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III. — LA Maçonnerie d'adoption

La rapidité avec laquelle la Franc-maçonnerie se répandit en France, depuis Paris jusque dans les plus petites villes de province, Tengouement qui portait les membres des hautes noblesses à prendre part à des réunions où ils se rencontraient non-seulement avec des lettrés et des auteurs, mais même avec des hommes des plus basses classes, est un des traits les plus curieux de l'histoire.

La frivolité du temps était telle que, bientôt, en 1730, des loges de femmes furent créées et détruisirent, dans les foyers do beaucoup de grandes familles, les vertus chrétiennes et les traditions domestiques.

Ce fut une invention française et pas une des moins utiles pour la propagation de la Maçonnerie.

Les plus grandes dames s'y faisaient recevoir, emportées par le goût du plaisir, si vif à celte époque dans les hautes classes, et c'est avec tristesse que l'on remarque un peu plus tard, parmi les grandes maîtresses de l'adoption, la duchesse de Bourbon, la duchesse de Chartres et Tinfortunée princesse de Lamballe.

« Ce fut vers 1730, dit Ciavel, que fut instituée la Franc-maçonnerie des femmes. On ignore quel en fut l'inventeur, mais elle fit sa première apparition en France... Les formes de cette Maçonnerie n'ont toutefois été fixées définitivement qu'après 1760, et elle ne fut reconnue et sanctionnée par le corps administratif [ou Grand-Orient) do la Maçonnerie qu'en 1774.

« La Maçonnerie d'adoption affecta d'abord divers noms et divers rituels, qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. En 1743, elle avait des emblèmes et un vocabulaire nautiques ; et les sœurs faisaient le voyage fictif de rîle de la félicité, sotts la voile des frères, et pilotées par eux. C'était alors l'ordre des félicitaires, qui comprenait les grades de mousse, de patron, de chef d'escadre et de vice-amiral, et avait ipour amiral, c'està-dire pour grand maître, le f. •. de Chambonnet, qui en était l'auteur.

« On faisait jurer au récipiendiaire de garder le secret sur le cérémonial gui accompagnait l'initiation. Si c'était un homme, il faisait serment de ne jamais entreprendre le mouillage dans aucun port où déjà se trouverait à V ancre un des vaisseaux de l'ordre. Si c'était une femme, elle promet-

10 LA PROPAGATION DE LA FbANC-MAÇONNERIB

tait de ne point recevoir de vaisseaux étrangers dans son port, tant qu'un vaisseau de l'ordre y serait à l'ancre.

« Elle prêtait serment, assise à la place du chef d'escadre ou président, qui, durant cette formalité, se mettait à ses genoux

« Une scission de cet ordre, par suite de réceptions inconvenantes, dit Bazot, donna naissance, en 1745, continue l'historien maçon, à l'ordre des chevaliers et des chevalières de l'ancre, qui n'était qu'une épuration du premier et qui en avait conservé les formules.

OL Deux ans plus tard, en 1747, le chevalier Beauchaine, le plus fameux et le plus zélé des vénérables inamovibles de Paris, le môme qui avait établi sa loge dans un cabaret de la rue Saint- Victor, à l'enseigne du Soleil d'Or, qui y couchait et y donnait pour six francs, dans une seule séance, tous les grades de la Maçonnerie, institua V ordre des fen^ deurs, dont les cérémonies étaient calquées sur celles de la coterie des charbonniers, une des nombreuses branches des compagnons du devoir.

La loge avait le nom de chantier ; elle était censée représenter une forôt. Le président s'appelait père-maître, les frères et les sœurs prenaient le titre de cousins et de cousines^ et le récipiendiaire était qualifié de briquet.

« Ces réunions eurent une vogue extraordinaire. Elles avaient lieu dans un vaste jardin situé dans le quartier de la Nouvelle France, hors de Paris. Les gens de cour, hommes et femmes, s'y rendaient en foule, bras dessus, bras dessous, vêtus de blouses ou de jupons de bure, les pieds chaussés de lourds sabots, et s'y livraient à tous les éclats et à tout le sans-façon de la gaîté populaire.

« D'autres sociétés and rogynes (des deux sexes) succédèrent à celle-là: tels furent les ordres de la Coignée, de la Centaine, de la Fidélité, dont les formes se rapprochèrent davantage de celles de la Franc-maçonnerie ordinaire... Tout ce que Paris comptait de notabilités, dans les lettres, dans les arts et dans la noblesse, se portait en foule, en 1760, à la loge d'adoption qu'avait fondée le comte de Beurnonville à la Nouvelle France et à celles que plusieurs autres seigneurs tenaient à la môme époque

dans leurs hôtels La loge des Neuf sceurs, sous la présidence de

M°® Helvétius, celle du Contrat social, présidée par la princesse de Lambalte, célébrèrent ainsi des fêtes brillantes, dans lesquelles les joies du festin et du bal ne firent pas oublier l'infortune. »

Ragoii: qui raconte, dans son Manuel complet de la Maçormerie d'adoption, les faits et gestes d'un ordre de ce genre fondé en 1774 dans h petite maison du duc d'Orléans, qu'il appelle gra^ cieuœ et lieu de délices, ajoute immédiatement à son récit :

a Les sociétés androgynes, surtout celle des fClicitaires et celle des chevaliers et des nymphes de la rose, malgré leur apparence si frivole,

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