LS TRAVAIL HAÇONKIQTJB EN ALLEMAGNE
vain parfaitement renseigné sur tous les détails de ce travail mystérieux et des procédures judiciaires qui les firent connaître, on oom* mença à parler d'une propagande qui s'était répandue de tous côtés et recrutait les partisans du régime en vigueur dans la France, Les preuves de son existence ne sont malheureusement que trop nombreuses. Cependant les apôtres qui nous arrivaient de Paris à Vienne n'étaient que des jacobins mal déguisés ; leur fougue les trahit, et ils ne purent faire grand mal. Ils n'avaient (en apparence) absolument rien de commun avec les conjurés dont il est question. Aussi ces derniers n'eurent-ils garde de se môler à eux ; au contraire ils en dénoncèrent plusieurs, et, par politique, les firent incarcérer. La conjuration secrète de Vienne n'avait besoin d'aucune propagande ; elle était en liaison trop intime avec les chefe du désordre, ses plans étaient trop étendus pour qu'elle pût retirer un avantage des hâbleries de quelques démocrates dans les estaminets.
c L'incarcération de plusieurs étrangers suspects, la découverte et la destruction d'un club composé exclusivement d'officiers et de domesti* ques français, dont quelques-uns môme étaient au service du prince de Kaunitz, n'ayaient encore rien de commun avec la secte beaucoup plus cachée, beaucoup plus dangereuse, dont il s'agit ici. Mais cela môme éloignait davantage de la trace qui aurait pu la faire connaître. Car il n'y avait pas (en apparence] d'ennemis plus acharnés des jacobins, ni d'inquisiteurs plus zélés que ceux mômes dont on ne soupçonnait pas onoore la formidable existence. Après la destruction de ce club on se crut en sûreté, car on ignorait qu'on n'eût découvert que les conjurés les moins criminels et les moins dangereux ; on ne savait pas que les grands coupables avaient échappé,... quand tout à coup une lumière affreuse se répandit et fit découvrir le précipice au bord duquel on se trouvait La capture de Sémonville, qui avait été député à Gonstantinople, en qualité de délégué extraordinaire des jacobins, fut plus importante pour une grande partie de l'Europe que toute victoire et toute conquête, plus importante que tons les événements qui avaient éclaté depuis l'apparition du fanatisme politique de la France, plus précieuse de beaucoup que tous les trésors et les diamants de la couronne que cet honnôte dé« puté emportait avec lui. Car il faut savoir que les plans de ces hommes sont grandioses et proportionnés à leurs passions criminelles.
c Ce ne fut pas seulement une seconde guerre orientale, dont les suites auraient été incalculables dans les circonstances actuelles, mais probablement encore le bouleversement complet de la monarchie autridûeime et de plusieurs autres États voisins, qui furent épargnés par cette capture.
t Les papiers que Sémonville portait sur lui furent les trésors les plus précieux dont on s'empara avec sa personne. Ma plume est frappée
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d'impuissance quand il s'agit de dépeindre Tétonnement, la surpiise, la terreur de ceux qui, les premiers, ont jeté les yeux sur ces documents. On se vit tout à coup transporté dans un monde de traîtres, dont on n'avait pas le moindre soupçon un instant auparavant.
c J*ai hâte de faire cette remarque que, dans ces temps, les favoris qui avaient été comblés dé bienfaits, voire môme les confidents des princes, furent, pour la plupart, les premiers traîtres ; tandis que ce furent les serviteurs inconnus ou plutôt méconnus et rebutés, qui restèrent les hommes les plus dévoués, les plus fidèles...
c On put alors se convaincre que le danger où l'on se trouvait n'était pas seulement grand, mais effrayant ; qu'il n'y avait aucun temps à perdre ; ou put môme s'assurer que cette découverte n'aurait pas eu lieu, si, par hasard, on avait confié la visite des papiers à certains personnages, chose qui aurait pu arriver, puisqu'on les croyait tous également fidèles serviteurs de l'État.
