I. — Le gouvernement de Juillet
Ni TEurope, tout entière monarchique, ni la France, dont le peuple était alors en grande majorité royaliste et catholique, n'étaient prêtes en 1830 pour la proclamation de la république. La génération qui avait vu les crimes de la Terreur comptait encore trop de représentants pour que ce seul nom ne soulevât pas Tefiroi de tous les intérêts. Dans ces conditions, la sagesse conseillail aax chefs du mouvement de s'arrêter à mi-chemin et de prése&ter la révolution qu'ils venaient d'accomplir comme une imitation de la révolution anglaise de 1688. C'était assez pour le moment (l'avoir renversé les Bourbons et proclamé le principe de la souveï^neté du peuple. Le germe devait devenir un arbre et porter ses fruits avec le temps. C'est la pensée que rendait Irès-expresfflvement Lafayette en disant, le 19 février 1833, à la Chambre des députés que la révolution de Juillet <c avait replacé le dogme ^6 la souveraineté populaire, devant lequel les considérations du gouYemement, constitutionnel ou autre, ne sont que secondaires. »
Pendant toute sa durée le gouvernement de Juillet ressentit le poids de son origine. Sa politique étrangère fut toujours placée entre une condescendance inévitable pour les mouvements révolutionnaires analogues à celui dont il était sorti et la nécessité de rester dans le concert européen. Â l'intérieur, après avoir pendant dix ans lutté péniblement contre les innombrables sociétés secrètes qoi surgissaient du sein de la Charbonnerie, comme la Charbon-
254 Là GtJEARS A LA PAl^AUT^
nerie elle-même était sortie de la Maçomierie, et qui revendiquaient cette liberté et cette égalité promise par la secte à ses adeptes, peu à peu il prit un caractère dpastique et espéra pouvoir fonder à son profit ce qu'on appelait alors la quasi-légitimité.
En vain le roi Louis-Philippe déploya-t-il dans cette œuvre une dextérité politique remarquable ; en vain les princes ses fils donnèrent à son trône le prestige attaché à la valeur militaire et à de sympathiques ^alités personnelles ; en vain des ministres éloquents dépensèrent-ils un talent remarquable à cette tâche digne des Danaïdes ; la logique de la Révolution fut plus forte.
Imbus des préjugés qu'ils avaient puisés dans les loges où s'était faite leur éducation, les hommes de Juillet, depuis Dupont de l'Eure et Thiers jusqu'à Guizot et Villemain, s'obstinèrent pendant toute la durée du règne à garder une attitude de défiance visà-vis de la religion et à défendre, contrairement aux promesses de la charte, le monopole universitaire comme une des citadelles de la Révolution. Presque toutes les chaires de l'enseignement supérieur et secondaire propagèrent dans la jeunesse, avec le mépris de la foi catholique, les principes du rationalisme et du naturalisme qui sont l'essence de la Maçonnerie.
D'autre part, un travail considérable s'accomplissait dans les classes populaires à l'ombre de la légalité.
La Révolution a toujours et partout commencé son œuvre de corruption par les hautes classes, et elle a malheureusement trouvé dans leur sein des membres indignes, qui se sont livrés à elle pour se débarrasser des devoirs rigoureux de justice, d'exemple et de protection envers les petits, que la loi naturelle et l'Évangile imposent à la noblesse et à la fortune . Ce furent de grands seigneurs corrompus et des financiers pervers qui firent 1789. Plus tard seulement, quand la corruption eut été systématiquement répandue par eux, l'on vit sortir du sein du peuple des êtres pleins de convoitise et de haine, comme toutes les classes en renferment, et ces nouveaux venus prirent alors leur large part aux crimes dont l'ère avait été ouverte.
