CONSTITUTIONNEL
Une fois qu'on connaît la politique adoptée par les sociétés secrètes dans les hautes sphères de la politique européenne, on comprend comment elles semblèrent se rallier à la restauration des Bourbons en France. Elles leur firent imposer le régime cons* titutionnel et la charte par Alexandre de Russie. Ce prince subit lui-même l'impulsion de Talleyrand et de Dalberg, qui depuis quelques années s'étaient écartùs de Napoléon, et s'étaient fait nommer tout à point membres du gouvernement provisoire.
Ces deux personnages, maîtres illuminés^ l'entourèrent dès son arrivée à Paris, par le moyen de ces influences dont vient de parler de Maistre et qui pendant ce séjour furent toutes puissantes sur lui (2).
La Maçonnerie, dans celte nouvelle évolution, n'omit rien pour
(1) Corrnpofidance diplomatique de i8H à 1817^ t. II, p. 131, 132, 162» 168« 207, 310.
(2) jr* de Krudener, par B. Jtcob; (Paris 1880), p. 77 elsuiv.
U FrANC-MACÔNN. et LB OOUVERN. CONSTITUtlONNEL 2^5
conserver ses conquêtes et pour soumettre, tout en parlant plus que jamais de patrie et de nationalité, les peuples et les rois à sa direction. C'est au nom du peuple que le Sénat et Talleyrand prononcent la déchéance de Napoléon ; c'est par les griefs et Toppression des peuples, griefs et oppression toujours légalisés et exaltés par eux, qu'ils la motivent ; c'est en se fondant sur la violation du contrat social, fait au consulat et à l'empire entre les prétendus représentants du peuple et le dictateur, qu'ils la décrètent.
C'était au nom du peuple encore que Talleyrand et le Sénat, c'est-à-dire la Maçonnerie, voulait faire accepter ta charte constitutionnelle par Louis XVIII, comme un nouveau pacte social, semblable à celui de l'empire ; et, si l'octroi en fut laissé à ce prince après bien des résistances, on ne laissa pas de la présenter conune un contrat, et de la faire servir, et par là et par les principes révolutionnaires qu'elle renfermait ou maintenait, à toutes les mesures anti-religieuses et anti-nationales qui se préparaient.
Parmi ces principes était d'abord Végale protection de tom les cultes qui mettait sur le même pied, et avec les mêmes droits, le juste et l'injuste, la vérité et l'erreur, la religion divine et toutes ks sectes humaines. Or, comme ce principe plaçait au-dessus de tous les cultes l'État, c'est-à-dire quelques hommes sans aucun droit, sans aucune mission, il les rendait par là même, surtout avec les articles organiques, les directeurs suprêmes des consciences, tout en les mettant eux-mêmes, comme gouvernement, en dehors de toute règle de conscience et de toute morale. C'était là le plus grand des attentats aux libertés pubUques et à la constitution nationale française.
C'était ensuite la royauté limitée au pouvoir exécutif, dépouillée de ses attributs essentiels, réduite, dans ce qu'on lui laissait, à un vain nom, dont la réalité devait appartenir à des ministres responsables, commis éphémères des majorités des Chambres.
C'était encore, par la déclaration, sans condition aucune, de Tinviolabilité des propriétés dites nationales, la sanction donnée, contre l'opinion de la majorité de la France, à toutes les spoliations révolutionnaires ; c'était l'atteinte la plus profonde donnée au droit de propriété, une prime d'encouragement à toutes les révolutions, but et moyen de la Franc-maçonnerie. Telle fut la constiPution de 1814, disait M. Thiers dans un grand discours
226 LES SoGléTÉS SBGRÀTES DE 1815 Â 1830
au Corps législatif, sur l'adresse de 1866 : elle était sortie des entrailles mêmes de la Révolution française.
Exploitée par les Talleyrand, les Fouché, les Decazes, les d'Orléans, nouveaux grands maîtres ou hauts directeurs de la Franc-maçonnerie, dont les loges se reconstituaient partout unies aux carbonari, une telle constitution, avec la liberté de la presse, ne pouvait aboutir qu'à de nouvelles catastrophes, aux Cent jours j à 1830, à 1848.
