IV. — L'abolition des jiésuites en Espagne et a Naples
d'Aranda et TANNUCa
Là les procédés employés furent encore plus violents et plus tyranniques.
« D'Aranda, chef du conseil, Monino, Roda, Campomanès, ministres inférieurs, sont certainement imprégnés du,, venin des doctrines modernes^ avoue de St-Priest lui-même. Les encyclopédistes qui les accablaient de leurs louanges montraient assez par là qu'ils étaient des leurs. Ils firent nomfner Campomanès correspondant de l'Académie des Belles-Lettres, et ce fut sur la présentation d'un des plus illustres maçons des deux mondes, Franklin, qu'il fut nommé membre de la Société philosophique de Philadelphie. Mais d'Aranda l'emporta sur tous les autres par la libre-pensée. Premier grand maître de la Franc-maçonnerie en Espagne (1), il méritait sous tous les rapports de devenir le se* cond de Ghoiseul dans cette conjuration impie.
« Le comte d'Aranda, écrivait le marquis de l'Angle, voyageur avancé dans la philosophie maçonnique, comme on va voir, est le seul hom" me peui-4tre de qui la monarchie espagnole puisse s'enorgtieillir à pré» sent : c'est le seul espagnol de nos jours que la postérilé puisse écrire sur ses tablettes. C'est lui qui voulut faire graver sur le frontispice de tous
(1) Voici ce qu'on Ut dans une communication adressée par le Grand-Orient d'Bs* pagne au Monde maçonniquey août 1875 :
« La première loge fut fondée à Madrid en 1728. par le duc do Wharton, sous la dépendance de la grande loge d'Angleterre : f Devenue souveraine on 1767, elle c nomma pour premier grand mal(re le comte d'Aranda, qui venait d'expulser les c Jésoitea. La Maçonnerie put alors seoonsidérer comme arrivée au pouvoir. On lui c arrangea un temple dans une propriélé de l'ÉUU, Et la loge -se réunissait encore c là en 1848.. . sur le plafond d'un grand escalier et cachée au fond do longs coua loirs. Deux escaliers tournants étaient ménagés eotro les murs de Tédiflce pour € échapper au besoin à quelque surprise. L'un conduisait par une voûte souterraine f à l'égoûtdu Prado, l'autre par une autre voûte à un élégani cabinet réservé que c le comte d'Aranda avait en sous-sol dans la maison,,. (I) •
c Dans ce cabioei le comte d'Aranda recdvail ses intimes sans oublier V^hora^ lion des projets qui rendirent son nom célèbre. Grâce à son influenco, la Maçonnerie 80 répandit ou Ëspague et en Amérique, où elle est Qèro de lui devoir son indépendance et la forlo coQAlitulion oui lui a permis d'y résister contre tant d'efforts. »
L*AB0LIT10N DES JlésUITES EN ËSPAGNE ET A NaPLBS 6Î
les temples et réunir dans le môme écusson les noms de Luther, de Calvin^ de Mahomet, de William Ponn et de Jésus-Christ. C'est lui qui voulait faire vendre la garde-robe des saints, le mobilier des vierges, et convertir les croix, les chandeliers, les patènes, etc., en ponts, en auberges et en grands chemins (1 ) . »
Aussi, digne précurseur des francs-maçons de 1793, rappelé au conseil d'Espagne en 1792, d'Aranda se fit-il renvoyer de nouveau pour s'être opposé à la guerre coutre la République française et à la défense de Louis XVI.
c Enivré, dit le protestant Schœll, de l'encens que les philosophes français brûlaient sur son autel, il ne connaissait pas de plus grande gloire que d'être compté parmi les ennemis de la religion et des trônes. »
Le 5 avril 1768, moins d'un an après la destruction des jésuites en Espagne, d'Alembert écrivait à Voltaire :
c II y a ici un jeune espagnol de grande naissance et du plus grand mérite, fils de l'ambassadeur d'Espagne à la cour de France, et gendre du comte d'Aranda qui a chassé les jésuites d'Espagne. Vous voyez déjà que ce jeune seigneur est bien apparenté ; mais c'est là son moindre mérite; j'ai peu vu d'étrangers de son âge qui aient l'esprit plus Juste, phtt net, plus cultivé, plus éclairé; soyez sftr que je n'exagère nullement. Il est près de retourner en Espagne, et il est tout simple que, pensant comme il fait, il désire de vous voir et de causer avec vous. . . Ce qu'il vous dira de l'Espagne vous fera certainement plaisir ; il est destiné à y occuper un jour de grandes places, et il peut y faire un grand bien. Je dois ajouter qu'il aura avec lui un autre jeune seigneur espagnol, nommé Yilla-Hermosa, qui doit avoir du mérite, puisqu'il est ami de M. le marquis de Mora. C'est le nom de celui qui désire vous voir. >
Et Voltaire lui répondait le l*' mai :
c Mon cher ami, mon cher philosophe, que l'être des êtres répande ses étemelles bénédictions sur son favori d'Aranda, sw son très^her Mora et sur son bien-aimé Villa-Hermosa. Un nouveau siècle se forme chez les ibériens. La douane des pensées n'y ferme plus l'allée à la vérité ainsi que chez les welches. On a coupé les griffes au monstre de Tinquisition, tandis que chez vous le bœuf-tigre frappe de ses cornes et dévore de ses dents... Je me recommande à votre amitié et à celle des frères. Puissent-ils être tous assez sages pour ne jamais imputer à leurs frères ce qu'ils n'ont dit ni écrit ! Les mystères de Mithra ne doivent point être dtvulguéSf quoique ce soient ceux de la lumière. »
(1> Voffdife en Espagne^ t. I, p. 127, — Histoire de la chute des Jéeuitest p 53. universelle, t. VI, p. 650.