Cependant la Révolution avait passé sur la France comme un torrent qui étend ses ravages plus qu'il ne creuse le sol en profondeur. On le vit bien par la faciUté avec laquelle les masses dans les campagnes, comme dans les villes, revinrent à la religion dès que les églises furent rouvertes, et au calme profond qui succéda .chez les populations laborieuses aux agitations de la période révo-
LE GOtrVÏRNBNENT DE JuiLLET 255
lutionnairc. Sous la Restauration, les missions complétèrent ce retour, et en 1830, dans les provinces, le peuple était encore royaliste comme après les Cent-Jours. Les acquéreurs de biens nationaux conservaient seuls les idées révolutionnaires ; mais ils ne formaient qu'une infime minorité, vue généralement avec mépris. La Restauration fut une époque de grand essor industriel, et néanmoins pendant ces quinze années il n'y eut pas une grève importante ; partout l'accord régnait entre le» patrons et les ouvriers : les uns et les autres vivaient en paix au milieu de la prospérité générale (1) .
1830 vint rompre cette paix et cette harmonie, et la formidable insurrection lyonnaise, conséquence de la perturbation des affaires et de la fièvre universelle insufflée aux ouvriers, fut la première révélation de cette question sociale qui, depuis lors, est restée la grande question du temps.
En même temps, un esprit nouveau s'empara de l'industrie. Les économistes officiels mirent en honneur la théorie selon laquelle le travail-» n'est qu'une marchandise comme une autre: beaucoup de patrons l'adoptèrent avec empressement et ne songèrent plus qu'à faire vite leur fortune, sans plus s'occuper du sort de leurs ouvriers. De son côté, la presse officieuse prêchait aoi travailleurs livrés à eux-mêmes la jouissance et le progrès et les mettait en défiance contre le clergé. En 1833, un préfet de la Somme, M. Dunoyer, se faisant le propagateur du Malthusianisme, recommandait aux habitants de ce département, dans une circulaire administrative, « d'user de prudence dans l'union con- « jngale, en évitant avec un soin extrême de rendre leur mariage i « plus fécond que leur industrie. » Il était logique que l'idée
républicaine et socialiste succédât au libéralisme bourgeois.
C'est ainsi que la Révolution descendit dans des couches qui jusque-là lui étaient restées fermées.
(t) Pendant Yhiwet de 1829-1830, j'ai eonslaté dans la plupart des ateliers P^ïUens, entre le patron et les ouvriers, une harmonie comparable à celle que Je ^oaSi d'admirer dans les mines, les usines et les fermes du Hanovre. (M. Le Play, ^^orm en Europe et UioliUw Franœ, p. 51.)
$56 ' LA aUBRRB A LA PAPAUTE
IL — Rivalité bntrb la Haute- Vente et le parti
d'action
Pendant les dix-huit années où se déroula le gouvernement de Juillet, les sociétés secrètes continuèrent leur œuvre de destruc'* tion de la papauté et préparèrent la république universelle.
Deux courants se dessinèrent bientôt . parmi les hommes qui leur donnaient Timpulsion.
D'un côté étaient les maçons conservateurs, qui poursuivaient surtout Tasservissement de l'Église et voulaient modérer la marche de la Révolution à leur profit, la fixer dans des gouvernements constitutionnels : c'était la politique de la Haute-Vente, des révolutionnaires aristocrates qui avaient conduit le mouvement de 1815 et lesinsurrectfons de 1821. De l'autre étaient les hommes nouveaux qui, par de là la destruction de l'Église, voulaient réaliser l'égalité de fait et préparer les voies au socialisme par la république universelle.
M. Guizot, dans ses Mémoires, raconte le fait suivant qui se produisit au lendemain des journées de Juillet. Ce . fait et les réflexions qu'il lui suggère nous donnent la clef de ce que fut le gouvernement de Juillet et révèle la cause réelle de sa chute finale.
c Le 6 août, comme je me rendais au Palais-Royal pour le Conseil Tun des plus distingués et des plus sincères entre ces jeunes gens m'ar rôta au bas de l'escalier et me remit un papier, qu'il recommanda, d^un ton très-ému, à ma plus sérieuse attention. Voici textuellement ce qu'il contenait :
c On ne comprend pas Tétat des choses.
c II faut être national avant tout, et tout de suite.
c Les discussions sont interminables et useront les plus forts.
