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III. — La Charbonnerie en Italie, en Espagnb

ET EN Frange

Toutes les insurrections d'Italie, d'Espagne et finalement la révolution française de 1830, qu'on représente dans le parti libéral comme, des mouvements nationaux amenés par les fautes des gouvernements légitimes restaurés, ont eu en réalité pour agents les sociétés secrètes. Ces sociétés, sous les noms divers de Carbonarisme en Italie, de Charbonnerie en France, de Com^ muneros en Espagne, étaient toutes reliées entre elles par une direction occulte sur laquelle les papiers saisis par le gouvernement pontifical en 1846 et publiés par Crétineau^oly, ne laissent aucun doute (Introduction, VI).

La Haute- VentSy composée de quelques grands seigneurs corrompus et de juifs, était la continuation de Vordre intérieur dont nous avons vu la constitution avant la Révolution de 1789 (liv. II, ch. V, § 2). Toutes elles avaient pour base d'opérations la Francmaçonnerie. Assurément tous les francs-maçons étaient, loin d'être carbonari, mais ils n'en concouraient pas moins au même dessein, car 1® les loges, par une première initiation, préparaient le personnel où elle se recrutaient ; ainsi, d'après la constitution de la Carbonara italienne, les francs-maçons, quand ils demandaient à être initiés, étaient dispensés du premier grade d'apprenti (1); 2* elles facilitaient les démarches de leurs membres ; et enfin, par la direction donnée au grand troupeau de sots enrégimentés dans les loges, elles formaient ce poids irrésistible de V opinion publique d'où sortaient des élections qui acculaient la monarchie dans une charte, dans une impasse à laquelle un coup d'État offrait seul une issue.

Après le succès, la Franc-maçonnerie s'est hautement vantée de Tappui qu'elle avait donné à la Charbonnerie.

(1) Th. Frost, Secret toetetie» in Buropean Rivolutùm, 1. 1, p. m.

LA ChâRBONN. £N ItàUS, EN ESPÂONE BT EN FràNGE 233

« Les loges avaient été, dit le Siècle, le berceau et la pépinière de la célèbre société des carbona^i, laquelle mit en danger la Il^tâuration et contribua dans une si large proportion à la renaissance du parti républicain en France. »

Ce témoignage est confirmé par celui de Louis Blanc dans YHisloire de dix ans.

En Italie, le grand maître actuel de la Maçonnerie napolitaine, Domenico Anghera, dans une Histoire secrète de Vordre^ imprimée en 1864, relate avec satisfaction que Tœuvre des carbonari on 6uom cugffm, en 1820-1821, fut dirigée par les loges maçonniques et conduite par leurs adeptes, qui prenaient d'autres désignations. « Dans ces jours-là, dit-il, les maillets des maçons frappaient des temps harmonieux sur les axes des carbonari. » Et, en 1869, le grand maître Frappoli, dans son discours à Touverture du convent maçonnique de Gènes, reconnaissait que, « durant les précédentes cinquayite années de tyrannie, la Francmaçonnerie en Italie avait été remplacée par les carbonari. »

Nous allons voir ce plan se dérouler successivement en Italie, en Espagne et en France.

( Les carbonari, dit un de leurs grands pontifes et inspecteurs gênéranx, maçon élevé de tous les autres rites, le suédois Jean Witt, dit Poeripg, tirent leur véritable origine de la Maçonnerie... Aussitôt que Napoléon parvint au trône, il détruisit (?), en la favorisant, une association qui avait du danger pour lui. Elle perdit ainsi son indépendance, et devint une institution de police qui ne servit qu'à surprendre les sentiments des adeptes dont elle se composait.

c Alors s'assemblèrent les francs-maçons qui étaient encore pour la

défunte république ; ils formèrent (dans le sein de la Maçonnerie) une

autre affiliation. Besançon était le quartier général de ces maçons char"

bonnien (ou bons cousins) et maçons philadelphes. Le colonel Oudet était

leur chef ; la plupart des membres étaient des militaires ; ceux-ci pro-

J^^rent Tordre dans le Piémont et dans les États septentrionaux de

/7taiie. Ce ne fut que beaucoup plus tard qu'il s'établit dans le sud de

la Péninsule, où, favorisé par l'ex-gouvernement (Murât), il se répandit

avec rapidité. On établit en 1809, à Gapoue, la première Yendita, qui

fot en même temps la principale' (1).

