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VII. — La Maçonnerie française pénétrée par

l'Illuminisme. — Mirabeau.

Maïs c'est la France qui allait être le théâtre du grand assaut livré par les sectes.

Un des membres des plus distingués de la noblesse du Dauphiné, le comte de Virieu, qui avait été trompé par les .apparences mystiques du système de St-Martin, faisait partie de la loge des chevaliers bienfaisants de Lyon et avait été en cette qualité délégué au congrès de Willherasbad.

t De retonr à Paris, félicité sur les admirables secrets qu'il était censé apporter de sa députation, pressé par les saiUies de M. le comte de Gilliers, qui, dans les francs-maçons, n^avait encore vu que des hommes dont Tesprit et le bon sens ont droit de se jouer : € Je ne votts dirai pas les secrets que j'apporte, répondit enfin le marquis de Virieu, mais ce que je crois pouvoir vous dire, c'est qu'il se trame une conspiration si bien owrdie et si profonde qu'il sera bien difficile et à la religion et aux gou» t vemements de ne pas succomber! (1)

Les éléments de la conspiration^ étaient en effet formidables.

Le Grand'Orienty énergiquement concentré sous la direction du duc d'Orléans, avait pris la direction effective de toutes les loges et les dirigeait par le moyen de quatre chambres, celles d'administration, de Paris, des provinces et des grades. Cette dernière, la plus secrète par son essence, n'admettait à ses séances aucun frère visiteur, taudis que tous les vénérables *pouvaient assister aux travaux ordinaires des autres chambres. Elle se servait des nouveaux grades dits philosophiques, créés à cette époque, comme autant d'arrière-sanctuaires, de façon à se dégager de l'influence des honnêtes gens, qui se trouvaient en grand nombre dans les loges de ce temps.

Sous la direction du Grand-Orient, à Paris, la loge appelée des

(1) Mémoires poursenHr à Vhittoire du Jacobinisme, t. IV, p. 119 et 120. Barruol ajoale: € 11. de Viriea avait un très-grand fonds de probité et de droiture. Go qu'il avait nppris dans sa dépulation lui inspira tant d'iiorreur pour les mystères, qu'U y renonça absolument et devint un homme très-religieux et (rès-zélô contre leijaeobius. >

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Amis réunis était plus spécialement chargée de la correspondance étrangère. Elle comptait parmi ses chefs le fameux révolutionnaire Savalette de Lange, honoré de toute la confiance qu'aurait méritée lesujetleplus fidèle, chargé de la garde du trésor royal. Il était en même temps l'homme de tous les mystères, de toutes les loges et de tous les complots contre la religion et contre la royauté. Pour les réunir tous, il avait fait de sa loge le mélange de tous les systèmes maçonniques et avait pris pour base, dit Ragon, l'interprète officiel du Grand-Orient, la même doctrine que celle du Martinisme. On les appelait philalèthes ou chercheurs de la vé^ rite, du nom de leur dernier grade et en souvenir du Panthéisticon de Toland. Cette secte, comme les autres de la réforme maçonnique, tendait à perfectionner l'homme, dit l'historien maître à tous les degrés, Clavel, et à le rapprocher de la sou/rce divine d^oii il est émané (panthéisme). C'était, dit-il encore, un mélange des dogmes de Swedenborg et de Pasqualis, dont le baron d'Holbach, auteur, avec Diderot, du Système de la nature^ était le principal adepte, et Saint-Martin lui-même le réformateur (1). Mais, pour en imposer davantage au public, Savalette avait fait aussi de sa loge ainsi martinisée la loge du plaisir et du luxe aristocratiques. Tandis que les frères du haut parage, avec les femmes, devenues elles aussi des adeptes, dansaient ou chantaient dans la salle commune les douceurs de leur égalité et de leur liberté, ils ignoraient qu'au-dessus d'eux était un comité secret où tout se préparait pour étendre bientôt cette égalité au delà de la loge sur les rangs et les fortunes, sur les châteaux et les chaumières, sur les marquis et les bourgeois.

C'était réellement au-dessus de la loge commune qu'était une autre loge appelée le comité secret des amis réunis^ disent Barruel et Eckert. Parmi les principaux membres de ce comité étaient Willermoz, Chappe de la Heuzière, députés du Martinisme au congrès de Willhemsbad, Mirabeau, Court de GibeUn, Bonneville, et aussi longtemps que la fête durait à l'étage inférieur, deux frères terribles, munis de leurs épées, l'un au bas de l'escalier, l'autre auprès de la porte, défendaient l'entrée de ce nouveau sanctuaire. Là étaient les archives de la correspondance secrète ; là, celui même à qui tous les paquets des frères d'Allemagne ou d'Italie étaient adressés n'avait point permission

(t) Ibidem, p. 170. 194. 195.

