‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 37 sur 151 · LE RÉGICIDE ET LE GONVENT MAÇONNIQUE DE · texte numérisé non relu

LE RÉGICIDE ET LE GONVENT MAÇONNIQUE DE

meurtre du roi de Suède et celui de Louis XVI furent résolus (1). MM. de Raymond et de Bouligney revinrent consternés, en se promettant do ne jamais remettre les pieds dans une loge, et de se garder le secret. Le dernier snrviyant l'a dit à M. Boui^on, qui est mort à près de quatre- Tingt-dix ans, possédant toutes ses facultés. Vous avez pu en entepdre parler, car il a laissé une grande réputation de probité, de droiture et de fermeté, parmi nous ; je l'ai beaucoup connu, et pendant bien longtemps, car je suis à Besançon depuis quarante-deux ans, et il est mort assez récemment. Il a raconté souvent le fait, et à moi, et à d'autres. Vous voyez que la secte sait, à l'avance, monter ses coups : c'est là, en deux mots, son histoire. »

Quelque temps après Mgr Besson, ancien vicaire-général de Besançon, aujourd'hui évéque de Nîmes, complétait ainsi cette révélation :

« Je puis confirmer sa lettre par des détails qui ne sont pas sans intérêt, et qui m'ont été racontés souvent à Besançon, non-seulement par M. le président Bourgon, mais par M. Weiss, bibliothécaire de la ville, membre de l'Institut, et le principal auteur de la Biographie universeUe, publiée sous le nom de Michaud. M. Bourgon et M. Weiss étaient des gens de bien, dans toute la force du mot. L'un avait plus de courage dans ses opinions, l'autre plus d'indulgence pour les fautes de l'humanité. Tous deux avaient connu les francs-maçons et les conventionnels du dernier siècle ; ils pensaient tous deux sur l'attentat du 21 janvier comme doit le faire tout honnôte homme ; ils moururent tous deux en chrétiens.

c La Franc-maçonnerie avait été introduite à Besançon vers le miliea du dix-huitième siècle par l'intendant de la province, M. de Laooré. Il s'établît trois loges qui se recrutèrent dans le meilleur monde. La noblesse, le parlement, le barreau, plusieurs membres du chapitre métropolitain laissèrent leur nom sur les listes de ces loges primitives où l'on célébrait la nature, sans se douter que Ton marchait à grands pas vers la ruine, l'exil et l'échafaud. Il n'est pas douteux que la bonne foi de la plupart de ces honnêtes gens n'ait été surprise. Témoin l'aventnre des trois délégués à l'Assemblée de 1785. Ces trois délégués étaient M. de Bouligney, président du parlement de Franche-Gomté, M. Bourgon , mô('ic:ii éminent, professeur à l'Université, et M. de Raymond, employé des postes.

(I) L'anoée précédente, le 15 février 1785, an oonvent maçonnique avait en lieu I à Paris, dit Eckert ; an nombre des délégués de l'ÂUemagne se trouvaient les illuminés Bnwli^ (dans l'ordre Bayard)et Bode (Aurelius). {La Franc-mckponnerie, Irad. par Gyr,t. 11, p. 70. Y. le chapitre précédent, {7.) Celte réunion à Francfort n'élaii i|u'une conttnaation plus société encore' de ce convent.

136 LA. RÉVOLUTION EN FràNCE ET EN EUROPB

« Àpiès avoir entendu jurer la mort de Louis XVI et de Gustave ITI, les francs-maçons bisontins jurèrent entre eux de ne plus remettre lo pied dans une loge. Ils tinrent parole. M. de Bouligney mourut en cmi« gration, M. Bourgon, dans sa ville natale, et M. de Raymond, beau-* coup plus jeune que les deux autres, leur survécut jusqu'en 1837. Il était membre de l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, tournait facilement les vers, et vivait dans une agréable intimité avec les magistrats et les littérateurs de la province. Ge fut lui qui leur révéla le secret des loges sur la condamnation de Louis XVI, à un âgtf où l'on ne doit plus au monde que la vérité.

« M. Weiss et M. le président Bourgon citaient encore sur ce sujet les aveux du baron Jean Debry, préfet du Doubs. Franc-maçon, conventionnel et régicide, ce personnage, que les événements avaient éclaire, joua à Besançon un rôle honorable, et dans les douze années qu^il y passa, de 1802 à 1814, aida puissamment à la réorganisation de tous les services publics. Il défendit même, non sans habileté ni énergie, le clergé fidèle contre le clergé assermenté qui était en petit nombro, mais pour lequel Glaude Lecoz, archevêque de Besançon, avait des préférences marquées. On l'amena plusieurs fois, dans l'intimité de la conversation, à parler du jugement et de la condamnation de Louis XVI. Son vote pesait à sa conscience, il ne l'excusait pas, il se bornait à l'expliquer.

« J'étais parti de chez moi, disait-il, avec l'intention formelle de vo- « ter le bannissement du roi et non pas sa mort ; je l'avais promis à ma a femme. Arrivé à l'Assemblée, on me rappela d'un signe le serment a des loges. Les menaces des tribunes achevèrent de me troubler : je « votai la mort. »

Jean Debry ajoutait d'un air mystérieux :

c On ne saura jamais si Louis XVI a été réellement condamne à la « majorité de cinq voix.

c Plusieurs croient que le bureau a pu modifier quelques votes, avec « la complicité silencieuse de ceux qui les avaient donnés. On avait c arrangé en conséquence le récit des séances du Moniteur. Quand môme « le vote était public, personne, excepté les membres du bureau, n'en « avait le relevé absolument exact. La séance avait duré deux jours et (C une nuit, et cette longueur contribua à rendre incertain le résultat c suprême. Mais on voulait en finir, et la fameuse majorité de cinq « voix a été peut-être constatée à la dernière heure pour s'épargner c l'ennui d'un nouveau scrutin. »

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