(() JfifMotrei teereU, pour servir à VMstoirê de ma vie, chapitre intital6 : De VB^ prU (fiU règne en Italie et de ee» Sociétét iecrètes, p. 17, .18, 19.

L'bistoiro de Jean de Wil, raconiée par lui-même dans ses Mémoire»^ jette on Jenr tite-vif kar les oonspirationa du temps de la Reetauration et sur la corruption 9tt las sociétés secrètes propagent dans les plus liantes régions.

Arrêté In^-méiMi il voyait les plus hauts fonctionnaires transformer ses prisons

23i LES Socrârés SECRJbrss dk 1815 a 1830

« Les prisons en 8*ouvrant donnèrent un ministère à l'Espagne.

€ Ferdinand I de Naples, en sa qualité d'infant d'Espagne, dut, toat en restant souverain absolu, jurer obéissance à la constitution espagnole. Ce fut alors comme un tremblement de terre dans la Galabre, dans la Gapitanate et à Salerne. Le gouvernement napolitain, faible, incertain, soupçonneux, décréta quelques réformes insuffisantes, qui n'empêchèrent point le général Pépé de faire de son côté sa révolution. Naples eut, comme en 1798, son gouvernement provisoire et sa chambre de représentants.

« Ce fut quelques temps après qu'éclata à son tour la révolution piémon taise (1). »

. Le duc d'Alberg, Fami de Talleyrand, le neveu de cet évèque illuminé, dont Napoléon V avait fait le président de sa confédération du Rhin, était alors ambassadeur à Turin, lors de cette conspiration, qui força le roi à Tabdication, et c'était chez Tarnbassadeur que M. de Saint-Marsan allait prendre le mot d'ordre de la révolte, comme plus tard, en 1859, les francs-maçons de Florence allaient le prendre chez M. Buoncompagni, ambassadeur du Piémont. A plusieurs reprises, le gouvernement piémontais avait demandé le rappel du duc d'Alberg, et le pouvoir français,

en Balons, de Milan à Baireath, de Balreuth h Berlin. Celait le feld-maréehal Bubna, coromandanC en chef la hante Italie, Walden, président de la régence à Baireulb, de Schuckmann, ministre de la police à Berlin, qui reconnaissaient et saluaient en lui un des plus hauts gradés de la Maçonnerie et de la Carbooara.

Il raconte lui-môme dans ses Mémoiret ses liaisons avec M. do Serres^ avec l'inspecteur général de la police de M. Decazes. son parent, son amitié avec l'aide-docamp de Marmont, le célèbre major Favier, qui, d'après lui, prit nne part très* active à toutes les conjurations, entre autres à celle du 19 août 1821, avec l'évèque apostat Grégoire, dont il signale la maison comme le rendez-vous des frères allemands ou habitants du nord. Dans la note do la page 1 24 de ses Mémoiret ^ on lit : Jamaitjene pourrai me montrer assez reconnaissant envers les paakcs-maçons. Partout j'ai éprouvé une douce infliience ; ils agissent à travers Us murs des ea-

ehott, <t <m JE REDOUTAIS UN JUGE ACCUSATEUR, IB DÂGOUVRAIS UN AMI PROTSC- TBUR.

On lui donnait, raconte-t-il lui-même encore, communication de tout ce qui pouvait être dangereux ou utile dans les pièces qui le concernaient. Lejnge d'instruction de Berlin reçut même Tordre du ministre Je la police de lui communiquer tous les documents eecrets sur les associations à l'étranger, pour diatingner ee qui était vrai de ce qui était faux, c II me fut permis, sjoule-t-il, sur l'ordre exprès de U. Schuckmann, de prendre copie d'un rapport que la direction générale de la police française avait confié au prince de lletternich, et que celui-ci» à cante de l'importance de la communication, avait envoyé à la commission centrale d'enquéle et à tous les gouvernements particuliers. Ce rapport était du baron Pranchay d'Baperny . Tout œ qui avait trait à cette question m'était soumis : les dépèettee do M. Niebliûr à Rome, de If. Otierstedt en Suisse, de M. Werther à Paris, t

(t) Mémoèrts d» GaribaUU^ première série, p 2, 8, 9.

