VI. — Le premier assaut livri£ au pouvoir temporel
DES papes
Homme de foi, de prière, de travail, de vertu et de science, d'une bonté ineffable, d'une candeur et d'une aménité vraiment célestes et qui se peignait dans tous ses traits. Pie IX joignait à une droiture et à une charité qui ne soupçonne pas le mal, comme parle Tapôtre, une fermeté d'âme et de conscience que rien n'est capable de faire dévier de la ligne du devoir connu. Avec d'aussi éminentes qualités, il ne pouvait songer, pontife-roi, qu'à faire le bien de ses États et à ramener par la liberté vraiment chrétienne et les peuples et les rois à la vérité et à la pratique des vertus qui, en préparant à la vie éternelle, peuvent seules faire le bonheur ici-bas ; et il y serait parvenu, avec l'aide de Dieu, sans aucun doute, pour peu qu'il y eût eu de bonne foi dans les meneurs des sociétés secrètes, de vrai discernement et de science politique dans les conseils des rois. Mais au point où en étaient les hommes et les choses, les vertus et les qualités mêmes du souverain pontife, sous les desseins et les trames de la perfidie et de la trahison, ne pouvaient que se retourner contre le saintsiège lui-même.
Dès l'exaltation même du nouveau pontife, il fut acclamé d'un bout du monde à l'autre, comme le pape si longtemps désiré, le restaurateur de la liberté et le Ubérateur des peuples. A Rome, en France, en Allemagne, en Angleterre et jusque dans les républiques de l'Amérique, on exaltait ses vertus, on proclamait son libéralisme, on multipliait son buste et son portrait, on Timprimait, on l'étalait jusque sur les châles et les foulards. On dressait à Rome des arcs-de-triomphe à chacun de ses pas ; on applaudissait avec un enthousiasme inouï à chacune de ses paroles; on le couvrait de vivat et de fleurs ; jamais on n'avait vu de telles démonstrations et des ovations aussi universelles.
Un mois après son élection, de l'avis d'une commission de cardinaux, le pape avait donné le célèbre décret de l'amnistie. Les condamnés politiques étaient graciés par cet acte de clémence ipontanée, à condition de donner leur parole d'honneu/r qu'à
Vavenir ils seraient fidèles à leur souverain légitime. Étaient exceptés de ce bienfait les prêtres, les employés et les militaires dont le crime était plus grand ; mais on pouvait espérer qu'ils recevraient avec le temps un pardon successif. Cet édit fut affiché le soir aux coins des rues ; les curieux le lisaient à haute voix à la lueur des moccoletti. La nouvelle s'en répandit immédiatement dans la ville et y réveilla un enthousiasme difficile à décrire. Le peuple romain courut au Quirinal avec des flambeaux et remplissait Pair des cris joyeux : Viva Pio nonot jusqu'au moment où le pape parut au balcon de son palais pour lui donner la bénédiction. Le lendemain, Pie IX, allant au Monte-Citorio, à l'église des lazaristes qui y célébraient la fête de leur fondateur, fut reçu avec un enthousiasme encore plus grand, tellement qu'on détela ses chevaux pour traîner sa voiture à bras. Cette multitude d'hommes criant, de femmes agitant leurs mouchoirs, cette vivacité italienne perçant dans les gestes et dans les regards, ces fenêtres pavoisées de dames, formaient un coup-d'œil enchanteur (1).