€ La Chambre des députés est mauvaisOi on peut le voir déjà et on le verra mieux tout à l'heure.
c Le gouvernement, quel qu'il soit, doit agir au plus vite. On nous presse, et dans trois jours, dans deux peut-être, nous ne serons plus les maîtres d'arrêter ceux qui sont derrière nous, et qui veulent marcher.
c Que le lieutenant-général propose à la seule Chambre des députés» ce soir ou demain, une constitution républicaine sous forme royale
lOVAUTlÉ ENTRfi LA HaUTE-VeNTK fiT LX PARTI D^ACTION ^57
d'une Déclaratùm des droits, pour être soumise à Tacceptation des commnnes, par oui ou par non, d'ici à six mois.
t Que dans Tintervalle, le lieutenant-général soit gouvernement provisoire autorisé.
c Que la chambre soit immédiatement après dissoute.
« Qu'on flétrisse la Restauration, les hommes et les choses de la Restauration.
c Qu'on marche hardiment vers le Rhin ; qu'on y porte la frontière et qu'on y continue par la guerre le mouvement national ; qu'on l'en» tretienne par ce qui l'a provoqué (1).
t Ce ne sera d'ailleurs rien faire que pr&ndre l'initiative ; ce sera ral^ Uer l'armée, la recruter, la retenir dans sa main, l'associer à la Révolution, Ce sera parler à l'Europe, l'avertir, l'entraîner,
« Organiser la nation, s'appuyer sur elle est indispensable et ne présente aucun danger (2).
c II n'y a pas de modifications dans la propriété à réaliser actuellement, par conséquent pas de discorde civile à craindre.
c Gela fait, tous les embarras ont disparu ; la position est grande, solide et sans danger réel ; il ne faut que vouloir pour arriver là.
c A ce prix, nous, républicains, nous engageons au service du gouvernement nos personnes, nos capacités et nos forces, et nous répondons de la tranquillité intérieure. »
M. Ouizot ajoute qu'un pareil plan n'était pas autre chose que remploi continu de la force sous le prétexte du droit, et Fétat révolutionnaire en permanence au lieu de l'état social.
Lui et le duc d'Orléans entendaient bien bénéficier d'un fait révolutionnaire, mais ils n'en voulaient pas à l'état permanent.
L'antagonisme de ces deux groupes est le nœud de l'histoire pendant ces dix-huit années, et explique comment le gouvernement de Juillet put se maintenir pendant tant d'années, comme soutenu en équilibre par ces luttes intestines des sociétés secrètes.
Le plan d'attaque contre l'Église et la papauté, tels que le concevaient les maçons prétendus conservateurs, avait été tracé dès le 20 octobre 1821, après l'échec du mouvement constitutionnel en Piémont et à Naples, par la circulaire suivante, émanée du comité directeur de la Haute-Vente :
(i) Ce n'étaient donc pas les ordonnances qui l'avaient provoqué ? , ( (t) La nation n'était donc pour rien dans tout ce qui s'était fait et tout ce qui se
bisait, «a sentiment du moins dee meneura de tout le mouvement et des coml>at lants de» trois jours de toutes les nuances 1
258 LA GUEHaB A LA PAPAUTE
c Dans la lutte maintenant engagée entre le detpotMme sacerdotal ou monarchique et le principe d$ Uberté, il y a des conséquences qu'il faut subir, des principes qu'avant tout il importe de faire triompher. Un échec était dans les événements prévus ; nous ne devons pas nous en attrister plus que de mesure ; mais si oet échec ne décourage per* sonne, il devra, dans un temps donné, nous faciliter les moyens pour attaquer le fanatisme avec plus de fruit. Il ne s'agit que de toujours exalter les esprits et de mettre à profit toutes les circonstances. L'intervention étrangère dans des questions pour ainsi dire de police eztérieure, est une arme eiîective et puissante qu'il faut savoir manier avec dextérité. En France, on viendra à bout de la branche ainée en lui reprochant incessamment d'être revenue dans les fourgons des cosaques; en Italie il faut rendre aussi impopulaire le nom de l'étranger, de sorle que, lorsque Rome sera sérieusement assiégée par la Révolution^ un secours étranger soit tout d'abord un afTront, môme pour les indigènes fidèles. Nous ne pouvons plus marcher à l'ennemi avec l'audace de nos pères de 1793, nous sommes gênés par les lois et plus encore par les mœurs ; mais avec le temps il nous sera permis peut-être d'atteindre le but qu'ils ont manqué. Nos pères mirent trop de précipitation à tout, et ils ont perdn la partie. Nous la gagnerons, si en contenant les témé* rites nous parvenons à fortifier les faiblesses.