U Charbonn. bn ItàliS} en Espagne et en France 235

^'ors entre les mains dn grand-mattre de la Maçonnerie, Decazes, ^ista à ses iastances (1).

Le matin du 10 mars, le capitaine, comte Palma, faisait pren- ^^ les armes au régiment de Gènes et poussait ce cri : Le roi ^ x^ Constitution espagnole ! Le lendemain, un gouverne- ^^t provisoire était établi au nom du royaume d'Italie ; il décla- ^\ l5i guerre à T Autriche. « Ainsi, la révolution partie d'Ancône ^^iv^* gagné Naples et était revenue à Turin. Trois volcans s'étaient >y ^^ en Italie, sans compter celui d'Espagne, et la Lombardie ^^^taitdans un triangle de feu (2). » Le mouvement carbonaromaçonnique passa bientôt de l'Espagne en Amérique et y fit partout, et sans transition, éclater des républiques.

« La république fédérale et populaire, dit le rapport fait par ordre de l'assemblée des notables du Mexique et inséré au Monitewr, déjà proclamée en décembre 1822 dans une émeute militaire à Vera-Gruz, fut la source de tous les maux, la cause de notre ruina... L'établissement des loges maçonniques divisées en rit écossais et rit dC Yorck^ ces clubs ténébreux décidèrent, par leurs conspirations, par le poison, par le poignard, du sort du pays et de la vie des citoyens (3). »

« II existait alors à Paris, dit Louis Blanc, une association, véritable club éclos de la Franc-maconnerie , et dont les puérilités solennelles du Grand-Orient ne servaient qu'à masquer Faction politique. Fondé par quatre commis de l'administration de l'octroi, MM. Bazard, Flottard, Bûchez et Joubert, ce club, sous lenoo) de la loge des Amis de la vérité^ s'était d'abord recruté dans 1^ écoles de droit, de médecine, de pharmacie ; puis, sur la proposition de Bazard, il avait appelé à lui un grand nombre déjeunes hommes voués à l'apprentissage du commerce. La loge des Amis ^ la vérité était ainsi parvenue à se créer, dans la jeunesse parisienne, une influence puissante, et elle était en mesure de commander à l'agitation ...

c La discussion de la loi qui devait changer le système électoral avait commencé à la Chambre des députés. L'occasion était favorable pour exciter le peuple. La loge des Amis de la vérité s'en empare ; les membres qui la composent se répandent dans la capitale pour y souffler l'esprit qui les anime. Les écoles s'ébran •

(t) (hwrier dCBurope, 31 mai 1833.

(S) Mimoirm de OaribaUUj p. 10.

W Moniiiur, 15 Mptembre 1863, p. 1150.

236 LES SogiiStes âEcaâTES be 1815 a 1830 .

lent et des groupes nombreux d'étudiants viennent se former autour du palais des délibérations, en criant Vive la charte î 11 y eut des rixes, des charges de cavalerie, et pendant que les Laffite, les Manuel, les Demarçay, les Casimir Périer, faisaient des peintures émouvantes contre les troupes, qu'on flétrissait du nom ^ assassins^ les journaux publiaient le sombre interrogatoire de Louvel. Cet homme étra/nge n'avait frappé wn, prince que pov/r éteindre en lui d'un seul coup toute une race de rois; homme à convictions implacablesj plus implacables pourtant qtie son ccBur {i). »

Or, ce fut de là, de la loge des Amis de la vérité ainsi préparée le l*""mai 1821, que sortit cette Charbonnerie, qui, quelques mois après, embrassait la France, et dont Joubert et Dugied venaient de rapporter les statuts de Naples, après la contre-révolution qui venait de s'y opérer, malgré les brillantes prédictions du général maçonFoy(2).

