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370 LA DEStKUCriOK DU Ï^OUYOIR TEMPOREL Î}V PAPE
De son côté , voici ce qu'écrivait sur la dépêche de M. de Qrammont M. de Quatrebarbes, gouverneur d'Âncône, dans une lettre reproduite par la plupart des journaux du temps :
c Le il ou 12 septembre, lorsque le brave colonel Sapi se défendait héroïquement à Pesaro dans une ville ouverte, un contre vingt, en face de Tannée piémontaise, le consul de France à Ancône, M. de Gourcy, accourut en toute hâte au palais de la délégation que j'habitais. H tenait à la main une dépêche télégraphique qu'il venait de recevoir, signée : duc de Grammont, ambassadeur à Rome : c U empereur ne ioUrerapas c la coupableinvasion des États pontificaux par le gouvernement piémontais. « L'empereur a écrit de Marseille au roi de Sardaigne pour lui signifier <c qu'il s'y opposerait. Des ordres sont donnés pour l'embarquement à c Toulon de nouvelles troupes, qui arriveront à Givita-Vecchia sans déc lai. » Excepté les lignes soulignées, je ne suis pas assez sûr de ma mémoire pour garantir le texte littéral de cette dépêche, mais je puis sur ma parole en garantir le sefis rigoureux. Je me rendis sur-le-champ avec M. de Gourcy au palais consulaire, et nous convînmes que, pour arrêter l'effusion du sang qui coulait à flots dans une lutte inégale et impie, un des employés du consulat se rendrait immédiatement en poste à Pesaro, pour communiquer la dépêche au général en chef de l'armée piémontaise. Quelques heures plus tard, le représentant du consul de France remettait effectivement cette dépêche au général piémontais, qui se contentait d'en donner un simple reçu, puis marchait en avant sans autre souci de la défense du gouvernement français.
c Je ne redirai pas ici les paroles attribuées aux généraux Fanti et Gialdini pour expliquer leur audace. L'Indépendance belge les a fait en partie connaître, et elles m'ont été répétées par les témoins les plus dignes de foi. Je ne veux ici affirmer que les choses que fat vues et enten^ dues, et aucun démenti au monde ne peut empêcher le récit d'être vrai. •
M. de Lamoricière, dans son rapport sur les opérations de l'ar^ mée pontificale^ relate aussi cette dépêche, qui lui avait été transmise directement du ministère de la guerre de Rome ; elle est identiquement la même et se termine par ces mots : « Comme vice^consul de Fra/nce^ vous devez régler votre conduite en conséquence. »
D'après différentes publications ou journaux, les paroles dites à Cialdini et à Farini dans l'entrevue de Charabéry auraient été celles-ci : Allez et faites vite, ou : QUe lanternez-vous donc tant ?
M. de Thouvenel, s'adressant de son côté à ses agents diplomatiques, convient, dans une note publiée dans le Livre bleu^ que l'empereur, dans l'entrevue qui avait eu lieu à Chambéry entre lui
L^UNITlé ITiUENNB
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et M. Farinii accompagné du général Cialdini, fut pressenti sur Féventoalitô d'une entrée des troupes piémontaises, ce qu'il ne désapprouva pas dcms l'éventualité qui lui fut présentée ; cette éventualité était la marche de Garibaldi des États napolitains ^ où Une rencontrait aucune résistance^ à tra/vers les États ro^ mains j en soulevcmt les populations j etj cette dernière étape franchie^ une attacjue contre la Vénétie qu'il serait impossible de prévenir,
La reconnaissance de la royauté d'Italie, qui suivit dix jours après ces explications, était donc, ainsi que l'a dit Ricasoli au sénat piémontais, l'approbation, la sanction, et comme le pacte de tout ce qu'avait fait le gouvernement piémontais. Il est inlpossible de s'y méprendre. Aussi M. de Thouvenel, non-seulement rejetait peu après les offres que faisaient l'Espagne et l'Autriche d'intervemr de concert avec la France dans la garde du saint-père et de Rome, mais amenait ces puissances, à l'aide de la Maçonnerie, par le principe de non interventior^ et comme le seul moyen de pacifier et de légitimer les faits accomplis, à reconnaître elles-mêmes le royaume et le roi d'Italie (1). Et cependant dans le même temps Ricasoli proclamait en plein parlement piémontais le but poursuivi par la Révolution italienne :
c Oui, nous voulons aller à Rome ! Rome, séparé#^olitiquement du reste de Tltalie, demeurera le centre d'intrigues et de conspirations, une menace permanente contre l'ordre public. Donc» aller à Rome est pour les italiens, non-seulement un droit, mais une inexorable nécessité. Mais comment devons-nous y aller ? Sur ce point, plus que sur tout antre, le gouvernement du roi sera ouvert et précis. Nous ne voulons pas aller à Rome à Taide de mouvements insurrectionnels, intempestifs^ téméraires, qui puissent mettre en péril les acquisitions faites et compromettre l'œuvre nationale. Mous voulons allbr ▲ Romb d£ goncbat avec LA Frange »
Et il répète la théorie cavourienne sur l'Église libre, et la chute définitive du pouvoir temporel comme condition sine qua non!
