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LES LOGES ET LES PARLEMENTS

de 4789, et ce n'est que justice de convenir qu'ils ne se sont pas calomniés. Jamais ils n'auraient acquis cette puissance de destruction, s'ils n*a« Taient été favorisés par la faiblesse ou môme par la complicité des pouvoirs publics (1). »

A partir du ministère de Choiseul et sous sa protection, le mouvement s'accentua davantage encore. 282 villes^ dit un grave historien, érigeaient œs prétendus temples. Paris en comptait 81 reconnaissant un grand maître, et un égal nombre à peu près indépendants (2). Philosophes, conseillers, hommes de lettres, avocats, bourgeois, abbés de nom et de bénéfice y affluaient eu grand nombre ; on signalait même quelques prélats courtisans, sans fanatisme ou sans foi, à qui on faisait écrire, comme à celui de Strasbourg, des lettres de flatterie par Voltaire (3). « Ces loges, dit Kobison, n'étaient plus que des écoles de scepticisme et de licence effrénée, où religion. Église, sacerdoce, rois et autorités civiles étaient l'objet perpétuel de sarcasmes et de dérisions de tout genre, et l'égalité universelle saluée comme l'ère future de la liberté et de la félicité sans nuages. » Les jansénistes par les parlements venaient s'y unir aux philosophes. On refusait hautement d'enregistrer les bulles de Clément XII et de Benoît XIV contre la Franc-maçonnerie ; on résistait ouvertement aux édits du roi en faveur de la religion ; on persécutait audacieusement les évoques et les prêtres fidèles à la foi de l'Église ; on foulait aux pieds les droits les plus saints et les plus incontestables du clergé en matière spirituelle ; et, à l'instar du parlement anglais, on tendait manifestement et violemment à se faire juge suprême et infaillible des deux autorités spirituelle et temporelle, ou plutôt à les rejeter l'une et l'autre pour ne reconnaître que la sienne. On aurait dit le complot de Bourg-Fontaine s'épanouissant en plein soleil ; et Voltaire pouvait écrire aux frères et au premier d'entre eux : « L'Église de la sagesse commence à s'étendre dans nos quartiers où régnait, il y a douze ans, le plus sombre fanatisme. Les provinces s'éclairent, les jeunes magistrats pensent hautement ; il y a des avocats généraux qui sont des anti^omer ; il y a beaucoup do confesseurs, et j'espère qu'il n'y aura point de martyrs (4). »

(1) lei francs "maçom et la magittrature française au XVI II* «iècie, nvuo dos questions historiques, t. XVUI.

(t) Proyart, Louis XVI détrôné, p. 104, 105.

(3) D'Alemberty 15 janvier 1764.

(4) Voltaire, 26 Juin 1766. < ,'

14 LÀ PROλAGATION DB LA t^RANG-MACONNERIÊ

Assurément, pins encore que de nos jours, la plus grande partie des hommes et des fenmies qui se faisaient affilier obéissaient à Tentralnement de la mode, et ne se rendaient pas compte du dessein impie et antisocial qui était caché dans les loges.

Il n'échappait pas cependant à tous les hommes clairvoyants et aux autorités, entre les mains desquelles des renseignements arrivaient en grand nombre.

Plusieurs des magistrats avec lesquels Joly de Fleury et Daguesseau correspondent, au sujet de la Maçonnerie, signalent la profonde irréligion, l'esprit de révolte contre l'autorité royale qui y est propagée, et dès 1729 le chevalier de Polard, cédant à la voix du remords, de disciple zélé de la Franc-maçonnerie devint son dénonciateur courageux ; il la signala comme une secte d'autant plus digne de fixer l'attention des souverains que, dans l'ombre du mystère, elle couvait une révolution qui devait frapper du même coup toutes les puissances légitimes. On ne prit d'abord pas garde à ses révélations, tant la conspiration paraissait invraisemblable (1). Cependant les symptômes se multiplièrent, et le cardinal de Fleury, le sage ministre de Louis XV, interdit formellement la Franc-maçonnerie, L'année d'après, par la bulle In eminmtiy du 28 avril 1738, le pape Clément XII lança un arrêt d'excommunication contre les francs-maçons, après avoir pris les longues et consciencieuses informations qui précèdent les actes de ce genre. Successivement tous les gouvernements de l'Europe, même protestants, défendirent leurs réunions (2), à

(1) Proyarl, louii XVI détrM avant étélrê roi, Paris, 1819, p. 96.

(2) Dès 1735, les États généraux de Hollande rendent un édit qui interdit pour toujours la PraDC-maçonnerie dans les provinces unies. En 1737, édits semblables de Télectour palatin de Bayiére et du grand duc de Toscane ; en 1738, du magistral de Hambourg. La même année, Frédéric 1*', roi de Suède, interdit toutos les réunions maçonniques sous peine de mort, et l'empereur Charles VI les défend dans les Pays-Bas autrichiens. Dans les années suivantes, les rois do Naples, de Portugal, de Pologne, d'Espagne, le gouvernement du canton de Berne, la Porle Ottomane, pionnent des mesures contre les loges. En 1763, le magistrat de DanUick prohibe les logos maçonniques par un édit où on lit le passage suivant : c Vu que nous avons appris que ces soi-disant francs-maçons, en recommandant certaines vertus, cherchent à miner les fondements du Christianisme, à introduire l'esprit d'indifférence contre celle doctrine, et ce, pour la remplacer par la religion naturelle ; qu'ils ont établi, pour parvenir à ce but pernicieux, dos statuts cachés qu'ils commu* niquent sous un serment qu'ils fout prêter à leurs candidats, serment plus terrible qu'aucun autre exigé par un souverain à l'égard de ses sujets ; qu'ils ont une caisse expressément destinée an but pernicieux de leurs intentions dangereuses, laquelle ils augmentent oontlnaoUement par dos eoliiations qu'ils exigent de tours

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l'exception de l'Angleterre, où les classes dirigeantes étaient généralement affiliées à Tordre, et pensaient en faire un instrument pour la politique nationale sur le continent (1).

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