Mais écoutons d'abord les témoignages de Witt, le grand unificateur de toutes les sociétés secrètes :

I c Aussitôt après roccupation de Naples par les autrichiens, l'AUa Vendita, ou le directoire suprôme de la société des carbonari, se sépara. Cette dissolution ne fut pas due à la crainte d'être découvert, car il n*y avait aucun danger de l'être, mais au désir de mettre des bornes à l'influence des succursales et à la nécessité de faire des modifications que la masse d'affîliés des trois premiers grades rendait indispensables.

c Dans Tété de 1821, les onze chefs s'assemblèrent àCapoue. Ils résolurent d'envoyer à l'étranger deux initiés chargés de s'entendre avec les chefs du Grand-Firmament (Grand-Orient) et de voir s'il ne convenait pas de déplacer le siège du directoire des carbonari. Ils penchaient à croire qu'il serait bon de le transporter à Paris. Cette capitale est celle qui a le plus de communications avec le reste de l'Europe. Elle était habitée par les membres les pltts influents de la société, et possédait les moyens de finance les plus abondants. Je puis entrer dans quelques détails sur le Firmament ou le directoire des sociétés secrètes en France... Le plus ancien décret authentique du Grand'Firmament que je connaisse est adressé aux adeptes comme supplément aux statuts des sublimi maestri perfetii. Le Grand'Firmament décrète ce qui suit :... 2® L'assomation des Adeîphes et des Philadelphes est incorporée à l'ordre. 3® Chaque adelphe ou philadelphe recevra aussitôt admis, s'il n'était pas déjà

(1) L. Blanc, Hittoire.de dix am, t. I, p.^trMpd^i * ' ^ ,^' j

(2) L. Blanc. Histoire de dix aw, 1. 1, p. 91. ^

LA Charôonn. en Itaue, en Espagne et en France 237

ft'f^^''mapon, les trois grades symboliques, etc. Donné sous Téquateur le 22* du ?• mois lunaire 58 1 2 (!) .

« Lie trait distinctif du Grand-Firmament était une tendance continue ^ Be rendre maître des autres sociétés, en ménageant les apparences, et ^^ les faire servir, sans en avoir Tair, à l'exécution de ses plans.

^ Xout était préparé pour fondre ensemble VAlta Vendita et le Grand'

^^^^nuiment (Grand-Orient). Les deux députés chargés de cette opération *

®^ient le duc sicilien de Garatula et le napolitain Carlo Ghiricone

"^^^rckon, fils du duc Framârmo, préfet du palais du roi. Ce dernier

f^^ît dans ses attributions l'Allemagne, la Suisse et la France. Arrivé

^©nève, où j'étais passé de France, il m'apporta des lettres d'un de

^^ ^mis intimes, qui avait été agent à Naples des mécontents polonais. . .

^^^^^kon me communiqua l'objet de sa mission ; il me pressa instam-

lli^tit d'accepter la place d'inspecteur général des carbonari de Suisse,

À' Allemagne, et m'en délivra le brevet qu'il avait apporté de Na*

pies... (2) »

Quoi qu'il en soit des circonstances, il est donc incontestable que le Carbonarisme était enté sur la Maçonnerie et qu'il revint en France en 1821. Les récits de MM. Louis Blanc et de Vaulabelle, que nous allons reprendre, se concilient, avec celui de Wit, sans en dire autant au fond :

« Merveilleusement appropriés au caractère italien, mais peu propres & devenir en France un code à l'usage des conspirateurs, — (à cause de quelques apparences chrétiennes nécessaires en Italie),-^- on dut songer À modifier ces statuts, et MM. Bûchez^ Bazard et Flottard, membres do comité administratif de la loge maçonnique des Amis de la vérité, forent choisis pour préparer les bases d'une organisation plus savante, "^ (c'est-à-dire, sans trace de christianisme, l'esprit et le but restant le niéme, comme nous verrons bientôt) — .

