LA CHUTE DE NAPOLÉON ET LA PRISE DE ROICS
dirigée par les fortes mains des Césars ; c'est la France impériale au sommet de cette situation européenne ; c'est la guerre, une longae gaerre, comme condition et instrument de cette politiqae.
c Voilà le drapeau et le programme.
f Or, le premier obstacle à vaincre, c'est l'Autriche.
I L'Autriche est le plus puissant appui de l'influence catholique dans le monde ; elle représente la forme fédérative opposée au principe des nationalités unitaires. Elle veut faire triompher à Vienne, à Pesth, à Francfort, les institutions libérales et parlementaires opposées à la démocratie.
c C'est le repaire du Catholicisme et de la féodalité ; il faut donc l'abattre et Técraser. L'œuvre a été commencée en 1859 ; elle doit être achevée aujourd'hui.
ff La France impériale doit donc rester l'ennemie de l'Autriche ; elle doit être l'amie et le soutien de la Prusse, la patrie du grand Luther, et qui attaque F Autriche par ses idées et par ses armes ; elle doit soute- Dir l'Italie, qui est le centre de la Révolution dans le monde, en attendant que la France le devienne, et qui a la mission de renverser le Ga^ thoUcisme à Rome, comme la Prusse a pour mission de le détruire à Vienne. Nous devons ôtre les alliés de la Prusse et de l'Italie, et nos armées seront engagées dans la lutte avant deux mois, »
Malheureusement pour Napoléon III, lord Palmerston mourut, et dès lors s'opéra un déplacement dinfluence qui devait lui ôtre fatal. Ni M. de Bismarck, ni Mazzini ne furent plus contenus.
L'Angleterre avait à ce moment un ministère présidé par M. Gladstone, un élève de Palmerston, un des acteurs les plus déloyaux de la conspiration ourdie en 1856 contre le pape et le roi de Naples, le honteux approbateur du Kulturkam/pf de M. de Bismarck en 1873. L'Angleterre, qui eût pu sauver la France, employa au contraire toute sa puissance à paralyser les forces qui loi restaient. Dans le désarroi où nous avait surpris la guerre do 1870, une seule arme nous restait, c'était l'emploi de notre force navale, le recours à la course. Or, dès le commencement de la guerre lord Granville rappela au gouvernement français la décla^ ration de Paris, qu'il avait imprudemment signée, avec injonction d'avoir à s'y conformer (1). — Peu de jours après, le 10 août 1870
(1) IC Urqnhart {La forcé nawxle mppriméepar lu puiuaneet maH^imet, Grenoble, 1873, p. 4 et saÎT.) démontre que la déclaration de Paris n'a au point de tus dn droil des gens aucune force obligatoire. Cela a été reconnu par le gouvernemeot anglais lui-môme qui, on 1867, Toulant empocher la guerre d'éclater entre laPnwe et la France, menaçait le premier de ces États dos représailles maritimes que pourriit exercer la France (dépêche de lord Stanley, 17 ayril 1867). Mais lonl Stanlejr était alois ministre à la place de Palmerston et de Gladstone.
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lord Granville communiquait à lord Lyons ses démarches, de concert avec la Prusse et la Russie, auprès des gouvernements du Danemarck, de Tltalie et de TÂutriche, pour empêcher ces pays de se rallier à la France.
M. de Bismarck avait donc pu préparer contre la France la guerre qui devait couronner son œuvre, et Mazzini fut libre de profiter de la première occasion favorable pour briser l'homme dont il subis* sait impatiemment la dictature.
 la suite de récriminations entre M. de Bismarck et La Marmora, de curieuses révélations ont été faites sur les relations de Mazzini avec M. de Bismarck.
Voici deux notes que l'agitateur italien adressait à M. Brassier de St-Simon, ministre de Prusse à Florence, et qui donnent la clef des événements de 1870.
