IX. — Le travail maçonnique en Italie
C'était également contre le roi et la nationalité piémontaise qu'avait été formée la conspiration découverte et réprimée à Turin. Les nobles et les riches auraient commencé à s'expatrier, si le gottvemement n'avait arrêté l'émigration. Victor- Amédée interdit toates les réunions et ferma même les académies et les casini.
(f) tfytûire merHe de la conjuration Joeobinique dam les États autriehieni. Ci htioD de Eekert, t. II, p. 143 et soiv. (2) Bamusl, Mémoires, etc., t. IV, p. 363.
\6i LA R]évoLUTroN EN Prange et en Europe
Mais en Sardaigne, le peuple demanda la réunion des États, et força le vice-roi, assiégé dans son palais, à s'enfair.
« A Naples les loges des francs'-'maçons s* agitèrent plus que jamais. La jante de conspiration ne suffisant plus, Marie-Caroline établit une junte d'inquisition avec des pouvoirs extraordinaires (1). Le procès des conspirateurs fut instruit ; toutes les preuves contre les coupables étaient acquises ; sur les ordres de 8a Majesté même, elles avaient été recueillies et rédigées par un magistrat d'une probité et d'un mérite reconnus. Mais leur résultat montrait surtout l'erreur d'une foule de grands qui ne savaient pas que, derrière les complots auxquels ils se prêtaient contre la famille royale, il était d'autres complots dont ils devaient être euxmêmes victimes. Et le roi et la reine de Naples ont mieux aimé montrer leur clémence envers les principaux complices et leur laisser la vie dans les prisons, que de les envoyer à l'échafaud après un jugement public. Mais les circonstances, que la politique a cru devoir ensevelir dans les ténèbres, n'en ont pas moins laissé à découvert le but des conjurés et l'action de la propagande (2). » Un peu plus tard, une conspiration fut tramée encore à Palerme pour ériger la Sicile en république, et de nouveaux mouvements eurent lieu à Cagliari et à Sassari (3).
(i) Histoire univerMê «nw la direction de M. Duruy^ ItaUe, Zoller, p. 490, 492, Paris, Hachette, 1853. -* Qu'oa Jage, par ce passage des mémoires de Oœthe, de rinfluence qu'eierçait déjà, dès 1787, les sociétés secrètes dans les États da roi à» Naples et môme en Sicile : « Pendant que J'admirais toutes ces richesses (église des Jésuites de Messine), un officier, que J'avais remarqué à la tahU du gouoerneur, 8*est approché de moi en offrant de me montrer letpartiei du port inaecetsiblêt atue Hrangerg. Craignant que cette offre ne fût un piège tendu par le bizarre gouver- /. , I neur, le consul a voulu m'empécher de l'accepter ; mais, grâce à quelquet eigneê
/ //^ ^ ^- I myitérieuap, fataià déjà reconnu un ami, un frère^ et Je Tai suivi avec confiance.
c A peine avions-nous fait quelques pas, qu'il m'a appris que les frèree veillaient sur moi et me proUgeraient contre les caprices du gouverneur, si cela deve* nait nécessaire, chose peu probable... Après m'avoir donné ces renseignements, il m'a prié de profiter d!une êéanee qui devait aooUr lieu la même nuit, pour me faire connaître plus amplement aux frères de la Sicile, auxquels Je ne pourrais sans doute pas refuser moft estime, en voyant que, sous un gouvernement despotique, ils avaient le courage de se réunir secrètement pour protéger contre les abus de cegou* vernement, non-seulement les habitants du pays, mais les étrangers qui font partie de cette association. Je m'excusai on alléguant mon prochain départ, car je n'avais nulle envie de m'exposer à de graves dangers, en assistant à une réunion sévèrement défendue, non-seulement à Messine, mais par toute l'Italie... > (13 mai 1787. Mmoiree de Oœthe, irad. de la baronne de GarioiriU, 2« pari., voyages^ p. 171).
(2) Barruel, Mémoires, etc., t. IV, p 364*
,31 Duruy, Bistpire d: Italie, p. 493.
Lfi TRÂYAIti MâÇoKNIQUE EN ItAUE l6â
Les sociétés secrètes avaient donc tout préparé pour étendre Jans l'Europe entière, contre les nationalités chrétiennes, la révolution qui venait de détruire celle de la France. On n'attendait plus, pour l'explosion définitive, que le secours des hordes révolutionnaires préparées en France (1).
A peine en effet le signal est-il donné que devant les armées républicaines toutes les résistances s'évanouissent, les corps d'armées qu'on leur oppose hésitont, tâtonnent, reculent sans cause apparente (2) ; les villes fortes ouvrent leurs portes, les provinces euvahies s'érigent en républiques particulières ou s'annexent à la république-mère. Une députation des principaux Illuminés invite Custine, dès son entrée en campagne, à pénétrer dans le pays, et l'assure qu'il comblera les vœux du plus grand nombre des habitants. Ils ajoutent que, s'il était inquiet sur les moyens de surmonter les difficultés apparentes, ils peuvent l'assurer qu'eux et leurs amis ont assez de pouvoir pour promettre de les lever ; qu'ils sont les organes d'une société nombreuse, au nom de laquelle ils lui promettent un dévouement entier et la plénitude de leur zèle pour contribuer à son succès (3).
Mayence ouvre ses portes à la seconde sommation de Custine, qui n'a pas même dans son armée des canons de siège ; et la république cisrhénane est proclamée, avec les principaux traîtres ou agents, Metternich, Behman, eto., pour admininistrateurs à gros appointements. L'émissaire du club parisien, Van der Noot, envoie à Dumouriez un manifeste, convenu à Londres avec Chauvelin, Talleyrand et Noél ; Dumouriez le publie sans y rien changer, et, gagné par les agents et le manifeste, le peuple acclame la révolution et la Flandre est prise. Pichegru s'est avancé vers la Hollande, et Utrecht, Willemstad, Breda, Gorcum, Berg-op- Zoom et Amsterdam sont prises, conune la Flandre, Mayence et
(1) Lonret, Adreuê à Robetpierrê.
(2) Après 1a prise de Verdan dans la Champagne, occnpée le 27 fleptembre, le ro dePrufle, les ministiee de Vienne, de Londres et de Pôtersbourg, tinrent coosoU Tons YOQlaient la bataille ; Brunswick aeal, le grand maître des francs-maçoni oommé à Willhemsbad, général des armées coalisées, ne la voulait pas ; toutefois il sida à l'avis commun, et il annonça la bataille pour le 29. Mais au sortir du consA, il donnait des ordres pour la retraite ; tout resta voilé de nuages ; bientôt la Chnipegiie fat évacuée ; la brillante armée coalisée sTéloigna, comme si elle avait été vaineoB, laissant partout des débris de ses bagages. (Beaulieu, Hi$toire de la itétoUithm. Laurentie, BisMre de France^ chap. XI.)
;n) aiimoiree de Cuttimê, U I, p. 46 et 47.
LA RÉVOLUTION EN pRANGE ET EN EUROPB
les provinœs rhénanes ; tandis qu'un peu plus tard Figuiëres, le boulevard de l'Espagne, dépourvue de tout moyen de défense, ouvre ses portes, et est conquise, ainsi que plusieurs autres citadelles, comme l'avait été la Hollande devenue la république batave (1). Ainsi en fut-il en Italie.