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de franchir le seuil de la porte. Il ignorait le chiffre de la correspondance; il était simplement chargé de remettre les lettres. Sa^^lette de Lange venait les recevoir, et le secret restait au comité. On comprendra aisément la nature de cette correspondance et des conseils dont elle était Tobjet, ajoute Barruel, quand on saura que, pour être admis à ces conseils, il ne suffisait pas d'avoir été initié à tous les anciens grades, mais qu'il fallait Tétre à tous les nouveaux, nommés philosophiques, ou être maître de i tous les grades, c'est-à-dire avoir juré, avec les chevaliers du soleilj haine à tout christianisme , et avec les chevaliers Kadosch, . haine aux couronnes et à la papauté (1).

Ces philalètheSj ou amis réunis, formant le comité secret de la * correspondance étrangère du Grand-Orient, avait encore à Paris, 1 dans la rue de la Sourdière, une succursale qui en avait pris le ' nom. Elle était présidée par Savalette, dit Tabréviateur d'Ëckert. On y voyait le comte de Saint-Germain, Raymond, Cagliostro, Condorcetet Dietrich, le Robespierre de Strasbourg. Barrûcl dit également que là les frères d'Avignon, élèves de Swendenborg et de Saint-Martin, mêlaient leurs mystères à ceux des anciens rose-croix, des maçons ordinaires et des maçons sophistes. Au dehors, dit-il encore, sous le masque de charlatans, de visionnaires, ces nouveaux adeptes ne parlaient que de leur puissance d'évoquer les esi)rits, d'interroger les morts, de les faire apparaître et d'opérer cent prodiges de cette espèce. C'étaient les spiritesd'à présent. Il est constant que ces pr&iendns philalètkes^ ou amateurs de la vérité, s'étaient donné des lois, avaient organisé leurs sociétés, qu'ils avaient, comme Weishaupt, leurs voya- ! geurs, et qu'ils s'étaient, comme lui, enfoncés dans les loges ma- i çonniques pour y chercher des hommes disposés à leurs mystères et aux nouveaux grades qu'ils avaient à leur communiquer (2).

Tel était l'état de la haute Franc-maçonnerie en France, lorsque ' rilluminîsme allemand vint la pénétrer de toutes parts et d'une manière plus intime encore. Déjà il s'était infiltré par l'entremise de

(1) ifêmoires pour servir à VhUtnire du Jacobinisme^ t. IV, p. 258 et su iv. --La Frane-maçonnerie, par l'abbô Gyr, p. 301. — Bagon, Cours des iniliations^ p. 342.

(?) Barruel, Mémoires, l. IV, p. 264. — L'abbé Gyr, La Franc-maçonnerie en tUe-méme, p. 305. ^ Le Couteulz do Cantelou, Les sectes ou Sociétés secrètes d'àprh les manuscrits du prince de Uesse et les papiers rétifs aux phUalèthes en s i possnsUm, p. 143e(8uiv.. 168.

118 LA PRÉPARATION DE l'eXPLOSION RÉVOLUTIONNAIRE

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Dietrich et de Caglioslro dans las loges de Strasbourg, lorsque lo comte de Mirabeau, que la révolution française allait bientôt rendre si fameux, fut chargé lui-même de le faire dominer dans les loges de Paris et de la France entière.

Envoyé en mission secrète à Berlin par les ministres mêmes de Louis XVI, pour quelques affaires politiques, quoique sa'vie n'eût été jusqu^alors qu'un tissu de trahisons et de monstrueuses immoralités, et qu'il n'eût été arraché à ses juges et à l'écha- ,faud que par la clémence du roi, il fit sa société favorite des première disciples de Weishaupt, Nicolaï, Biestter, Gedicke et ce Leuchsenring, instituteur des princes de Hesse-Darmstad, surnommé dans la secte Leoeller ou le niveleur. Il fut initié à Brunswick aux derniers mystères de l'Illuminisme par Mauvillon, digne élève de Knigge et alors professeur au collège Carolin (1).

Bien avant cette initiation, Mirabeau connaissait toutes les ressources que les loges maçonniques offraient pour une révolution.