c C'est d'insuccès en insuccès qu'on arrive à la victoire. Ayer donc l'œil toujours ouvert sur ce qui se passe à Rome, Dépopularisez la prètraille par toute espèce de moyens ; faites au centre de la catholicité ce que nous tous, individuellement ou en corps, nous faisons sur les ailes. Agitez, jetez sur la rue, sans motifs ou avec motifs, peu importe ; mais agitez. Dans ces mots sont renfermés tous les éléments de succès. La conspiration la mieux ourdie est celle qui se remue le plus et qui compromet le plus de monde ; ayez des martyrs, ayez des victimes, nous trouverons toujours des gens qui sauront donner à cela les couleurs nécessaires. »
Dans d'autres circulaires plus détaillées, la Haute* Vente insistait longuement pour qu'on allât moins vite, moins superficiellement; elle prédisait même les écueils contre lesquels on viendrait se briser. Elle voulait qu'on s'emparât d'abord de toute la jeunesse par l'enseignement et par l'enseignement clérical lui-même, qu'on gagnât les masses en les déeatholisant, qu'on investît la cour romaine de pièges et d'intrigues, persuadée qu'avec le petit doigt du mccess&u/r de Pierre engagé dans le complot on ira plus loin et plus vite qu'avec toutes les insurrections du monde. Pour a^• teindre plus sûrement le but et ne pets préparer de gaieté de cœur des revers qui ajournent indéfiniment ou compromettent
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RIVALITÉ ENTRE LA HaUTB-VeNTE ET LÉ PARTI D* ACTION 259
fowr des siècles le succès (Tune bonne cause^ elle défendait a de prêter Voreille à ces vantards de français^ à ces nébuleux ailemandSj à ces tristes a/nglais qui s'imaginent tuer la papauté et le Catholicisme avec une chanson impwre^ une déduction illogiqve^ un grossier sarcasme passé en contrebande comms les cotons de la Gra/nde-Breta^ne ; la Révolution en permanence^ c'est le renversement des trônes et des dynasties. Ne conspirons quscontreRome.il faut, décatholiser le monde. »
Mais le parti d'action, toute la jeunesse de la Carbonara française, allemande et italienne, composée en grande partie d'hommes affamés d'or et de places, ne pouvait s'accommoder de ce langage des révolutionnaires conservateu/rs^ déjà nantis et craignant de perdre dans des commotions violentes ce qu'ils avaient acquis par semblables voies. Ils refusèrent d'attendre et décidés la plupart à se faire conservateurs à leur tour, aussitôt que l'argament qui décide à l'être les aurait persuadés, ils éclatèrent en 1830. Les sages des circulaires furent eux-mêTnes entraînés par ces fous^ comme ils l'avaient prévu et annoncé dans leur corlespondance.
Misley fut de ce nombre. Alors à Paris pour nouer le mouvement italien qui se préparait à celui qui triomphait en France, il j reçut de Menotti, son ami, et membre comme lui de la Haute- Vente italienne, la lettre suivante du 29 décembre 1830, rappor* tée par Louis Blanc, à qui la correspondance secrète de Menotti avait été communiquée, dit-il lui-même dans son Histoire de dix ans :
c Mon frère t'aura appris mon retour dé Florence|; j'ai eu un long entretien avec..., et nous avons très-bien disposé de tout. A mon retour, je suis allé chez le duc pour le tenir toujours dans la môme position. Il a été content de moi et moi de lui. J'espère être parvenu à lui faire faire quelques grâces pour la nouvelle année ; mais je ne crois rien, tant que je ne Terrai.... Tout est tranquille ici, et tout se dispose pour le mieux. "-^ D y aura un comité central à Bologne. Sans un centre il était impossible de bien marcher, et moi seul d'ailleurs je ne pouvais suffire à tout. La Romagne est toujours dans la plus grande fermentation, mais elle ne bougera pas. Les piémontais sont-ils définitivement d'accord avec nous ? Adieu, j'attends impatiemment de tes nouvelles, i
Le 19 juillet 1831, Menotti lui écrivait encore :
< Avant-hier j'ai vu Tami...; par son entremise j*espère uîi crédit de 1,000 francs garanti sur hypothèque ; c'est très-bien que d'Orléans nous
260 Là guerre a là VJiPAVTÉ
protège et c'est aussi avec le plus grand plaisir que j'apprends la grande intelligence qui existe entre toi et Lafayette (1). »
Le duc dont il est question dans la première lettre était le vieux duc de Modène. Trompé par les artifices de Menotti, son snjet, aussi bien que Misley, il avait promis son concours pour Taffranchissement de l'Italie ; mais ayant appris, par la révolution parisienne et ce qui lavait partout suivie, qu'il s'agissait d'une révolution antisociale contre la papauté et tous les trônes, il s'était défendu contre l'attaque de Menotti et de ses complices, qui, enhardis par le succès des autres insurrections italiennes, avaient éclaté eux-mêmes à Modène, et, en voulant envahir le palais ducal et s'emparer de la ville, avaient été prévenus par le duc et faits prisonniers.