Quelques années passèrent ; la politique de Napoléon III resta la même. C'était absolument la même duplicité qui, en 1867, lors
(1) Les documents dlplomatiqaes (1S62) communiqaôs au Corps lâgislatif ont inonvé tooles les déxDarcbee faites par le gouvernement français pour amener cette neounauMnce dA la part dM puinanew»
de l'invasion garibaldienne, arrêtait pendant huit jours rexpédition française dans le port de Toulon, puis cherchait à la rappeler, et ne laissait accomplir Tévènement de Mentana que parce que cette fois les piémontais avaient perdu le temps donné (1).
La diplomatie piémontaise a publié elle-même dans le Livre vert de 1867 la pièce qui éclaire toute cette phase de la politique napoléonienne. C'est une dépêche de M. Nigra, datée de Biarritz 25 janvier 1866, et qui est ainsi conçue :
« L'empereur m'a dit que la question de savoir ce qu'il y aurait à faire dans l'éventualité d'une révolution républicaine à Rome ne- peut être résolue à priori, indépendamment des circonstances qui Tauront provoquée ; quê la conduite des deux gouvernements sera réglée en parti» par les circonstances et par l'impression qu'elles produiront sur l'opinion publique (2). >
Voilà comment Ton entendait Texécution de la convention de 1864 qui garantissait au pape les possessions qui lui restaient ! C'était toujours la même politique à double face qui , sept ans auparavant , avait formellement empêché les troupes pontificales de réprimer, quand c'était encore passible, les insurrections des Romagnes, comme nous Ta appris l'importante dépêche du cardinal ÂntonelU, citée page 368 ; mais cette fois Dieu, qui voulait assurer la réunftn du concile au Vatican, déjoua ces plans machiavéliques.
Les lettres d^Enfantin pendant toute cette période sont fort curieuses, car elles révèlent les propos intimes qui s'échangeaient alors entre les Tuileries et le Palais-RoyaL
Dans les premiers mois de 1861, Enfantm écrivait:
t J'entends assez souvent plusieurs d'entre nous s*étonner des ména-^ gements, tempéraments, attermoiements, que le gouvernement français apporte depuis dix ou douze ans dans ses relations avec la papauté. Pour moi, je n'en suis pas surpris... Ce qui ressort évidemment pour moi de notre conduite à Rome, c'est précisément que nous ne voulons pas détruire de fond en comble le Catholicisme, mais que nous désirons qu'il sb TBAHsvoBMB ; c'e8t-à*dire que nous nous appelons Napoléon III et non pas Mauini. >
(I) Koof-mème avons appris par une voie sûre quo La Marmora» envoyé i Paria^ après Mentana, pour ae plaindre de ce qui 61ait arrivé, avait reçu pour réponae : J$ vous avais donné huit jours ; pourquoi n'en avez^vous pas su profiter t
(9) Publiée dans le Correspondant de Janvier 1868, p* 266 .
