EST UNE VIEILLE TRADITION POUR LA NATION FRANÇAISE^ SO
porte a/u secours de la personne du pape; elle ne pense pas à autre chose. Quelques jours après, le 30 novembre, Cavaignac, président du conseil, soumettait à l'Assemblée la mesure prise ; Dofaure, son collègue au ministère de l'intérieur, disait en la défendant : Ce que nous croyons, c'est que le pape est le chef de tout le Catholicisme , parce qu'il est le guide des guides de notre consdetkce ; c'est qu'il importe à la France, comme à toutes les nations chrétiennes, d'assurer, non^seulement la sûreté personnelle, mais la liberté m^orale, la liberté d'action du souverain pontife. C'est à ce but, selon nou^, que l'Assemblée doit tendre ; etTAssemblée adoptait, à la majorité de 480 voix contre 63, celles de Ledra-RoUin et de la Montagne, l'ordre du jour suivant, proposé par M. de Tréveneuc : « L'Assemblée, approuvant les mesures de précaution prises par son gouvernement pour assurer la liberté du saint-père, et se réservant de prendre une décision sur des faits ultérieurs encore imprévus, passe à l'ordre du jour. Arrivé à Gaete, le pape avait d'abord nommé une commission de gouvernement. Mais quelques jours après, il était obligé de décréter la dissolution des chambres, qui, au lieu de se soumettre au gouvernement qu'il venait d'instituer, lui avaient envoyé une députation pour l'engager à se condamner et à s'emprisonner lui-même en revenant à Rome, et avaient nommé une jante de gouvernement, sur la demande du fils atné de Lucien Canine, carbonaro-chef, comme son père, et qui était resté à Rome pendant que ses frères Pierre et Antoine étaient venus à Paris pour soutenir leur cousin, Louis-Napoléon, dans sa marche vers la dictature. Mazzini, de son côté^ stimulait ses adeptes ; il leu
303 LA GUERRE À Là PAPAUTÉ
recommandait de se défier duPiémont, de ne pas souffrir que d'une Constituante sortit le fédéralisme, de croire à l'unité italienne et d'y travailler envers et contre tous. Bonaparte-Canino appuyait en conséquence et faisait adopter la motion d'une Constituante romaine avant de pouvoir convoquer une Constituante italienne.
Élus au milieu des scènes de désordre et des violences dont nous avons vu la répétition en 1860, « le 5 février, enfin, les représentants de la Carbonara montèrent au Capitole pour invoquer le dieu de la liberté, comme disait Muzzarelli ; et du Capitole, qui rappelait les solennités païennes, on revint au palais de la chancellerie, consacré par la mort de Rossi. Les députés étaient accompagnés par les drapeaux de Rome et d'Italie; celui de Lombardie (où la révolte avait été comprimée) était couvert d'un voile noir. Le lendemain, pendant l'appel nominal, le citoyen Bonàparte-Canino poussait le cri de : Vive la Répt^ blique ! et le ministre de l'intérieur, Armellini, dans un discours faisait entendre ces paroles : « Notre conscience ne nous accuse de rien ; si vous nous approuvez, en rentrant dans la vie privée, nous croirons que c'est pour nous trop d'honneur, si l'on nous appelle des serviteurs zélés de ce peuple si bon, si grand, si digne, qui est NOTRE seul roi, notre dieu, auquel nous sacrifions notre tranquillité, et s'il le faut, notre vie. » C'était la profession de foi de la Maçonnerie avancée, un blasphème digne de Mazzini, dont il devait être bientôt le collègue dans le triumvirat. Le niçois Garibaldi figurait aussi dans cette Constituante dite romaine, et dès la première séance il y proclama, lui aussi, son républicanisme. Deux jours après, le 8 février 1849, sur la proposition du prince de Canino d'accepter une forme de gouvernement, on entendit le comte Térence Mamiani, le chef du ministère imposé à Pie IX par les sociétés secrètes, déclarer que les papes avaient perdu un pouvoir supérieur à la chambrej que la république était la meilleure forme de gouvernement^ mais que cependant,
PAR EGARD POUR LES SENTIMENTS MONARCHIQUES DU PlÉMONT
et l'attitude hostile des a/utres États de l'Eu/rope, il conseillait de laisser à la Constitua/nte italienne la décision sur la forme du pouvoir politique à Rome. On vota publiquement par oui OU Ipar non, et, toujours sur la demande du prince Bonaparte- Canino, la déchéancedupape, et la République furent proclamées.