c D'après ce qu'on a pu apprendre, la mission secrète de Sémonville avait pour objet de se &ire délivrer des bœufs, du blé, de faire différentes commandes àTrieste, de conclure des conventions verbales et de prendre des informations auprès de certaines dicasteries. Tous ceux que l'on reconnut comme traîtres furent saisis au môme instant, et leurs papiers fouillés. Jusqu^alors on croyait que ce n'était qu'une trahison dangereuse que l'on avait heureusement découverte ; mais on vit enfin que c'était une véritable conspiration, une ligue s^issant d'après des plans uniformes, une association organisée dans le but de renverser TÉUt.
« Chaque jour apporta une nouvelle lumière, chaque feuille de papier trouvée parmi les écrits adroitement cachés de certains détenus découvrit un nouveau crime. On tenait donc en mains un fil conducteur, pour pénétrer plus avant dans ce labyrinthe de la trahison. Tout devint clair comme le jour lorsqu'on trouva chez une vingtaine d'affiliés les écrits, les négociations et les noms de plusieurs hommes, revêtus d'autorité en France et dans un autre pays. On vit alors que ce n'était pas seulement à Vienne et à Trieste, mais encore dans presque toutes les villes de la monarchie, que l'on pouvait compter des conjurés. Tous les traîtres de la Bohème, de la Moravie, de la Styrie, de la Gallicie et de la Hongrie furent réunis ; pour sauvegarder les droits de ce dernier pays, on nomma, du sein de la chancellerie hongroise, qui se trouvait à Vienne, un comité spécial qui assista aux interrogatoires de la commission principale, chargée d'instruire le procès.
« Il y a quelques mois, on découvrit tout à coup un grand nombre de ces conjurés ; il y a à peine quelques semaines que Bieleck, capitaine et professeur à l'école des cadets, fut amené prisonnier. On le regarda comme un des premiers en rang dans la conjuration ; on a trouvé chek
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lai des archÎTes on due forme. On doute cependant qu'on soit parvenu aa bout de la découTerte ; car, à peu jirès chaque jour on trouve de nou- Yeanx conjurés... Cependant le jugement de plusieurs coupables a été prononcé : nous l'aTons lu dans les feuilles publiques. GillofTsky, qui s'est pendu, occupait un poste à la chancellerie militaire ; ses crimes étaient très-grands. Il communiquait à l'ennemi tout ce qu'il pouvait apprendre. Qu'on Bretonne après cela de certains événements arrivés dans celte guerre. Brandstaetter était magistrat et assesseur au département de la commission mixte des affaires civiles et militaires ; Hackeb était le propriétaire d'un port ; Glûckshafen et Jûtz étaient docteurs en droit (i). »
c Des conspirations semblables furent découvertes à Turin, à Naples et en Portugal. Ce fut également la correspondance d'un émissaire, le brabançon Segré, qui fournit les preuves de celle de Lisbonne. Arrêté et enfermé dans les prisons de Lisbonne, il n'oublia pas qu'un véritable adepte doit savoir mourir, plutôt que de dénoncer ses complices, patet txitus; et les frères le lui rappelèrent en lui faisant passer un matelas, et l'avertissant qu'il y trouverait un rasoir ; et il fut bientôt trouvé sur ce matelas nageant dans son sang. Il n^en fut pas moins constaté que ses complots tendaient, comme tous les autres, au bouleversement de l'État et à la perte de toute la famille royale. On ajoute qu'il se trouva dans les papiers de ce conjuré une correspondance suivie avec le prince de la Pais, et que ce ministre d'Espagne, le sachant arrêté, se hâta de le réclamer ; mais que celui de Portugal répondit que, puisque Dieu avait préservé ce royaume du plus grand danger qu'il eût jamais couru. Sa Majesté très-fidèle se réservait de traiter cette affaire avec Sa Majesté catholique (2). >