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CHAPITRE DIXIÈME

LA DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREIi DU FAFB ET L'UNITÉ ITALIENNE ( 1868 A 1870. ]

!• — l'établissement d'une dictature en Franck

Le chapitre précédent vient en finissant de montrer le plan que Palmerslon, devenu, d'après Eckert et Misley, le directeur le plus influent des sociétés secrètes, voulait faire prévaloir. Ce n'était plos celui de Mazzini, mais plutôt celui de la Haute- Vente romaine.

On a pu voir comment, après l'avortement de la république universelle en 1848, Mazzini avait peu à peu perdu du terrain. Il dut se soumettre au plan palmerstonien, mais ce ne fut pas sans protester, sans en surveiller rigoureusement l'exécution et agir parfois pour son propre compte.

La première partie de ce plan comportait l'entente cordiale avecla France, et pour cela un pouvoir aux formes monarchiques qui pût, tout en se prêtant aux œuvres de la Révolution, offrir la sécurité aux intérêts matériels et tenir une place au milieu des uitres gouvernements européens.

Louis-Napoléon Bonaparte fut Thomme à qui les sociétés secrètes confièrent cette mission.

Il avait pour lui ce nom des Napoléon, à qui l'opposition libérale de la Restauration et les aveugles apothéoses du gouvernement de Juillet avaient fait une popularité factice. Cependant les lourds édiecs de Strasbourg et de Boulogne montraient que cette popu*

larité n'aurait pas suffi à le pousser au trône. Mais d'autres titres le recommandaient à la confiance de Palmerston et de la Maçonnerie.

Le Als de la reine Hortense avait eu pour précepteurs le fils du lieutenant de Robespierre, Lebas, et le philosophe Vieillard, deux athées. Il avait été initié à la haute Carbonara par Orsini, le père même de celui qui, plus tard, devait lui rappeler par les bombes fulminantes le serment', prêté dans cette initiation, de détruire le principat romain et de mettre fin à l'Église catholique; il avait écrit à Grégoire XVI la lettre que nous avons citée, où il le pressait d'abjurer au temporel, lui promettant alors de Vadorer, . et avait pris rang en 1831 dans Tarmée des sociétés secrètes insur-^ gée contre Grégoire XVI et occupant déjà Bologne.

En 1839, raconte Taxile Delord, on trouve un des principaux membres de Tordre des templiers, M. Barginet, de Grenoble, qui était devenu son grand maître, travailler activement à préparer l'élévation au trône de Louis-Napoléon en compagnie de M. de Crouy-Chanel, un révolutionnaire hongrois, de M. Mocquard, de M. Saint-Edrae, de M. Charles Durand, rédacteur du Journal de Francfort. C'est bien la fraction maçonnique qui veut conserver l'ordre matériel et ne détruire que l'Église. (V. Liv. II, chap. V, S 2, et chap. VIII, § 5.) (1)

Dans un écrit publié pendant sa captivité de Ham, sous le titre d'Idées Napoléoniennes, Louis-Napoléon s'était posé en continuateur de la Révolution :

c Les grands hommes ont cela de commun avec la Divinité qu'ils ne meurent jamais tout entier ; leur esprit leur sursit» et Vidée napoléonienne a jailli du tombeau de Sainte-Hélène, de même que la morale de TÉvan* gile s'est élevée triomphante malgré le supplice du Calvaire.

« Elle a combattu pour exister, elle a triomphé pour persuader, elle a succombé pour renaiire de ses cendres, imitant en cela un exemple divin. »

Et encore :

c Napoléon, en arrivant sur la scène du monde, vit que son rôle était d'être l'exécuteur testamentaire de la Révolution... Sans le consulat et Tempire, la Révolution se serait noyée dans la contre-révolution, tandis que le contraire a l^eu parce que Napoléon enracina en France et intro^ duisit partout en Europe les principaux bienfaits de la grande crise de 89... L'empereur doit ôtre considéré comme le Messie des idées nouvelles...

(I) HiêUntê du ieeond Empire^ t. I, p. 236 (Paris, 1869).

L'iTABLISSSMENT D^UNB DICTATURE EN pRANGB 3lt

c Et si, dans le séjour céleste où repose maintenant en paix sà JBTonde âme, Napoléon pouvait encore se soucier des agitations et des jagements qui se heurtent ici-bas, son ombre irritée n'aurait-elle pas le droit de répondre à ses accusateurs : Vous qui me blâmez, qu'avez- vous fait pendant vingt-quatre ans d'une paix profonde ?.. . Avez- vous rétabli la Un du divorce qui garantissait la moralité des familles ? avez-vous conie^ nu le clergé dans ses attributùms spirituelles, loin du pouvoir politique f ete.(l)