Ce qui se passa pour la France se produisit dans d'autres pays. César de La Harpe, ancien sous-précepteur de Tempereur Alexandre, sauve la Révolution en Suisse : « Grâce à lui, dit M. d'Horrer, on vit une étrange alliance d'un prétendu libéralisme avec les véritables idées d'ordre. César de La Harpe avait abusé jusqu'à la trahison de la crédule confiance de son ancien élève (1). »
Ce travail maçonnique se fit sentir dans toute l'Europe :
c Souverains, maçons, peuples, dit Eckert, tous avaient réuni leurs efforts pour renverser Tennemi commun. La Maçonnerie avait été pour les princes une puissance auxiliaire ; elle se hâta de réclamer la récompense de ses services. Les souverains promirent des constitutions libéra* les ; la Suisse reçut de nouveau son régime républicain ; en France, la trahison, en disposant de la pourpre de sa victime, exigea pour prix de ses crimes un traité qui devait bientôt assurer aux parjures la direction de rÉtat... A l'abri de la charte monarchico*républicaine, on renoa* vêla toutes les tactiques qui avaient produit la première révolution. Les agitateurs se servirent de la presse, de la tribune, des assises et des associations, pour attaquer et calomnier le gouvernement de la manière la plus audacieuse et la plus infâme, en un mot pour enseigner et orga* niser la Révolution. Il devint évident que l'existence de cette monarchie de nom était une impossibilité. Un roi à la tête d'une constitution repu* blicaine n'est qu'une contradiction insoutenable, ou l'assemblage de deux contraires, dont le plus osé doit tôt ou tard renverser l'autre. Par la Suisse et la France, les ennemis des monarchies avaient donc dans le cœur de l'Europe une contrée à eux appartenant, qui leur servait de base d'opération et d'asile ; et, par la France, un bras révolutionnaire qui allait de nouveau remuer le monde.
c En Allemagne, dès avant l'insurrection contre Bonaparte, on avait insinué aux souverains qu'on ne pourrait espérer le soulèvement en« thousiaste des peuples en faveur des princes, de leur dignité et de leur liberté, qu'en leur promettant des constitutions libérales ; et les souve*
(1) D'Horrer, ancien ministre plénipotentiaire^ Ut Soofétk êurUtt m Stetat, Curw
rcivondant da 25 mon 1845.
u Pranc-maçonn. kt le ôouvérn. Constitutionnel S27
rains aveuglés avaient promis des constitations dans leurs proclamations. MaiSy lorsque le moment fut arrivé de passer d'une théorie nébuleuse à la réalité pratique, les plus grands gouvernements reconnurent rimpossibilité de l'exécution. Gomme on avait promis une constitution semblable à celle de la France, on octroya des constitutions nationales, mais non parlementaires. A peine comprit-on l'interprétation donnée par les princes à leurs promesses, que l'Allemagne entière retentit des plaintes les plus amères sur le parjure des souverains ; les réclamations les plus furibondes furent publiées par les écrivains maçons. Mais ces cris ne trouvaient p'as d'écho parmi les peuples : ils avaient vu leurs princes affronter la mort à leur tôte, et un lien d'amour plus étroit les unissait à eux. La lutte commune de tous les peuples allemands contre l'empereur des français avait animé les armées et les peuples de l'Allemagne du môme sentiment de la nationalité. A l'exception des provinces secondaires de TAutriche et des anciennes provinces de la Prusse, on désirait ardemment le rétablissement de l'antique alliance des peuples allemands, mais on ne voulait trouver cette alliance que dans le concert des souverains entre eux.
c Ce sentiment national qui germait dans les cœurs, ces efforts vers l'union des différents États de l'Allemagne, la Maçonnerie s'efforça de s'en emparer pour les diriger vers le renversement de. tous les trônes et de toutes les nationalités elles-mêmes. L'unité de toutes les nations n'étant pas compatible avec l'indépendance des monarchies individuelles, ils espéraient qu'après avoir obtenu l'union entre les différentes contrées de l'Allemagne, on en viendrait à réclamer l'unité ou la fusion complète. L'uNiTÂ ob l'Allemagne devint donc le thème exclusif de la presse ; du Tugendbund sortit, sous la haute direction maçonnique» YAssociation allemande, qui l'absorba bientôt tout entier. Le but de cette association, d'après le Rapport authentiqtie sur les assodations secrètes de l'Alkmagne, par Mannsdorf, un des membres des hautes loges, était de
DÉTRÔNER TOUS LES PBINGES ALLEMANDS, A l'eXCEPTION OU ROI DE PrUSSE ; BB DiCBRNER A CELUI-CI LA COURONNE IMPÉRIALE DE l' ALLEMAGNE et de doU-
ner à l'État une constitution démocratique. Si l'on croit Mannsdorf (p. i33), après avoir refoulé la France dans ses anciennes limites, on voulait doter l'Allemagne d'une république sociale. L'orateur, qui avait proposé de détrôner les princes allemands au profit du roi de Prusse, modifia sa proposition et se contenta de demander une simple médiatisation. Mais ces divergences aboutissaient de fait au même résultat pratique, soit parce qu'elles ne sont toutes qu'un acheminement vers une république allemande, ou qu'elles ne sont qu'un antécédent, dont celle-ci serait l'inévitable conséquence ; soit parce que leur explication pratique se trouve dans les instructions des grades, tels que la Maçonnerie a coutume de les donner.