Un mois après, le 19 août 1846, Pie IX promettait, et le 19 avril 1847, il ordonnait la convocation des députés de toutes les provinces de l'État pour les consulter sur les aflaires publiques. C'était laconsulte de l'État, iancienne institution des papes, renourvelée et adaptée aux progrès du jour. Cette consulte devait, selon la loi du 15 octobre 1847, qui la régularisait, être présidée par un cardinal, qui pouvait se faire remplacer par un prélat. Chaque province donnait un député, Rome exceptée, qui en donnait quatre, et Bologne deux ; le nombre total était de vingt-quatre. Les communes envoyaient une liste de trois personnes aux conseils de {Province ; ceux-ci en transmettaient une aussi de trois personnes au pape, et le pape choisissait l\ine d'elles pour membre de la consulte. Une fortune territoriale, industrielle ou commerciale, un grade élevé dans les sciences, un diplôme d'avocat, un emploi communal ou provincial conféraient le droit d'être élu ; le mandat de conseiller durait cinq ans ; ils étaient renouvelés tous les ans par un cinquième sortant. La consulte était divisée en cinq sections : législation^ finances, intérieur, armée, travaux publics el prisons. Les affaires importantes étaient examinées par les sections réunies. La consulte devait donner son avis sur tous les projeta
(1) Lubieniki, Oyerrm «I réwÀtUitm d'IUdUen 4848 et en i8i9, p* 57«
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de loi et sur les affaires temporelles du pays, sans avoir le droit d'initiative. Il lai fallait attendre que ces affaires fussent portées à sa connaissance par son président ou par Pun des ministres. Vingt-quatre auditeurs formaient une pépinière de jeunes gens capables de servir l'État dans les emplois élevés ; et pour qu'il n'y eût aucune équivoque, dès leur première audience le sainte père leur déclara qu'il les avait convoqués pour connaître les besoins et les vœux de ses sujets, et qu'il entendrait volontiers leor avis, pour consulter ensuite les cardinaux et sa^ propre cens-* cience ; qu'il avait déjà fait et qu'il ferait encore son possible pour le bien public, sans diminuer en rien le pouvoir papal dont il avait reçu, comme roi, et sous le rapport temporel même, la plénitude en dépôt, de ses prédécesseurs, comme garantie du pou«* voir spirituel institué par Dieu lui-même, et qu'il devait transmettre intacte à ses successeurs, dans les intérêts mêmes de toute la chrétienté.
Rien n'était plus sage qu'une telle ordination ; au milieu des mines des trônes croulants de toutes parts sous les coups des sociétés secrètes, elle maintenait la véritable idée de la monarchie paternelle, et en sauvegardant l'indépendance du pouvoir spirituel| monarchique lui aussi, elle renouait les temps nouveaux aux anciens et conciliait l'un et l'autre pouvoir avec tous les intérêts des peuples et avec toutes les vraies libertés. Aussi fut-elle reçue avec une reconnaissance générale, et les conseillers qu'elle venait de recréer furent-ils reconduits en triomphe, dans les magnifiques équipages fournis par la noblesse, de l'audience papale à l'église 8t-Pierre et à la salle de leurs séances au Vatican.
Dès lors se succédèrent, et presque sans interruption, les mar nifestations populaires qu'il est inutile de décrire une à une ; car elles se ressemblaient trop. Mais, hélas ! ces jours devaient être courts ; et déjà le serpent des sociétés secrètes était caché sous ces fleurs, ajoute l'historien polonais dont nous analysons le récit. Les manifestations populaires au Quirinal n'étaient pas seulement l'élan de la reconnaissance nationale et catholique, elles étaient tuissi l'œuvre d'une conspiration ténébreuse qui voulait endormir les princes italiens surtout par l'encens de la flatterie, et obtenir d'eux toutes les concessions possibles, pour en faire contre euxmêmes et contre leurs peuples des armes destructives. Ainsi en avait agi la Maçonnerie contre l'infortuné Louis XVI ; ainsi avaitelle fait au commencement du règne de Ferdinand II deNaples.
SÔ8 LA GUfiRHfi A LA t^APAUT^
La foule impressionnable et légère répétait alors ces éloges, comme elle a redit depuis les plus noires calomnies.
Bientôt on put s'apercevoir que les bandes qui se rassemblaient au Quirinal ne suivaient plus le sentiment de la reconnaissance et du dévouement au saint-siège ; mais qu'elles obéissaient à une impulsion secrète, qu'elles avaient une organisation occulte et des chefs reconnus. On pouvait donc facilement prévoir que les acclamations et les vivat ne tarderaient pas à se changer en exigences et en vociférations tumultueuses. C'était d'ailleurs pour les artisans et les journaliers de bonne foi une perte de temps et une interruption de travaux qui ne pouvaient que favoriser l'oisiveté et le far-niente, si naturels aux peuples des pays chauds. Aussi le saint-père fit-il un motuproprio pour engager le peuple à cesser ces rassemblements, à revenir a l'économie et au travail ; et il ordonnait que l'argent recueilli pour de pareilles fêtes fût dépensé au profit des pauvres.
