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XV. — Bonaparte et la destruction du pouvoir

SMPORSL DU PAPE.

La France révolutionnaire accomplissait trop bien l'œuvre dont la poursuite formait le premier but des sectes : la destruction de la papauté.

Le directeur haut maçon Barras, après avoir fait mitrailler par le gén^l Bonaparte les sections de Paris en armes contre la Convention, l'avait nommé au commandement de Farmée d'Italie. Devantlui la Maçonnerie transalpine avait préparé les voies; les portes des places s'étaient ouvertes à l'envi, comme nous l'avons prouvé précédemment ; les républiques s'étaient formées de toutes parts. La trahison minait ouvertement ce qui restait encore.

c Bonaparte, dit M. Thiers, avait à peine signé la capitulation de Mantoae, qu'il s'était rendu à Bologne pour faire la loi an pape. Le Directoire aurait désiré qu'il détruisit enfin la puissance temporelle du Saint-Siège ; mais il ne lui en faisait pas une obligation et le laissait libre d'agir d'après les circonstances et sa volonté. Mais Bonaparte, qui se préparait à franchir de nouveau les Alpes pour marcher sur Vienne, ne voulait qu'arracher encore une ou deux. provinces au pape et le soomettre à une contribution qui sufiTit aux frais de la nouvelle campagne. D réunit donc à Bologne son armée et marcha contre les sept à hait mille hommes du pape, joints à la population des campagnes qui s'était réunie pour défendre seulement ce qui restait du territoire pontifical, comme le lui avait fait signifier, et par parlementaire, le chef de la petite année. Mais comment résister à une armée triple et quadruple et fire de pillage ? Faenza, Forli, Gésène, Himini, Pesaro, Sinigaglia, Anc6ne, furent bientôt en son pouvoir; Lorette fut pillée, riche offrande de la piété des rois et des peuples, la vierge en vieux bois fut envoyée à ^oTis, comme objet de curiosité ; et arrivé à Tolentino, menaçant Rome même, — (où l'attendaient les l^es fondées par Gagliostro) — , il impocaà Pie VI, pour la conservation de Rome, le traité de ce nom. »

Le pape reconnaissait la république. Il lui cédait tous' ses droits sur le Comtat-Venaissin, envahi en guet-apens dès le tommeocement de la révolution ; il abandonnait à la république

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cispadane les légations de Bologne et de Fèrrare, et en outre la belle province de la Romagne. La ville et l'importante citadelle d'Ancône restaient au pouvoir de la France jusqu'à la paix générale. Les deux provinces du duché d'Urbin et de Macerata, que Tarmée française avaient envahies, étaient restituées au pape, moyennant la somme de 15 millions. Pareille somme devait être payée encore, conformément à l'armistice de Bologne, non exécuté. Ces 30 millions étaient payables deux tiers en argent et un tiers en argent ou pierres précieuses. Le pape devait fournir en outre 800 chevaux de trait, jdes buffles et autres produits du territoire de l'Église. Il devait désavouer l'assassinat de Basseville, tué au milieu d'un attroupement défendu par la loi et où il prêchait la révolte, et faire payer 300,000 francs tant à ses héritiers qu'à ceux qui avaient souffert par suite du même événement. Tous les objets d'art et manuscrits, cédés par l'armistice de Bologne, devaient être sur-le-champ dirigés sur Paris.

Tel fut le traité de Tolentino que Consalvi, dans ses Mémoires^ appelle la volerie, ladroneccio^ tant était manifeste Vinjitstice de Vagression^ origine et ccmse du traité. Pendant que les églises sont dépouillées, et les populations pressurées, pour faire face à de si injustes conditions, le général Bonaparte écri* vait à Joubert :

« Sous peu de jours je serai de retour à Tannée, où je sens que ma présence devient nécessaire. L*armée est à trois jours de Rome ; je suis à traiter avec cette prétraille, et pour cette fois-ci, St Pierre sauvera encore le Gapltole en nous cédant ses plus beaux États. »

Et le jour même de la signature du traité il écrivait au Directoire :

c Vous trouverez ci-joint, citoyens directeurs, le traité de paix qui vient d'être conclu entre la république française et le pape ; je Tai signé conjointement avec Gacault, parce que ce dernier n'ayant pas de pleins pouvoirs en règle, il a fallu y suppléer. Mon opinion est que Rome, une fois privée de Bologne, Ferrare, la Romagne, et des trente millions que nous lui ôtons, ne peut plus exister ; cette viEnxB machine se détraquera TOUTE SEULE. »

C'est la première éclosion diplomatique de Tidée napoléonienne; elle est, comme on voit, parfaitement identique à l'idée maçonnique.

