III. — Les loges d'illuminés de Saint-Martin
La secte à laquelle M. de Lescure appartenait se rattachait à riiluminisme martiniste.
Cette secte, une des plus perverses de toute la Maçonnerie,
(I) Histoire de la Révolution^ t. II, p. 93.
(2J Bairuel, Mémoircê 9ur le Joeobiniemê^ t. IV n ^u.
ôi LA PREPARATION DE L*EXPLOSION RlèvOLUTtONNAtRÊ
avait été fondée par un juif portugais nommé Martinez Pasqualis. De 1754 à 1768, il la propagea dans les loges maçonniques de France sous le nom d'ordre de cohens, ou prêtres (1). Elle reçut après lui un développement considérable du fameux Saint- Martin. On l'a quelquefois, à cause de la similitude de nom, présenté comme le fondateur. Il en fut seulement le théoricien et le philosophe.
Nous avons, dans le premier livre de cet ouvrage, montré comment ce personnage, qu'on a parfois présenté comme un rêveur înoffensif, avait poussé jusqu'à leurs dernières conséquences les principes d'impiété, d'immoralité et d'anarchie contenus dans la tradition maçonnique. Il en avait fait l'objet d'un système particulier, établi dans la loge maçonnique des chevaliers de la bien' f aisance à Lyon, et qui de là avait crôé un certain nombrênTâtëliers correspondants, à Rouen, à Bordeaux,à Avignon, entre autres. Sa valeur intellectuelle, la position des hommes qui s'y étaient engagés, plusieurs sans avoir pénétré son véritable objectif, donnaient une grande importance à cette organisation. Gérard de Nerval raconte dans ses récits sur les illuminés (Paris, Lecou, 1852) que Cazotte, après avoir, dans ses romans, reproduit plusieurs détails sur les initiations, fut menacé de mort, s'il ne s'arGliait pas à leur ordre.
« Il 8*exposait au môme sort qu'avait subi Tabbé Yillars, qui, dans le Comtede Gabalis, s'était permis de livrer à la curiosité publique, sous une forme à demi sérieuse, toute la doctrine des Rose-Groix sur le monde des esprits. Cet ecclésiastique fut trouvé un jour assassiné sur la route de Lyon, et l'on ne put accuser que les sylphes ou les gnomes de cette expédition. . . . •
c L'école des martinistes de Lyon, à laquelle dès lors Gazette s'affilia, professait, d'après Martinez, que l'intelligence et la volonté sont les seules forces actives de la nature, d'où il suit que, pour en modifier les phénomènes, il suffit de commander fortement et de vouloir
cr Martinez, qui avait couvert la France de loges maçonniques selon I son rite, était allé mourir à St-Domingue; sa doctrine ne put se conserver pure et se modifia bientôt en admettant les idées de Swedemborg et de Jacob Bœhm, qu'on eut de la peine à réunir dans le môme symbole. Le célèbre St-Martin se rattacha particulièrement aux disciples de ce dernier. A cette époque l'école de Lyon s'était déjà fondue dans la société des philalèthes,,. Parlant de son séjour parmi les illuminés de Lyon, cet illustre théosophe disait : « Dans l'école où j'ai passé il y a vingt-
(1) Henri Uarlio^ HUloire de France, t. XVI, p. &29.