Mais les agents de Mazzini étaient déjà partout, et c'est lui qui, dans son dernier manifeste aux amis de l'Italie, novembre 1846, venait de leur recommander le contraire :
« Profitez, leur disait-il^ de la moindre concession pour réunir les masses, ne fût-ce que pour témoigner de la reconnaissance. Des fôtes, des chants, des rassemblements, des rapports nombreux établis entre les hommes de toute opinion, suffisent pour faire jaillir des idées, donner au peuple le- sentiment de sa force et le rendre exigeant. La difficulté n'est pas de convaincre le peuple : quelques grands mots, liberté, droits de l'homme, progrès, égalité, fraternité, despotisme, privilèges, tyrannie, esclavage, suffisent pour cela ; le difficile, c'est de le réunir. Le jour où il sera réuni sera le jour de Tère nouvelle... »
Or, il y avait alors à Rome un homme du peuple qui avait pour nom Angelo Brunetti et pour surnom Cicervacchio. A la finesse italienne il joignait la force du poignet et la rudesse des manières; il avait commencé par être charretier, puis était devenu marchand assez riche, sans quitter ses habitudes plébéiennes. Une bienfaisance bruyante lui avait acquis une certaine popularité, et les sociétés secrètes, auxquelles il appartenait depuis longtemps, avaient profité de son crédit pour en faire un tribun du peuple et tourner contre le pape les transtévérins, jusque-là si dévoués au saint-siège.
Cicervacchio donnait le mot d'ordre des rassemblements; il était l'ordonnateur des fêtes, et faisait préparer les fleurs, les flambeauZi
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les drapeaux et tout ce qui était nécessaire pour de pareilles cérémonies; il présidait les banquets populaires qui commençaient à devenir à la mode. Les doctrines des sociétés secrètes, les flattefies de leurs chefs, l'oisiveté, Tambition et Tivrognerie corrompirent progressivement cet homme et en pei^vertirent une foule d'autres qui devinrent, ainsi que lui, les instruments aveugles des plus noirs complots et des plus horribles forfaits. Les grands seigneurs et la haute bourgeoisie de Rome ne furent point étrangers à cette corroptioû. Il était de mode de Tinviter dans les palais du haut parage ; on voulait s'assurer les bonnes grâces du tribun ; il aflectait au milieu même de ses éminents flatteurs les aillures de charretier, et posait fièrement au milieu d'eux avec sa veste et son costume écourté. C'était en cela même plutôt qu'en son éloquence, tout à fait nulle, que consistaient son influence et sa force.
Cependant les sociétés secrètes mettaient toutes leurs voiles au Tent pour compléter dans Rome même leur organisation ; leurs réunions publiques ou clubs se tenaient dans les cafés, les intimes ou clandestines pour les meneurs seuls dans des lieux particuliers. Chaque club ou vente en avait un plus mauvais et plus bas au-dessous de lui ; de manière que le premier, le cercle romain ou des marchands, réunissait l'élite de la société, tandis que le dernier, o4 se commettaient d'abominables crimes et d'exécrables sacrilèges, touchait aux limites de l'enfer, dit le comte Lubienski. Des émissaires de la haute propagande maçonnique étaient accourus de toutes parts pour accélérer le mouvement, et Palmerston avait envoyé lui-même, pour les diriger et les soutenir comme agent officieux du gouvernement anglais, ce lord Minto si cher au parti révolutionnaire partout où il a passé. Tous les frères et amis de Rome l'avaient reçu avec enthousiasme, et faisaient oublier à leur peuple le chemin du Quirinal pour lui donner des sérénades ; il trônait au cercle populaire et aux bureaux du Contemporaneo, recevait Cicervacchio avec courtoisie et faisait même des vers pour son fils Cicervacchietto. Nous-même, dans la basilique de St-Pierre, nous l'avons vu debout en habit rouge, derrière Rossi, alors représentant de Loui3-Philippe, à genoux, dans la tribune des ambassadeurs, aux solennités de Noël 1847, pendant que Pie IX célébrait le grand sacrifice catholique, puis, la messe achevée, causer longtemps encore avec un autre, à côté de l'autel et de la Coofessioa de saint Pierrei comme au milieu de la rue.