Bonaparte et lb pouvoir temporel du papb 179

Suivons-en les développements an milieu de ses phases diverses.

Constatons d'abord qu'elle ne comprenait pas seulement la destruction du temporel, mais encore celle du spirituel, et que te Directoire, non content de tant d'iniques stipulations, exigeait encore, quoiqu'on vain, de la conscience du pontife, la rétractation des brefs qui condamnaient Ta constitution civile du clergé, tant de fois noyée dans le sang, n'ayant plus même en France d'autorité pour personne, et que le directeur Laréveillère-Lépeaux s'efforçait lui-mâme de remplacer par sa religion des théophilanthropes.

Cependant Joseph Bonaparte, frère aîné du général, venait d'être nommé, en conséquence du traité de Tolentino, ambassadeur du Directoire à Rome. Sur le bruit de la maladie du pape, le général lui prescrivait (22 sept.), « si le pape venait à mourir^ de mettre tout en œuvre pour empêcher qu'on n'en fit un autre^ etpowr susciter vms révolution. » Le comte de Robiano, dans sa continuation de VHistoire de l'Église de Bérault-BercasteU assure mémo que, dans ses instructions à son frère, le général lui disait, en parlant de la papauté, « que la vieille idole serait anéantie et qu'ainsi le voulaient la liberté et la politique (1). »

Le Directoire de son côté écrivait à son ambassadeur le 10 octobre, deux mois et demi avant la mort de Duphot : € Vous avez deux choses à faire : 1** empêcher le roi de Naples de venir à Rome ; 2® aider, bien loin de retenir les bonnes dispositions de ceux qui penseraient qu'il est temps que le règne des papes finisse ; en un mot encourager l'élan que le peuple de Rome parait prendre vers la liberté (2). »

c Comment d'ailleurs, dit M. Thiers, empocher que les démocrates français, liguriens et cisalpins, no correspondissent avec les démocrates piémontais, toscans, romains et napolitains, et ne leur soufflassent le feu de leurs opinions, de leurs encouragements et' de leurs espérances ?... Us soufflaient la révolte dans tout l'État romain ; ils n'y comptaient pas pourtant un grand nombre de partisans

c Gomment empôeher les grands de Rome, qui avaient reçu quelques^ mes des lumières répandues en Europe pendant le IV IIP siècle, de murmurer hautement contre un gouvernement faible, inepte, et de dire qu'il était temps que le gouvernement temporel des États romains passât de

(1) Tome II, p. 311.

(2) amobre de Pie Vil, 1. 1, p. 56. fialdasiari, Histoire de renlèvememt de Pir Vf,

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Célibataires ignorants, incapables, étrangers à la connaissance des choses humaines, aux véritables citoyens versés dans la pratique et l'habitude du monde ? Cependant lés démocrates étaient peu nombreux ; ils inspiraient des préventions sous le rapport de la religion, dont on les croyait enne* mis (1). »

En conséquence de ces instructions du Directoire, Joseph Bonaparte laissa un jour un nombre considérable de mécontants se rassembler dans ses appartements et dans sa cour. On ne parlait que de révolution. « Demain on changera le gouvernement : « il ne faut pas de pape ; retournons à la république romaine : a elle nous rendra les qualités des Scipions et des Gracques. »

