‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 73 sur 151 · III. — Intrigues diplomatiques contre la papauté · texte numérisé non relu

III. — Intrigues diplomatiques contre la papauté

Louis-Philippe, qui n'avait méconnu la Maçonnerie active que dans la crainte de voir se tourner à la fois contre lui les puissances légitimes et les plus avancées des sociétés secrètes elle-mèmes, voulut donner à ces dernières quelques satisfactions, sans rompre néanmoins ostensiblement avec l'Europe monarchique. Bien convaincu, par sa propre expérience, que les plaintes mises en avant par le Carbonarisme italien pour justifier son insurrection n'étaient que des prétextes, il eut l'air de les prendre au sérieux devant les coure et les peuples. Appuyé, ou plutôt dirigé par l'Angleterre, et Palmerston, chef suprême des sociétés secrètes et pendant longtemps ministre tout puissant dans son pays, il entraîna dons cette

campagne diplomatique les ministres francs-maçons conservateurs de TÂutriche, de la Prusse et de la Russie. Ils osèrent bien tous ensemble demander des réformes au souverain pontife.

<( L'Europe consternée tremble devant la Révolution, a dit l'auteur de V Église romaine en face de la Révolution. EUe n'ose ni la combattre, ni l'affronter : c'est tout au plus si, dans ses paniques, elle a la force de lui offrir le pontificat en pâture. La Révolution annonce qu'elle va en finir avec l'Église. L^Europe saisit ce moment pour demander au saint-siège des réformes, dont le Carbonarisme a proclamé l'indispensable nécessité L'Autriche, qui cherche à maintenir à tout prix

la paix dans la péninsule italienne, est d'avis que le pape peut trèsbien, vu l'imminence du péril, se prêter à des concessions inoffensives. La France en propose un simulacre, afin, s'il est possible, de fermer la bouche aux orateurs et aux journaux qui stipulent au nom des sociétés secrètes (1). i

On ne parla d'abord que d'une conférence pour élaborer le projet des réformes entre les puissances catholiques et de concert avec le pape. C'était le masque, car il en faut toujours un, à la Maçonnerie conservatrice surtout ; mais les gouvernements protestants ou schismatiques y furent en majorité. La conférence se composa d'un commissaire autrichien, d'un russe, d'un prussien, d'un français, d'un anglais enfin, qui vint à Rome même traiter des affaires romaines sans être seulement accrédité par son souverain auprès du saint-siège! L'Espagne n'y fut point appelée, ni la Bavière, ni le Portugal. On admit seulement un envoyé de la Sardaigne avec voix consultative pour l'initier au complot palmerstonien, dont plus tard elle devait être l'instrument et le bénéficiaire.

c Ce n'étaient plus déjà, reprend Tauteur cité plus haut, des amis ou des enfants qui allaient respectueusement et à huis clos étudier la chose paternelle. L'immixtion de la diplomatie et la publicité donnée à cette assemblée modifièrent du tout au tout cette situation. Rome pouvait et devait peut-être la décliner dans l'état des esprits ; Grégoire XVI ne jugea pas à propos d'invoquer son droit souverain. Depuis Gonstantia et Gharlemagne le saint-siège aime à se savoir protégé par les secondes majestés de la terre ; néanmoins il ne veut pas que cette protection filiale se change pour le pontificat en servitude déguisée, ou qu'elle lui crée un embarras permanent.

(I) L'É$li9e romaine en ftue de la Révolution, t. n, p. 199.

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