LES LOGES D*ILLUMIN]ês DE SaiNT-MaRTIN Ô5
eînq ans, les eommunieations de tout genre étaient fréquentes ; j'en ai eu ma part comme beaucoup d'autres. Les manifestations du signe du réparateur y étaient visibles ; j*y avais été préparé par des initiations. Mais, ajoute-t-il, le danger de ces initiations est de livrer Tbomme à des esprits violents, et je ne puis répondre que les formes qui se communiquaient à moi ne fussent pas des formes d'emprunt
« De quelque manière qu'il faille entendre cette expression, il est évident que la société prit dès lors une tendance politique qui éloigna d'elle plusieurs de ses membres. Peut-être l'on exagère l'influence des illuminés, tant en Allemagne qu'en France, mais on ne peut nier qu'ils , n'aient eu une grande action sur la révolution française, et dans le sens de son mouvement. Les sympathies monarchiques de Gazette l'écarièrent de sa direction
« Personne n'ignore l'importance que prirent les sectes d'illuminés I dans les mouvements révolutionnaires. Leurs sectes, organisées sous la ■ loi du secret et se correspondant en France, en Allemagne et en Italie, influaient particulièrement sur de grands personnages plus ou moinjs instruits de leur but réel. Joseph U et Frédéric Guillaume agirent maintes fois sous leur inspiration » (p. 256, 276, 281.)
H. Gérard de Nerval, un peu plus loin, cite plusieurs lettres de Cazotte, datées de 1791, où cet homme excellent déclare que les jacobins étaient les maîtres de la secte : d II y a des coupables de plus d*une robe, » écrit-il à un ami ; et à un autre : a Vous n'êtes pas*im7iéf. Applaudissez-vous-en. Rappelez -vous le mot: Et scientia eorum perdet eos. Si je ne suis pas sans danger, moi que la grâce divine a retiré du piège, jugez du risque de ceux qui restent. » Il finit par périr victime des initiés eux-mêmes. Condamné à -mort par le tribunal révolutionnaire, son président Lavan, ancien membre de la société des illuminés, lui adressa un discours étrange où il lui reprocha « de n'avoir pas eu le cœu/r assez grand pour sentir le prix d'une liberté sainte, » et Texhorta à faire honneur à sa qualité dHnitié, par son courage SOT Téchafaud (1). »
Robison, Fhistorien anglais des sociétés secrètes,qui avait été répaadu pendant de longues années dans toutes les loges du continent, atteste la grande influence du système martiniste à cette époque :
c Pftrmî tous les discours que j'avais recueillis, dit-il, il y en ayail un que le frère Robinet avait prononcé dans la loge des chevaliers bim^
(1) ▼• e» dinoon, p. 296-297. La fta&iUe de Gaiotte en a garanti l'authenticité à Vmateai de eet curieux léeils.
Ô6 LA PREPARATION DE L^BXPLOSIÔW REVOLUTION ï^ AIRE
faisants de la sainte cité à Lyon, lorsque le grand maître de Tordre, le duc de Chartres, depuis duc d'Orléans ei enfin Égalité, Tint la visiter, dans lequel on retrouvait le germe et la substance de son célèbre ouvrage : La Nature ou l'homme moral et physique, et je puis ajouter le Système de la nature de Diderot, On en trouve un que le frère Condor» C6t prononça dans la loge des philalèthes à Strasbourg, où nous voyons le plan de son ouvrage posthume : Les progrès de V esprit humain ; un autre de Mirabeau dans la loge des chevaliers bienfaisants, à Pa« ris, qui est rempli des principes de nivellement et de çosmopolisme.,. Mais les productions les plus remarquables que nous ayons dans ce genre sont les Archives mystico^fiermétiques et le livre Des erreurs et de la vérité. Le premier est une relation historique et dogmatique du sys«* tème de la loge des chevaliers bienfaisants à Lyon. Elle était la plus zélée de toutes les loges cosmopolites de France. Elle travailla pendant longtemps sous la protection particulière du grand maître le duc de Chartres, ensuite duc d'Orléans, enfin Philippe-Égalité. Il se forma dans plusieurs I villes de France des loges qui s'y affilièrent. Celles de Paris, Strasbourg, I Lille et Toulouse, ajoutèrent à ce titre celui de philalèihes. Elles prirent j ensuite le nom à! amis réunis de la vérité. Une de celles formées à Paris BOUS cette dénomination devint très-célèbre. La mère-loge, qui était à LyoUp éteyidit ses correspondances en Allemagne et dans tous les autres pays étrangers, et y envoya des règlements et des systèmes d'après lesquels toutes LES LOGES dirigeaient LEURS OPÉRATIONS.... (Ij.