Une émeute se forma afin de renverser le gouvernement pon* tifioal, dit Consalvi, alors ministre des armes de Sa Sainteté ; le général Duphot, jeune homme ardent et républicain, se mit à la tète. On y hurlait : Liberté ! Vive la réppilique française / A bas le pape ! Et sur le soir, un peu avant le coucher du soleil, Fémeute s'avança contre une patrouille de soldats pontificaux, et la poursuivit jusqu'à son quartier, qu'elle abandonna avec le poste tout entier, dans l'impossibilité de résister à la multitude armée qui vint les assaillir, et pour se retrancher sous la porte Settimania et s'y défendre. Une grande multitude portant cocarde française s'y porta de nouveau ; elle avait à sa tète deux français, sabres nus, cocarde en mains. Un d'eux invitait les troupes du pape en criant : Avancez ! allons, courage ! vive la liberté ! je suis votre général. Et comme ils s'approchaient toujours des soldats pour les désarmer, ceux-ci, après les avoir plusieurs fois sommés de mettre bas les armes, firent feu et en tuèrent plusieurs et, parmi eux, celui qui marchait à la tète, le général Duphot, venu à Rome pour épouser une sœur de Bonaparte. Il périssait ainsi dans une émeute qu'il suscita lui-même contre l'autorité reconnue. Ce fait était si avéré, et la culpabilité de Duphot si manifeste, que Cacault, successeur de Joseph Bonapaite, écrivant en 1801 au premier consul et ayant à parler du prétendu assassinat, ne put s^empècher de lui dire : « Vous connaissez, ainsi que moi, les détails de ce déplorable événement. Personne à Rome n'a donné ordre de tirer ou de tuer qui que ce soit. Le général Duphot a été imprudent, tranchons le mot, il a été coupable ; il y avait à Rome un droit des gens comme partout (2). »

(1) UUloire delà BévoluUon, t. IV, p. 126, 1^7.

(2) Uisloire de Pie VU, p. 48, et Consalvl, Mémoires, p. 55.

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Il n'en fallait pas tant pour faire éclater la coi^juration. Toutes les excuses, toutes les réparations furent rejetées, quoiqu'il n'y en eût aucune à faire pour une défense légitimée par tous les droits et tous les devoirs. Joseph Bonaparte et ceux qui Tentouraient demandèrent des passeports (1).

« Le Directoire, dit Thiers, voyait dans le pape le chef spirituel du parti ennemi de la Révolution, Détruire le parti de cette vieille et tyrarmique religion chrétienne le tentait fort^ malgré le danger de blesser les puissances et de provoquer leur intervention. » Cependant quels que fussent les inconvénients d'une détermination hostile, les passions révolutionnaires remportèrent ici, et le Directoire ordonna au général Berthier, à qui en partant Bonaparte avait donné le commandement avec 30,000 hommes, de marcher sur Rome (2). Ses instructions portaient :

c Le Directoire exécutif, citoyen général, n*a va qu*avec la plus vivo indignation la conduite qu'a tenue la cour de Rome (mvers Tambassadearde la république française. Les meurtriers du brave général Duphot ne resteront pas impunis ; Tintention du Directoire est que vous marchiez sur-le-champ sur Rome dans le plus grand secret. — (Ici se trouve un ordre d'étapes rédigé avec une grande clarté et des détails militaires fort étendus.)

t Vous vous trouverez ainsi avoir à Ancôné plus de trente mille hommes ; la célérité dans votre marche est de la plus grande importance : elle peut assurer le succès de Topération. Dès Tinstant que vous aurez assez de troupes à Ancône, vous les mettrez en marche. Vous ne ferez paraître votre manifeste contre le pape que lorsque vos troupes seront à Macerata. Vous direz en peu de mots que la seule raison qui vous fait marcher à Rome est la nécessité de punir les assassins du général Duphot et œnz qui ont osé méconnaître le respect qu'ils doivent à l'ambassadeur de France.

c Le roi de Naples ne manquera pas de vous envoyer un de ses ministres, auquel vous direz que le Directoire exécutif n'est conduit par aucnne vue d'ambition ; que d'ailleurs, si la république française a été assez généreuse pour s'arrêter à Tolentino, lorsqu'elle avait des raisons de plaintes contre Rome, il ne serait pas impossible que, si le pape donne la satisfaction qui contente le gouvernement, cette affaire pût s'arlanger.

I Tout en tenant ces propos, vous cheminerez à marches forcées.

(1) Mémoirtsàe GonsaWi, t. H, p. 54. — Artaud, Histoire de Piê VII, t.T, p. 46 il sqIt. Rapport Hmple et fid^ du œmmandant du poiU, pièco offlcielle. (t] Thian, Oetoire de la Révolution françaiee^ t. IV, p. 128, S* édilion.

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