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Puis, parlant « de ropinion publique qui, comme l'a dit Tempa- « reur, remporte toujours la dernière victoire, » il ajoutait :
<r L'empereur a foi dans cet instrament Tainqueur, et il a ses raisons personnelles pour y croire ; il doit donc espérer que l'Église retentira an jour de cette acclamation populaire et divine : Vox populi, vax Dei. Il doit compter sur cette éclatante voix plus que sur celle da canon. Mais il ne veut pas, parce que la papauté a Toreille dure, qu'on l'achè- YB. Et d'ailleurs cette surdité actuelle est-elle momentanée ou constitutioDuelle ? Depuis quand existe-t-Ue 7 Encore une fois c'est cette cou* renne impie de César, qui bouche les oreilles papales ; qu'elle tombe et le vicaire du Christ entendra la voix du Christ parlant par la bouche du peuple. »
Il écrivait à Arlès-Dufour , son ancien métropolitain à Lyon, dès Tannée précédente :
c Les affaires générales marchent bien à travers les oppositions clé« ricales. Le char est lancé sur les deux rails, spirituel et temporel. Vous a^ez besoin de flairer l'air de Paris, d'entendre les Pereire, Rothschild, Momy, d'avoir vécu avec Cobden et peut-être avec lord Gowley ou Gavour, ou môme Rouher et Haussmann, et surtout de connaitre ce qu'on se propose de faire immédiatement dans les deux directions in« diquées : affaires d* Italie, affaires commerciales,,, >
Et encore :
« J'aime assez Garibaldi, qui n'aide pas beaucoup la famense reprise des affaires, selon les gens de la Bourse, mais qui n'en fait pas moins une très-grosse affaire. Nous avons bu à Garibaldi à Baint-Germain ; en attendant, Cavnur et Garibaldi, qui se complètent, marchent leur petit bonhomme de chemin (1). »
Enfin Enfantin écrivait, l'année suivante, toujours au même :
« Les affaires publiques s'échauffent d'une façon qui ressemble à 1847 et 1849. J'espère encore que le résultat ne sera pas le môme, et qu'on laisse s'enferrer bien des gens, y compris Us gens d'Église, Fould a bien reçu une lettre de félicitation d'avoir courageusement critiqué les finances impériales. Le prince Napoléon-Jérôme en recevra une au premier jour ; il vient de prononcer au Sénat un discours qui a un grand retentissement en France et en Europe. En attendant, Thouvenel lui a dit samedi : c Monseigneur, vous avez bien fait mûrir la question iia*
(1) D'après Alexandre Dumas, Garibaldi avait été affilié au Saint-SinonSsme par
Btrrtolt.
lienne ; » et Billanlt : c Mgr, vous aves rendu ma tâche bien diftidlc. . . » Renan a une lettre qui lui dit que sa suspension a été décidée par suite de circonstances politiques fort graves, mais quUl reprendrait son cours prochainement. Bonjean et le prince ont fait drossez bonne histoire critique.
€ Que Mercure, messager des dieuz^ Tienne en aide à M. Rouland ! qu'il rélève au moins au rang où s'est placé M. Rouher ! qu'il rétablisse l'égalité entre la science et l'industrie, car (fest la base de la moralCf de la politiqw et de la religion nouvelle, i
Et encore :
c Le dîner chez Isaac B*est très-bien passé ; j'y ai fait avec plaisir la connaissance de Franck, qui sera très-utile à VEncyclopédie (revue saint* simoniennej. Le lundi, chez Lebey, où vous étiez invité, j'ai retrouvé avec grand plaisir Delangle, qui avait été, il y a trente-cinq ans, l'avocat de mon père, et dont j'étais le préparateur de plaidoieries. Il a été fort aimable. Nous avons beaucoup parlé de l'Opinion nationale, de Guéroult, de l'Angleterre, de Gobden. C'était bien (1).
M. de Cavour ayant fait entendre des menaces de schisme et M. de Lavalette ayant publiô une note diplomatique commina* toire contre le pape, Enfantin écrivait :
c L'article de Guéroult d'avant-hier sur le Catholieisme et la liberté était de main de maître. Mais il faut qu'il aille jusqu'au gallicanisme vrat, c'est-à-dire un christianisme national quelconqtte, fût-il à la mode anglicane, prussienne ou russe, afin qu'on puisse dire de la cinquième grande puissance, l'Autriche : Elle reste seule avec la papauté, laquelle papauté ira demeurer à Vienne ou à Madrid, ou même restera à Rome, capitale de l'Italie. Si ce grand fait politico-religieux s'accomplit, si le Catholicisme entre dans sa dernière phase de dissolution, ce sera une bonne fortune pour VEncyclopédie française (2). »
Cependant Cavour avait été frappé, le 6 juin 1861| par la jus* tice de Dieu au milieu de ces victoires impies.
c En voilà une vie, écrivait Enfantin en annonçant sa mort, qui s'est fermement incamée dans le monde. Il est bien évident que si ce gaii«
(1) aswvres de Saint-Simon et d'Sn/bnKi», t. XUI, p. 51, 55, 5S, S7, tlt, 197, 148, 146, 180.
(2) C'était un ouvrage qu'il rêvait et à la tAte duquel devaient être QuérouU, Joardan, Tvan, Laurent, etc., tons démocratet apprivoisés par Tempiro et CuBi> lien du prince Napoléon.