‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 80 sur 151 · PREMIER ASSAUT LIVRÉ DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES · texte numérisé non relu

PREMIER ASSAUT LIVRÉ DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES

et des consciences qui ne sont et ne peuvent être dépendantes que de Dieu seul, ou de ceux qu'il a évidemment, et par des actes que lui seul peut faire, députés pour ce ministère divin. Et qu'on le remarque bien, c'est là pour les catholiques comme pour les sociétés secrètes toute la question romaine ; et la dignité humaine, la véritable liberté, ou toutes les libertés plutôt, ne sont et ne peuvent être que du côté des premiers, tandis que toutes les coûtradictions et toutes les servitudes marchent nécessairement avec les autres.

« Le pouvoir délibérant en matière de législation purement civile était confié à deux chambres : le haut conseil, alto consiglio^ composé de membres nommés à vie par le pape, et le conseil des députés choisis par le peuple. Pour être électeur, il fallait payer 12 scadi ou 64 francs d'impôt, être employé d'une commune ou avoir xoi grade scientifique. Pour l'entretien du pape, des cardinaux, de la propagande et de tout le gouvernement de l'Église, . 7 compris les légats à l'extérieur, pour la garde, la cour et les palais apostoliques, une faible somme était inscrite au budget. La censure politique était abolie, en conservant la censure ecclésiastique.

« Les romains n'ont su ni observer, ni défendre cette constitution éminemment libérale : ils l'ont laissé déchirer par l'anarchie (l). »

Les sociétés secrètes ne pouvaient s'en contenter, elles avaient ëvideinment un autre but, la destruction du pontificat royal, du spirituel conmie du temporel. Dans le consistoire du 29 avril 1848, Pie IX dut protester contre les actes auxquels la secte révolutionnaire voulait l'entraîner.

€ Aujourd'hui toutefois, comme plusieurs demandent que, réuni aux peuples ot aux autres princes de lltalie, nous déclarions la guerre à l'Autriche, nous avons cru qu'il était de notre devoir de protester formellement et hautement dans cette solennelle assemblée contre une telle résolution contraire à nos pensées, attendu que, malgré notre indignité, nous tenons sur la terre la place de Celui qui est Tauteur de la paix, l'ami de la charité, et que, fidèle aux divines obligations de notre suprême apostolat, nous embrassons tous les pays, tous les peuples, toutes les nations dans un égal sentiment de paternel amour...

c Mais ici nous ne pouvons nous empocher de repousser, à la face de

(1) GKerrei el réooluUonê d^lUàU, p. S6.

296 LA GUERnfe A LA PAPAUTlg . ' '

toutes les nations, les perfides assertions publiées dans les journaux et dans divers écrits par ceux qui voudraient que le pontife romain présidât à la constitution d'une nouvelle république formée de tous les peuples de ritalie. Bien plus, à cette occasion, nous avertissons et nous exhortons vivement ces mêmes peuples italiens, par Tamour que nous avons pour eux, à se tenir soigneusement en garde contre ces conseils perfides et si funestes à l'Italie. Nous les supplions de s'attacher fortement à leurs princes, dont ils ont éprouvé l'affection, et à ne jamais se laisser détourner de l'obéissance qu'ils leur doivent. Agir autrement, ce serait non-seulement manquer au devoir, mais exposer l'Italie au danger d'être déchirée par des discordes cliaque jour plus vives et par des factions intestines. »

Déjà, dans son encyclique de 1846, Pie IX avait signalé au monde le travail de Timpiétè et des sociétés secrètes et renouvelé contre elles les anathèmes de tous ses prédécesseurs. Cette allocution, que nous avons trop abrégée, sortie du cœur du pontiferoi mettait au grand jour et sa position et les embûches qui lui étaient tendues de toutes parts. Aussi souleva-t-elle contre lui toutes les colères et les haines des clubs et des ventes multipliés chaque jour dans Rome même.