c Les Archives mystico-hermétiques doivent être considérées plutôt comme un journal, rendant compte des opérations des maçons en loge, et donnant un extrait des doctrines étranges qui y étaient successivement adoptées, que comme l'histoire du système de la Maçonnerie. Mais si on l'étudié avec attention et intelligence, on verra que tout y tend à captiver et éblouir les esprits pour leur faire adopter avec facilité, selon le besoin, les principes les plus licencieux en morale, en religion et en poLniQUB. L'auteur a eu l'extrême adresse de conserver dans son style la plus grande modération ; mais, quelque art* qu'il ait employé pour voiler ses principes, on y découvre à chaque pas Vathéisme, le matériau lisme et l'insubordination. Il séduit en rappelant sans cesse le danger de la superstition et de l'ignorance, et nous laisse croire que, pour parvenir au bonheur, nous devons nous abandonner à la conduite de naspassions, comme au seul guide que la nature nous ait donné.
c L'autre ouvrage : Des erreurs et de la vérité, est dans les mômes principes, et peut être considéré comme VÉcriture Sainte, ou au moins le Talmud des maçons français. »
(1} Robison, Preuves des conspiratitmêùenk'e toutes les religions et les gouverné" menU de l'Europe ourdie» dans les assembléeê teerèles des Uluminéê^ des frane»-^
maçons H il es ttndétés de lecture^ p. 40 à 48.
LES LOGES ©^ILLUMINÉS DE SaINT-MaRTÎN 9*?
Louis Blanc constate aussi Tinfluence du Martinisme sur la marche des événements :
c Le Martinisme fit, dans Paris, de rapides conquêtes ; il régna dans ÂTÎgnon ; àLyon, il se choisit un centre d'où il rayonna jusqu'en Allemagne, jusqu'en Russie. Entée sur la Franc-maçonnerie, la doctrine nouTelle constitua un rite qui fut composé de dix grades ou degrés d'instruction, par lesquels devaient successivement passer les adeptes ; et de nombreuses écoles se formèrent dans l'unique but de trouver la clef du code mystique, de le commenter, de le répandre.' Voilà comment d'un livre, jugé d'abord inintelligible, sortit un vaste ensemble de combinaisons et d'efforts qui contribuèrent à élargir la mine creusée sous des institutions vieillies (1). »
M. de Haugwitz déclarait plus tard que le livre des Erreurs et de la Vérité était la clef de tous les événements de la Révolution, et M. de Maistre, qui entrevoyait certains effets heureux de rébranlement donné aux esprits par ces doclrines dans les pays protestants, s^accordait dans le fond avec Barruel et Robison quand il écrivait, en 1810, dans son mémoire sur riUuminisme :
c Dans un voyage fait à Lyon, il y a trente ans au moins, celui qui écrit ceci eut lieu de se convaincre que les martinistes avaient des grades supérieurs inconnus môme des initiés admis à leurs assemblées ordi- ) naires^ qu'ils avaient un culte, et de hauts initiés ou espèce de prêtres j qu'ils appelaient du nom hébreu Cohen, et il a observé dès lors que 1 tous ces grands initiés ont donné dans la révolution (mais à la vérité j jamais dans les excès). I
U leur a reconnu aussi, en général, une antipathie naturelle contre Tordre sacerdotal et contre toute hiérarchie. A cet égard, il n'a jamais TU d'exceptions. Tous regardent les prêtres, sans distinction, comme des officiers au moins inutiles qui ont oublié le mot d'ordre (2). »
(f ) Biâtoire de la Bévolutionf t. II, p. 103, 104.
