par tète. Quoi qu'il en soit, les créanciers ne profitèrent pas de leurs dépouilles ; ils se consumèrent en frais que la chicane et les agents du parlement rendirent inutiles. Les premiers frais de justice pour un seul collège passèrent 50,000 francs. Le recouvrement pur et simple d'une somme de 500 francs emporta 600 francs de frais, et un huissier, gardienséquestre d'un collège considérable, disait à qui voulait l'entendre qu'il ne donnerait pas ses gains pour 12,000 francs. On essaya même de faire passer frauduleusement des bibliothèques entières en pays étranger pour les y vendre (1).

Aussi Maury put dire à la Constituante, dans la discussion sur les biens ecclésiastiques :

c Un fait assez récent atteste les inconvénients de ces règles fiscales : quand les jésuites furent supprimés, on exaltait partout leur opulence ; à peine leurs biens furent-ils entre les mains des séquestres, qu'ils détinrent insuffisants pour payer la pension indécemment modique qui lenr avait été promise. Les propriétés de cette société célèbre ont dispara sans aucun profit pour l'État. Nous vous citerons, en preuve anticipée de vos mécomptes et de notre détresse, le déplorable exemple de ces institutions vraiment utiles qui, devenues recommandables à tant d'autres titres, intéressaient encore infiniment la nation sous des rapports purement économiques ; le salaire d'un seul professeur coûte quelquefois plus aujourd'hui que la dotation d'un collège tout entier de jésuites (2). »

(1) SI- Victor, Pombal, Choi$eul, etc., P* 73.

(2) Lallemaad, Choix de rapports, discourt, etc., Paris, 1818, t*I, p. 120*

Un reloTé de l'état des collèges des jésuites et de leurs revenus au moment de leuf abolitioDy fait dans les bureaux du contrôleur général et conservé aux archives nationales, con lient en substance les réflexions suivantes :

€ Les lettres du roi qui les supprimèrent en confièrent l'exécution aux parlements. Chaque coropagnlo nomma un certain nombre de conseillers chargés de procéder à la liquidation des dettes des maisons des Jésuites ; ils s'emparèrent de leurs biens qui étaient fort considérables ; mais rien ne revint au roi de cette liquidation— (l'auteur de ces états se plaint de ce qu'on n'ait entrepris aucune œuvre charitable avec ces biens}.— L'on remarqua seulement que presque partout les messieurs da parlement chargés de cette liquidation s'onrichirent subitement. Les tecrétaires de ces commissions achetèrent à cette époque presque tous des charges qui les aaoIïlirBiit. b

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