« Les conjurés, dit le comte Lubienski, ne voulaient pas plus la guerre que le pape, et ils l'ont bien prouvé depuis, lorsque étant au pouvoir ils n'ont pas envoyé un seul soldat pour la guerre de Tindôpendance ; ils voulaient seulement employer le pape com* me instrument, lui faire excommunier l'Autriche, le compromettre en face de l'Europe, le discréditer aux yeux du peuple (au spirituel comme au temporel), et puis trouver, comme Judas, une occasion pour le trahir et le perdre. L'allocution du 29 avril leur parut une occasion favorable pour accélérer la sédition. Une émeute s'organise en ville. Cicervacchîo fait sortir la lie du peuple de la fange des rues ; la garde civique ferme les portes de la ville. On crie dans les rues et carrefours, on menace de mort les cardinaux. Le pape appelle auprès de lui les cardinaux Matteî, Lambruschini, Gizzi, Patrizi pour leur sauver la vie ; il envoie le prince Salviati, colonel de la garde civique, pour chercher le cardinal Délia Genga ; le peuple poursuit sa voiture dans les rues à coups de pierre. Ce prince va chercher aussi ie cardinal Bernetti ; la garde civique ne le laisse pas entrer. Le pape y envoie le général de la garde civique, le prince Ruspigliosi ; un lieutenant civique lui désobéit ; Son Éminence ne veut pas quitter son

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palais; ce trait de courage le sauve, car il aurait été tué à la porte. Les clubs rassemblés dominent dans la ville : le comte Mamiani et le napolitain Fiorentino (ainsi queGaletti, Sterbini et le moine apostat Gavazzi) se font remarquer par leur éloquence révolution* ûaire. Ils veulent forcer le pape à rétracter son allocution et à se jeter dans une guerre à laquelle ils se gardent bien de prendre part eux-mêmes.

«f Pour calmer l'orage, Pie IX chargea de composer un ministère un des conjurés qui avait obtenu son pardon, le seul qui ne lai avait pas donné sa* parole d'être fidèle, le comte Térence Mamiani, natif de Pesaro et ancien élève du collège romain. Il se nomma ministre de l'intérieur. La secrétairerie d'État pour les affaires étrangères fut divisée en deux portefeuilles : le cardinal Orioli (qui passait pour agréable à la Maçonnerie conservatrice) reçut la partie spirituelle, et eut bientôt pour successeur le cardinal Saglia ; le temporel échut au comte Marchetti, assisté d'un certain Catabene, pour donner des passeports aux conjurés ; le prince Doria eut la guerre ; le prince de Regnano, les travaux publics; Galetti, la police. Ce ministère prétendait gouverner l'Etat et TEglise au nom du pape, et le comte Marchetti voulut prendre connaissance de toutes les lettres adressées au saint-père, ainsi que de ses réponses. » C'est ainsi qu'on entendait la sécularisation des États romains, en conservant un pape nominal pour ménager la transition à la république.

« Un petit nombre d'électeurs (les carbonari) profita seul de la constitution nouvelle pour faire le choix des députés. Les ministres dressèrent la liste des candidats pour le haut conseil, et le cardinal Altieri, ayant été chargé par le pape d'ouvrir les chambres, Mamiani voulut connaître la veille le discours d'ouverture.

« TRAHrsoN ! s'écria-t-il, après l'avoir lu, je vais résigner mon portefeuille. — Il est possible^ répond son Éminence, que quel" qu'un veuille trahir le pays, mais à coup sûr ce n'est pas le pape^ et je souhaite que la nuit vous porte conseil.

« Le lendemain le cardinal prononça son discours, et Mamiani conserva son portefeuille ; seulement il prononça un discours où il dit en propres termes : Le pape^ assis et ferme dans l'intégrité des dogmes de la religion, prie, bénit et pardonne; le saintpire abandonne amœ chambres la direction des plus important tes affaires de l'État. Le programme du ministre promettait en OQtie des avantages sociaux inouïs et le salut de l'Italie.