(2) Quatre ehapUres iniditt tur la Rwsie, p. 98. M. de Maistre dit un peu plus haat, que les martinittes tirent leur doid, non pas do Saint-Martin, le philosophe inoonnu, mais bien c d'un certain Marlin^Pasquale, qui vécut jadis assez longtemps c en France, et qui mourut en Amérique il y a peut-être quarante ans. i Gela repoiterait vers 1760 la création de cette secte. L'indication de M. de Maistre a un grand poids, car U avait fait une étude particulière de ce sujet. Ayant été luimême reçu franc-maçon avant la révolution de Gbambéry, alors que tant d'hon- Déles gens faisaient partie des loges, il %vait pu avoir bien des sources d'informaliout comme on en peut juger par l'extrait ci- dessus. *
Quant à ce que dit M. de Maistre, qu^ les membres du système martiniste ne UmbèrtfU pas dans Us excès de la Révolution, on en trouvera l'explication au chapiln foivant, { 5, lef loses fMwHnistes et les eomtilutionnels» /> / 4- 7
ÔS LA PREPARATION DE L^EXPLOSION RlCvOLUTIONNAIRÉ
L'occasion dont parle ici M. de Maisire fut probablement la réunion à Lyon, en 1778, d'une assemblée générale des loges illuminées, sous le nom de Convention des Gaules j appellation dont les événements devaient plus tard relever le sens. IjOs loges maçonniques de la Suisse s'y firent représenter et y nouèrent des relations qui, en 1795, facilitèrent singulièrement l'invasion française (liv. II, chap. VI, SS 7 et 12) (1).
rV. — ORGANISATION DE l'oRDRE MAÇONNIQUE
EN Allemagne
L'Allemagne, nous l'avons vu (liv. II, chap. II, S 2) avait été le berceau de la secte maçonnique. Pendant tout le XVIIP siècle, toutes sortes de sectes templières, d'ordres secrets, continuèrent de travailler ses hautes classes, son clergé notamment, tandis que la Maçonnerie anglaise se propageait parallèlement. Le père Pachtier a montré comment dès le commencement du XVIII* siècle un mouvement naturaliste, absolument analogue au déisme anglais, se produisit dans ce pays. La secte des Conscienoiarier^ les écrits d'Edelman (1735), de Remmar, de Bahrdt, de Mendelshonm, attaquaient violemment le Christianisme et toute révélation positive. En 1751, un ouvrage impie, dédié à Frédéric II, de Prusse, publiait comme figurine du titre la scène d'adoration d'une prostituée, qui- devait se produire le 20 brumaire 1793 sur l'autel de Notre-Dame de Paris (2) !
La grande rénovation littéraire qui à la fin du siècle affranchit l'Allemagne de l'imitation servile de l'étranger fut conduite exclusivement par des écrivains imbus de ces idées et appartenant aux sectes maçonniques. Non-seulement les écrits de Lessing, de Herder, Gleim, Jean-Paul Richter, de Wieland, de Gœthe, de Schiller, sont une négation continue de la révélation et l'exaltation de l'humanité, c'est-à-dire l'essence de la doctrine maçonnique, mais encore l'on a conservé la preuve de leur affiliation aux loges (3).
(t) V. d'Horrer, 2ei SocUtk fêcrèta en 8ui»t$, Correapondant du 25 man 1845. • (2) Der OoeUe dw HumanitoU oder dot Poriiive der FreimiMrerd^ Freiburg Uerder, 1875, p. 75 à 80.
(3) Idem, p. 80 et suiv., 138, 370.
lWdre maçonnique en Allemagne ôd
Tel était aussi le cas d'écrivain assez obscurs, Basedow et Carape, mais à qui leurs ouvrages pédagogiques donnèrent une influence réelle sur 1^ direction de Tinstruction publique dans leur pays.
