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V. — Les loges martinistes et les constitutionnels

Étrange phénomène moral ! * Parmi les hommes qui avaient, en 1787, imaginé le grade de chevalier du poignard, puis préparé le renversement de la constitution nationale, provoqué la prise de la Bastille, semé Tagitation dans tout le pays, il en était qui ne voulaient pas autre chose que rétablissement d'une monarchie constitutionnelle^ et s'ils ne craignaient pas de pousser le peuple à de pareils excès, c'était autant par souvenir des intrigues aristocratiques du temps de la Fronde que sous Tinfluence d'une imagination échauffée par les horribles rites de la Maçonnerie.

Un certain nombre d'entre eux s'étaient groupés dans la loge du Contrat social, et ils imaginèrent de dominer le mouvement en établissant entre toutes les loges une fédération, pour défendre le roi de la co7i$Htution de 1790 ? Leur circulaire aux autres chefs de loges, qui s'en moquèrent et les dénoncèrent aux clubs

dinl à un cantre nouveau, compose un arroadissoment ou district, actueUemeut one lOQs-préfeeture, et plusieurs sous-prôfecturoa forment un département ou une préfecture.

t Las grandes loges de province avalent un centre commun dans le Grand- Orieot ; les départements avaient lear centre commun dans l'Assemblée nalionalo, oà Ions les citoyens du royaume concouraient, par leurs représentants, à faire des lois et à oonsUluer, comme dans la Maçonnerie une iouverainelé constitutionnelle,

c Dans la Maçonnerie, toutes les loges des départements sont égales entre elles; toalsB losmunicipaUtës le sont aussi.

t Les maires, élus par leurs concitoyens, étaient amovibles, comme le sont les vénérables de loges.

c Le premier iribanal d'nn isfelier maçonnique se nomme eomUi. On y Juge les laatières de peu d'importance et on y prépare celles qui doivent se traiter on logo. GToit pour le mémo but et dans le même esprit que des comités s'étaient formés pour préparer les malinres dont on devait faire un rapport à l'Assemblée nationale.

i Les Justices de paix sont une imitation des comités de conciliation dos loges, o( oot les mêmes attribuUona.

c Les discossioos et les Jugements maçonniques étant publiée dans les ateliers do la fralarnilé ; les tribunaux ont eu ordre de plaider publiquement la cause des ac* coiés, sauf les cas d'outrage aux mœurs ou à la morale publique.

< A l'instar de chaque orateur de logo, le procureur do la commune, établi au» (reçois près de chaque municipalité, et aujourd'hui les procureurs du roi, ont pour ittribotion de veiller à l'observation des lois et des statuts, d'en presser l'exécution, te prendre la parole dans des affaires importantos, comme organes de la voix publique.

< L'ordre que la Maçonnerie a établi parmi ses grades a été aussi imité. Los gar- ^ astionaux, qui nommaient alors leurs officiers, comme I03 maçons nomment les lea.-s, ont cié suboi donnés à l'autorité municipale, comme les frùros le sont aux di*

148 La Révolution en Franck et en Europe

populaires, se terminait' par cette phrase éminemment maçonnique : « Cette planche n'est que pour votre chapitre, usez-en avec discrétion. Nous avons à ménager deux intérêts bien sacrés : celui de la monarchie et de son roi, celui de la Maçonnerie et de

ses membres. »

Meunier (1) et Lally ToUendal, qui, d'après Robison et Barruel, furent les auteurs de cette singulière démonstration, appartenaient à ce groupe de membres de Tllluminisme martiniste, auxquek M. de Maistre faisait allusion dans un passage que nous avon^ cité plus haut (liv. II, chap. V, § 5) (2). Du reste ils durent reconnaître qu'ils avaient été dupes de la Maçonnerie.

Toute l'histoire de la révolution nous montre d'ailleurs la logique du mal enfantant toujours une nouvelle secte plus avancée, qui se sert des prétendus modérés et les dévore successivement en attendant qu'elle succombe elle-même sous ses propres excès.

Après les constitutionnels des loges martinistes ce fut le tour du grand maître du Grand-Orient.

gnilaires ou officiers d'une loge. Le chapeau des Juges, les écharpes des représeatanls, étaient do véritables imitations des ornements ou décors maçonniques. Les membres de rÂssemblée nationale laissaient, à la porte du temple des lois toute distinction, cordon et dignités civiles, ainsi que le font tes maçons en entrant en logo.

< On procédait aux élections civiles et aux choix des électeurs d'apràs la forme nsitée dans la Moçonnerie. La manière de prêter serment, d'obtenir la parole, de demander un congé, de porter plainte d'entretenir l'ordre, est évidemment prise de la Maçonnerie ; seulement, dans ce dernier cas, la sonnette du président remplace le maillet. Ces usages se sont établis avec d'autant plus de facilité que presque Unu la françaii instruits sont maçons,

« Les commissions de l'Assemblée nationale rappellent les visiteurs et inspecteurs que le Grand-Orient adresse quelquefois aux loges.

• La cotisation annuelle de chaque maçon, pour subvenir aux charges de la puissance maçonnique, a donné lieu à la contribution personneUe en France.

« Quelques personnes ont cru reconnaître dans Tarmement général de la garde nationale Tusage, adopté par tous les maçons, d'avoir un glaive en loge. On a remarqué aussi, avec raison, que l'Assemblée nationale avait aboli toutes lesooriKH rations, excepté la Franc-maçonnerie, La Maçonnerie peut aussi revendiquer les trois couleurs : les grades symboliques ont fourni le bUUy couleur du cordon de maUre ; les grades chapitraux, le rouge, couleur du cordon de rose-croix ; et les grades philosophiques, le klanc, couleur de Vécfiarpe du grand inspecteur^ 33* degré. » (Cours, p. 377 et suiv.)

(1) On a vu au chapitre précédent comment Meunier, malgré ses dénégations, appartenait aux sociétés secrètes, et la part qu'il prit à la manasavre des iUamlnés pour en chasser les éléments fidèles à la religion et à la royauté (liv. II, chap. V, I 5, note).

(2) On verra plus loin (g 14) comment une partie des martinistes euz-mèmei avaient suivi Robespierre Jusqu'aux derniers excès de la Terreur.

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