Voici la première de ces lettres, datée de Lugano, 13 novembre 1867 :
« Je suppose que vous connaissez les résolutions de Louis-Napoléon par rapport à une guerre contre la Prusse, ainsi que les proposlUons formelles faites à notre gouvernenement en vue d'une alliance. Elles forment le contenu d'une dépêche envoyée à Florence le 17 mars, où Ton indiquait comment, au moyen de l'article du traité de Prague relatif aux districts nord du Schleswig, on pourrait trouver un prétexte pour rompre Talliance italo-prussienne. Le corps auxiliaire demandé à ritaMe devait être de 60,000 hommes, outre une quantité considérable d'artillerie. Ces propositions ont obtenu l'assentiment du roi.
« Il est probable que, pour apaiser le mécontentement naturel du pays, les troupes françaises seront retirées de Rome.
« Je ne partage pas les vues politiques de M. de Bismarck ; sa méthode d'unification n'a pas mes sympathies ; mais j'admire sa persévérance, sa force de volonté et son esprit d'indépendance à l'égard de l'étranger. Je crois à l'unité de l'Allemagne, et je la souhaite comme celle de mon pays. J'ai en horreur l'empire et la suprématie que la France s'arroge sur l'Europe, et pour cela je crois que l'alliance de l'Italie avec elle contre la Prusse, à qui nous devons la Vénétie, serait un crime qui souillerait notre jeune drapeau d'une tache ineffaçable.
« Tout en assurant notre indépendance matérielle pour l'avenir, je regarde en même temps comme nécessaire ce que j'appelle une alliance stratégique entre le gouvernement prussien et notre parti de l'action contre l'ennemi commun. Le gouvernement prussien devrait nous donner un million de francs et un fusil à aiguille. Je m'engagerais sur l'honneur à employer ces moyens exclusivement à empêcher la possibi-
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lité d'une alliance entre l'Italie et l'empire, et à renTerser le gonvemement dans le cas où il ferait le récalcitrant. Celui qui lui succéderait adopterait nécessairement l'idée d'une alliance italo-allemande contre toute attaque du dehors. Gomme, d'un autre côté, tout mouvement italien doit partir de Rome, le conflit entre l'Italie et la France devien* drait inévitable. Je n'ai pas d'autre garantie à offrir. Toute ma vie et le but que je poursuis depuis trente-cinq ans sont les gages de ma fidélité aux obligations que je contracte. Il va sans direque l'appui matériel demandé au gouvernement prussien devrait être accordé au moins partiel* lement avant la réalisation des plans de Napoléon contre l'Allemagne. iPour nous, il s'agit de préparer le terrain pour l'action. D'un autre côté, cette action suffirait en elle-même pour écarter tout danger de la Prusse. 500,000 francs devraient être mis immédiatement à notre dit* position. Pour ce qui est des armes, si l'on y consent, j'indiquerai le moyen de remplir la promesse donnée. Je crois que c'est une question vitale pour nous, pour l'Allemagne et pour l'Europe, de combattre le bonapartisme, et je crois que le point de départ de la campagne peut être trouvé en Italie. Il serait pourtant à propos de nous aider.
c Mazzini. »
Voici la deuxième note :
«Lugano, 28 novembre 1867.
c Je ne me regarde pas comme autorisé à vous faire connaître le nom de Toffîcier prussien; mais comme prussien il est connu entre autres sous le nom de Rustow, et il n'y a rieb à craindre. Je suis naturellement prêt à m'entendre verbalement avec M. U. (probablement M. d'Usedom) et aussi avec la personne qu'il enverra. Encore deux mots sur raffaire en question. Je vous assure encore une fois que la guerre contre la Prusse est une chose décidée pour Napoléon III. En France il n'y a pas une caserne où la question ne soit déjà à Tordre du jour. Je vous assure que X (le roi ?] s'est personnellement engagé à y faire participer l'Italie. Ce sont des choses qui ne peuvent pas être prouvées, mais je les tiens de gens à qui je puis me fier, autant qu'à celui qui m'a révélé autrefois la convention de Plombières.