Voltaire pouvait avec pleine connaissance de cause se réjouir des progrès de cette propagande :
« Je yoïs, écrivait-il en septembre 1776 au comte d'Argental, tantôt la jeunesse française qui apprend à lire dans le Vicaire savoyard, tantôt toute la jeunesse allemande qui n'a plus que les productions philo* sopkiques pour catéchisme universel, depuis Badejusqu*à Moscou. »
Et encore :
« Une révolution 8*annon<i6 de tous côtés ; la philosophie se fortifie dans rAllemagne septentrionale, elle perce jusque dans la superstitieuse Bohême et en Autriche ; la même révolution se fait en Pologne» en Italie et en Espagne : le peuple est bien sot, et cependant la philosophie pénètre jusqu'à lui ; il y a des philosophes jusque dans les boutiques de Paris (1). »
Dans une lettre du célèbre Métastase, écrite au prince Chigi le 19 juin 1768, on voit qu'alors déjà il pressentait à Vienne la grande catastrophe qui menaçait en Europe l'édifice civil et religieux. II se plaint surtout (ce qui est bien remarquable) qvs l'objet de ceux qui auraient eu la puissance d'amener le repos était précisément le trouhle et la nouveauté (2).
En Allemagne aussi la Franc-maçonnerie avait attiré les princes à ses mystères. Après Frédéric de Prusse et la plupart des princes protestants, les princes catholiques eux-mêmes s'étaient laissé séduire. François de Lorraine, Tépoux de Marie-Thérèse, avait été initié en 1731, à la Haye, dans une loge sous la prési* dence du comte Chesterfield. Grâce à cette protection secrète, malgré les bulles de Clément XII et de Benoît XIV, malgré l'édit de l'empereur Charles VI (1738), la Maçonnerie se propagea sourdement dans l'Empire.
Crétineau-Joly raconte comment les principes catholiques furent ébranlés dans l'Empire par les menées de deux dangereux adeptes :
c Marie-Thérèse témoigne le désir d'avoir auprès d'elle deux pratidens formés par les leçons de Boerhaave, elle met pour seule condition qu'ils seront catholiques. Les docteurs Girard Van Swieten et Antoine de Haen étaient de ce troupeau si petit et si remuant, que faisaient
(t) 15 arril 1765, 4 eeptembre 1767, 20 décembre 1768 et 1769.
(t) CUé par 11. do HftÎBtro, Quatre chapitres inédOs sur la Russie, p. lO;,
100 LA PREPARATION DE l'eXPLOSION RÉVOLUTIONNAIRE
paraître dans le schisme les évêques d'Utrecht, rebelles de fondation. Van Swieten et de Haen, à peine entrés dans la confiance de rimpéra^trice, commencent leur travail d'épuration d'un côté et de prosély* tisme de l'autre. Le travail est très-simple : il consiste à déconsidérer pen à peu les jésuites comme corps enseignant, à les éliminer à la longue ; puis, en patronant des projets de réforme universitaire, pn doit arriver à substituer à l'épiscopat et à la Compagnie les fauteurs encore inédits de ces projets. Yan Swieten en est l'âme. Il a trouvé dans la capitale de l'Empire quelques jansénistes isolés ; après les avoir réunis en cénacle et fortifiés dans leur révolte instinctive, il leur partage les dignités de l'enseignement. L'abbé de Stoch est président de la faculté de théologie, Riegger professe le droit canon et Martini le droit naturel. Les jansénistes avaient un pied à Vienne ; ils ne tarderont pas à y dominer par le Joséphisme, auquel ils accordent d'avance des lettres de grande naturalisation (i). »
Or Van Swieten était un des membres de la loge où François de Lorraine avait été reçu maçon ; de là leurs relations et Tinflaence considérable exercée en Autriche par un médecin hollandais (2).
Ces funestes semences de Thérésie furent développées par le fils de Marie-Thérèse et de François de Lorraine. Affilié dès sa jeunesse aux loges, Joseph II se livra complètement à des conseillers francs-maçons avancés. La destruction des ordres religieux, la confiscation des biens de TÉglise, la séparation des évèques d'avec le pape, l'éducation civile donnée aux séminaristes, telle fut la tâche maçonnique que le malheureux empereur accomplit avec une ardeur voisine de la manie et qu'encourageaient un concert d'adulations, où la dérision se mêlait amèrement chez ses per« fides conseillers.
