II. — Le gonventdes sociétés secrètes de
C'est de cette époque que datent nos relations avec Misley, ce membre du comité directeur dont nous avons (parlé dans Tintrodaction.
Misley m'avait déjà écrit auparavant de Genève :
c 22 septembre 1850. Il est très-fâcheux que la lutte qui va 8*enga-« ger entre la démocratie et le despotisme ne laisse pas assez de temps pour amoindrir les conséquences de cet épouvantable choc ; car il y aara de grands malheurs à déplorer et des malheurs inutiles ; mais j*espère aussi que ceux qui placent toute leur confiance dans la force brutale seront brisés. Il est certain que ces fléaux de l'humanité ont pour eux une organisation forte et bien entendue, l'unité de vouloir et des moyens formidables d'exécution. Mais très-^eu depersonnes connais^ imt les obstacles de nouveau genre qu'ils rencontreront et contre lesquels fié" ckira leur puissance, et leur orgueil sera humilié. — Je ne doute pas un instant du triomphe du parti auquel j'appartiens, et auquel je serai dévoué tout le reste de ma vie ; mais je crains ses écarts, surtout pour la religion et ses ministres. Je ne crois pas que Pie IX meure sur son trône. »
L'année suivante, peu après le coup d'État, le 7 février 1852, il m'écrivait encore de Montpellier, tant c'était l'esprit général des
fiôtîona s'éfendaiont à vingt-cinq départomonls. Cinq mois plus lard, la Franro 6nUère devait êlro organisée ot le président allait se voir dans rimpossibilitô do •oalenir la lutte. Renseigné sur cet état de choses, le prince confia à l'un do ses partisans dévoués, comme lui carbonaro, la mission d'aclioler à n'importe quel prix le chef de la section militante, homme intelligent et énergique, mais sans moralité, désireux avant tout de refaire sa fortune. Au lieu d'alloadre jusqu'au printemps de 1852, époque où devait éclater l'insurrection, Louis-Napoléon préci'pila les événements et contraignit les conspirateurs à se démasquer. Des ordres contradictoires furent donnés en même temps aux diverses sections et, grâce à l'état d'anarchie où les jeta volontairement leur chef, les insurgés furent battus et transportés les uns à lAmbessa, les autres à Gayenne. Sur ces entrefaites, le traître disparaissait et se cachait sous un nom d'empcunt en Amérique ou ailleurs. Telle est, en deux mots, l'histoire du coup d'État. Je puis on garantir raulhenticilé, ayant Al à jouer un rôle actif dans ce drame déplorable. Je dois cyouter que, quinze ans plus lard, je me liai avec l'administrateur, qui paya trois cent mille francs la con- KisDce de notre chef : un joli prix, comme on le volt, et j'ai pu ainsi connaître ttrt^ns détails que j'ignorais absolument. »
sociétés secrètes et l'exécution d'un complot arrêté depuis longtemps dans leurs conciliabules et les hauts conseils de Palmerston pour la destruction de la papauté :
< Je crois que T initiative da branle^bas sera donnée par Louis-Na* poléon. Je tous dirai franchement que je suis enchanté de toutes ces tempêtes... Si la religion n'était pas menacée dans le pape, si je ne sa» vais pas que tous les efforts en Italie tendent contre lui, je pousserais à une révolution de toutes mes forces, . . »
Ce fut vers ce temps que se tint à Paris un grand couvent des chefs des sociétés secrètes européennes, et que furent arrêtées la dictature, sous le nom d'Empire, dans la personne de Louis- Napoléon, et la révolution italienne. Misley en s'y rendant me montra son billet de convocation ; il était contre^signé Mocquart^ et on y Usait : Pour arrêter les affaires d'Italie.