Cependant un gouvernement provisoire s'était établi à Bologne qui venait de secouer l'autorité pontificale. Napoléon et Liouis Bonaparte, fils de la reine Hortense, étaient venus rejoindre l'armée des insurgés. Enrôlés de bonne heure dans les sociétés secrètes par le père même du fameux Orsini, et ayant juré entre ses mains, a dit Orsini le fils dans son interrogatoire, de détruire la papauté et même l'Église catholique, ils avaient répondu au comité directeur, qui leur avait fait demander si Ton pouvait compter sur eux et sur leur nom dans la levée de boucliers qui se préparait, qu'on pouvait le faire, mais qu'ils ne voulaient paraître que lorsque la Romagne serait insurgée. Cette lettre^ dont nous avons eu l'original entre nos mains, était signée Louis Bo^ naparte. Elle était en français, et Misley qui la possédait nous en fit lire une autre encore, beaucoup plus longue, et écrite en italien. Nous en avons retenu la phrase essentielle, dont le sens était : Si je suis jamais maître^ je ferai sentir aux autrichiens la force de mon bras.
Plus tard, sous son règne, VOpinion nationale^ organe des saint-simoniens et de son cousin Napoléon-Jérôme , rappelait ainsi ce premier attentat du futur empereur contre la papauté :
« Napoléon III n'avait encore que vingt-trois ans^et déjà il s'élevait avec énergie contre les vices et les abus du gouvernement temporel des papes;' il ne se contenta pas de les condamner, il prit les armes pour les dé« truire. C'était en 1831. La révolution de Juillet le rémUe et l'exalte, dit
(1) HUt de dix aiM, t. II, p. 292 et suiv., $«6dlt., 1846.
RIYALITi ENTRE LA HaUTE-VeNTB ET LE PARTI d'aCTION 261
M. de la Guéronnière ; il échange la tristesse du proscrit pour les aventu^ ns du conspirateur, et se jette en Romagne avec son frère aine pour HARCHEa EUR Rome à la tête des insurgis. Entraîné dans la déroute de cette armée indisciplinée, qui se disperse au premier choc des autrichiens, il n'échappe à la mort que pour assister à Vagonie de son frère. »
Louis-Napoléon écrivait à cette époque au pape Grégoire XVI la lettre suivante qui ne se trouve pas dans le recueil de ses œuvres, mais que nous traduisons de la Sentinella délie Alpi du 19 octobre 1859:
c M dira à Votre Sainteté la Térité sur la situation des choses
d'ici, n m'a dit que Votre Sainteté avait été afQigée en apprenant que nous sommes au milieu de ceux qui se sont révoltés contre le pouvoir de la cour de Rome. Les romagnols surtout sont ivres de liberté, ils arrivent ce soir à Terni et je leur rends cette justice que parmi les voix qu'ils élèvent continuellement, il n'y en a pas une qui attaque le chef de la religion, grâce aux chefs qui sont partout les hommes les plus esti* mes, et qui partout prouvent leur attachement à la religion avec autant de force que leur amour pour l'indépendance temporelle, corne il loro vnore nel régna temporale. On veut, à ce qu'il parait, et d'une manière bien décidée, la séparation des pouvoirs temporel et spirituel.