L'agitation populaire était grande partout, et partout la terreur l'accompagnait comme l'ombre suit le corps au soleil. Quelqu'un qui m'est bien connu ayant fait observer au pape, qui dans sa bonté l'accueillait* avec bienveillance, le travail de perversion qu'opéraient parmi le peuple la propagande, les émissaires et les clubs-cafés des sociétés secrètes, il entendit sortir de la bouche du souverain pontife, pâle et ému, cette accablante réponse : « Que voulez-vous que je fasse ? J'ai fait j-econduire auœ frontières des États pontificaïuv les émissaires étrangers ; je voulais faire met^ tre au château St-Ange ceux de mes États y et pas un de mes mû nistres n'a voulu signer l'ordre d'arrestation ; » tant était grande l'épouvante ! » .
Tous préféraient donner leur démission, et quand il faisait appel à d'autres, il était obligé souvent de descendre aux supplications, et recevait pour réponse des personnages les plus influents : Je ne puis, saint-père, j'y perdrais ma popularité. Il n'y avait d'empressés autour du pontife-roi, et pour le dépouiller plus aisément de sa royauté, que les membres des sociétés secrètes ou leurs protégés, de qui elles pouvaient tout attendre en ce genre. Il était peu de palais ou de grands hôtels en ce temps-là, où les dames mêmes ne répétassent ce qu'elles entendaient tous les jours dire autour d'elles : Il faudrait que le pape se décidât à se contenter du spiritv^ly et à laisser gouverner le temporel par nos maris ! Eux aussi suivaient sans s'en douter les instructions de Mazzini écrivait :
« Dans les grands pays c'est par le peuple quUl faut aller à la régénération ; dans le nôtre, c'est par les princes; il faut absolument qu'on les mette de la partie. Le concours des grands est d'une indispensable nécessité pour fedre le réformisme dans un pays de féodalité. Si vous n'avez que le peuple, la défiance naîtra du premier coup ; on l'écrasera. S'il est conduit par quelques grands, les grands serviront de passe-pon au peuple. L'Italie est encore ce qu'était la France avant la Révolution; il lui faut donc ses Mirabeau, ses Lafayette et tant d'autres. Un grand seigneur peut être retenu par des intérêts matériels, mais on peut le prendre par la vanité ; laissez-lui le premier rôle tant qu'il voudra marcher avec vous. Il en est peu qui veuillent aller jusqu'au bout. Uessen* iiel est que le terme de la grande Révolution leur soit inconnu. Ne laissons ■jamais voir que le premier pas à faire.
« Un roi donne une loi plus libérale, applaudissez en demandant celle qui doit suivre ; le ministre ne montre que des intentions progrès* sistes, donnez-le pour modèle -, un grand seigneur affecte de bouder ses privilèges» mettez* vous sous sa direction ; s'il veut s'arrôter, vous dtes
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à temps de le laisser, il restera isolé et sans force contre vous, et vous aurez mille moyens de rendre impopulaires ceux qui seront opposés à T08 projets. Tous les mécontentements personnels, toutes les déceptions, tOQtes les ambitions froissées peuvent servir la cause du progrès en leur donnant une bonne direction. »
C'était tout cela qui s'exécutait à Rome et à la lettre. La terreur ou le manteau des Autrichiens, crainte ou stupide confiance, paralysaient les uns ; Tambition, l'hypocrisie, toutes les passions mauvaises activaient les autres ; et Texcellent pontife, malgré ses qualités sublimes, son intelligence des choses et son bon vouloir, pressé par le memorandumj les promesses de son prédécesseur et les maçons envoyés des puissances^ ne pouvait, quoi qu'il fit, que succomber à la peine. Il avait commencé par l'amnistie, demandée par les ministres de toutes les couronnes, et promise expressément par Grégoire XVI, et malgré toutes les précautions et les limites apportées, la double reconnaissance par les amnistiés delà légitimité du pouvoir royal du pontife, exigée sur l'honneur, malgré la pression de l'Autriche en particulier pour obtenir cet acte (1), il était hautement blâmé par les premiers, accusé même par plusieurs, et les amnistiés ne lui baisaient la main^ à la sainte table même, que pour le trahir, comme Judas, par un baiser.