228 ES Sociétés SEGaàTES de 1815 a 1830
/ Ce qui déterminait la Maçonnerie à choisir d'abord cet état mi- .oyen, continue Eckert, c'était l'influence des loges anglaises, écossaises et irlandaises, depuis leur fusion en 1813, et qui n'était arriyée à rien moins qu'à les rendre maîtresses du gouvernement. Cette situation traçait au parti révolutionnaire ou maçonnique la voie qu'il devait suivre. Toute tentative faite dans le but d'introduire des républiques eût bientôt été réprimée par les souverains de l'Europe réunis, si la Suisse et la France n'avaient soutenu de leurs forces le parti républicain. Mais, dans le cas où l'influence du parti de la Révolution agirait plus efficacement sur le gouvernement anglais, et que l'Angleterre voudrait s'op* poser à l'intervention éventuelle, il était à prévoir que les souverains ne feraient pas de résistance à des bouleversements partiels. GonseiTer la monarchie, au moins pour la forme ; créer par l'élection un roi constitutionnel qui, sortant ainsi des rangs du parti révolutionnaire ou de la Maçonnerie, lui servirait d'instrument dans le gouvernement qu'il aurait conquis ; travailler successivement toutes les nations âe l'Europe, jusqu'à ce qu'elles fussent mûres pour la république réelle ou tHaiverselle et la destruction de toutes les nationalités : tel fut le dernier parti qu'adopta la Maçonnerie. î/histoire des années suivantes nous apprend en effet que l'exécution de ce plan fut poursuivie avec succès. »
Voilà pourquoi on vit, en 1815, aux heures douloureuses de la seconde invasion, les hauts maçons de France aller au camp des étrangers, solliciter de leurs mains un roi qui ne fût pas le chef auguste de la race de Bourbon, un fils de l'antique maison de France, et pourquoi ils demandèrent par deux fois, pour roi, le prince d'Orange, un hollandais, proposant d'appuyer cette usurpation sur les cent trente mille baïonnettes étrangères qui occupaient la France (1).
L'auteur de cette démarche anti-nationale était Charjes Teste qui, pendant les Cent jours, avait arrêté à Toulouse le duc d'Angoulème, et avait été investi à Lyon, par Napoléon, de hautes fonctions de police. Exilé à Liège, il y avait été fait vénérable de la loge de la parfaite intelligence. Là il forma par ses exemples et ses leçons, dit V Indépendance belge^ les Forgeur, les Jumi^es, les Frère et les principaux chefs du libéralisme en Belgique. Personnage important de la Franc-maçonnerie, il fut rappelé en France dès le lendemain de 1830, et créé pair de France, président de la cour de cassation, ministre de l'instruction publique, puis des tra-
(1) Bckert, La Frane-'ttiaçonnerie, etc., t. U, p. 162, 172. — Vaulabelle, Bitîoire det deux Beêtauratiom, t. Y, ch. H et IV.
U PaA.NC-MAÇONN. ET LE GOUVERN. CONSTITUTIONNEL 229
vaux publics, jusqu'à ce que, dans cette dernière fonction, il fût convaincu de concussion et condamné par la cour des pairs.
a Louis XVIII, dit le secrétaire du G.*. 0.-., Bazot, dans son Tableau historique de la Franc-maçonnerie^ p. 39, veut marcher et régner avec les idées de son siècle ; il donne la charte : c'est
le gouvernement constitutionnel. Ce principe nous protège
Louis XVIII permet que la Maçonnerie prenne son cours ordinaire.» Et aussitôt la Franc-maçonnerie, comme pour prouver que le constitutionnalisme et la souveraineté du peuple n'étaient qu'un masque à ses desseins, frappa un grand coup sur la nation française, et avec la main même de son roi .