Élu représentant dn peuple en mars 1848, en même temps que son cousin Napoléon-Jérôme, ils allèrent s'asseoir l'un et l'autre sur les bancs de la gauche. Le 30 septembre il s'abstint de voter dans le scrutin sur l'ordre du jour approuvant l'expédition romaine, et deux jours après on lisait dans le Constitutionnel et la Pressej la lettre suivante :

c Paris, 2 décembre 1848. Monsieur le rédacteur, apprenant qu'on a remarqué mon abstention dans le vote relatif à Texpédition de Givita- Yecchia, je crois devoir déclarer que, tout en étant décidé à appuyer toutes les mesures propres à garantir efficacement la liberté et l'autorité du souverain pontife, je n*aipu approuver par mon vote une démonstration militaire qui me semblait dangereuse, même pour les intérêts sacrés ^'on voulait protéger, et de nature à compromettre la paix de l'Europe.

f Recevez, monsieur le rédacteur, l'assurance de mes sentiments distingués. 8igné : Louis^Napoléon Bonaparte, »

Dès cette époque sa candidature à la présidence de la républi* que se posait et était patronnée par la Franc-maçonnerie. •

Le P.*. Redarès, longtemps conseiller au Grand-Orient, l'auteur de livres très-estimés dans le sein de l'ordre, eut un songe (novembre 1848) imprimé par lui-même dans un livre ayant pour litre : Études historiques et philosophiques sur les trois grades

(1) Idées Napoléoniennes d'après le texte publié dans les Œuvres de Napoléon lit ^koprimerie impériale), tome I, p. 7, 28, 56, 102 et 125. Dans on autre passage intitalé : Le Clergé et l'État, il exprimait des principes qui expliquent bien des actes de son r^ne. Il demandait que le clergé fût citoyen avant d'être prêtre, qu'il cestèl d'être uUramontain, et qu'à cette fin il fût élevé, comme les autres citoyens; pou dans les séminaires, mais dans les établissements de l'État. Il écrivait encoro dans les Idées Napoléoniennes à propos du concordat de 1802 :

c Le clergé était partagé entre les anciens et les nouveaux évêques, les prêtres MMrmenlés, partisans de la révolution, et les prêtres réfraclaires : ces derniers éliienl les enflants chéris du pape ; profitant de Tinfluence que leur donnait la protection dn chef de la religion, ils égaraient les esprits par les écrits qu'ils répandaient de l'étranger dans les campagnes. L'empereur, par son concordat, enleva lo ttisf à œ troupeau égaré. »

$1Ô hk DESTRUCTION DtJ ^OUYOIB t&KPOREL DtJ PÂPfi

Mymboliques. Ce livre et le songe furent recommandés à tons les frères et amis pa/r les anciens collègues de Vautev/r au Grand' Orient^ par les présidents d'ateliers (loges), par les membres du conseil du gra/nd mMtre, comm^ le plus large et le plus lumi^' neuœ des rituels^ et renfermant, sous la théorie des symholes maçonniques^ les doctrines et les principes qui ont servi d'éléments pour former le noyau social de tous les peuples db LA terre. Voici ce songe :

Maîtres et compagnons, nous étions réanis

Sous une voûte symbolique, Lorsqu'apparut le grand Napoléon.

Âpres nous avoir fait le signe de maçon, U nous a dit : Enfants de la lumière.

Le ciel à vos vœux a souri ; Un des miens est parti de la terre étrangère ;

Son courage n'a point failli ;

Il vient, guidé par mt)n génie,

Poursuivre mes nobles travaux,

Et sauver la mère-patrie Des intrigants, des fourbes et des sots.

Du joug d'un pouvoir tyrannique

Il brisera l'autorité ;

Il sait que de la liberté

La France est la terre classique»

Vous le verrez dans sa bouillante ardeur • Défendre sa sainte querelle.

Et son bras ainsi que son cœur

 tout jamais seront pour elle.

A ce mot, le maître s'est tu, Son aigle Ta porté sur ses brillantes ailes

Vers les demeures immortelles.

Et le grand homme est disparu.

Adressé au candidat révélé, avec le signe maçonnique, le songe, ou son auteur plutôt, reçut cette réponse, imprimée à la suite dans le même livre :

c Monsieur, Louis-Napoléon Bonaparte vous remercie par mon or* gane des nobles sentiments que vous lui exprimez dans la pièce de vers que vous avez bien voulu composer pour lui ; il y a reconnu le dévouement inaltérable d'un vieux brave de l'empire, i^lein du souvenir de cette grande, époque. Le neveu de l'empereur consacrera tous ses efforts à répondre aux vœux de tous Us citoyens qui, gomiib vous, prennent une part

Si active à sa candidature,

c Signé : MoGQUABD, »

L*iTABLlSSBMENT d'oNE DICTATURE EN pRANCE 310

Le patronage de la Maçonnerie était discret ; la France venait de prouver en 1849 par les élections à la Législative qu'elle était essentiellement monarchique, malgré les divisions de ses hautes dasses, et fermement catholique. Aussi Louis-Napoléon cherchat-il à réparer l'effet produit par son abstention dans le vote pour fexpédition romaine, par la lettre suivante adressée au nonce du pape :

c Monseigneur, je ne venx pas laisser, accréditer auprès de vous les brnits qui tendent à me rendre complice de la conduite que tient à Rome le prince de Ganino.

