‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 47 sur 151 · VIII. — Le TRAVAIL MAÇONNIQUE EN ALLEMAGNE ET DANS · texte numérisé non relu

VIII. — Le TRAVAIL MAÇONNIQUE EN ALLEMAGNE ET DANS

LES PATS DU Nord

Ce manifeste fut envoyé à toutes les loges, même à celles d'Angleterre; il le fut surtout en Allemagne, où Tempereur Joseph II en eut un exemplaire signé : Philippe d* Orléans. Le professeur Hoffmann, que la Maçonnerie avait longtemps pressé avec de grands éloges de consacrer sa plume à la cause de la Révolution et à qui, d*un autre côté, divers maçons, honteux de s'être laissé séduire, avaient dévoilé des secrets importants, raconte encore qu'il avait appris d'eux :

c Que Mirabeau lui-même avait déclaré à ses coqfidents qu'il aoaii m A\\$magn$ une correspondance trèS'étendue, mais nulle part phts impor^ tante qu'à Vienne. Il savait que le système de la Révolution embrassait l'oDivers ; que la France n'était gîte le théâtre choisi pour une première «fplofion ; que les propagandistes travaillaient les peuples sous toutes les zones; que les émissaires étaient répandus dans les quatre parties du monde, et surtout dans les capitales ; qu'ils avaient leurs adhérents et cherchaient à se fortifier spécialement à Vienne et dans les États autrichiens. En 1791 il avait lu, et plusieurs autres personnes avec lui, deux lettres, l'une de Paris et l'autre de Strasbourg, détignant en chif^ fns les noms des sept commissaires de la propagande, établis à Vienne, et ênsquels de nouveaux commissaires devaient s'adresser, tant pour la solde ie leurs travaux que pour tous les conseils à prendre sur leur objet. Il tvait vu plusieurs de ces gazettes à , la main qui, partant de Vienne chaque semaine et remplies d'anecdotes curieuses contre la cour, de principes et de raisonnements contre le gouvernement, allaient porter tout le poison des sociétés secrètes dans les villes et les bourgs de l'empire et dans les pays étrangers, sans que ceux à qui elles s'adressaient cassent jamais souscrit et sans qu'on leur demandât jamais le prix du port ou de la souscription. Il avait même fait passer au gouvernement (pielques-unes de ces letcres. Il avait dévoilé Tobjet des voyages que l'illiuniné Campe faisait à Paris, et ses relations avec d'Orléans et Minheaa. Il savait encore, de science certaine, les projets du Mirabeau allemand, Mauvillon, l'enrôleur de Mirabeau, celui qui écrivait en juin 1791 à Guhn, autre illuminé : « Les affaires de la Révolution vont Unh iows mieux en France; f espère que, dans peu d'années, cette flamme pr«n-

156 LA RÉVOLUTION KN FrANCB ET EN EUROPB

dra aiusi partout et que l'embrasement deviendra général; alors notre ordre pourra faire de grandes choses. Ces projets de Mauyillon consistaient dans un plan très-détaillé pour révolutionner toute l'Allemagne ; et ce plan, envoyé dans la plus grande partie des loges maçonniques et dans tous les clubs de l'Illuminisme, circulait dans les mains des émissaires et des propagandistes, déjà tous occupés à soulever le peuple dans les avant-postes et dans toutes les frontières d'Allemagne (1). »

Ainsi en était-il de la Pologne et de la Russie elle-même, où la Maçonnerie et les sociétés secrètes avaient leurs affiliés et leurs émissaires.

On a pu voir dans les chapitres précédents comment depuis un demi-siècle la propagande philosophique et la propagation des loges avaient miné Fédifice social dans toute TEurope.

Cependant l'idée dominante n'avait été jusqu'ici qu'irréligieuse et impie ; mais aussitôt que la révolution française eut éclaté, el à la réception de la circulaire du Grand-Orient, l'idée anlimonarchique et républicaine prit partout le dessus, et ne se servit plus de Tautre que comme d'une sape mise aux fondements de toutes les nationalités. En Hollande, Paulus publie ses traités sur Z'i?galité ; en Angleterre, Payne, Les droits de V homme ; en Allemagne, Campe, son Citoyen français ; Philon Knigge se prépare à finir sa carrière en se surpassant lui-même par sa Profession de foi politique,

« Toute la clique de Nicolaî assiège dans toutes les règles, dit Bobison, la constiti>tion germanique, et, lorsqu'ils en sont au corps db la place, ils arborent hardiment l'étendard du cosmopolitisme universil, et la somment de se rendre... La plus hardie de toutes ces attaquei fut une collection de lettres anonymes sur la constitution de la Prusse^ Cet ouvrage était soi-disant imprimé à Utrecht ; mais, en comparan les caractères avec ceux de quelques livres imprimés à Berlin, on vit c'ai-^ rement qu'il était sorti de l,a manufacture de Nicolaî... On le regsrde comme une production de Mirabeau ; il est au moins certain qu'il le traduisit en français, et qu'il y ajouta une préface et des notes encore plue incendiaires que l'ouvrage même. Il y est afSrmé que le monarqae est un tyran, ses sujets un assemblage de misérables courbés sous le joug de l'oppression, et on y excite les peuples de Silésie, comme gémissant sous une tyrannie plus forte encore, à sortir de leur engourdissement et à se lever en masse pour reconquérir leurs droits (2). »

(1) Avit important, d*Hoffmann, t. I, { 19.

