VI. — La Révolution a cheval et ses complices
EN Europe
Ce que Napoléon faisait en France pour le soutien de la Révolution, il le faisait dans TEurope entière, partout où ses armes s'étendaient.
Renversement des dynasties nationales, égalité des cultes, expulsion des religieux, vente des biens ecclésiastiques, partage forcé des successions, abolition des corporations ouvrières, destruction des provinces et des libertés locales : voilà ce qu'il faisait luimôme dans les pays qu'il réunissait directement à l'empire, ou ce qu'il faisait faire par les royautés vassales créées en Espagne, à Naples, en Italie^ en Hollande, en Westphalie, en Pologne. C'est aussi l'œuvre qu'accomplissaient les princes allemands qui, comme l'électeur de Mayence, l'archevêque d'Alberg, un illuminé^ lui vendaient l'honneur et la Uberté de leur pays. En 1809, il couronnait sa tâche en détruisant le pouvoir temporel du p£q)e et en cherchant à réduire partout l'Église catholique au rang misérable d'une Église russe, ce rêve toujours poursuivi par les habiles des sociétés secrètes. Une fois engagé dans la lutte avec le souverain pontife, il se livra en France contre le clergé et les fidèles catholiques à. une odieuse persécution qu'un écrivain protestant, M. d'Haussonville, a stigmatisée dans son beau livre V Église romaine et le premier Empire (1).
(1) II. J. Destrem vient de publier, dans an recueil peu suspect, des doeumêtitê trè$'importanti sur la déportations det prêtres pendant le premier empire. Ces dépoEtatlMS eurent lieu à l'occasion du conflit qui s'éleva, en 1811, entre le papo Pie VII et Napoléon, et les pièces qui les concernent font oonnaiiro un important épisode do la lulle du clergé romain et toscan contre l'empereur. Elles établissent que la proscription s'étendit à plusieurs centaines de prêtres internés en Corse, et qu'elle ne sabit aucune interruption depuis Janvier 1811 jusqu'à l'entrée dos alliée & Paris en 1814. (AsvtM fMorique, livraison de novembre-déoembre 1879.)
LA UlévOLUTION A ÔHEVAL ET SES COMPLICES E^ EuROPE 211
On a va dans le livre précédent comment la Franc-maçonnerie détroit dans le cœur des initiés Tidée de patrie pour la remplacer par un vague cosmopolitisme et subordonne toutes les obligations naturelles de la fidélité à son pays aux intérêts et au serment maçonniques.
Dans la première partie de son règne jusqu'en 1809, Napoléon rencontra dans tous les pays qu'il combattait un appui énergique de la part des loges maçonniques, et souvent son génie militaire fat aidé par la trahison des chefs qu'il combattait. Quoique, par la nature même des choses, la trace d'une foule de trahisons de ce genre ait disparu, cependant les contemporains en ont conservé la preuve d'un assez grand nombre pour faire la pleine lumière sur cette série prodigieuse de succès que jusqu'en 1809 aucun revers ne traversa, et sur Tenthousiasme factice avec lequel les itaUens et les allemands accueillaient les vainqueurs qui les rançonnaient.
Un mystère pèse sur cette bataille de Marengo qui, deux fois perdue dans la journée, fut gagnée sur le soir à TarriYée de Desaix. Mêlas venait de charger son chef d'état-major de commander l'armée et de poursuivre les français déjà en retraite, pendantqu'il était entré dans Alexandrie pour expédier des courriers chargés de porter la nouvelle de la victoire. Mais ce (pi'on ne sait pas; ce qui laisse beaucoup à penser, c'est ce que raconte, dans ses Mémoires^ le cardinal Consalvi :
t En retournant, dit-il, de Venise à Rome, dans la rivière de Gènes, eneompagnie d'un de mes excellents collègues, Mgr Bardaxi, espagnol, fallu visiter à la Pietra, au delà de Finale, l'armée autrichienne séparée de l'armée française par un fossé. En admirant sa belle tenue et ses positions, je songeais à tout autre chose qu'à la terrible défaite qu'elle subit nn mois après... Je me souviens néanmoins qu'en causant avec un des premiers aides de camp du général, je remarquai des principes et je signalai des tendances de telle nature, que je dis à mon compagnon de voyage que la corruption, affichée par celui qui tenait de si près au chef de Tannée, me faisait mal augurer des succès de cette armée (i). »
Qnant à TAllemagne, où dès 1802 Napoléon détruisait les prindpaiatés ecclésiastiques et le saint empire dont la catholique maison d'Autriche était le chef, il réalisait un des premiers objectifs des illuminés, celui sans l'accomplissement duquel tous leurs desseins ultérieurs étaient impossibles. Il estjort remarquable qu'il ait
(1) Jffinotrts du cardinal ConiohH, t. II, p. 34.