Une loi avait, le 7 juillet 1847, créé la civique ou garde nationale ; elle appelait tous les romains et les étrangers domiciliés à Rome à en faire partie ; elle n'en excluait que les ouvriers, les domestiques qui ne s'appartenaient pas à eux-mêmes, les hommes condamnés à des peines infamantes, ou connus par leur hostiUté au gouvernement. Or les hommes suspects profitèrent du tumulte et de leur fraternité maçonnique ou carbonarique avec quelques officiers pour y entrer les premiers et paralyser par leur exactitude et leurs menées la bonne volonté de tous les autres. Les officiers subalternes étaient électifs, et c'était parmi les suspects et les ennemis du pontife-roi qu'ils étaient élus la plupart ; tandis que les officiers supérieurs, choisis par le gouvernement entre les princes et les grands seigneurs romains, soit crainte, soit entraînement, penchaient vers les mêmes idées, et les hommes courageux et dévoués, très-utiles s'ils avaient formé un corps à pai't, ne pouvaient, sous une pareille direction, que blanchir le sépulcre et se démoraliser eux-mêmes au contact des traîtres et des poltrons. Les cerf
(I) G«eiT«i «( rMiiiiA, d:iUjdi9, etc., chap. 3 et 4. — VÉgliu Romaine, Uv. b.
de gafde devinrent même bientôt une école de révolte, de corraption et d'impiété, où les conspirateurs et les maîtres de la Carbonara venaient enrôler la jeunesse surtout sous leurs drapeaux, et infecter les autres de la contagion de leurs doctrines. Un bataillon d'enfants, nommé Speranza^ institution qui devait servir à exercer les Romains dès leur plus tendre jeunesse au maniement des armes et à les arracher aux dangers de l'oisiveté, n'échappa même pas à la contagion ; tout était mis en œuvre pour détourner de leur but les plus belles pensées de Pie IX, et le faire servir luimême, selon le plan depuis longtemps arrêté dans les sociétés secrètes, à la conjuration des pervers. La garde nationale, œuvre des intrigues et de la pression de Palmerston, ne fut donc qu'un instrument propre à pousser le gouvernement pontifical dans la voie des concessions, et incapable de le défendre, dès qu'il fut obligé de s'arrêter.
Cicervacchio, escaladant la voiture du pontife et agitant aux yeux de la foule le drapeau aux trois couleurs italiennes, ne criaitil pas : CoragiOy santo padre/ tandis que M. Thiers, au nom de la France maçonnique, faisant écho à cet appel du grotesque Mazaniello de la Carbonara, criait à son tour du haut de la tribune constitutionnelle: Courage^ saint-père! Si bien s'accordent les sociétés secrètes à répéter le mot d'ordre mazzinien qui manifeste partout l'œuvre commune !
Ainsi en fut-il de la consulte. Jamais la philosophie de l'histoire ne pourra expliquer, sans l'intervention et la haute pression des sociétés secrètes, cette unanime aberration. En moins de dix-huit mois, ce peuple avait reçu tous les bienfaits qu'il aurait été heureux d'attendre pendant un siècle entier, et la fièvre révolutionnaire s'en est si totalement emparée, dit Crétineau Joly, que les membres de la consulte d'État se montrent aussi ardents que la rue à poursuivre une chimère. Ils ont besoin, toujours besoin d'épancher la reconnaissance dont leur âme déborde en l'honneur du pontife ; mais cette spontanéité de gratitude a été délibérée, rédigée et mise au net par les avocats de Bologne, quinze jours au moins avant la réunion de la consulte, de sorte qu'ils ne sont que les porte-voix d'une reconnaissance en programme, fabriquée à Bologne pour exciter les passions du peuple à Rome. Les conspirateurs échelonnent aussi l'enthousias* me et règlent à distance les coups qu'il faut frapper.
Mais les clubs et les rassemblements des rues, la garde civique