« En 1776, dit Henri Martin, le jeune Mirabeau avait rédigé un plan de réformes, où il proposait à Tordre maçonnique de travailler avec modération, mais avec résolution et activité soutenue, à transformer progressivement le monde, à miner le despotisme, à poursuivre Témancipation civile, économique, religieuse, la pleine conquôte de la liberté individuelle (2). »

Mirabeau sut apprécier toutes les ressources nouvelles que le génie de Weishaupt avait su tirer pour une révolution de l'organisation de la Maçonnerie.

De retour en France, il commença par introduire lui-môme les nouveaux mystères dans la loge des philalèthcs, dont il était déjà un des principaux membres. Son premier collègue y fut

(t) BarruoI, Mémoires^ t. IV, chap. XU, p. 256, 258. — C'est à ce môme Maa- TilloQ, igouto OQ note Barruel, qae les allemands font ThooDour d'avoir eu la principale part à doux ouvrages publiés par Mirabeau, Tun sous lo litre de Monarchie prutiienne^ et Tautre sous celui à*E$sai iur les illuminh De là ces grands éloges qu'on trouve de Woishaupi dans le premier (t. V, liv. 7), ei tout l'artifice qui rogne dans le second pour donner le change au public Dans uuo lettre & l'illuminé Guho, lettre interceptée et conservée dans les archives de Brunswick, ce Mauvillon écrivait, juin 1791 : c Los affaires de la révolution vont toujours mieux on Franco ; j'espère que dans peu d'années cette flamw! prendra atuêi par^ tout, et que l'ombrasomont deviendra général. Alors notre ordre pourra faire de grande* choses, » (Ibid., chap. XIII, p. 381.)

(2) Histoire de France, t. XVI, p. 535. U renvoie aux Mémoires de Mirabeau, t. II, liv. V '\x .

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Talleyrand, cet abbé de Périgord, bientôt après cvèque d'Autun, et qui déjà se préparait à jouer le rôle de Judas dans le premier ordre de l'Église.

Ge fut alors que l'aréopage de Weishaupt décida que la France serait illuminée et que c'est par elle que commencerait la grande œuvre. Le successeur avoué de WeishauptjBodej conseiller intime de Veymar, surnommé Auâ-elius dans la secte, fut lui-même député à Paris pour cette grande opération avec Guillaume baron de Buscbe, capitaine hanovrien au service de la Hollande, autre élève de Knigge, et surnonuné Baya/rd parmi les sectaires.

Ce fut dans la loge des Amis réunis que Mirabeau et Bonne- ' ville introduisirent les illuminés allemands et que se débattirent les conditions ou le mode de fusion.

Les négociations durèrent plus longtemps qu'on ne s'y était attendu et se terminèrent par la résolution d'introduire les mystères bavarois sans rien changer à l'ancienne forme des loges, de les illuminer sans leur faire connaître le nom même de la secte qui leur apportait ces mystères, et de ne prendre enfin, dans le code Weishaupt, que les moyens convenables aux circonstances, pour hâter la révolution (1).

Dès lors une nouvelle tournure est donnée aux secrets maconniques : le but politicrue y est plus accentué ; un nouveau grade s'introduit dans les loges ; de Paris il passe aux provinces, et Barruel dit avoir sous les yeux le mémoire d'un frère qui, vers la fin de 1787, en reçut le code dans sa loge, à plus de quatre-viD«,^ts lieues de Paris. Suivant les conventions, ce nouveau grade conservait les emblèmes el le rit maçonniques : le ruban était aurore, le bijou une étoile, mais le fonds du mystère était un discours calqué sur celui de l'époptc illuminé. U aurore d'un beau jour s'annonçait ; le secret de la Maçonnerie, jusqu'alors inconnu, allait devenir la propriété de tous les hommes libres. C'étaient tous les principes de régalilô, de la liberté et de la religion prétendue naturelle de Weishaupt. L'auteur du mémoire, quoique initié à tous les autres grades, refusa de s'affilier à celui-ci, mais la plupart des frères qui composèrent sa loge en furent tellement électrisés qu'ils devinrent les moteurs les plus ardents de la révolution, y rempli-

(IJ LecoulUjux, Soeiëiiï wcrète», p. 167. — Barruel, Uimoire»^ ete., t. IV, p.

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rent des places marquantes, et que Tun d'eux parvint même jusqu'au ministère (1).