Les titulaires du pouvoir exécutif furent d'abord Armellini, puis
XXPÉBIT. HOKAtNB DE 1849, L.-NaPOL^ON ET PâLMERSTON 303
Salicetti, ministre de Naples, et Montecchi (1), qui eurent bientôt pour successeurs SafB et Mazzini, qui devint le premier des trium* virs et le grand dictateur. Un prêtre interdit, nommé Spola, un moine apostat, du nom de Gavazzi, et le malheureux père Ventura, religieux théatin de Sicile, remplacèrent le pape dans les grandes fonctions de la basilique de St-Pierre le jour de Pâques. Et pendant que, pour se faire reconnaître, le triumvirat envoyait à Paris pour son chargé d^affaires le chef des carbonari piêmontais, le prince Cisterna, et à Londres le gendre de Murât, le comte Pepoli, chef des carbonari de Bologne, îi accueillait, pour former Tétat-major de son armée indigène ou pour dresser des barricades, les Maslovichi, les Hang, les Steward, les Laviron, les Podulak, les Fopfer, les Gabet, les Lopez, les Isensmid, les Dobrowoleski, les Besson, et une multitude d'aventuriers siciliens, milanais, gé« nois, napolitains, hongrois, allemands, piémontais, anglais et américains, et pour généraux le niçois Oaribaldi, de retour de Monte* video, et le marchand de cigares de New-York, Avezzana.
Cependant à Gaëte, autour du pape Pie IX, les ambassadeurs s'étaient réunis ; des couférences s'étaient établies entre les puis* sances catholiques, Autriche, Bavière, Deux-Siciles, Espagne et France. Le Piémont, déjà engagé dans les plans des sociétés secrètes et craignant de nuire à ses espérances italico-unitaires, avait refusé d'y accéder par l'organe même de l'abbé Gioberti, président de son conseil. Les délégués de l'Europe catholique avaient un but commun, dit l'auteur de V Église Romaine en face de la dévolution; mais il était bien difficile à des ministres, représen-
(i) AnneUini, carbonaro avancé, était un avocat consUtorial rompn aux chicanes du métier, haïssant le pape auqael il devait toute sa fortune, dit le comte de Lubsensld, se chargeant volontiers dos mauvaises causes des grands soigneurs ; il avait été porté par ses passions mal éteintes, malgré ses cheveux blancs, à se charger de la cause républicaine. — Montecchi était un carbonaro conspirateur, condamné sous le règne de Grégoire XVI.— Salicolti était le fils d'un avocat corse régicide, passé enaaite à Naples au sorvico de Joseph, puis do Murât. Son fils, en ce temps-là mémo, avait été obligé de s'enfuir de Naples pour s'être mis à la tète d'une émeute qui n'avait pas réussi. Nous nous rencontr&mes à Givlta-Vecchia en compagnie d'un teissaire prussien, envoyé de Naples à Berlin pour le mouvement révolutionnai ro Qui venait d'y éclater. — Que prétendez-vous donc faire, demanda-t-il à Salicetli ? — Un essai, répondit oelui*ci. — Il n'y avait qu'une chose à faire, répondit leprus- ■isQ : ÂSBAssniBn le roi I — Nom n'àioru peu en mesure, repartit l'autre avec un calme qui me fit frémir. Le prussien attendit le bateau de Naples qui devait porter le général Vial, fidèle au roi, et qu'il voulait, disait-il, faire Jeter à la mer par les frèns et amis en passant à Livourne. On venait* ce jour-U mémo de proclamer à Qvita-Veochia la constitution romaine de Pie IX.
tant presque six formes ou nuances de gouvernements, ayant tous à leur frontière ou dans leur sein la Révolution agissant ou parlant, de ne pas se heurter à quelque obstacle. Les uns parlaient de nouveau du mémorandum ; les autres- îtrciinaient vers la séparation des pouvoirs sous le nom de sécularisation ; d'autres en revenaient à la constitution de Pie IX, en la modifiant de telle sorte que les garanties nécessaires à l'administration spirituelle du pontificat fussent très-bienjdéfinies et réservées, comme si l'expérience que Ton venait d'avoir n'était pas plus que suffisante pour les hommes de bonne foi. Il avait été décidé d'abord, sous prétexte d'une liberté plus entière, qu'aucun mandataire du chef de l'Église ne serait appelé ou admis aux conférences. C'était par anticipation le traité de la France et du Piémont réglant la question romaine sans Rome et le pape.