(2) Preuves de conspirations contre toutes les religions el tous les gouvernessndê ourdies dans les assenMées seorèles des illuminés et des fruncs^maçons^ p. 122.

LB tRAVAÎL MAÇONNIQUE EN ALLEMAGNE 157

L'Italie a son Gk)sani, toutes les nations ont leur patron du peuple souverain et leurs écrivains égalitaires. Le nom de citoyen français est désormais pour eux le grand titre de noblesse ; il devient la récompense des Campe, des Thomas Payne, des Cramer et d'une foule d'autres illuminés fanatiques, des Nimis, Dorsch, Blau, etc., appelés à Paris même du fond de TAUemagDe par les chefs de la propagande, pour rédiger sous leurs yeux ces feuilles périodiques destinées à porter au delà du Rhin tout Fenthousiasme de la Révolution. Leuchseuring, de Rebmann, d'Hoffmann s'y sont aussi rendus, ainsi que des adeptes de la Suisse, de la Savoie, de l'Italie, de l'Espagne, pour y ourdir, comme au centre d'où partent tous les rayons, les trahisons qui doivent s'étendre dans tous ces pays . Trente millions sont tirés du trésor public à cet effet, dès la première année, et vingt-un quelques années plus tard, pour préparer les insurrections victorieuses qui éclatent partout à l'approche des armées répubUcaines (1).

La Belgique, la Hollande, les provinces rhénanes, la Savoie, la Suisse, l'Italie, se couvrent de clubs, comme la France ; Amsterdam seul ne compte pas moins de quarante à deux cents membres chacun, avec un club central et un conseil suprême pour les uuir et les diriger. Leyde a ses députés au club central ; et les clubs et les frères, à Leyde, sont en proportion plus nombreux et plus factieux encore que ceux d'Amsterdam. Les adeptes d'Utrecht surpassent les uns et les autres en génie révolutionnaire. La vigilance du gouvernement, le voisinage des armées les ont chassés des clubs ; leurs chefs se réunissent dans les maisons de campagne, et leurs déUbérations vont ajouter à celles de tout l'aréopage d'Amsterdam. Rotterdam paraît neutre, et toute neutralité n'est qu'un Jacobinisme qui attend le moment de se montrer. Le ministre protestant et adepte Mareux compte à peine dans Néarden on quart de citoyens qui résistent encore à son apostolat révolutionnaire. Le commissaire Aiglam n'en souffrirait pas un seul dans Harlem qui ne fût tout dévoué aux adeptes d'Amsterdam (2).

Pour diriger. la marche de tous ces ennemis de leur patrie et

(1) Sur ces trente mUliong, Yoîr les Mémoire» de Dumouriez. Quant aux viDgt-uQ mires, €eA od député destiné à la déportation par le Directoire qui en a Cait la ré-» velation. ''Barruel, Mémoires, etc , t. IV, p.- 352.)

(t) BxirnU (ftf A mémoire eecret iur VéUU de la Hollande^ peu de moiê cmuU Tin* mion.

158 LA Révolution en France et en Europe

de lenrs nationalités, la réToIution française a, dans Amsterdam, pour ministre secret, l'adepte Malabar, et ponr commissaires les nommés Larchevêque et Aiglam. En possession de toute la confiance des factieux qui se préparent à livrer leur pays, et de toute celle du général qui doit en faire la conquête, Malabar ne se montre que dans Taréopage des conjurés ; il y dicte les résolutions. Larchevêque et Frésine sont les intermédiaires qui en transmettent les résultats au chef des conquérants ; Aiglam, dans Amsterdam et à Harlem, est Tintendant des arsenaux souterrains, où les frères pourront prendre les armes au moment convenu ; s'il . fiut pour ce moment la protection des magistrats, ils ont pour eux Dedelle, adepte et bourgmestre. Pour subvenir aux frais de la révolte, ils ont surtout, dans les maisons de commerce, les j. comptoirs de Texier, de Couderc et de Rottereau ; ils ont de

^ / >v^' ^ P'^'^^ 1?^ trésors et l'ardeur révolutionnaire du juif Sportas. Dans

Amsterdam, comme à Mayence et dans Paris, ils ont leurs orateurs des halles et des estaminets dans Terraache, Lekain, Muh- 1er, Schneider et une foule d'autres. En calculant leurs forces, ils ne comptent pas moins de quarante mille hommes prêts à se réunir pour marcher au devant de l'armée révolutionnaire, et mettre entre deux feux les alliés ou les légions restées fidèle à leur patrie et aux institutions qui constituent leur nationalité II ne leur manque plus qu'un général capable de diriger leur marche ; les frères de Paris y pourvoient et leur envoient le gé^ néral Eustache, que les États-Unis, quand il sera arrêté, réclameront plus tard comme américain (1).

Partout où devaient pénétrer les armées révolutionnaires, les mêmes avant-gardes étaient préparées, et le chef des frères aux loges de Manheim, aussi zélé pour la propagation de leurs complots que son homonyme, le célèbre Zimmermann, le fut pour en dévoiler la trame, se vantait d'avoir établi, à lui seul, plus de cent de ces clubs conspirateurs, sous le titre de sociétés littéraires ou de loges maçonniques, dans ses courses en Italie, en Suisse et en Hongrie (2).

Mais ce fut à Vienne et dans les États autrichiens que le travail fut le plus savant et le plus profond.

€ Aussitôt après la révolution française de 1790 et 91, dit un écri«

(1) Ibîd.

(2) Barruel, Mémoim etc., t. IV» ch. X, p. 254.

Page 1