6d LA DESTRUCTION DE L^ENSEIGNEMSNT CHRETIEH
0 Maçonnerie, c'est bien là ta pensée, ton secret et ton style !
Le duc d'Albe, Huercar, partageait ces idées. Ministre de Ferdinand VI, il s'était faitTapôtre des innovations et l'excitateur de la haine contre les jésuites. Ses intrigues venaient de renverser le ministère d'Ensinada, le Colbert de l'Espagne, dont la probité, le travail et l'économie venaient de restaurer la marine, le commerce et les finances espagnoles (1).
c Deux ans après la suppression des jésuites en France, en 1766» c'était le tour de l'Espagne, écrit M. de Saint-Priest. On portait alors à Madrid de grands chapeaux à longues ailes, semblables à celui que Beaumarchais donne à Basile. Dans Tardeur des réformes, qui alors s'appliqua aux petites comme aux grandes choses, le roi Charles III Toulut les supprimer. Le ministre Squillace défendit les capas et les chambergos (grands manteaux) ; mais ce ministre était napolitain ; les espagnols ne voulurent pas obéir, ils se révoltèrent. Squillace fut assiégé dans sa maison, qui s'écroula sous mille bras ; le ministre n'échappa à la mort que par la fuite. En vain les gardes wallones marchèrent contre le peuple ; en vain le roi lui-môme harangua les séditieux du haut d'un balcon ; ni la force armée, ni la majesté royale ne parvinrent à apaiser le tumulte ; seuls les jésuites y réussirent avec tant de facilité qu'on les accusa d'avoir fomenté l'émeute. »
Espagnols, connus de tout le peuple par leurs collèges, leurs catéchismes et leurs congrégations, rien n'étonne dans cette facilité ; tandis que l'excitation à l'émeute sans intérêt et sans cause serait inexplicable de leur part ; sans parler de leur dévoûment au roi et à leur pays, dont depuis près de deux cents ans ils avaient donné tant de preuves.
Lès aveux faits au grand inquisiteur d'Espagne par le duc d'Albe avant de mourir, comme auteur de cette émeute, dans le dessein de la faire retomber su/ les jésuites, aveux envoyés par écrit à Charles III lui-même, dit le journal du protestant Christophe de Murr, ne laissent aucun doute sur l'origine de ce mouvement populaire.
c Cependant le souvenir de cette émeute s'effaçait rapidement, et à force d'ôtre impunie elle fut oubliée. Seulement d'Aranda, chef du conseil, Monino, Roda et Gampomanès, ministres inférieurs, conféraient entre eux par des moyens singuliers et presque romanesques. Monino et Gampomanès se rendaient séparément et à l'insu l'un de l'autre dans un lieu écarté, une espèce de masure. Là ils travaillaient seuls et no
(1) HUMre de la chute deejiiuitei, p. 50.
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communiquaient ensuite qu'avec le premier ministre. Le comte recueillait leurs avis, les transcrivait lui-même, ou chargeait de ce soin de jeunes pages, des enfants dont il ne pouvait se méfier. Jamais les ordonnances, les mémoires relatifs aux jésuites n'ont passé par les bureaux de son ministère. Lui-même portait les diverses expéditions au roi et n'admettait en tiers ni Monino, ni Gampomanès ; il contenait leur amour-propre en leur déclarant qu'il voulait être leur maître, et que cela était juste, parce qu'il jouait sa tête (1). »
C'est un remarquable aveu de faussaire.