On jugea bientôt pourtant qu'un pareil affront ne pouvait pas être fait au sacré-collège et au pape sous leurs yeux mêmes, et Pie IX ayant été prié de vouloir bien choisir son représentant, il désigna le cardinal Ântonelii, qui fut nommé président par la conférence elle-même.
Le principe d'intervention ne fut pas plus méconnu que le droit du souverain pontife. Rome ne pouvait évidemment être laissée sous le joug d'une minorité factieuse et d'une espèce d'assemblée constituante obéissant législativementàune poignée de misérables. Mais le principe acclamé, comment en faire l'application sans blesser quelques-unes des susceptibilités nationales. II était difficile de s'entendre, lorsque le saint-siège proposa lui-même un plan qui semblait devoir satisfaire tout le monde, en faisant à chacune des puissances sa part d'intervention la plus convenable. La France devait occuper Civita-Vecchia, la province de Spolète et Perugia ; l'Autriche, les Légations jusqu'à Ancône ; l'armée napoHtaine, la province de Velietri, Frosinone et Ascoli sur ses frontières ; puis l'Espagne, Rome et ses environs.
C'était l'Espagne qui avait la première donné l'idée de la conférence ; c'était elle encore qui dans sa note du 21 décembre avait proposé à la France un congrès pour rétablir la souveraine indépendance du pape garantie par les puissances catholiques , afin qu'un petit pays ne décidât pas une question qui intéresse toute la chrétienté, et qu'une ville italienne n'insultât pas impunément celui qui est vénéré par tout l'univers catholique, et ne lui donnât pas dans son gouvernement spirituel une dépendance dont elle
SXPIEDITION ROMAINE DE 1849, NaPOL^ON ET PALMEHSTON 305
pourrait abuser. C'était aux Cortès d'Espagne que le ministre Pidal avait répondu à un sénateur franc-maçon qui s'opposait à Imtervention, « qu'on n'intervenait pas pour rétablir un prince temporel comme te grand-duc de Toscane, mais qu'on allait à Home dans l'intérêt catholique de la liberté de l'Église ; que le pape n'est pas nommé par le peuple romain, mais par les cardinaux aussi espagnols ; que Rome ne serait qu'une province étrangère sans le pape ; que l'Espagne y avait de grands intérêts à protéger et que la liberté du monde dépendait de celle du pape. »
Déjà du reste l'Espagne avait envoyé sa flotte à Gaéte sous le commandement du brigadier Rustillo. Pie IX avait donc bien jugé. L'Espagne alors marchait vraiment à la tête de la catholicité ; sans doute la France était toujours la fille aînée de l'Église et le royaume très-chrétien, comme elle le montrera dans toutes les circonstances ; mais pouvait-on en dire autant de son gouvernement? M. de Rayneval, son représentant à ce moment même à Gaéte, ignorant encore à quel parti s'arrêterait son gouvernement, déclarait lui-même dans son procès- verbal « que la divi^ 9ion proposée était bonne^ naturelle^ géographique^ qu'elle respectait les circonscriptions en vigueur et en faciliterait Vadrminisi/ration. »
Mais <c l'aviso à vapeur VAriel a chauffé immédiatement, dit l'auteur de L'Église romaine en face de la Révolution^ toujours favorable dans ses récits au nouveau chef du gouvernement français, Louis-Napoléon; il est allé porter la nouvelle du rôle secondaire qui lui est éventuellement assigné dans cette croisade, et les jn-ojets du saint^siège sont renversés, »
Le Piémont s'était déjà présenté au gouvernement provisoire pour se charger seul de remettre l'ordre à Rome. Repoussé par la commission provisoire et le général Cavaignac, il fut mieux accueiUi par Louis Bonaparte. C'est par le Piémont et avec le Piémont, selon le plan palmerstonien, que le prince-président veut agir en Italie; déjà le plus grand nombre des ministres penche de ce côté, lorsque M. de Falloux, bientôt appuyé par M. Buffet, et surtout la défaite du Piémont à Novare arrivée en ce temps-là, viennent déterminer le gouvernement français à se charger seul de l'expédition. C'était dans la pensée du président la seule chance de rester maître de la situation et de faire réussir le programme de Palmerston en faveur de la maison de Savoie. Un
306 LA gueure a la papauté
