‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 46 sur 151 · LA RÉVOLUTION EUH0PÉENN · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION EUH0PÉENN

irons Yoas adressez à la classe médiocre des sociétés ; elle est déjà cor^* rompue ; si elle vous sert par corruption, elle vous trahira par le môme motif. Non, c'esi dans chaqite gouvernement même qu'il faut trouver le | çerme de la révolution à y opérer, comme le germe de la nôtre était dans i le souvenir des États généraux et dans leur convocation.

c L'Espagne eut ses Cortès, elle s'en rappellera encore : elle est accablée de misère et d'impôts. Son roi est borné, emporté ; il poussera les choses à l'extrémité chez lui ; avec ce caractère, il faut hâter chez lui la révolution, parce que les moyens sanguinaires et sans ordre qu'il em* ploiera pour la prévenir la détermineront ; au lieu que, si vous lui laissez le temps de se môler de nos querelles, ce môme caractère imprimé à les généraux, à ses armées, rendra peut-être notre ruine inévitable. L'Andalousie, depuis les complots dont on nous a rendu compte, présente peu de moyens d'insurrection ; Valence n'en présente aucun ; Cadix en offire d'insufûsants ; tous les moyens possibles semblent se réunir en Catalogne. Peuple hardi et féroce, pays difficile, impôts accablants, haine des Espagnols, voisinage de la France, tout nous dit que c'est là qn'il faut ressusciter le patriotisme et élever les courages. C'est là qu'il &ut semer pour recueillir. C'est là, non à Madrid, qu'il faut chercher des prosélytes. Les droits particuliers de la Catalogne peuvent émouvoir les peuples, il faut toujours les unir à ceux des Cortès, car ce n'est pas la Catalogne seule qu'il faut émouvoir, c'est l'Espagne ; mais en soulevant les classes mécontentes de la société, attachez- vous plus spécialement au peuple. La vanité échauffe les bourgeois, le besoin pressant gâte le peuple. A l'un il faut de l'or pour qu'il se hasarde, à l'autre il suffit de donner l'espérance. L'armée espagnole, nous dit-on, parait invariablement fidèle; j'entendais dire cela de l'armée française en 1787; elle le paraissait, vous voyez ce qui est arrivé ; il faut d'abord s'attaquer aux gardes wallones ; ces troupes, presque étrangères, serviront, une fois acquises, à vous livrer les autres.

La Savoie a un souverain peu capable, elle sera aisée à émouvoir, elle est déjà émue ; accablée d'impôts, haïe par les piémontais, il ne faut que réchauffer pour qu'elle agisse, et, à cet égB.Tàf confiez tous vos soins à ceux qui s'en occupent ; mais songez aussi que les piémontais haïssent les savoyards, et qu'ils les forceront à se soumettre si eux-mêmes ne s'arment pas pour la môme cause ; et je ne crois pas que vous ayez aucun avantage à cet égard.

La Suisse offre plus d'obstacles parce que V aristocratie rend le peuple heureux dans certains cantons ; ce^endsini il importe qu'ils deviennent tous démocratiques ; mais c'est par Lucerne ou Fribourg qu'il faut commencer vigoureusement (par les deux grands cantons catholiques}, et non par le redoutable canton de Berne ; il ne faut pourtant pas le négliger, tant s'en faut ; mais ce n'eSt pas le pays allemand qu'il faut

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chercher à séduire ; c'est le pays conqais, c'est le pays de Yaud. L'ouvrage qu'(5n nous a lu, à cet égard, est un hon germe, peut-étre faut-il attendre avant de le semer. Il est quelques détails inexacts dans l'entreprise du major Davel et dans sa tyrannique exécution ; ils sont décrits d'une manière plus touchante dans un ouvrage, que j'ai, au sujet du consensus requis en 1724 par l'État de Berne. Je prêterai cet écrit à l'auteur de VAvis à VBelvétie. Berne a commis de grandes atrocités en 1749, il faut les dévoiler. Mais, je le répète, Berne doit suivre le sort des autres cantons aristocratiques. Berne ne pourra résister à l'impulsion totale ; mais il faut diriger les efforts sur Lucerne et Fribourg, tout y est disposé.

Naples parait, au premier coup d'œil, moins aisée à émouvoir à cause de la stupeur générale ; cependant Naples est plus facile qu'aucun autre pays, car la misère y est au comble et la stupidité est sur le trône et au conseil ; aucune prévoyance, aucun plan ; l'inquisition sur les français éloigne nos mécontents, et ce sont ces coupables émigrants qui« par leurs clameurs, éloignent de vous et de vos projets et vous suscitent autant de préjugés contraires que de haine (1).

Messieurs, agissons et agissons à l'instant ; envoyons nos amis où nous n'en avons pas ; changeons les instructions de ceux qui sont sur les lieux ; n'attendons pas notre ennemi, et ne nous berçons pas des chimères cruelles de M. le comte de Mirabeau (2). »

En ce mèrue temps, et dès le commencement de la révolution, était parti du comité du Grand-Orient un manifeste, adressé à toutes les loges maçonniques et à tous les Directoires chargés d'en faire Tusage convenable auprès des frères dispersés en Europe. Par ce manifeste et en vertu de la fraternité, « toutes les loges étaient sommées de se con fédérer, d'unir leurs efforts pour le maintien de la Révolution, de lui faire partout des partisans y des amis, des protecteurs, d'en propager la flamme, d'en sus^ citer l'esprit, d'en exciter le zèle et l'ardeur dans tous les pays et par tou^ les moyens qui sont en leur pouvoir,

(t) Ils auraient mieux fait saos doute de se laisser guillotiner en France ou do se ranger parmi les missionnaires soldés par la caisso du comitô de la Propagande !I

(?) Ce discours est du 21 mai 1790, et Mirabeau, d'après L. Blanc, s'était venda à la cour pour cinquante mille francs par mois dès le commencement de Tannée ; ou plutôt, dit le collecteur des Rapporti etc., le républicain Lallement, c en «'enj^agéant avec la cour^ Mirabeau n'avait voulu que profiter de la corruption et troui" per let corrupteun (t. X, p. 238) ; i c'est aux dépens de sa probité louer son patriotisme, mail qui voudrait défendre la probité de Mirabeau ?

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