Les circonstances ne pouvaient être plus favorables pour les députés illuminés et plus désastreuses pour la France. Le philosophismo du siècle avait fait dans les loges tout ce qu'on pouvait attendre de Voltaire, d'Helvétius, d'Holbach, de Diderot, de J.-J. Rousseau, etc. L'IUuminisme de Weishaupt venait régulariser tout ce travail d'impiété et de révolte sanglante qui faisait le fonds de tous les mystères et y mettre le dernier sceau. Les députés allemands furent donc accueillis avec empressefnent par le comité secret des amis réunis faisant fonction de Grand-Orient. L'alliance la plus étroite fut conclue, et un couvent général des maçons de France et de Tétranger fut convoqué par le comité secret, sous le nom des philalètheSj supérieurs réguliers des très-vénérables loges des amis rémiifk l'Orient de Paris, pour le 15 février 1785.

« Nous ne croyons pas, nous n'espérons môme pas, disait entre autres choses la circulaire de convocation, que les articles spécifiés dans ce projet soient l'objet unique et exclusif des travaux du futur congrès. Il y en a d'autres plus importants que la prudence nous défend de confier au papier et moins encore à l'impression, nous doutons mêms qu'il soit possible de les traiter avantageusement en plein convent. Peut-être serait-il plus facile et plus avantageux au bien général de les développer en secret et pièces en mains dans des comités spéciaux, composés do délégués que

(t) Barruol, ibid., p. 283. Nous-môme, en 1865, nous avons trouvé dans une faroillo, qui les avait hérités d'un vieil oncle, ancien receveur des domaines, dans le Midi, le bijou et leta1)lier du grade que Barruel vionl de signaler comme ayant été créé eu ce lemps-là. Le bijou est une étoile, dans le genre do l'étoile que les maçoDS nomment flamboyante, excepté qu'an Heil du G, que celle-ci porte au centre, on y voit, d'un côté, la croix philosophique du Rose-Croix, avec les inslru- . ments maçonniques, un chiffre et deux lettres, signitiant, selon toute apparonoe. Dieu Nature^ et. de l'autre, le triangle avec un œil gravé au milieu, qui est le bijou du chevalier ordinaire du soleil, et du grand écossais de Saint-André, chevalier du soleil, entouré des caraclàres des hauts grades allemands. — Voir le Manuel général de la Maçonnerie de Teistier, 1856, les tableaux des sociétés secrètes de Lecoulteux ; pour le Dieu Nature, Ragon et Telssior, déjà cités, et la planche Xll ; et pour lo3 caractères, la planche XVI, ou pierre cubique du tuileur de tous les rites de Willaume. Le tablier représente un soleil, tel que le montre la planche XYII du tuileur de Willaume, rappelée plus haut ; ce soleil est surmonté d'un œil, comme le porte, au bout de son bâton blanc, le frère de la vérité, dans le chevalier du soleil ordinaire. De chaque côté et autour du soleil sont les mois : Bgo 8Utn qui sum, et autour, les instruments maçoniques, un glaive et un spoctro ; pais en haut : Lux e tenebri», au-dessus d'un globe dont la partie infôricura est aoire. (V . sur cette dernière devise, liv. I, chap. 11, { 9.)

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leurs opinions, leurs travaux et leurs grades recommandent partictilière^ ment. Ces comités informeraient rassemblée générale du résultat de leurs travaux et des fruits de leurs investigations autant qu'ils le pour* raient sans s'exposer à être parjures. Il est probable que la discussion des articles proposés fera surgir de nouvelles questions qu'il est impossible de préciser ici. Tous les hommes instruits peuvent les prévoir et doivent s'y préparer. N'oublions pas que le but essentiel de ce CQnvent étant d'une part la destruction des erreurs, et de l'autre, la découverte de vérités maçonniques ou intimement liées avec la Maçonnerie, notre premier devoir à tous doit être dç nous munir de tout ce qui parait devoir contribuer à l'un ou l'autre de ces buts. >