Tout à coup les autorités espagnoles, dans les deux mondes, reçoivent des ordres minutés dans le cabinet du roi. Ces ordres, signés par Charles III, contresignés par d'Âranda, étaient munis des trois sceaux. Â la seconde enveloppe, on lisait : « Som peine de mort vous n'ouvrirez ce paquet que le 2 avril 1767, au déclin du jour. »
La lettre du roi leur ordonnait sous peine de mort de saisir immédiatement tous les jésuites et de les embarquer sur des vais* seaux de guerre. Puis, le jour même de l'exécution, parut une pragmatique sanction où Ton lisait :
cl® Que le prince, déterminé par des motifs de la plus haute importance, tels que l'obligation où il est de maintenir la subordination, la paix et la justice parmi ses peuples, et par d'autres raisons également justes et nécessaires, a jugé à propos d'enjoindre que tous les religieux de la Compagnie de Jésus sortent de ses États et que leurs biens soient confisqués ; 2*^ que les motifs justes çt sérieux qui Vont obligé de donner cet ordre resteront pour toujours renfermés dans son cœur royal ; 3® que les autres congrégations religieuses ont mérité son estime par leur fidélité, par leurs doctrines, enfin par l'attention qu'elles ont de s'abstenir des affaires du gouvernement (2). »
c D'après cette pragmatique, un ex-jésuite ne peut rentrer en Espagne sous aucun prétexte ; toute correspondance avec ce pays lui est interdite sous les peines les plus graves ; défense expresse est faite aux autorités ecclésiastiques de souffrir en chaire aucune allusion à l'événement présent ; les espagnols de toutes les classes sont tenus de garder sur ce sujet le silence le plus absolu ; toute controverse, toute déclamation, toute critique et môme toute apologie du nouveau règlement sera réputée crime de lèse^majesté, parce qu'il n'appartient pas aux particuliers de juger et d'interpréter les volontés du souverain. >
(1) SUPrîeat^ HUtoire de la ehuU de$ jésuites^ p. 52, 53, 59, 60.
(2) GiètlQeaa-Joly, Hiitoire des jé$uite$» t. V, p. 296, 297, 298.
70 LA. DÈS'TRWtÏÔN de l'enseignement CÈniÉTIEN
« La procédure contre les j ésuîtes dura un an, dit M. de Saînt- Priest ; elle s'instruisit dans un profond silence, jamais secret ne fut mieux gardé, c'est le chef-d'csuvre de la discrétion espa* gnole. » Le même écrivain prétend que ce motif qui doit rester pour toujours renfermé dans le cœur royal, n'est autre que V émeute des chapeaux,.. Mais s'il en était ainsi, pourquoi tous ces mystères qui tiennent du roman ? Pourquoi pas d'enquête, de témoins, de défense ? Pourquoi ces proscriptions en masse contre tant d'innocents, pourquoi ce secret de d'Aranda avec ses collègues ou plutôt ses complices ? Pourquoi ce mot surtout : R y va de ma tête ! C'est par trop d'absurdités et d'iniquités tout ensemble I Aussi aucun historien ne s'en tient-il à ce tissu d'in* vraisemblances et d'impossibilités.
« Depuis 1764, raconte l'historien prussien, le protestant Schœll, le duc de Ghoiseul avait expulsé les Jésuites ; il persécutait cet ordre jusqu'en Espagne. On employa tous les moyens d*en faire un objet de terreur pour le roi, et Ton y réussit enfin par une calomnie atroce. On assure qu'on mit sous ses yeux une prétendue lettre du père Ricci, général des jésuites, que le duc de Ghoiseul est accusé d'avoir fait fabriquer, lettres par laquelle le général aurait annoncé à son correspondant qu'il avait réussi à rassembler des documents qui prouvaient incontestablement que Charles III était un enfant de l'adultère. Cette absurde invention fit une telle impression sur le roi qu'il se laissa arracher l'ordre d'expulser les jésuites (1). »
L'historien anglican Adam donne la même version qui explique tout, et il ajoute :
« On peut, sans blesser les convenances, révoquer en doute les crimes et les mauvaises intentions attribués aux jésuites, et il est plus naturel de croire qu'un jrar^t ennemi non-seulement de leur rétablissement comme corps, mais même de la religion chrétienne en général, suscita cette ruine (2). »
Ainsi parle Léopold Ranke danns son Histoire de la papauté (3). Ainsi Christophe de Murr, dans son journal cité plus haut ; il ajoute même que le duc d'Albe fit l'aveu, au moment de la mort, de cette lettre supposée ; ainsi parle Sismondi, dans son Histoire des Français ; ainsi enfin l'anglais Coxe, dans son his-
(!) Court d'hiitoire des ÉUUt européeaê^ U XXXiX> p. 163,
(2) Histoire d'Espagne, t. iV, p. 271,
(3) Tome IV, p. 494.
l'abolition des jésuites en Espagne et a Naples 71
toire de TEspagne sous les rois de la maison de Bourbon, pour ne citer que les historiens protestants (1).