LeministèreTalleyrandetFouché,qu'avait imposé àLouis XVIII la diplomatie maçonnique qui entourait les rois coalisés, avait tout mis en œuvre pour appeler autour d'eux, en 1 8 1 5, une assemblée qui leurressembl&t; mais la France avait déjoué tous ces efforts. L'élite de ses citoyens et de ses propriétaires avait été choisie par elle pour la représenter auprès de son roi Louis XVIII, aussi indépendants, dans leur grande majorité, de caractère, qu'indépendants de fortune et de position, aussi dévoués à la monarchie, qu'adversaires éclairés de la centralisation et de l'omnipotence ministérielle. A sa seule vue, les vieux roués maçons du ministère avaient pris la fuite : ils avaient compris qu'avec une telle Chambre, la reUgion, l'autorité, toutes les libertés publiques, la patrie en un mot, rendues à elle-mèmes, allaient se rasseoir sur leurs bases, et que c'en était fait, si elle durait quelques années seulement, des plans maçonniques et des triomphes révolutionnaires. Ils s'étaient donc, en se retirant, choisi, pour sauver la Révolution,} un successeur éprouvé dans les bas-fonds des loges, moins connu qu'eux, et à qui il était plus facile de se déguiser et de prendre toutes les formes, et que les loges de tous les rites devaient bientôt établir leur grand maître ou suprême puissance, Decazes, pour le nommer par son nom (1). Sa souplesse, ses flatteries, son hypocrisie, les
(1) Le duc DocazQS fut, depuis son ministère de la police jusqu'à sa mort, lieute- Dut. puis grand commandeur du suprême conseil du 33* degré de TÉcossisme, un da» rites les plus répandus dans Tun et l'autre hémisphère : il eut pour successeur i n iDort le frère Viennet, devenu lieutenant du grand commandeur à la mort du comte Pemig, puis grand commandeur juqu'à sa mort, 1868 (HUioire piitorei' fse«p. 258, Î59, et Almanaeh de la Franc-maçonnerie ^ par Glavol).
La Glofte, journal des initiations anciennei et modernet^ année 1839, p. 40 et suiv., ■apporte ainsi le discours prononcé pour l'installation du P.* . duc Decazes, comme touferiin gnaô commandeur du rite écossais en 1835 : c L'illustre P.- . duc Do-
230 LES Sociétés secrètes de 1815 a 1830
manœuvres des hauts adeptes, eu France et dans toutes les cours, en firent un favori, et, après de longues résistances, le roi luimême dissolvit, comme ultrcHroyaliste^ cette Chambre qu'il avait surnommée Vintrouvable !
A partir de ce moment, les sociétés secrètes recommencèrent leurs attaques contre la monarchie de Bourbons. Comprimées un instant par l'universelle horreur causée par l'attentat du 13 février 1820, oii le pied du favori glissa dans le sang, elles reprirent leur conjuration avec plus de suite, pour aboutir à la catastrophe de 1830, qui a rouvert l'ère des révolutions.