Au premier rang d'entre eux était Fessier, moine défroqué, qui dirigea avec le concours de francs-maçons avoués, comme lo conseiller d'État Born, le publiciste Hasekka, une guerre de pamphlets et d'édits impériaux contre la papauté et les ordres monasliquee. Fessier dut quitter l'Autriche après la mort de Joseph II, il alla en Prusse, où il apostasia ouvertement la foi catholique et organisa le système de Maçonnerie chrétienne^ qui a servi d'instrument à la poUtique pussienne pour établir sa domination en Allemagne (liv. II, chap. XI, S§ 1 et 3). Plus tard encore il passa en Rus-
(1) L'Église romcUne en face de la Révolution^ 3' ôdit., 1 1, p. 57.
(2) Pachtier, Der Gœlze der Bumanitmt, p. 195 et 385 •
Weishaupt et l'Illuminisme 101
sie où on lui confia la direction des écoles ecclésiastiques et où il propagea Tathéisme (l) (liv. II, chap. XV, § 2).
L'impulsion donnée par Joseph II se propagea dans toutTEmpire. Le prince électeur de Bavière, Maximiiien, l'imite avec fureur, poussé par un ministre perfide, Mongelas, qui persécutait les ordres religieux et protégeait toutes les sociétés secrètes.
Par dessus les loges maçonniques et dans leur sein bien d'autres sociétés plus avancées dirigeaient le courant des idées. Tels étaient Tordre du Temple, l'ordre de Zinnendorf, l'ordre des Johannites. Chacun d'eux dirigeait un certain ensemble de loges maçonniques, vis-à-vis desquelles il jouait le rôle d^ordre intérieur, conservant la doctrine secrète et dirigeant les travaux des loges, la Maçonnerie ordinaire avec ses trois ou quatre (2) grades inférieurs, formant l'ordre extérieur (3).
Il est au moins fort curieux de constater en Allemagne un mouvement de concentration semblable à celui qui s'opérait à celte époque en France au profit de duc de Chartres. C'est le duc de Brunswick, l'un des généraux de Frédéric II, qui réunit l'une après l'autre les charges de grand maître de la plupart de ces ordres et put ainsi servir d'instrument au grand dessein qui allait se réaliser sous la direction des illuminés (4).
(1) Pachtler, StiUs Krieg der Freimaurerei, p. 19 à 25, oi Der Gœtze der Hu» •manttiFt, p. 384 o( suiv.
(2) La plupart des syslèmes allemands coroptoMt quatre gradQ3 lafôrieurs au lieu de trois, par Taddition d'un grade de matlre parfait,
(3) V., sur cette organisalton. Eckeri, la Franc-taoçonnerie, trad. par Oyr, l. H, p. 110, tll.
(4) Ferdinand do Brunswick, Iiablle gAqéral, servit d'abord sous Frôdôric le Grand, roi de Prusse, puis commanda pour Uoorgo II les troupes anglaises et ha- DovrioQDes dans la guerre de sept ans, s'empara do Mindin et chassa les Français do la HùSBO ; il quitta le service à la paix et consacra le reste de sa vie, terminée eu 1793, & la Franc- maçonnerie et à des praiiiiues tliéosopbiquca {sk) (Diclionnaire éThiitoire, de BouilIct).ll s'appelait dans rilluminisme^^^orofi. Copoadant, diiBarruel dans les Éeritt originaux (t. II. p. 122, 18t), il est simplomont mentionné sous les ■ leUres initiales P.*. F.*. V.*. B.*., soit lorsqu'il mande Knigge, soit lorsqu'il pro- \. met toute sa protection à l'adepte qui doit illuminiser TAngletcrro (Ménoiretf elc.| 1 t. IV, p. 212). **