En vain Clément XIII prit-il la défense des jésuites espagnols, comme il avait pris celle des jésuites portugais et français ; en vain prit-il à témoin Dieu et les hommes que le corps, l'institution, Tesprit de la société de Jésus étaient innocents ; que cette société était pieuse, utile et sainte dans son objet, dans ses lois, dans ses maximes ; en vain déclara-t-il que les actes du roi contre les jésuites mettaient évidemment son salut en danger, et que, quand même quelques religieux se seraient rendus coupables, on ne devait pas les frapper avec tant de sévérité sans les avoir auparavant accusés et convaincus : tout fut inutile.
D'après les ordres si précis et si rigoureux de Charles III à tous les gouverneurs de ses vastes royaumes, au jour et à l'heure marqués la foudre éclata en même temps en Espagne, au nord et au midi de l'Afrique, en Asie, en Amérique et dans toutes les lies de la domination espagnole. Le secret de cette expulsion fut si bien gardé que non-seulement aucun jésuite, mais encore aucun ministre, aucun magistrat ne s'en doutait, le jour même où elle devait arriver. Tous les vaisseaux de transport se trouvèrent prêts dans les différents ports indiqués. Leurs ordres étaient uniformes : commandement suprême de la part du roi d'aller jeter les prisonniers sur les côtes de l'État ecclésiastique, sans se permettre, sous aucun prétecte, d'en déposer aucun autre part sous peine de mort. Telle fut la marche du comte d'Àranda : il la regardait commme le chef-d'œuvre d'une politique sage et vigoureuse, et aimait encore à en parler longtemps après. C'est de sa bouche que Tautcur des Mémoires que nous suivons ici tient les détails de cet événement. Ce qu'il y eut de singulier, c'est que le secret de l'exécution ne fut pas conQé au duc de Choiseul, V auteur de l'entreprise; on craignait sa légèreté, son indiscrétion et surtout ses épanchements d'amour-propre, dont il n'était pas toujours le maître.
Un certain nombre de jésuites pourtant avaient obtenu, par l'entremise du pape, l'hospitalité dans l'Ile de Corse appartenant alors à Gênes ; mais à peine l'île eut-elle étô cédée à la France, que Choiseul les fit expulser avec une barbarie qui mit le comble à toutes les autres. La manière dont eut lieu cette nouvelle expul-
(1) Tome XXIX, p. 370.
72 LA DESTRUCTION DE L'ENflÈiGNEMENT GHIléTIEN
sion, dit le protestant Schœll, montra sous un triste jour la prétendue philanthropie des coryphées de la philosophie. On jeta les religieux dans des vaisseaux où, par une chaleur étouffante, ils étaient entassés sur le tillac, couchés les uns sur les autres, ex-^ posés aux ardeurs du soleil. Ce fut ainsi qu'on les transporta à Gènes, d'où ils furent envoyés dans les États ecclésiastiques (1) .
Tannucci, aussi ennemi des jésuites que du saint-siége et de la religion, sur l'ordre de Charles III qui l'avait laissé ministre souverain de son fils roi de Naples, copia en tout le ministre d'Aranda. L'arrêt fut imposé à Parme et à l'Ile de Malte, qui dépendait alors en fait de Naples. En Autriche, Marie-Thérèse, gagnée après de longues résistances par son fils Joseph II, qui venait d'être lui-même initié aux mystères maçonniques, à nos mystè-resj écrivait Grimm à Voltaire, céda elle-même en pleurant à Tirapulsion de ces cours et de Rome elle-même, et l'enseignement national catholique disparut presque à la fois dans toute l'Europe, pour faire place aux enseignements qui allaient plus immédiatement préparer la révolution française et l'ébranlement, le renversement des rois et des nationalités.
La destruction des jésuites était le premier coup d'ensemble frappé par les sectes maçonniques contre les institutions fondamentales des nationalités chrétiennes. Elles se débarrassèrent par là d'un ordre dont la science, la fidélité et la force d'organisation étaient un obstacle invincible à leur grand projet de faire pénétrer la révolution dans l'Église, ou plutôt de la faire réaliser par des ministres indignes. En i^ème temps, les sectes avaient apprécié la facilité qu'il y a à ameuter l'opinion avec un mot de guerre contre des fantômes imaginaires, et elles avaient fait concourir les monarchies elles-mêmes à leur plan de destruction. Un pareil succès était fait pour doubler leur audace.
Cependant les sectes n'étaient pas encore à cette époque pleinement concentrées et elles n'étaient pas fixées sur le pays par lequel il fallait commencer la révolution. Quinze années leur étaient encore nécessaires. Mais elles ne perdirent pas un jour en France pour mettre la main sur l'enseignement. Il y a là un ensemble de faits peu connus, qui montrent bien à quel plan systématique se rattachait l'abolition des jésuites et les véritables origines de l'eu-
(1) Cottff <VkUloire dm Étatt européens, t. XXXIX, p. 53.