Dès le 4 janvier 1818, le cardinal Consalvi, sur l'ordre du St- Père, sentinelle toujours avancée de l'ordre social, écrivait au prince de Metternich :
« Les choses ne vont bien nulle part, et je trouve» cher prince, que nous nous croyons beaucoup trop dispensés de ia plus simple précaa* tion. Ici j'entretiens chaque jour les ambassadeurs de l'Europe des dangers futurs que les sociétés secrètes préparent à Tordre à peine reconstitué, et je m'aperçois qu'on ne me répond que par la plus belle de toutes les indifférences. On s'imagine que le saint-siège est trop prompt à prendre frayeur ; l'on s'étonne des avis que la prudence nous suggère. C'est une erreur manifeste que je serais bien heureux de ne pas Toir partager par V. A. Vous avez trop d'expérience pour ne pas vouloir mettre en pratique le conseil qu'il vaut mieux prévenir que réprimer ; or le moment est venu de prévenir : il faut en profiter, à moins de se résoudre d'avance à une répression qui ne fera qu'atigmenter le mal. Les f éléments qui composent les sociétés secrètes, ceux surtout qui servent à
former le noyau du Carbonarisme, sont encore dispersés, mal fondus
cazes était, en 1808, membre de la loge d*Aiiacréoii... Nalurollemenl Doa regards se sont portés sur le maçon courageux qui, dans un temps di flic! le, accepta le litre et les fonctions de souverain grand commandeur ad vitam an suprême conseil d'Amérique. En cette qualité, le comte Decazes, alors minisire de la police générale, plaida la cause de l'Écossisme et de la Maçonnerie auprès de Louis XVIII, nous sou« tint contre les attaques de la malveillance, tant intérieure qu'extérieure, et conserTa le feu sacré. Ce double fardeau, il le supporta jusqu'à l'époque où ses demandas eurent réuni les membres épars du suprême conseil de France, et opéré une fusion aussi sincère que généreuse entre les deux fractions séparées du rite... Arrivé ma pouvoir à une époque de réaction et appelé à prendre une part active à la nai»sanœ du gouvernement constitutionnel, il a travaillé à dissiper de hautes préventions contre cette forme salutaire et à la faire accepter dans des régions où elle oe trouvait que des répulsions. Il a fait beaucoup de bien et U voulait en /aimt davantage,.. Le jour oU il tomba, du powooir, le temple de la liberté fut invetlipar «et adversairee (discours du F.*. Philippe Dupin). V. dans le même journal, année 1840, p. 161, une notice maçonnique sur le duc Oecazes, où ses titres sont rappelés. En 1805, il avait épousé la ûlle du comte Muraire, un des membres les plos influents de la Maçonnerie sous l'empire.
u Pranc-maçonn. et le gouvern. constitutionnel 231
oninoto ; mais nous viyons dans un temps si facile aux conspirations et si rebelle au sentiment du devoir, que la circonstance la plus vulgaire peut très-aisément faire une redoutable agrégation de ces conciliabules épars
t Un jour les plus vieilles monarchies, abandonnées de leurs défenseurs, se trouveronl à la merci de quelques intrigants de bas étage auxquels per-sonne m daigne accorder un regard d'attention préventive. Vous semblcz penser que dans ces craintes manifestées par moi, — mais toujours d'ordre verbal du Saint- Père, — il y a un système préconçu et des idées qui ne peuvent naître qu*à Rome. Je jure à Y. A. qu'en lui écrivant et qu'en m'adressant aux hautes puissances^ je me dépouille complètement de tout intérêt personnel, et que c'est d'un point beaucoup plus éleTé que j'envisage la question. Ne pas s'y arrêter maintenant parce qu'elle n'est pas encore entrée, pour ainsi dire, daos le domaine public, c'est se condamner à de tardifs regrets. »
Vains avertissements ! La Franc-maçonnerie, malgré ses défaites apparentes, était tellement restée maîtresse de toutes les avenues des cours que, loin de les laisser accepter des avis du Saint-Siège, elle les poussait à lui donner elles-mêmes des mémorandum et à établir dans toutes les constitutions politiques Végale protection ou la liberté de tous les cultes, afin de détruire partout la foi e' le sentiment chrétien, et, par l'indifférentisme, la subordination de tous les cultes à TÉtat.
Partout l'État, — ou la Maçonnerie qui s'en est rendue maîtresse par les ministres et les constitutions, — tend à marcher Tégal de 1 Église et à dominer, par des articles organiques frauduleusement ajoutés aux concordats, la papauté et la religion elle-même. De là en France Tautorité pontificale sapée sourdement ou à gnmd brait par les livres, les romans et les journaux, et pai renseignement des facultés et des lycées. De là un accès nouveau de gallicanisme et de voltairianisme, marchant ensemble à la destraction de la papauté dans ses institutions les plus catholiques: missions, ordres religieux, séminaires et écoles. De là râliénatîon des biens du clergé qui n'étaient pas encore vendus, malgré le texte du concordat; de là le maintien des articles organiques et l'annulation du concordat de 1817 ; delà les ordonnances de 1828 arrachées à Charles X, le maintien et l'aggravation des monopoles universitaires. De là la propagande anticatholique, s'étendant comme un torrent de Berlin en Suisse, en Belgique et en Italie, de Paris en Espagne et en Portugal, de Madrid à Naples
233 Lj2b Sociétés secrètes de 1815 a 1830
et au Mexique, de Lisbonne au Brésil, vomissant partout les insurrections comme la lave des volcans. De là, en Italie et dans les États du pape, la Carbonara, minant tous les trônes de la pénin-* suie, pour arriver à détruire la papauté^ en l'isolant d'abord.