‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 67 sur 151 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

LBS SOCIÉTÉS SEGRËTES DB 1815 A 1880. — LA GHARBONNERIB BT LB (GOUVERNEMENT CONSTITUTIONNEL.

L — LE TUGBNDBUND ET LA SAINTE-ÂLLIÂNGS

Pour apprécier eKactement le rôle des sociétés secrètes au moment de l'établissement de la Restauration et du congrès de Vienne, il faut remonter quelque peu en arrière.

Les crimes de la Révolution avaient causé dans toute TEurope on profond sentiment d'horreur chez un grand nombre d'honnêtes gens, qui s'étaient laissé entraîner aux idées nouvelles et faisaient partie des loges maçonniques.

On connaît les effets produits par ce sentiment en Angleterre et la lutte à outrance contre la Révolution que Pitt et Burke inaugurèrent. L'impiété et ranti-christiamsme,qui y avaient eu leur point de départ, y perdirent rapidement tout leur crédit. La Franc-maçonnerie, par une sorte de travail de résorption, possible dans une société dont les institutions politiques sont fortement assises, perdit en grande partie son caractère anti-chrétieUi à bien que Barruel écrivait lui-même en 1798 :

> L'Angleterre est pleine de ces hommes honnêtes, excellents citoyens, hommes de tout état et de toute condition, qui se font honneur

m LES SoGléT^S SECRÈTES DE 1815 A I8dû

d*être maçons et qui ne se distinguent des autres que par des liens qui semblent renverser ceux de la bienfaisance et de la charité fraternelle Le gouvernement et tout christianisme seraient perdus depuis

longtemps en Angleterre, si l'on pouvait supposer les francs-maçons initiés aux derniers mystères de la secte. Il y a longtemps que les loges y sont assez nombreuses pour avoir rempli un semblable projet et si, avec les moyens des arrière-maçons, les anglais en avaient adopté

les plans et les complots Dans le temps où les illuminés d'Allema^

gne cherchaient à fortifier leur parti de celui des maçons, on vit toujours les premiers témoigner le plus grand mépris pour les maçons anglais. Lei lettres de Philon à Spartacus représentent les adeptes de Londres arrivant en Allemagne couverts et chamarrés des cordons, des bijoux de tous les grades, mais n'ayant, dans le fond, soit contre les personnes, soit sur la religion, aucun de ces projets, de ces mystères qui tendent directement au but (1). »

Cependant, comme Tindique Robison, un certain nombre d'illuminés se mêlaient aux loges, et la défiance publique fut telle après la publication de son livre et de celui de Barniel que, à partir de 1799, les loges cessèrent à peu près de se réunir en Angleterre. Un acte du parlement du 12 juillet 1799 défendit d*ériger de iiouvelles loges et ne permit à celles qui existaient de continuer leur existence que sous la condition de faire enregistrer auprès d'un justice of the peace le titre de la loge, le lieu de ses réunions et la désignation de ses membres. Ce fut seulement vers 1805 que la Maçonnerie reprit vie (2), et en 1811 qu'elle se donna une nouvelle constitution.

Sous rinfluence d'un courant d'idées contraire si puissant, les hommes les plus habiles des sociétés secrètes comprirent qu'il fallait ajourner leurs plans et s'en tenir pour le moment à empêcher la réaction des esprits d'aller jusqu'à la restauration de l'ancien ordre social chrétien. Cette nouvelle lactique eut pour résultat la fondation du Tugendbund en AWemSigne. Dès 1806, étroitement liée à la Maçonnerie qui lui fournissait les moyens de se propager, la nouvelle association s'en différencia, en renonçant aux attaques contre le Christianisme, qui remplissaient les loges. Elle voulut créer une union religieuse de l'Allemagne sur une base humanitaire ; on présentait la philosophie, la philologie, la science de

(1) Mémoirei twr le JaeMnitmê, MHU d'Ansbourg, U II, p. 151.

(2) Àeta Laiomùrum, par Tbary, t. 1, p. 202, 223, cita par Amant Neuu 2^ la iÇceuiU d'àudier la Maçonnstrie, p. 66.

