PREMIER ASSAUT LIVRÉ AU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES
et la consulte, en Tétatgue nous venons de voir, ne suffisaient pas pour atteindre, avec la célérité qu'on désirait, le but de la Jett/ne- Italie et de la Carbonara; elles avaient encore besoin d'une presse mensongère pour diriger l'opinion publique, et il fallait pour satisfaire ce besoin l'abolition de la censure de la presse. La chose était difflcile en face des bulles de Grégoire XVI et des prescriptions sur l'index du concile de Trente.
Que fit-on ? On intinîida par tous les genres de menaces les censeurs de journaux, hommes de mérite, mais qui manquaient de fermeté et de discrétion. Le secret des noms des auteurs de telle ou telle censure n'était pas gardé : ce devait être l'œuvre de la commission tout entière, et non de personne eo particulier ; dès que c'était l'acte d'un individu dont le nom était bientôt divulgué au rédacteur même du journal censuré, qui venait avec menace lui en demander la raison, le poste n'était plus tenable. Aussi fut-il abandonné de tous, et la censure, obligée de se restreindre aux écrits purement religieux, fut-elle bientôt impuissante à arrêter le débordement universel. On vit partout surgir les plus mauvais journaux. C*étaient à Rome le Contemporaneo, VEpoca^ Pallas, avec les hommes des sociétés secrètes pour chefs de la rédaction, sans contrepoids d'aucun autre, et un prêtre zélé qui voulut en opposer un fut bientôt lui-même poignardé en plein jour. Les journalistes de la Carbonara restèrent donc tout à fait maîtres. « Ils se réunissaient de nuit, dit le comte Lubienski dans son histoire, pour élire les chefs de leur parti et pour prendre le mot d'ordre. Là, ils se distribuaient les rôles en véritables comédiens ou compères. Pallas faisait quelquefois opposition au Contcmpo^ raneo ; VEpoca paraissait être d'un avis différent ; mais au fond ils tendaient tous au même but. Citait là qu'on inventait, qu'on arrangeait, qu'on se partageait les nouvelles à donner au public ou à confirmer. C'est là qu'on faisait remplir les lettres blanches qu'on recevait par la poste avec timbre et cachet ; dans l'art de Tinvention, les littérateurs italiens ont toujours surpassé tous les autres ; et entre les maips des sociétés secrètes ces engins de mensonge et de sédition écrite ne formèrent bientôt qu'un réseau s'élendant sur toute l'Italie et allant se relier à ceux du monde entier pour donner le mot d'ordre aux ventes et aux clubs, tenir les peuples en fermentation et assurer partout la nomination maçonnique et le triomphe de ses complots.
« Dès lors, dit le même historien, les agents occultes des so-
ciétés secrètes, pour faire croire que Pie IX favorisait leurs desseins, assiégeaient le Quirinal, interceptaient les pétitions et empochaient les audiences qui leur portaient ombrage. Les vœux des catholiques suisses du Sunderbund n'ont pu parvenir au pied du trône pontifical ; deux prêtres envoyés par les cantons fldèles n'ont pu franchir le seuil du Quirinal, qui naguères était accessible à tous. Le triomphe de la démagogie sur les catholiques fût célébré comme une fête par les démocrates romains ; ilâ allèrent, la torche en main, féliciter le consul suisse de la victoire des protestants... Une s'agissait pas de liberté dans la république suisse, ou plutôt c'est la liberté religieuse (et la souveraineté cantonale) qui furent foulées aux pieds par les sociétés secrètes. Mazzini vint de Londres à Berne, Heildren le suivit, un congrès de conjurés y fut convoqué, congrès dont les suites furent bientôt visibles (1). »
Février 1848 vient de les voir éclater à Paris par la proclamation de la répubUque, et à cet appel, la Révolution en effet s'était levée partout, à Vienne et à Berlin, à Dresde et à Francfort, à Milan et à Parme. Elle avait déjà préludé a Naples, à Turin, à Florence, par une constitution, les 29 janvier, 4 et 17 février 1848; elle la décida à Rome. La formation d'un nouveau ministère avait été laborieuse pour le pape, et, pour n'y pas perdre leur popularité, ceux qui à la fin avaient accepté avaient déclaré ne vouloir entrer en fonction que lorsque Pie IX aurait donné, lui aussi, une constitution ; mais ce ne fut que le 14 mars qu'il la signa.
« Le pouvoir absolu du pape, dit le comte de Lubienski, était exprimé dans le préambule, mais d'une manière trop peu explicite. Car à Rome le pouvoir ne peut pas être une fiction, le pouvoir exécutif seulement du peuple souverain. Le pape n'est roi que parce qu'il est pontife, et pour que sa royauté assure son indépendance ; étant infaillible dans le gouvernement de l'Église, il est évident qu'il ne peut être sujet dé chambres quelconques ou du peuple romain. Les cardinaux formaient un sénat indivisible de la personne du pontife souverain et ne comptaient pas dans les chambres politiques. Il était interdit aux chambres de se mêler des questions religieuses et morales, comme elles le font ailleurs par une usurpation manifeste du pouvoir spirituel, et par la plus ridicule et la plus absurde des tyrannies, celle des intelligences
(l) Guerrei et révolutiom iVItaUe, p. 68, 81. Un prôlre français, charg6 d'oa travail par lo pape lui-môme et redemandé par lui, sollicita trois fois la lotlro (l'audience, attendit un mois et fat obligé do repartir sans avoir reçu audience.