LA RÉVOLUTION KN FRANCE ET EN EUROPE
Carmes, les vrais signes de ralliement, le vrai moyen de fraterniser avec les brigands , étaient les signes maçonniques. Les bourreaux tendaient eux-mêmes la main, en francs-maçons, à ceux des simples spectateurs qui les approchaient. J'ai vu un homme du bas peuple qui m'a lui-même répété la manière maçonnique dont les bourreaux lui présentaient la main et qui fut repoussé par eux avec mépris, parce qu'il ne savait pas répondre ; tandis que d'autres, plus instruits, étaient au même signe accueillis d'un sourire au milieu du carnage. J'ai vu même un abbé vêtu, il est vrai, en lai* que, que ce signe maçonnique sauva des brigands à Thétel de ville.» On a vu d'ailleurs que la grande majorité du club des jacobins, où dominait Robespierre, et des cordeliers, où dominait Danton, était composce de francs- maçons : on ne peut donc nier que la Révolution, avec tous ses crimes, ne fût leur œuvre. Le langage odieux qui retentissait partout à cette époque, à la tribune, dans les journaux, dans les clubs, n'était que l'écho du cri de haine contre la religion et la monarchie que depuis un siècle poussaient les loges (1).
VIL — La RÉVOLUTION européenne
Cependant l'œuvre de la Révolution ne devait pas se borner à la France. L'Illurainisme l'avait choisie comme le théâtre de la première explosion, autant pour satisfaire sa haine particulière contre la maison de Bourbon, que pour mettre au service de la cause révolutionnaire l'élan et l'esprit de propagande propres au peuple français.
Aussi bien par ses ramiRcations universelles la Maçonnerie était en mesure de paralyser la coalition des rois et de faciliter par la trahison générale le succès des armées révolutionnaires.
Dans une réunion du comité de la Propagande, le 21 mai 1790, Duport, qui tenait dans ses mains tous les fils de la conjuration
(t) Ea 17U2 au club des jacob'msdo Gaen, le eoDventioonel Fauchet. ôv6iqo du Cal* vados, prononçait publiquemeul ce serment : c Je jure haine implacable au Irâoe et fl au sacerdoce, et je consens, si je viole ce serment, que mille poignards soient ptoa» c.tgésdans mon selQ parjure, que mes entrailles soient déchirées et brûlée^^ol que mes c cendres, portées aux quatre côtés do l'univers, soient un monument de mon iiifidéc lité. » (La conjuration contre VÉgtise catholique i702y p. 65, Paris). Il est impoe« ■ible de ne pas reconnaître là les serments de Vapprenti ot du chevalier Kadoeh.
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maçonûique, esquissa en ces termes tout le plan de la Révolutiou européenne (1) :
tt li. de Mirabeau a très-bien établi que l'heureuse révolution qui s'est opérée en France doit être et sera, pour tous les peuples de l'Europe, le réveil de la liberté, et, £our les rois, le sommeil de la m^ort. Je pense comme lui à cet égard, mais je diffère de lui dans les conséquences qu'il tire de ce principe. Il est en effet hors de doute que, de quelque manière que s'y prennent les rois dfi l'Europe et les autres tyrans du peuple dans les diverses aristocraties, si notre démocratique constitution s'affermit, si elle triomphe de ses adversaires, en ce cas il est hors de doute, dis-je, que notre exemple rend la ruine des trônes inévitable , que partout le peuple, excité par notre exemple, voudra régner et qu'il régnera ; mais le préopinant conclut de ce principe qu'il ne s'agit pas maintenant de porter nos regards au delà de notre patrie, qu'il ne s'agit que d'y afifermir la constitution sur des bases inébranlables, assurés, oomnie nous devons rôtre,que la, constitution française, une fois affermie, nkesrite une révolution qui remette le sceptre des rois aux pieds des peuples.
