‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 61 sur 151 · III. — Le Développement de là Maçonnerie sous · texte numérisé non relu

III. — Le Développement de là Maçonnerie sous

l'Empire

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Napoléon Bonaparte était en eiïet franc-maçon avancé (3), et son règne a été Tépoque du plus grand épanouissement de la Maçonnerie.

On a vu comment pendant la Terreur le Grand-Orient avait

(1) Mémoire» du comte Miot de MeUto.

(2) Idéet napoléoniennet, 1. 1, p. 28-29, ayec les CBuwre» dé NapoUon lll»

(SJ M. Gyr, dans sa traduction de Bckerl, La Franc-maçonnerie^ t. II, p. 160, prétend que Napoléon n'aurait pas été iniUé peraoïineUement comme frano-maçon. La seule raison qu'il donne, à savoir que la loge qui l'aurait initiée n'aurait pas manqué de s'en prévaloir, ne prouve rien, car : i* l'initiation de Napoléon remontait aux premiers temps de la Révolution^ et il était trèd*soigneuz de faire disparaître les traces de son passé jacobin ; 2* il était trop autoritaire pour permettre que qui que ce soit s'attribuât vis-à-vis de lui une égalité ou une supériorité, comme auraient pa le faire les membres de la loge qui l'avait reçu. Ces raisons expliquent suffisamment comment, sous l'empire, on ne préeitait pas ce point. Mais Ragon, Coure de$ iniUatione, p. 59; Qavel, Hietoire pittoreeque, p. 242 ; Bazot, Le Olobe^ 1841. p. iiO, comptent Napoléon parmi les illustrations de la MaçonneriOi et leur témoignage a d'autant plus de poids qu'ils ont eu l'un et l'autre à leur disposition toutes les archives du Qrand-Orient. M. Amant Nent> La Frane^maçonnerie, t. Il, p il & 13, a réuni un grand nombre d'indications qui ne laissent aucun doute sur l'affilialion de Napoléon*

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cessé son activité. Dès qu'il se fut emparé du pouvoir, les loges se réunirent de toutes parts.

f Ce fut l'époque la plus brillante de la Maçonnerie, dit le secrétaire du (t.*. 0.'., Bazot; près de douze cents loges existaient dans l'empire français ; à Paris, dans les départements, dans les colonies, dans les pays réunis, dans les armées, les plus hauts fonctionnaires publics, les maréchaux, les généraux, une foule d'officiers de tous grades, les magistrats, les savants, les artistes, le commerce, l'industrie, presque toute la France, dans ses notabilités, fraternisait maçonniquement avec les maçons simples citoyens ; c'était comme une initiation générale (1). »

f L'Illuminisme et la Franc^maçonnerie, dit également Alexandre Dumas, ces deux grands ennemis de la royauté, dont la devise était ces trois initiales : L.*. P.*. D.*. c'est-à-dire Lilia pedibus destrue', eurent une grande part à la révolution française »

c Napoléon prit la Maçonnerie sous sa protection ; Joseph Napoléon fat grand maître de l'ordre; l'archi-chancelier Gambacérès, grand maître adjoint ; Joachim Murât, second grand maître adjoint ; l'impératrice Joséphine étant à Strasbourg, en 1805, présida la fête de l'adoption de la loge des francs cavaliers de Paris. Dans ce môme temps, Eugène de Bcauhamais était vénérable de la loge de Saint-Eugène de Paris. Venu depuis en Italie avec la dignité de vice-roi, le Grand-Orient de Milan le nomma maître et souverain commandeur du suprême conseil du trente-deuxième grade, c'est-à-dire lui accorda le plus grand honneur qu'on p&t lui faire selon les statuts de l'ordre. Bernadote était maçon ; son fils, le prince Oscar, fut grand maître de la loge suédoise ; dans les différentes loges de Paris, furent successivement initiés : Alexandre, duc de Wurtemberg, le prince Bernard de Saxe-Weimar et jusqu'à l'ambassadeur persan. Askeri-Kan. Le président du Sénat, comte de Lacépède, présidait le Grand-Orient de France, qui avait pour officiers d'honneur les généraux Kellermann, Masséna et Soult. Les princes^ les ininistres, les maréchaux, les officiers, les magistrats, tous les hommes enfin remarquables par leur gloire ou considérables par leur position, ambitionnaient de se faire recevoir maçons. Les femmes elles-mêmes Tonlarent avoir leurs loges, dans lesquelles entrèrent Mesdames de Vaudemont, de Garignan, de Girardin, de Narbonne et beaucoup d'autres dames. Mais ce n'était pas seulement en France que florissait alors la Mc^ çoi^nerie (2). »

c De tous ces hauts personnages, dit à son tour F.*. Glavel, le prince Gambacérès était celui qui s'occupait le plus de Maçonnerie : il s'attacBît à rallier à la Maçonnerie tout ce qu'il y avait en France d'hommes

(1) TahUau hiêtorique de la Maçonnerie^ p. 38.

(2) Jfémotret tU Garibaldi, i" série, p. 34.