< La pensée dominante de. l'association n'avait rien de précis, mais les considérants se réduisaient à décréter la souveraineté nationale sans la définir, selon l'esprit du Carbonarisme italien. Mais plus la formule était 7ague, mieux elle répondait à la diversité des ressentiments et des Wnes. On allait donc conspirer sur une échelle immense avec une imn^ense ardeur et cela sans idée d'avenir, sans études préalables, au gré de tontes les passions capricieuses, j»

Un autre historien franc-maçon, M. de Vaulabelle, donne de ^ côté les détails suivants :

U) Cette aBBodatioQ des Adelphes ou Phtladelphes n'ôtaU autre que celle des Ca - / ^

«>oari,qai^ de Pranche-Gomtô [>aa8aat en Italie, avait d'abord pris ce nom. Sur l'ori lloedecette secte, voyez les indications données livre II, chap. iLll, | i.

(') Wiu, Mémoires dm sociétés eecrètesy etc., p, 6, 11,

LES â0Cn£Tl£s SEGRÈTKS DB 1815 A 1830

c 11 fut convenu q^a'aatour d'une association-mère, autorité souveraine qui élisait elle-même ses membres, et appelée Haute^Vente, on formerait, sous te nom de Ventes centrales, d'autres associations au-dessous desquelles agiraient des Ventes particulières, les unes et les autres en nombre illimité,mais ne communiquant avec la Vente suprême que par les députés des Ventes centrales , et pour que la police ne pût qu'en pénétrant dans la Haute- Vente saisir tout Tensemble de Torganisation, il fut interdit, sous peine de mort, à tout charbonnier appartenant à une Vente de chercher à s'introduire dans une autre.

cr A côté de la Gharbonnerie, de la Hante- Vente, des Ventes centrales et des Ventes particulières, il y eut pour Tarmée la légion, les cohortes, les centuries, les manipules. Les devoirs du charbonnier étaient d'avoir un fusil, 50 cartouches, d'être prêt à se dévouer, d'obéir aveuglément aux ordres de chefs irusonnus.

c Ainsi constituée, la Gharbonnerie s'étendit en fort peu de temps dans tous les quartiers de la capitale.

c II existait alors un comité parlementaire. Lafayette en faisait partie ; il n'hésita pas à porter comme les autres sa tête comme enjeu ; il entra dans la Haute- Vente, et parmi ses collègues de la Ghambre les plus habiles le suivirent....» — Parmi eux, M. de Vaulabelle nomme MM. Jacques Kœclin, de Gorcelles, députés, Mérilhou, avocat, de Schonen, conseiller à la cour royale de Paris.

« Munis de leurs lettres de recommandation plusieurs jeunes gens allèrent dans les départements organiser la Gharbonnerie. M. Flottard fut envoyé dans l'Ouest, M. Dugied partit pour la Bourgogne, M. Rouen aine pour la Bretagne, M. Joubert pour l'Alsace. Gonsidérée dans ses relations avec les départements, la Haute^Vente de Paris reçut le nom de Vente suprême, et la Gharbonnerie fut organisée partout comme elle l'était dans la capitale. L'entraînement fut général, irrésistible ; sai presque toute la surface de la France, il y eut des complots et dés conspirateurs. Les choses en vinrent au point que, dans lés derniers jours de 1821, tout était prêt pour un soulèvement à la Rochelle, à Poitiers, à Niort, à Golmar, à Neuf-Brisach, à Nantes, à Béfort, à Bordeaux, à Toulouse. Des Ventes avaient été créées dans un grand nombre de régiments, et les changements mêmes de garnison étaient pour la Gharbonnerie un rapide moyen de propagande (1). »

(1) L. Blanc, Histoire de dix ans, 1. 1. p. 92, 07. -* Aeh. de Yaolabslle, ioUire des deiuo RettaurcUions, t. V, p. 14S, 151.

M. Spuller, dans ses conférences populaires, publiées réoamment. a ùàt sosai rhistoire de la Gharbonnerie.

c On comprend, diNil, qu'il était nécessaire de s'adjoindre des hommes eo crédit^ en possession d'une action efficace sur l'opinion publique, qui pourialent an bsfloin se nommer et couvrir de leur autorité las aclaa de i'aasodaiion. Quant aux organiaatsuri, Us devaient continuer à rester dana l'ombre, afin de manier plus

U Ôharbonn. en Italie, en Espagne et en Frange 230

f Dè8!820, le CSarbonarisme, écrit Alexandre Dumas, 8*était répandu en Italie. U croisBait -vigoureusement dans les Romagnes ; il s'était réuni i la secte des Guelfes et s'appuyait an bonapartisme.

