‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 66 sur 151 · VII. — LE RETOUR DE L'iLE d'ElBB · texte numérisé non relu

VII. — LE RETOUR DE L'iLE d'ElBB

En 1815, Napoléon retrouva en lui le tempérameht révolutionnaire du général de la Convention. Il a accompli cette tentative anti-nationale en s'appuyant sur les plus abominables rancunes jacobines, et lui-même nous a appris que si après Waterloo il ne déchaîna pas une nouvelle terreur sur la France, c'est qu'il fut arrêté par les hommes dont il dépendait.

« Après Waterloo, disait-il à Ste-Hélëne après avoir fait Tapologio ^6S massacres des 2 et 3 septembre, deux grands partis m'étaient laissés : celui de tenter de sauver la patrie par la violence, ou celui de céder moi-même à l'impulsion générale. J'ai dû prendre celui que j'ai suivi ; amis et ennemis, bien intentionnés et méchants, tous étaient contre moi, . . Je demeurais seul.,. J'ai dû céder,.. L'autre parti demandait une étrange vigueur. U se fût trouvé de grands criminels, il eût fallu de grands châtiments; le sang pouvait couler, et alors sait-on où nous étions conduits? Quelles scènes pouvaient se renouveler ! Moi, n'allai-je pas, par là même, me tremper, noyer ma mémoire, de mes propres mains, dans ce cloaque de sang, de crimes, d'abominations de toute espèce, que la baine, les pamphlets, les libelles ont accumulés sur moi ? Ce jour-là je semblus justiGer tout ce quMl leur a plu d'inventer. Je devenais, pour la postérité et l'histoire, le Néron, le Tibère de nos temps. Si encore, à ce prix, j'eusse sauvé la patrie I Jb m'en sentais l'énerqib I... mais était-il BEH SUR QUE j'aurais RÉUSSI ?... Jo mo sorais entouré d'une consulte ou junte nationale tirée par moi des rangs -du Corps législatif, toute formée de noms nationaux, dignes de la confiance de tous ; j'aurais ainsi forti" M ma dictature militaire de toute la force de l'opinion civile ; j'aurais eu «a tribune. Elle eût soufflé le talisman des principes stir toute l'Europe ; io souverains eussent frémi de voir la contagion gagner les peuples, ils eus- KQt tremblé, traité ou succombé I...

■ J'eusso pu dissoudre le Corps législatif. . . Mais, en le dissolvant, je pouvais tout au plus obtenir de l'ennemi quelques capitulations, rt Qocore, je le répète ici, m'aurait-il fallu du sang et me montrer tyran !

220 LA DICTATURE NAPOLEONIENNE

j*EN ATAis NÉAinfoiifs AXKÈTÈ LB PLAN, doiis la nuit du 20, et le 21 au matin allait voir des déterminations d'une ÉTRANas vicuBcit, quand, avant le jour, tout ce qu'il y avait de bon et de sage vint m'avertir qu'il n'y fallait pas songer, que tout m'échappait et qu'on ne cherchait avea« glément qu'à s'accommoder (1). »

II faut lire dans les récits du temps la violence da mouve* ment jacobin qui éclata dans plusieurs provinces de la France après le 20 mars. Les éléments révolutionnaires populaires, que Napoléon avait disciplinés pendant son régne, se sentaient les maîtres de la situation. On en revenait à 1792. La Providence ne permit pas alors que cette sanglante époque ne se rouvrit, et elle se servit, comme d'instruments, des révolutionnaires les plus habiles. C'est Fouché, qui précisément arrêta Napoléon dans ses sinistres projets. Il voulait, lui aussi, assurer le cours de la Révolution et il rêvait d'en prendre la direction!

(1) Mémorial de SU-Hélkie, U m, p. 54, &&t 65, M.

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