t n me semble que, pour conclure ainsi, le préopinant part d'une hypothèse aussi ridicule que fausse : c'est que les rois de l'Europe ne songent pas au danger inévitable qui les menace et qu'aucun d'eux n'aperçoit son arrêt dans l'affermissement de notre constitution. Mais c'est supposer aux rois une stupidité trop désirable pour être réelle. Non, Messieurs, non, cette stupidité ne les endort pas au bord du danger ; ils songent à renverser notre constitution ; et nos provinces divisées, nos criminels et implacables ennemis, quoi que l'on dise, rendent ce projet fort aisé ; il est immanquable si nous nous contentons, ainsi que le veut le préopinant, de rester sur la défensive, si, en nous occupant de nous seuls, nous les laissons se coaliser, si, sans crainte actuelle de la part de leurs peuples, ils les emploient à relever notre roi et à nous sacrifier sur les marches du trône ; si nous n'aidons à la Révolution dans leurs royaumes, la nôtre eët manquée, et nous deviendrons esclaves, si nous laissons des esclaves en Europe.
t II faut donc hâter chez nos voisins la même révolution qui s'opère en France. Nous trouverons deux grands avantages à cette manière d'agir offensive : le premier d'occuper d'une manière si active les rois diez eux qu'ils ne puissent songer à nous ; le second de nous faire des alliés nécessaires de tous les peuples qui secoueront le joug et qui, n'étant pas aussi avancés dans la Révolution que nous le sommes, trouveront en nous un appui moral et physique.
(1) Cet ioportant document a é(é trouvé dans los papiers du cardinal de Bernis, ■OUI ce titre : Discours prononcé au conUté de la Propagande ^ par M. DuporL. un i» m mtmbres, le Si mat 4790.
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« Mais qaels sont les moyens que ce comité doit employer pour commencer ses travaux patriotiques, et, en prenant les choses au point où nos zélés collaborateurs les ont mises, que nous reste-t-il à faire, et par où commencer ?
c Un grand danger nous menace, je le répète, et il faut être stupide pour n'en être pas alarmé. Nous avons à craindre que les rois d'Espagne, de Sardaigne et de Naples ne sortent de leur torpeur incroyable, et qu'éveillés par le danger ils ne se réunissent pour entrer, à main armée, dans le royaume encore déchiré, mal affermi, recelant dans son sein d'implacables ennemis, assurés de trouver un roi aigri, désespéré ; et que, proûtant de ces éléments, ils ne détruisent notre ouvrage et ne rétablissent le despotisme pour le conserver chez eux.
« Vainement nous dirait-on que ces souverains, alarmés de quelques mouvements populaires qui d^jà se sont manifestés chez eux, ne songent qu'à leur repos, à leurs inquiétudes, et nous abandonnent. Gela n'est pas vrai, parce que cela ne peut pas être. ^Qu'est-ce que ces mouvements populaires ? Rien d'assez essentiel pour renverser leurs trônes, ni d'assez important pour leur annoncer nos projets et leur danger.
« Vous savez à quoi ces mouvements tant exaltés se réduisent et à qui ils sont dus. Peut-on, de bonne foi, appeler cela de vraies insurrections ? Non, Messieurs, non, vous ne l'ignorez pas.
D'après ces données, il m'est impossible de croire à la léthargie des rois en ce moment; et quand j'entends ici vous assurer qu'elle est réelle, je vois seulement que nous avons des traîtres parmi nous. Non, elle n'existe pas, non, elle ne peut exister, et l'obscurité prouve de grands événements qu'il s'agit de prévenir; car remarquez que, si notre révolution est la cause des peuples, nos principes sont aussi la cause do tous les rois, c'est-à-dire ce sont là les ennemis de tous les trônes et de toutes les aristocraties de l'univers.
c Remarquez que si l'Espagne, la Savoie et Naples se coalisent, ils ne resteront pas isolés. Comptez sur les aristocraties suisses, sur l'empereur, la Prusse ; tous enfin finiront par se réunir au premier qui nous attaquera. Ainsi notre salut sera dans la môme révolution opérée chez eux, révolution qu'il ne faut pas attendre de notre exemple seul, mais qu'il faut hâter pour que la nôtre s'accomplisse. Enfin, Messieurs, le plan du préopinant est défensif, le mien est offensif : voilà la différence.
« Mais comment agir et sur quoi agir ? D'abord fixons ce second point : sur quoi agir ? La réponse est claire : sur ceux dont nous avons le plus à craindre, sur l'Espagne, la Savoie, Tltalie et les cantons aristocratiques de la Suisse. Les raisons de ce choix sautent aux yeux : c'est chez nos voisins et nos premiers ennemis qu'il faut opérer une révolution semblable à la nôtre. Comment agir ? par aucun des moyens que vous avez employés jusqu'à ce jour. Ils sont ruineux et insuffisants :