‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 27 sur 151 · LA PRÉPARATION DE L'EXPLOSION RÉVOLUTIONNAIRB · texte numérisé non relu

LA PRÉPARATION DE L'EXPLOSION RÉVOLUTIONNAIRB

I. — La révolution de 1789 fruit d'un complot d'après ls témoignage de Louis Blanc

Tandis que tous les écrivains révolutionnaires, aveuglément suivis par le grand nombre des conservateurs, répètent que la révolution de 1789 fut la conséquence fatale des abus de Tancien régime et fut inévitablement provoquée par le désordre des finances, voici un historien à la fois plus franc et plus avancé dans la science des révolutions, M. Louis Blanc, qui va nous indiquer, en quelques pages pleines de faits, le rôle prépondérant joué par la Franc-maçonnerie dans le mouvement de 1789. Le but de son Histoire de la Révolution française est de montrer que les classes ouvrières sont en droit de réclamer une nouvelle organisation ; sociale, et que les manœuvres de la bourgeoisie révolutionnaire ' en 1789 lui ont tracé la voie à suivre ; de là sa franchise :

« n importe, dit-il, d'introduire le lecteur dans la mine que creusaient alors sous les trônes, sous les autels, des révolutionnairts bien autrement profonds et agissants que les encyclopédistes. Une association composée d'hommes de tous pays, de toute religion, de tout rang, liés entre eux par des conventions symboliques, engagés sous la foi du serment à garder d'une manière inviolable le secret de leur existence intérieare, soumis à des épreuves lugubres, s'occupant de fantastiques

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cérémonies, mais pratiquant d'ailleurs la bienfaisance et se tenant pour égaux quoique répartis en trois classes, apprentis, compagnons et maîtres : c'est en cela que consiste la Franc-maçonnerie. Or, à la yeille de la révolution française, la Franc-maçonnerie se trouvait avoir pris un développement immense ; répandue dans l'Europe entière, elle secondait le génie méditatif de TAlIemagne, agitait sourdement la France et présentait partout l'image d'une société fondée sur des principes contraires à ceux de la société civile.

« Dans les loges maçonniques, en effet, les prétentions de l'orgueil héréditaire étaient prostrites et les privilèges de la naissance écartés. Quand le profane, qui voulait ôlre initié, entrait dans la chambre appelée cabinet des réflexions^ il lisait sur les murs tendus de noir et couverts d'emblèmes funéraires cette inscription caractéristique : « Si tu tiens aux distinctions humaines, sors: on n'en connaît pas ici 1 » Par-lo discours de l'orateur, le récipiendaire apprenait que le but de la Franc* maçonnerie était d'efifacer les distinctions de couleur, de rang, de patrie, d'anéantir le fanatisme, d'extirper les haines nationales ; et c'était là ce qu'on exprimait sous l'allégorie d'un temple immatériel, élevé au grand architecte de l'univers par les sages des divers climats.

« Ainsi, par le seul fait des bases constitutives de son existence, la Franc-maçonnerie tendait à décrier les institutions et les idées du monde extérieur qui Tenveloppait. Il est vrai que les constitutions maçonniques portaient soumission aux lois, observation des formes et des usages admis par la société du dehors, respect aux souverains. Il est vrai encore que, réunis à la table, les maçons buvaient au roi dans les États monarchiques, et au magistrat suprême dans les républiques. Mais de semblables réserves, commandées à la prudence d'une association que menaçaient tant de gouvernements ombrageux, ne suffisaient pas pour annuler les influences naturellement révolutionnaires, quoique en général pacifiques, de la Franc-maçonnerie. Ceux qui en faisaient partie continuaient bien à être dans la société profane riches ou pauvres, nobles ou plébéiens ; mais au sein des loges, temples ouverts à la pratique d'une vie supérieure, riches, pauvres, nobles, plébéiens devaient se reconnaître égaux et s'appelaient frères. C'était une dénonciation iudirecte, réelle pourtant et continue, des iniquités, des misères de Tordre social ; c'était une propagande en action, une prédication vivante

« D'un autre côté, l'ombre, le mystère, un serment terrible à prononcer, un secret à apprendre pour prix de mainte sinistre épreuve courageusement subie, un secret à garder sous peine d'être voué à l'exécration et à la mort, des signes particuliers auxquels les frères se reconnaissaient aux deux bouts de la terre, des cérémonies qui se rapportaient à une histoire de meurtre et semblaient couvrir des idées de vengeance : quoi de plus propre à former des conspirateurs ? , .

IL — Concentration de la Maçonnerie française sous la

GRANDE MAITRISE DU DUC D'OaLEANS.

Pour que la Franc-maçoniierie passât de la propagande doctrinale et de rinfluence morale à Inaction politique, un travail de concentration et d'organisation était nécessaire. La Franc-maçonnerie se partageait en un grand nombre de rites. Ainsi, en 1779, outre les loges groupées autour du Grand-Orient^ on comptait un grand nombre de puissances maçonniques, dont les principales

(I) Hùlotn de la HévohUion françaite, par Louis Blaoc, t. II, p. 74 à 8t.

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