Mazzini, alors sous le coup d'une condamnation à mort prononcée contre lui en France, ne voulut s'y rendre que sur un. saufconduit signé de Louis-Napoléon lui-même. Trois membres seulement du grand couvent persistèrent avec lui à demandei l'établissement d'une république démocratique. Mais la grande majorité pensa qu'une dictature ferait mieux les affaires de la Révolution, et l'empire fut décrété, sur les promesses formelles de Louis-Napoléon de mettre au service de la Maçonnerie toutes les forces de la France. Tous les hommes de la révolution s'employè-| rent à faire réussir le coup d'État. Narvaez,qui obéissait en tout à! Palmerston, prêta même 500,000 fr. à Louis-Napoléon peu deî jours avant le 2 décembre (1).
Peu après, Misley m'écrivait de Londres, où il était allé, « parce, que c'était là que devait se décider l'avenir de son pays », Tlta-' lie, auprès de l'Orient des Orients, Palmerston, la lettre suivaate, ' datée du l*' juillet 1853:
c Quant anx affaires publiques, je ne crois pas à nne guerre imminente ; mais je crois que des événements ne tarderont pas à troublerl'Europe. Je crois à une révolution en Espagne, si la reine Christine ne 8*exile pas volontairement. Cette révolution donnera le signal à celle de Naples. On craint la guerre pour les révolutionnaires, et moi je crois que, s'il y a guerre, il n'y aura pas de révolution. Mes idées sont fondées sur des convictions profondes et la connaissance de certaines circonstances. J'ai aussi la conviction que Napoléon donnera le signal du branle-bas plus tard et quand on ne le croira pas. »
(1) V. Ikvue de France da l*' avril 18S0, Donozo Cortès et le cotfUe Jlaxiiitly.
LB CONTENT DSS SOGISTàS SBCaÎTES DE 1852 3$à
Ces prédictions se réalisèrent de point en point. La reine Chris< tine s'exila volontairement, et la révolution n'eut pas lieu (1). Mais bientôt M. Gladstone ouvrit le feu contre les Bourbons de Naples, et un peu plus tard, le 1" janvier 1859, Napoléon devait donner le signal du brcmle-bas par sa fameuse apostrophe à M. de Hûbner.
L'âme de toute cette politique était Palmerston. Il avait besoin, pour réaliser ses plans, de la France, de son armée, de ses finances. En janvier 1852 il fit reconnaître le nouvel empire par l'Angleterre avec un empressement qui emporta la reconnaissance des autres cours européennes , restées pendant quelque temps dans une attitude expectante.
Il le fit en altérant les lettres de la reine de la Grande-Breta« gne, comme a été obligé de le dénoncer en plein parlement John Russell lui-même, son collègue au ministère, pour justifier le renvoi du ministre infidèle. Voici sur ce point le témoignage de Lord Normanby : « John Russell affirma que le secrétaire d'État au déparlement des affaires étrangères (Palmerston) avait écrit plusieurs dépêches aux ambassadeurs sans y avoir été autorisé par le cabinet, et sans en avoir donné connaissance à la reine. // avait altéré des dépêches revêtues de la signature royale ; et enfin ce même secrétaire d'État s'était mis au lieu et place de la couronne, négligeant ainsi et foulant aux pieds les droits de la reine, afin de faire prévaloir son avis personnel sur l'état des choses à Paris (i)^ » et amener l'entente cordiale sans laquelle on ne pouvait rien ou peu de chose.
Je vis alors, peu après le renvoi de Palmerston, Misley, qui allait à Londres. Sur ce que je lui dis de ce renvoi et de l'impossibilité du rappel de Palmerston, après d'aussi ignobles abus de confiance : — Oh f me dit-il^ on ne peut pas se passer de luij et son rappel ne tardera pas. — Il se fit en effet, et même dans un ministère présidé par John Russell ! Maçon comme lui, il l'avait dénoncé au parlement dans l'intérêt du moment et pour se sauver lui-même et assurer le succès de la grande conspiration maçonnique.
(1) Sur la chuta do la reine ChrisUae ea Espagao, v. la note du G raad- Orient d'Bspagne publiée daus le Monde maçonnique d'août 1875, et Amand Neut, La tronc-maçonnerie^ 1. 1. p. 323.
(2) U cabinet anglaie^ l'Italie et le Congrèe, par lord Normaaby, traduit pat Audley, ParU, Douniol. 1860, p. 12.