corps d'armée est donc embarqué précipitamment ; le général Oudinot en est le commandant apparent, et déjà, le 24 avril, la première division est dans les eaux de Civita-Vecchia. Le gouverneur de ce port fortifié, Mammi, ex-rédacteur d'une feuille républicaine, sur Tinvitation de la municipalité, ne met aucune opposition au débarquement, et dès le lendemain même, 25 avril, la ville était occupée par Tarmée française. Si elle eût marché le jour même sur Rome, elle y serait entrée sans difficulté aucune ; mais en perdant deux jours, elle perdit deux mois. Le ministre romain, interpellé par l'assçmblée sur les dangers qui menaçaient l'État, avait avoué en effet, dans le comité secret formé sur sa demande, que les expéditions étrangères approchaient et qu'il n'y avait rien à faire, à cause du manque de numéraire et de soldats, d'autant plus que les provinces étaientr hostiles à la république. La ville de Comachio, priCe de céder une partie de ses canons, avait toujours refusé. Bologne, sommée d'envoyer des troupes ' contre Ferrare, que les autrichiens avaient déjà réoccupée, n'avait envoyé que vingt dragons, et avait ordonné au 4* régiment de rétrograder et d'éviter toute rencontre avec l'ennemi. On ne pouvait compter que sur Garibaldi, envoyé à Rieli pour défendre la frontière. Armellini lui-même, avec un grand nombre de républicains, était d'avis de laisser entrer les français, sachant bien que la résistance serait inutile ; mais Mazzini, craignant par dessus tout la libre expression de l'opinion publique, fit prévaloir le sentiment contraire. Il y avait là-dessous quelque mystère, et sous différents masques une profonde division, que le temps manifestera bientôt à ne pouvoir s'y méprendre, et dont Dieu se servira sans doute pour sauver la royauté pontificale.
Quoi qu'il en soit, on refusa de recevoir et de reconnaître le gouverneur que Pie IX envoyait pour prendre en son nom le commandement de Civita-Vecchia, et le drapeau de la république romaine fut conservé à côté du drapeau français.
Cependant les troupes napolitaines avaient pris position sur la frontière ; et les troupes autrichiennes avançaient de leur côté, pendant qu'une réaction puissante se préparait à Rome. Une circulaire adressée à la garde civique trouvait de nombreux adhérents, écrit Lubienski ; au Transtevere les deux tiers de la garde civique étaient pour le pape. La réaction papiste comptait dans ses rangs une foule de citoyens aisés et de peuple ; elle disposait à Rome même de 35,000 hommes ; un nombre bien plus consi*
EXPEDITION ROMAINE DE 1849, NaPOLIBON ET pALMEIlSTON 307
dérable d'auxiliaires Tappuyaient dans les campagnes, dirigés par un prince romain. Cette réaction de la fidélité voulait emprisonner les triumvirs, dissoudre l'assemblée nationale, s'emparer du ch&teau Saint-Ànge et des portes de la ville, les ouvrir aux français, désarmer la plus mauvaise partie de la garde civique et tous les volontaires.
Mais une proclamation ambiguë aux romaius, envoyée, dit-on, de Paris au général français, le débarquement à Porto d'Anzo des volontaires lombards que les français n'avaient pas voulu faire prisonniers lorsqu'ils se présentèrent à Civita- Vecchia, leur arrivée à Rome avec Garibaldi, l'arrestation de plusieurs chefs delà réaction, l'assassinat par le poignard du commandant d'un bataillon civique, les honnêtes citoyens comprimés par la crainte des bandits cosmopolites qui augmentaient sans cesse, le bruit sourd que la république française ne voulait pas détruire la république romaine, tout contribua à paralyser les desseins de la réaction, et quand Oudinot, comptant sur elle, d'après les rapports du duc d'Harcourt, qui le pressait de veuir à Rome pour lui donner la main, se présenta avec confiance sous les murs de Rome et aux portes de Saint-Pancrace, des Chevau-légers, Angelica et Cavalligieri, il fut partout reçu à coups de fusils et de canons, sans rencontrer aucun signe de secours des conservateurs romains. Le commandand Picard, accueilli même avec 250 gommes à la porte Samt-Pancrace au cri de vive la paix / vivent les français/ ne s'y fia que pour devenir prisonnier avec ses hommes et subir tous les genres d'insultes et de mauvais traitements.