« Le saint-père répondit à l'adresse des chambres qu'il n'accep* tait le programme de Mamiani que dans ce qui s'accordait avec le statut, et que son pouvoir ne se bornait pas à pardonner, qu'il avait le pouvoir de lier et de délier, et qu'il entendait bien garder toute sa liberté d'action. »

Mazzini du reste avait écrit : <c Ne laissez jamais le peuple s'endormir hors la sphère du mouvement. Entourez-le toujours de bruit, d'émotions, de surprises^ de mensonges et de fêtes. Que tout cela soit du désordre. On ne révolutionne pas un pays avec la paix, la morahté et la vérité. Pou/r venir à nous, le peuple doit être hœ^s de lui-même. » — Etune estafette, partie le 30 juillet au soir de la villa Bonaparte — le prince (Lucien Bonaparte était président du conseil des députés), — revint dans la nuit par la porte du Peuple, en apportant la fausse nouvelle d'une victoire remportée par les italiens. On sonne des cloches, on fait vacarme pendant toute la nuit ; mais pendant qu'on chante le Te Deum à Saint-André délia Valle, le P. Ventura monte en chaire et s'écrie : iîes frères, c'est une mystification atroce ; vou^ chantez le Te Deum pour la victoire de Radetzki; et la foule sort de l'église en criant vengeance ! — Quelques jours après, « au commencement du mois d'août, la chambre se déclare en permanence ; elle envoie l'avocat Sturbinelti et le marquis Paterziani au pape, pour exiger qu'il déclare la guerre à l'Autriche. Le pape refuse et ce refus rend furieuse la populace qui attendait le retour des députes avec des ' lances et des poignards ; on casse les fenêtres du cardinal Lambruschini ; on soufflette le ministre Sereni, qui donne sa démission et qui est remplacé par l'avocat Sturbinetti ; et les émeutlers traversent la ville avec des torches, les bras nus, en criant : Mort aux prêtres ! à bas le

pape! »

C'était un échantillon de VÉglise libre dans VÉtat libre ; la république rouge ou mazzinienne avançait à grands pas. Pie IX, pour en arrêter la marphaautant qu'il était en lui, proroge la chambre jusqu'au 15 novembre et charge l'ancien ambassadeur et pair de Louis-Philippe, Tami de M. Guizot, le comte Pellegrino Rossi, déformer un nouveau ministère. Rossi était né à Carrare, s'était attaché à Murât en 1815 lorsqu'il envahissait les États romains, était passé à Genève, puis à Paris en 1830, et avait été naturalisé français. Le pape le naturalisa sujet romain. Rossi sur les instances du duc d'Harcourt, nouvel ambassadeur de France, pt du P. Vaure, cordelier français, accepta la charge qui lui était

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offerte; il prit pour lui le ministère de Tintérieur et provisoirement les finances et la police. Il avait*plus de fierté qu'il ne convient à un chrétien, dit Lubienski, entouré qu'il était de gens moins capables que lui, oisifs, voleurs de deniers publics, etc.; il comptait beaucoup d'ennemis et peu d'amis. Dévoué du reste au chef de l'Église par patriotisme italien et par un sentiment religieux qui ne s'était jamais éteint dans son cœur, et qui s'était ranimé à Rome au milieu des ruines du monde, il disait que pour arriver jusqu'au pape il faudrait lui passer sur le corps.

Il n'en fallait pas tant pour exciter contre lui toutes les haines de la Carbonara, qui le regardait comme un traître ; et pendant qu'une série d'articles violents étaient publiés contre lui par Sterbinidans le ContemporaneOj le prince Canino, le comte Mamiani, le docteur Sterbini se rendaient au congrès scientifique de Turin, dont les assemblées étaient depuis longtemps le prétexte des conciliabules de la conspiration, [dit encore M. Lubienski c'est au retour de ce congrès, dans une maison de Florence ou de Livoume, que la mort de Rossi fut décidée. Il fut jugé, condamné selon la jurisprudence des sociétés secrètes, et le 15 novembre 1848 fut choisi pour l'exécution. Mazzini, dans une lettre qui fut publiée, fléclare que cette mort est indipensable. Dans un des clubs de Rome on choisit et Ton tira au sort les assassins qui devaient aider au meurtre de Rossi, et l'auteur principal de ce crime s^exerça dans un hôpital sur un cadavre à donner le coup mortel.