(Lucien Bonaparte était élevé au grade de grande lumière; dans les sociétés secrètes, on démontrait la nécessité d'arracher le pouvoir des mains des prêtres, on invoquait le nom de Brutus, et l'on préparait les esprits à la république.

c Dans le môme moment, la môme société conspirait en Lombardie et étendait ses ramifications dans les autres provinces de l'Italie, ka milieu d'un bal donné à Rovigo par le comte Borgia, le gouvernement autrichien fit arrêter plusieurs personnes, et le lendemain déclara cou* pabie de haute trahison toute personne qui se ferait affilier au Carbonarisme. Mais là où le mouvement fut le plus violent, ce fut à Naples. C!oIetta affirme dans son histoire que les affiliés du royaume montaient au chiffre énorme de 642,000, et selon un document de la chancellerie aulique de Vienne, il serait resté au-dessous de la vérité. Le nombre des earbonari, dit ce document (cité par La Farina, Storia d'Italia), ^"MnUàplus de huit cent mille dans le royaume des Deux^Siciles, et il n'y A fiipoUce, ni vigilance qui puisse arrêter un tel débordement ; il serait donc insemé de demander qu'on l'anéantit.

c En môme temps que se faisait le mouvement de Naples, RiegOi autre martyr qui a laissé un chant de mort, devenu depuis un chant de victoire, levait le i" janvier 1820 la bannière de la liberté, et un décret de Ferdinand YII annonçait que, la volonté du peuple s'étant manifestée, le roi s'était décidé à jurer la constitution proclamée par les Gortès généraleset extraordinaires en 1812(1). »

Une communication du Grand-Orient d'Espagne, publiée dans h Monde maçonniqiie d'djoûi 1875, porte textuellement ceci :

c Depuis 1817 et pendant six ans, V histoire de la Maçonnerie est Vhis* Urired'Espagne... Riego, chef de Tinsurrection de 1820, est nommé grand maître en 1821. Ensuite vinrent, après 1823, les persécutions pendant lesquelles on conserva le feu sacré, grâce au duc de San Lorenzo, à plusieurs hommes de la haute noblesse, grâce aussi à Vinfant don Fran^ pot},en 1828 notamment. »

Les faits suivants, relatifs à la Suisse, vont nous montrer combien le travail des sociétés secrètes était actif et conmient les princes étaient traités par leurs propres conseillers.

Kbiement \m éléments dont Us disposaient ••••

tn aTait été dit^ da temps de la Gharbonnerie, que chaque membre de rassoeia-

Uon devail avoir un faail de manition et vingt- cinq cartouches. Lorsque painrent

aa MowUeur les ordonnances de juillet, Paris se trouva debout, et la France aussi

dflrrièra Paris : la royauté était perdue. » (1) Mémoires de Qaribaldi.

240 LES SOGT^Tlés SEGRâTES DE 1815 A 1830

Comme nous l'avons dît, avec M. d'Horrer, Télan national, "qui portait le peuple à rétablir l'ancienne liberté, avait été paralysé dès 1814 par l'influence funeste du franc-maçon César de La Harpe, qui par ses intrigues avait obtenu d'Alexandre de Russie la direction exclusive des questions helvétiques. A l'abri de cette toute-puissante protection les sectes avaient repris l'œuvre ébauchée par les premières loges suisses (liv. II, chap. III, S 2 ) et continuées pendant l'invasion française (liv. II, chap. VI, §21 ).

« Bientôt, dit M . d'Horrer, surgit dans la capitale de l'Argovie une loge initulée : A la fraternelle fidélité. L'un des écrivains les plus féconds et les plus corrupteurs de la Suisse, Henri Zchokke en fut le fondateur. Elle s'installa le 27 février 1815. Dans un recueil mensuel intitulé Helvetia^ Zchokke posait le principe que tout comme l'Église chrétienne comptait dang son sein beaucoup de membres indignes, de même l'ordre maçonnique devait tolérer dans le sien beaucoup de maçons indignes de ce nom, quia numerum et serarium augent.