Sur ces entrefaites, un envoyé, ancien consul à Barcelone, parent des Bonaparte, arrive de France pour traiter avec le triumvirat de l'entrée paisible, s'il était possible, des troupes françaises dans Rome. Il se nommait Ferdinand de Lesseps (1). D'abord assez mal reçu, à en juger par sa lettre du 24 mai à l'assemblée, où il se plaint d'avoir été menacé du poignard, il entra bientôt en relations intimes avec les triumvirs et finit par convenir (je transcris Lubienski) que l'armée française ne pénétrerait pas dans Rome, qu'elle aurait seulement des cantonnements extérieurs, à 15 ou 20 kilomètres de Rome, et qu'elle se bornerait à défendre
(i) M* deLeaet» apparlenail à la Franc-maçonnerie. II a été cttô comme une des il«bas da Tordra dans an document officiel du Grand-Orient do Palcrmo que Ton troaieraUv. U, chap. XTV, { 6. V. aussi le Monde maçonnique de nov. 1879.
308 LA guerrb a la papauté
Rome d'une attaque étrangère^ des autrichiens par exemple^ sans se mêler du gouvernement de Rome. Cette convention^ signée des triumvirs et de Lesseps, était, quels qu'en soient les molifs, une trahison de sa part (ou de œux qui l'avaient envoyé). Le général Oudinot repoussa cet acte avec indignation, ainsi que les autres généraux, ne pouvant pardonner à Lesseps d'avoir perdu tant de temps à de pareilles négociations, tandis, que l'approche des chaleurs de Tété exposait l'armée aux ravages des fièvres pernicieuses qui durent jusqu'à la fin de septembre (1).
Le Moniteur du 23 août 1849 rapporta le prétendu traité et la censure qu'en fit le conseil d'État, ainsi que de la condoite de l'envoyé. On y lit :
« Des questions délicates étaient engagées dans cette mission. D*ane part le gouvernement n'avait pas reconnu la république romaine ; le nonce du pape était resté à Paris avec son caractère officiel ; les envoyés des triumvirs n'avaient pas été reçus. Le gouvernement ne voyait dans les pouvoirs qui dominaient Rome que des pouvoirs de fait, avec lesquels la nécessité obligeait peut-être à traiter, mais qui étaient d&» pourvus de tout caractère légal ; à ses yeux la république romaine était le produit de la violence et de la surprise. Elle ne se maintenait que par la terreur qu'inspiraient des bandes d'étrangers, accourus de tous les points de l'Europe et des autres États d'Italie pour la proclamer ou la défendre. L'Autriche et Naples avaient envoyé des troupes pour la combattre. Le gouvernement ne pouvait lui prêter appui, dans la personne des bommes qui gouvernaient en son nom.
« D'un autre côté, des conférences diplomatiqpies étaient ouvertes à Gaête auprès du saint-père. La France y était représentée par MM. d'Harcourt et de Rayneval ; elU'y plaidait la cause de la liberté italienne ; elle avait à y lutter contre des tendances qu'elle ne pouvait vain^ cre que par la franchise de son langage et la drofturb db sa politiqub. Il fallait donc que l'agent envoyé à Rome pour y négocier un arrange^ ment tint un grand compte de cette double difficulté. C'est ce que les instructions données à M. de Lesseps signalaient à son attention. On y indique le double but de la mission.
c Elle tend d'abord à soustraire les États de l'Église à l'anarchie qui les désole. M. de Lesseps, tout en étant chargé d'entrer dans un arram-
OSMENT AVEC LES HOMMES INVESTIS EN CE MOMENT DU POUVOIR, doit s'obstefUr
(1) La plapart des faits npporlôs Jusqu'ici sur Romo et la question qui s'y rattache BODt lires de VÉgliie Romaine, t. II, liv. 2; et des Guerres et réwluUone d^ltaUê do Lubionski, ch. 14, 21. 23, dont les auteurs s'appuient sur 1« écrits offlcieli «1 contemporains, italiens et français.