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influents par leur position officielle, par leurs talents ou par leur for^ tune. Les services personnels qu'il rendait à beaucoup de frères, Téclat qu'il répandait sur les loges, en amenant à leurs séances, par son exem* pie et ses sollicitations, tout ce qu'il y avait d'illustrations militaires, judiciaires et autres, contribuèrent puissamment à la fusion des partis et à la consolidation du trône impérial. En effet, sous son administration active et brillante, les loges se multiplièrent à l'infini ; elles se composèrent de l'élite de la société française ; elles devinrent un point de réunion pour les partisans du régime existant et pour ceux des régimes passés. On y célébrait la fête de Tempereur ; on y lisait les bulletins de ses victoires avant qu'ils fussent rendus publics par l'impression, et d'habiles gens y organisaient l'enthousiasme, qui graduellement s'emparait de tous les esprits (1). »

G^est à cette époque que Vordre du Temple, qui exerçait alors une influence supérieure sur toutes les loges maçonniques, prit à Paris une sorte d'existence officielle. En 1808 ses membres traversèrent la ville en procession et en grand costume et se réunirent à l'église St- Antoine, où Ton prononça solennellement Toraîson funèbre de Jacques Molay. Une pareille manifestation n'était possible qu'avec l'approbation de Napoléon V^^ qui s'était fait affilier, dit-on, à l'ordre (2),

M. de Maistre signalait peu après une manifestation semblable :

« Un phénomène très-remarquable est celui de la résurrection de la Franc-maçonnerie en France, au point qu'un frère vient d'être enterré solennellement à Paris avec les attributs et les cérémonies de l'ordre. Le maître qui règne en France ne laisse pas seulement soupçonner que rien de semblable puisse se faire sans son congé ; jugez par son caractère connu de ses idées sur les sociétés secrètes. Gomment donc expliquer la chose ? est-il chef ou dupe (on peut-être l'un et l'autre) d'une société qu'il croit connaître et qui se moque de lui (3) ? >

Le merveilleux génie de Joseph de Maistre éclairait ainsi d'un trait de lumière le délicat problème des relations de Napoléoa avec la Franc-maçonnerie. .

(1) Histoire jdttoretque de la Ptane-maçonneriêt p. 143-245.

Gambacérès réunit de fait sur sa tète la dignité suprême de tous les rites ; il éttjA : 1* grand maître adjoint du Qrand-Orient ; 2* souverain grand maître commandeur du suprême conseil ; 3* grand maître d'honneur du rite de Uôrédom de Kilwining ^ 4* chef suprême du rite français ; 5* grand maftre na( louai des chevaliers bienfaisants de la cilô sainte, à Strasbourg, à Lyon, à Montpellier, etc.

(2) Élizô de Moutezac, Hiitoire des ekeoaUert tempUen.

(3^ Mémoires politiques et eorre^^ondanM diptomatiqnef p. S69.

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Chef et instrument, voilà ce qu'il était pour les sociétés secrètes, et les sociétés secrètes (levaient finir par le briser, le jour où il ne serait plus instrument docile.

C'est à peu près la même chose que dit Bazot, le secrétaire dd Grand-Orient, qui, écrivant à une époque trës-rapprodite des événements, a une autorité toute particulière :

c Le goayemement impérial, dit le F. *. Bazot, se servit de son om* nipotenee, à laquelle tant d'institutions, tant d'hommes cédèrent si oom* plaisamment, pour dominer la Maçonnerie. Elle ne s'effraya ni ne s^ réyolta... Que désirait-elle en effet ? Étendre son empire.

c Elle se laissa faire sujette du despotisme pouh devenir souvb*

EiI5B (1). 1

Omnia serviliter pro dominatione, comme dit Tacite I

Napoléon /^, instrument de la Fr(mo*maçonnerie, voilà deux mots qui heurtent singulièrement la légende que beaucoup de catholiques crédules se sont faite sur son rôle de restaurateur de la religion et de dompteur de la Révolution.

Un examen attentif des faits suffit cependant à la détruire.

En 1799, les sociétés secrètes étaient sous le coup de la restau» ration de Louis XVIII, rentrant dans le pays non pas au milieu d*im cataclysme national et gêné, comme il le fut en 1814, par rintervention étrangère, mais en vertu d'un mouvement exclusivement national. C'était le rétablissement de la vraie monarchie,^ de Tantique constitution nationale dépouillée de ses abus ; c'était la religion catholique, épurée par le martyre et débarrassée des souillures du Jansénisme, reprenant la direction de la nation trèschrétienne.

La dictature de Napoléon, avec le gage d'antécédents jacobins inefraçables,c'était le maintien de toutes les confiscations révolutionnaires, les dâ-oits de V homme restant la base des institutions et des lois, l'Etat non-seulement indépendant de la loi de Dieu, mais se posant comme le seul arbitre de la morale ; c'était l'égalité de tous les cultes devant la loi ; une sorte de déisme officiel, semblable àœlui^e la constitution maçonnique, pour véritable religion d'É-* tat, et en réalité toute licence acquise aux attaques contre le Christianisme : voilà ce que Bonaparte ofirait à la Maçonnerie comme rançon de la dictature.

(i) Gode 4m frane^-maçoiu, p. ISS.

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