Dans ce même écrit il est dit que l'archétype de l'humanité est la fraternité universelle, une association générale de tout le genre humain sans distinction de religion. L'auteur s'y félicite de ce que les priru>es eux^mêineSy instruments de la Maçonne rie, accomplissent (mjov/rd''hui ce qui, il y a une dizaine d^of^ néeSj avait été condamné en la personne des plus sages phi-losophes! ! ! Il y déclare que,' si l'art royal ne consistait qu'en symboles mal compris, en mystérieuses manies et en somptueux banquets, aucun esprit éclairé, aucun noble caractère ne pourrait s'y complaire

Une impulsion plus puissante encore, ajoute M. d'Horrer, fut donnée en 1817 à la Franc-maçonnerie par le célèbre Justus Grtlner, qui venait d'y arriver &n qualité de ministre plénipo^ tentiaire de Sa Majesté prussienne ! ! l

Cet homme était connu dans toute l'Allemagne comme un illuminé des plus exaltés. Il y avait activement coopéré à la fondation du Tugendbund ; le véritable but âe cette société était, d'après l'aveu de ses membres, de révolutionner toute l'Allemagne, de la transformer en une république représentative, ou bien en un fantôme de monarchie élective dotée d'une constitution archilibérale. Cet énergumène politique déguisait ses tendances révolutionnaires sous une haine passionnée contre le banni de Ste-Hé* lèae et contre les français.

u Charbonn. ïn Italie, en Espagne et en France H 1

«C'est de cette époque que datent les premiers égarements des chefs de la république de Berne. Grûner était parvenu à leur persuader que s'ils étaient vus de mauvais œil en Suisse, c'était à raison de leur opiniâtre résistance à l'esprit du siècle ; que s'ils consentaient à se placer à la tète des irrésistibles progrès de l'époque, le gouvernement bernois deviendrait bientôt le régulateur et le maître de la Suisse. Nous voyons aujourd'hui que cette théorie corruptrice n'a pas manqué son but, que, entièrement livré à la suprématie maçonnique, Berne aspire ouvertement à la dictature politique de la Suisse.

« Une circulaire, émanée en 1819 de la loge A V espérance ^ de Berne, invite toutes les loges couvertes à se réunir : toutes les sociétés maçonniques doivent former une grande association notionale, emlyrassant tous les cantons, et indépenda/nte de toute influence étrangère. »

Voilà les premiers linéaments de l'unité suisse, sous la dictature de Berne, disposés par une main prussienne. Dès 1817, un ministre plénipotentiaire du roi de Prusse prépara l'œuvre qu'en i 1880 M. de Bismarck se prépare à compléter par la germanisa- [ tion et l'annexion déguisée de la Suisse à Tempire allemand !

Mais voici une autre menée non moins significative des sociétés secrètes, qui date de la première levée de boucliers de la Charbonnerie contre la Restauration, et -qui nous montre comment les gouvernements légitimes étaient trahis.

« César de La Harpe, général russe et chevalier de St- André, ne pouvait ni ne voulait siéger au conseil d'État de son pays natal. Simple membre du grand conseil, il y était cependant tout puissant par la prodigieuse influence qu'il y exerçait, tant comme émancipateur de sa patrie que par sa haute position dans la Francmaçonnerie et dans la Charbonnerie. Son crédit fut assez grand pour entraîner le gouvernement vaudois dans le grand et périlleux projet d'une invasion de ses milices dans la Franche-Comté, dès que l'on aurait connaissance de l'occupation de Perpignan par Mina. A Tinsu de l'autorité fédérale, le contingent actif et la réserve de toutes armes furent convoqués à des revues et harangués par leurs chefs, comme aux jours de quelque grand danger ïui aurait menacé la patrie, et toute l'artillerie vaudoise fut secrètement conduite dans les vallées intérieures du Jura. Ce fut seulement quand on apprit l'irréparable défaite de Mina, que Tartil-

LES S0CI]£tÉ3 SBCRÈtBS Ï»K 1815 A 1830

lerie revint à Lausanne et que les milices vaudoises rentrèrent dans leurs communes (1). »

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