« Depuis longtemps je n'ai aucune espèce de relations avec le fils aîné de Lucien Bonaparte, et je déplore de toute mon âme qu'il n'ait point senti gue le maintien de la souveraineté temporelle du chef vénérable de VÉgUse était intimement lié à V éclat du Catholicisme comme à la liherU et à l'indépendance de V Italie. Recevez, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments de haute estime. Louis^Napoléon Bonaparte. »

Publiée yzrV Univers et par d'autres journaux religieux et conservateurs, cette lettre décida^ dit un de ces journaux, MM. de Fallouœ, de Montalembert et toits l&wrs amis, av^ssi bien que le maréchal Bugeaud, le comte Mole et tous les chefs des pa/rtis conservateurs à adopter la candidature du prince président, Uii comité où figurait M. Benyer le désignait aussi aux légitimistes. C'était évidemment lui mettre le pied à l'étrier impérial. La puissance de ténèbres était partout appuyée sur la confiance de chacun en soi-même.

L'on a vu dans le chapitre précédent quelle fut son attitude pendant toute l'expédition romaine. C'est l'assemblée constituante, puis la législative, qui eut l'honneur de cette belle page de notre histoire. Louis-Napoléon ne chercha qu'à l'entraver et à en atténuer les résultats.

Nous n'avons pas à raconter ici la lutte sourde qui, pendant deux ans, se poursuivit entre l'assemblée et le prince président. Elle aboutit au coup d'État du 2 décembre.

Assurément cet acte d'audace eut pour instrument quelques chefs miUtaires ambitieux ; il eut l'adhésion des masses populaires, qui, ayant fait par deux fois des élections monarchiques pour échapper à la démagogie menaçante, étaient désorientées par la stérilité des débats parlementaires et l'impuissance de deux assemblées successives. Mais n'eut-il pas aussi la complicité des cheHs des sociétés secrètes ?

320 LA DEStRUCTION DÛ POUVOIR tEtfPORSL DU PAPK

Quelques jours avant le deux décembre les questeurs de l'assemblée, pressentant le danger qui la menaçaient, essayèrent de le prévenir en déposant une proposition aux termes de laquelle des tFOupes eussent été placées sous les ordres directs de- rassemblée. Qui est-ce qui combattit le plus énergiquement et fit échouer cette mesure de salut? Michel de Bourges, ^un des chefs de la gauche !

Or voici les détails intimes qui nous ont été révélés récemment par un écrivain républicain*:

c Dans Pannée qui précéda le coup d'État, des amis politiques s'étaient rendus chez Michel de Bourges; Tun d'eux remarqua sur sa table un volume anglais dont le titre était : Is protectorat de CromwelL Ge fait le frappa d'abord médiocrement, mais quand il vit le chef d'opposition prononcer l'énigmatique discours dont l'argumentation avait pour hase le testament du duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, puis voter contre la loi des questeurs qu'approuvèrent de plus clairvoyants, tels que Charras, le fait lui revint avec plus de force à la mémoire, et il comprit qu'au moment de sa visite le tribun se préparait déjà au rôle que plus tard, sur son lit de mort à Montpellier, il expliquait en ces termes : « J'ai mis la Révolution aux mains d'un prince, persuadé qu'il serait « contraint de la servir et de marcher dans ses voies (1). >

La façon dont le coup d'État fut accueilli est également bien significative. Les faubourgs restèrent inertes, et ce fut après deux jours de manœuvres que la police parvint à faire élever 'quelques barricades pour donner un prétexte à la sanglante fusillade des boulevards ; en province, , il n'y eut que quelques levées de boucliers isolées dans les départements les plus reculés, où les mots d'ordre ne pouvaient pas parvenir. Tous les chefs républicains restèrent immobiles (2). Une fois de plus, les ouvriers, les fanatiques, — les seuls honnêtes gens du parti — avaient été abandonnés par leurs meneurs. Ces simulacres de résistance ne servirent qu'à persuader aux conservateurs sans principes que la société a/vait été sauvée I

Les événements qui se succédèrent immédiatement après vont nous donner la clef de ce mystère.

(1) Benjamin Rampai, Introduction au court éPéconomié politique^ de Sehalié Delitsch, p. GGXXV.

(2) On lit dans la Prano-maçonnerie, révélationt d'un Bote^Oroix (Bar-le-Doo i%11, 3« édit.,)p. 72 et auiv., le récit suivant :

c Lorsqae ont lieu le ooup d'État du 2 décembre, trois cent mille hommes, unis entre eux par un serment terrible, formaient une rasle association dont les imini*

Le Convent des sociétés S£GrI:tes en 1852 321

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