Le 15 novembre donc, Rossi, après avoir répondu aux avertissements reçus de toutes parts et qui lui annoncent le danger qui le menace : La cause du pape est celle de Dieu^ se rend à la chancellerie pour l'ouverture de la chambre ; il pense au discours qu'il va prononcer et dont le manuscrit a été conservé. Il devait y rappeler les bienfaits de Pie IX et du clergé, qui venait d'accorder sur ses biens quatre millions de scudi, rendre compte des finances qui, malgré les deux millions de papiers laissés par Mamiani, ne portaient l'impôt qu'à trois scudi par tète, tandis qu'en France il était à neuf et en Angleterre à dix, annoncer enfin les prospérités futures qu'assuraient à Rome la richesse de son territoire, sa poâtion entre deux mers et enfin le gouvernement de Pie IX, Tout à coup à peine descendu de voiture et montant les premiers degrés du palais, il est frappé par derrière d'un coup de poignée de dague, et au moment où il se tourne pour voir qui l'a heurté.

l'assassin lui plonge le poignard dans la gorge, lui coupe la veine carotide, et se retire en disant à ses complices qui l'entourent : E fatto / c'est fait ! Garde civique, carabiniers, chambre des députés, tout reste immobile. On acclame le nouveau Brutus, et les assassins impunis, après avoir promené en triomphe dans les rues de Rome et jusque sous les fenêtres de la veuve de Rossi le poignard teint de son sang et couronné de fleurs, au chant de Benedetta la mano 'che Rossi pugnalo ! Bienhewreuse la main qui poignarda Rossi/ vont Texposer, au café des Beaiix-Arts, à la vénération du public de ce premier des clubs. Rome appartient à la Carbonara ; les honnêtes gens sont en fuite ou cachés ; le souverain pontife est assiégé dans son palais par les amnistiés de 1846, qui, après lui avoir, malgré leurs serments, arraché le diadème, demandent encore en 1848 sa tète et la fin de la papauté. Mais plus heureux que Louis XVI, le doux et saint pontife s'est soustrait par la fuite à leur fureur, et secondé par les ambassadeurs de Bavière et de France, il est arrivé à Gaéte, où le roi de Naplcs est venu le recevoir avec le dévouement d^un petit-fils de saint Louis (1).

Cependant le moment favorable était passé pour les sectes en France.

XVIT. — L'expédition romaine de 1 849. — Louis-Napolbon

ET Palmeuston.

Une assemblée constituante s*est réunie, représentant vraiment la France catholique dans sa majorité et déterminée à soutenir le pape et à comprimer le Carbonarisme italien. Déjà les généraux qui en font partie ont, à la tête de la garde nationale et de l'armée, écrasé aux journées de juin les hordes du mazzinisme français insurgées contre elle pour la dissoudre et ramener 93 ; et dès le mois de septembre, deux mois avant l'assassinat de Rossi,

(1) Voyez Guerret et révoltUions ^îtoXie^ par LubioQ.«ki, ch. 12 et f 3. — L'ÉpUêe Romaine en face de la révolution ^ tome II, livra ô. — D'Arliaooarl, VltaUt roÊige. — Uiëloire de la révolution de Rome, par Baleydier.

XXPiDIT. ROMAINE DE 1849, L.-NâPOLÉON ET PaLHERSTON 301

le général Cavaignac, chef du ministère provisoire, avait arrêté d'assister le souverain pontife et en avait proposé la mission à M. de Corcelles. Aussi, à peine cet assassinat fut-il connu que Tordre fut expédié par le télégraphe à Toulon de réunir une escadre, d'embarquer 3,500 soldats d'élite avec une compagnie de génie et une batterie. Trois jours après M. de Corcelles partait avec elle, avec l'amiral Tréhouart et le général MoUière. Aucune nation, ajoute M. de Corcelles, ne pouvait alors offrir au saintpère nn secours plus prompt et plus significatif. Il est vrai qu'il n'était autorisé^ dit-il lui-même, à intervenir dans aucrniA des questions politiques qui s'agitaient à Rome... La république^ lui disait-on dans ses instructions, rrvue pwr un sentiment qui

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