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ta nature comme formant la trinité stir laquelle serait fondôe l'Église allemande de Tavenir. Dans les chaires des universités, dans les livres, on insistait sur la morale du Christianisme, tout en présentant ses dogmes comme un symbole, de façon à réunir ' dans le patriotisme allemand Tincrédulité et la foi. C'était Tépoque où Tancien conseiller de Joseph II, l'apostat Fessier, qui dans le fond était athée, réorganisait la Maçonnerie prussienne sous une forme chrétienne, où se complaisait l'esprit mystique du roi Frédéric Guillaume : c'était le premier essai du piétisme (1). De ce même mouvement sortit la Sainte- Alliance j sur la vraie portée de laquelle on se méprend étrangement en y voyant une déclaration de guerre à la Révolution. M. de Maistre la jugeait tout autrement. Nous allons reproduire les appréciations de ce grand homme, écrites au moment même, dans sa correspondance diplomatique :

t Par cette convention souscrite par les trois souverains de Russie» d'Autriche et de Prusse^ mais dont l'inspirateur, le rédacteur môme» fat Alexandre, les trois souverains se reconnaissent comme frères et comme chefs de trois grandes familles chrétiennes qui n'en font qu'une.

c n y a dans toute cette affaire un côté touchant et respectable qui doit être apprécié et vénéré indépendamment de toute question qu'on pourrait élever sur l'esprit qui l'a dictée et qui aujourd'hui est assezpuis* aatponr se faire obéir par les souverains. . .. Cet esprit est celui des illu» minés f de l'école de 8 1« Martin, un chef du christianisme transcendantal

çoi oppose la religiosité à la religion C'est lui qui a dicté surtout les

phrases extraordinaires de Tarticle premier. Quelqu'un observait en riant qu'on avait fait tort au Saint-Esprit en ne Vy nommant pas et que c'était un passe-droit ; mais il ne s'agit pas de rire, les illuminés de ce genre pullulent à St-Pétersbourg et à Moscou.

c Je suis parfaitement informé des machines que ces gens-là ont fait jouer pour s'approcher de l'auguste auteur de la convention et pour s'emparer de son esprit : les femmes y sont entrées, comme elles entrent partout

t La convention n'a point de titre;.... elle ne peut point en avoir et ^id pourquoi : c'est que tous les grands et excellents personnages qui font souscrite ne connaissent pas dans toute leur étendue les vues de

(1) GBIt0 phase du moavement maçonnique en Allemagne esl très «remarquablo- ■6DI décrite par Pachtler, da s son ouyrage ùer Gœtze der Humanitœt, p. 140 à US, dans le ehapilre intitulé Die Humanitœt in Ckristliiehêm Mantel, Die ZeiUn^ éff ktUigtn AUianz, Ceei là l'origine de la Maçonnerie chrétienne d'Allemagne, dont tes logea, ooutrairemenl à l'esprit véritablede Tordre, ne reçoivent pus les juifs.

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ceux qui l'ont dictée, et que ceux-ci se gardaient bien de vouloir Tex" pliquer clairement. 8i l'esprit qui a produit cette pièce avait parlé clair, nous lirions en tète : Convention par laquelle tels et tels princes dielarent que tous les chrétiens ne sont qu'une famille professant la même religion, et que les différentes dénominations qui les distinguent ne signifient rien.,.

c On y lit en toutes lettres : Jésus'Christ Notre-Seigneur et notre Sau» veur, Verbe étemel, splendeur du Père, trésor d'amour. Il y est dit que les rois ne régnent que par l'autorité divine,

c Mais aucune disposition effective n'est prise dans la convention, la pièce est purement ce qu'on appelle dans les tribunaux ({éctora^otr^ (1). »

Bientâl le véritable sens de cette déclaration était fixée par des actes. Le congrès de Vienne ne tenait aucun compte des droits des peuples, et, foulant aux pieds la véritable légitimité, livrait systématiquement les petits États catholiques aux grandes puissances protestantes. En Russie même, l'on arrachait à Alexandre V un ordre d'expulsion contre les jésuites, que Paul I*' avait recueillis.

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