Certes, il était impossible aux adeptes instruits de ne pas voir, à travers des voiles si transparents, qu'il s'agissait de la destruction de la religion et de la monarchie. Les noms des principaux personnages dôputés à ce couvent de Paris par la Maçonnerie de chaque pays suffiraient pour dissiper tous les doutes s'il pouvait en exister CDCore. C'étaient, parmi les députés français, Saint-Germain, Saint-Martin, Touzay, DuchJ(nteau, Etrilla, le tireur de cartes, le grand magnétiseur Mesmer, Dutrousset, d'Héricourt et Cagliostro, auxquels il faut ajouter les noms de Mirabeau, Talleyrand et autres chefs des philalèthes parmi lesquels Savalette de Lange fut choisi pour président du couvent, et le marquis de Chefdebien, déjà député à Willhemsbad par la loge des philalèthes^ pour secrétaire de la langue française. Les loges allemandes y étaient représentées par Bode, de Dalbcrg, coadjuteur de Mayence, Forster, le baron de Gleichen, choisi pour secrétaire de la langue allemande, Rusworm, de Voelner, Lavater, le prince Louis de Hess, Rosskampff, Starck, Thaden, de Wachter. Le Grand-Orient de Pologne et celui de Lithuanio avaient député le baron de Heyring et Jean de Thoux de Salverte. Le Grand-Orient de France avait alors pour grand maître le duc d'Orléans, plus tard Philippe-Égalité ; son haut comité correspondait déjà avec les loges de 282 villes, et en comptait dès lors, sous sa juridiction et sous ses ordres, 81 dans la seule ville de Paris, i6 à Lyon, 7 à Bordeaux, 5 à Nantes, 6 à Marseille, 10 à Montpellier, 10 à Toulouse, et presque dans chaque ville un nombre proportionné à sa population. A l'étranger, les loges de Ohambéry en Savoie, de Locle en Suisse, de Bruxelles, de Liège dans le Brabant, de Cologne, de Spa en Allemagne, de Léopold et de Varsovie en Pologne, de Saint-Pétersbourg, de Moscou en Rus-

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sie, de Portsinoulh même en Virginie, du Fort-Royal à la Grenade, ainsi que toutes celles des colonies françaises, recevaient également leurs instructions du même centre (1).

C'est dans ce congrès que fut résolue la révolution française, et sa propagation dans toute l'Europe, que tout son plan jusqu'au j régicide qui devait la couronner furent arrêtés ; nous en verrons j les preuves dans le chapitre suivant.

Les loges maçonniques, répandues dans l'armée, dans les cours judiciaires, dans toutes les provinces, devant être la base d'opération delà conspiration, la première manœuvre consista à en expulser les éléments honnêtes qui s'y trouvaient. Tout à coup, comme par un mot d'ordre, on répandit le bruit que la Franc-maçonnerio était envahie par les jésuites, qu'un ordre secret dirigé par eux pénétrait les loges et les ordres supérieurs. Un des affiliés les plus avancés publiait un livre intitulé : Les jésuites chassés de la Maçonnerie et leur poignard brisé par les maçons, Bonneville luimême publiait à l'Orient de Londres un ouvrage où l'on prétendait révéler toute l'organisation secrète des jésuites sous ce titre : La Maçonnerie écossaise comparée avec les trois professions et le secret des templiers du Z/P siècle.

Mirabeau de son côté, pour mieux donner le change, déclare dans son ouvrage La Monarchie prussienne^ 1788, ouvrage publié avec la collaboration de Mauvillon, que les sociétés secrètes sont un grand danger pour l'État, que le gouvernement ne doit pas les tolérer. Il y consacrait un chapitre spécial aux illuminés, dans lequel il donnait absolument le change sur l'origine et les attenances de Tordre. Il renvoyait à l'ouvrage de Bonneville, très-sava7it, et qui renferme la grande partie des preuves d'un fait que la plupart des bons esprits de l'Allemagne rega/rderU maintùnant

(t) Mémoirti biographique»^ litléraireg el politiques de Mirabeau, t. H, p. 249. — Encyclopédie de Lenning, art. Pologne, Acerellot, l. iv,p. 204. — Biirruol. Mémoire«, etc., l. IV, chap. 2. — Tableau alphabétique de la correspondance du Grand'- Orienl de France. ^ ClaveU Hietoire piUoresq^te, p. 120, 196, 197. — Lo Mjnde maçonnique de 1872 a publié les procès- verbaux officiels du conveot do I78j ot de sa commission intermédiaire jusqu'à sa reprise en 1787. Ils ne conlionuout aalurolicment aucune allusion aux décisious poliliquos qui y furent prises ; maii ils témoignent du mystère dont le convent se couvrait et les précautions prisas pour s'assurer des principes de ses membres. Comme à Willhernsbad, Tobjet ostoiisiblo était la réunion des rites et la constitution d'un corps do science maçonnii|uu, l'objet réel était le triage des maçons et le concert en vue des prochains évèuomeols.

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comme démontré : Vinvention et la direction de la Maçonnerie et de ses poignards par les jésuites ! (1).

Un grand émoi s'empara des loges devant ces prétendues révélations et les habiles en profilèrent pour exclure les hommes attachés à la monarchie et à la religion (2).

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