LA RÉVOLUTION KN FRANCE ET EN EUROPB
Et le même historien, maçon conservateur depuis, a dit quelques lignes plus haut qu'une convention avait été faite avant rentrée a Rome, « à la condition^ naturelle entre les périples civili' sêSj de respecter le culte, les établissements publics^ les person^ nés et les propriétés !! »
Les soldats et les officiers subalternes étaient dans le plus horrible dénûment ; ils étaient indignés de voir leurs chefs se gorger de dépouilles et compromettre la gloire du nom français^ sans aucun profit pour l'armée (1) ; exemple partout répété de l'égalité, de la fraternité et de la probité maçonniques et républicaines !
Quant aux excès contre les personnes, niés par l'historien révolutionnaire, même pour Pie VI, qui en sa quaUté de souverain pontife et roi ne comptait sans doute pas à ses yeux comme une personne, ils ne furent pas plus épargnés que les autres :
c Le chef étant frappé, dit un autre historien digne de foi et écrivant sur les pièces officielles et les mémoires du temps, le troupeau ne devait pas être épargné. Rome fut livrée à tous les désordres qui accompagnent une grande révolution. Les membres du sacré collège furent enveloppés par une aveugle animosUé dans une proscription commune. Le cardinal Braschi se trouvait à Naples chargé d'une mission politique ; on confisqua ses revenus. On s'empara de même des biens des cardinaux Albani et Busca, qui s'étaient mis en sûreté. Le cardinal PignatelU s'enfuit à Naples, le cardinal Archinto en Toscane ; le cardinal Archetti, qui n'avait pas démenti Tidée qu'avaient donnée de sa sagesse ses laissions dans le Nord, tenta de s'échapper, fut atteint dans sa fuite et ramené à Rome. Le cardinal Gerdil, une des lumières du sacré collège, et non moins respectable par la simplicité de ses mœurs et par sa piété que par ses coimaissances et son zèle, se retira auprès du roi de 8ardaigne, dont il avait été le précepteur, et s'il fut épargné, c'est parce que la vie simple qu'il menait, au sein d'un dénûment presqite absolu, avait appris à tout le monde qu'il était hors d'état de payer sa rançon. Le cardinal Rinuccini vit confisquer ses propriétés. Le cardinal Mattei fut banni et privé aussi de ses biens. La plupart des autres cardinaux furent enfermés dans un couvent de Rome. On y mit entre autres le cardinal Doria, dernier et trop faible secrétaire d^Ëtat, qui refusa de s'enfuir et voulut partager la destinée de ses collègues ; le cardinal Antontlli, un des membres les plus éclairés et les plus vertueux du sacré collège ; le cardinal délia Somaglia, estimable par ses qualités et son caractère ; le cardinal Borgia,
(\) TWvny HUloire de la RévoIiUicm, t. IV, p. 129.
Bonaparte et lb pouvoir temporel du pape 187
considéré par ses talents et son goût poar les sciences, et célèbre surtout par son zèle pour la propagation de la foi, objet auquel il consaciait une grande partie de ses revenus ; le cardinal Roverella, qui joignait des mœurs douces à un esprit cultivé. Gonsalvi vit tous ses appartements boaleversés, ses biens confisqués, et fut conduit avec le général Sentini, commandant des troupes pontificales, au cb&teau Saint- Ange, où il resta prisonnier pendant plus de quarante jours.
c Après les avoir tenus quelque temps emprisonnés à Rome contre tons les genres de droits, ils furent transférés à Givitta-Vecchia ; plus tard on décréta de les déporter àGayenne ou dans quelque île éloignée; mais après les avoir dépouillés de tout, on leur permit d'aller chercher hors de Rome quelque asile. Ils se retirèrent partie à Naples, partie dans l'État de Venise. Les prélats attachés au saint*siège ne furent gnère mieux traités, et plusieurs évoques des États du pape furent emprisonnés et bannis.
c C'est ainsi que l'Église romaine, attaquée dans son chef comme dans ses membres, était en butte à une persécution aussi hypocrite qu'injuste et odieuse. Gependant, au milieu de ces proscriptions, les frères et amis de la Maçonnerie et de la philosophie chantaient des hymnes à la liberté; on faisait des processions civiques au Gapitole, et on invoquait les mânes de Gaton et de Brutus. Ils imaginaient qu'ils allaient faire revivre la république de Rome païenne ; ils ne furent pas longtemps à se détromper : le gouvernement militaire imposé par le Directoire, les contributions énormes pour solder sa protection, l'enlèvement de beaucoup de chefs-d'œuvre d'art, l'éloignement des étrangers, laissèrentbientôt les riches sans asile, les pauvres sans ressources (1). »
(1) Robitno, HidoirêeedéiiaUique, U U, p. 312» 91 9. — GormItj, fÊtmi^^M. \ U^ h % 71.