c Je dis la vérité, je le jure, et je supplie Votre Sainteté de croire que w n'ai aucune ambition,
« Je puis également afQrmer que j'ai entendu dire par tous les jeunes gens, môme les moins modérés, que si Grégoire renonce au pouvoir temporel, ils Vadoreront ; qu'ils deviendront eux-mêmes les plus chauds sontiens de la vraie religion, purifiée par un grand pape, et qui a pour Use le livre le plus libéral qui existe, le divin Évangile. — Louis Bo» naparte (1). >
« Louis Bonaparte, dit l'article biographique consacré à son fils dans le Dictionnaire encyclopédique de l'histoire de France, ayant abdiqué la couronne de Hollande, le jeune Louis-Napoléon passa sa première enfance à Paris (où il était né, loin du roi de Hollande dont sa mère était séparée). La proscription qui en 1816 frappa sa famille le fit sortir de France au moment où un juge* ment de séparation de corps et de biens prononcé entre ses parents le laissa confié aux soins de sa mère, tandis que son frère devait aller rejoindre son père. Confié à l'âge de douze ans aux ( wîns du fils du conventionnel Lebas ( l'ami de Robespierre ) , Louis-Napoléon reçut une éducation libérale^ et les principes de
(1) D'aotns ont attribué cotte lettre au frère aîné, mort à FqrlL
son gouvernewr le préservèrent du malheur d'être élevé en prince. Lorsqu'en février 1831, Modène, Parme et la Romagne commencèrent le mouvement insurrectionnel, les deux frères rejoignirent les insurgés qui marchèrent sur Rome. Mais le gouvernement provisoire , craignant de déplaire au gouvernement français en tolérant la présence de deux Bonaparte dans les rangs de TarmêB libérale, rappela les princes à Bologne. Ils obéirent pour ne pas compromettre VoAitorité révolutionnaire et se retirèrent à Forli . Là, Tatné, Napoléon Bonaparte, tomba subitement malade et mourut au bout de deux jours de convulsions, dans les bras de son frère. »
Cet article a précisément Philippe Lebas pour auteur. C'est donc un certificat authentique de Forigine révolutionnaire de ce prince.
Mais reprenons, en suivant M. Louis Blanc, Thistoire de cette première campagne entamée par le parti d* action contre la papauté :
« Après roccupation de Ferrare par les autrichiens, dit Louis Blanc, le gouvernement de Bologne avait envoyé le comte Bianchetti à FicH rcnce, avec mission d'y sonder, sur les dispositions de TAngleterre et de la France, les représentants de ces deux pays. La réponse avait été favorable : les cœurs étaient remplis d'espérance et de joie. M. de Lafayette, trompé lui-môme, affirmait à M. Misley que le principe de non intervention serait courageusement maintenu, et qu'à la cour il en avait reçu l'assurance. Enfin le fils aîné du roi des français, le duc d'Orléans, paraissait si bien disposé pour les conspirateurs italiens, qu'il était initié à leurs secrets, et que, dès le mois de novembre 1830, il avait désigné à M. Viardot le jour où l'insurrection de Modène devait éclater.
c Convaincu que la parole donnée au monde par un ministre du roi des français était inviolable, mais que pour avoir droit au principe de non intervention les italiens devaient le respecter les premiers, le gouvernement de Bologne ferma les yeux sur l'intervention de l'Autriche à Modène, et quand les Modénais, commandés par le noble général Zuechi, se présentèrent, il les désarma. Il alla plus loin encore. Napoléon et Louis Bonaparte, fils du comte de Saint-Leu, s'étaient jetés vivement dans l'insurrection et avaient déployé aux avant-postes un brillant courage ; ils furent rappelés en toute hâte par le général Armandi, tant on mettait de soin à conjurer le mauvais vouloir de la diplomatie et à délivrer le Palais-Royal de tout sujet d'alarmes (1) 1 i
(t) Hitt. d« dix atu, t. U, p. 295, 317, SIS.