c II est probable que l'intervention à Rome, comme je l'ai déjà indi« que dans ma première note, est de la part de Napoléon regardée comme an gage de la réalisation des promesses royales contre la Prusse, afin de neutraliser la résistance des italiens par la promesse d'une concession quelconque relativement à Rome au moment voulu. Je dis c une concession quelconque ; car la question de Rome en soi, c'est*à-dif e la destruction du pouvoir temporel, est une affaire réglée entre eux deux. SCais nous ne voulons et nous ne pouvons obtenir ce résultat que j^ar la Révolution. A ce propos, je ferai remarquer que je ne sais pas si dans l'ensemble la question romaine peut avoir un intérêt particulier pour la
Prusse. Pourtant Timportance de la question politique et relîgiense, l'idée contenue dans ma proposition, était pour nous et, à mon ayis» pour TEurope, une idée d*un ordre supérieur. C'était une idée anti-bona« partiste.
« Je considère le bonapartisme comme un danger permanent pour l'Europe. Je ne crois pas devoir m'expliquer plus longuement là'dessus. Celui qui ne le voit pas est frappé de cécité politique. Contre ce danger, il n'y a, à mon avis, qu'un moyen : c*est une entente sincère et cordiale entre l'Allemagne et l'Italie. Un gouvernement national italien serait, par essence ou plutôt par principe, à cause de Nice et de Rome, hostile au bonapartisme. Notre gouvernement actuel n'est pas autre chose qu'une préfecture française. Je suis souffrant et ne puis pas beaucoup écrire. Je me borne à répéter que c^t appui, si on veut nous l'accorder, doit nous être accordé immédiatement. Il nous faut un peu de temps pour nous préparer, et dans deux mois nous approchons da printemps. « Mazzini. »
Les deux notes en réponse de M. d'Usedom^ qui ont été publiées, accueillent ces ouvertures sans engager le gouvernement prussien. La suite qui leur fut donnée ne nous a naturellement pas ét6 révélée ; mais les événements montrent que M. de Bismarck se servit de Mazzini pour rompre Falliance de Tltalie et de la France et que Mazzini força le gouvernement italien à entrer à Rome malgré la volonté personnelle du roi Victor-Emmanuel (1).
En vain Napoléon chercha-t-il à entraîner Tltalie de son cdt6 en lui sacrifiant le pape.
Dès le 26 juillet 1870, alors qu'aucun échec n'avait porté atteinte au prestige de nos armes, Tordre de départ fut envoyé à la brigade qui occupait Rome. Le 20 août, le prince Napoléon se rendait à Florence, emportant pour instructions d'autoriser l'Italie à tout faire (2). Le ministère Lanza représentait alors le groupe de conservateurs révolutionnaires appelé la consorteria^ toujours fidèles à la donnée de la Haute- Vente romaine de 1830. Ce ministère désirait ne pas brusquer la prise de Rome ; c'était certainement le désir de Victor-Emmanuel ; mais les loges maçonniques firent auprès de lui une démarche par laquelle elles le mena-
(1) V. entr'aatres les doonments n~ XXXI et XXXIV publiés à la fia de VBiêMn de Vinvoiion de» Étatê ponttfieau» et du eiège de Rome, par le comte de Beaafflbit (Palmé, 1874, p. 88).
(2) V. sur cee négociations Tarticle publié en mars 1878 par le prince Mapoléoa dani ta Bemte dee deux moiute , et la réponse du duc de Grammont dans la de fiance du t& aTril 1878,
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çaient d'agir directement. Mazzini, établi alors même en Italie, fit entendre des menaces et fit même commencer un soulèvement républicain en Sicile (1), et dès lors l'ordre de marche fut donné au général Cadorna, qui, du reste, était déjà désigné pour cette mission (2).
Tous les journaux du temps ont constaté la part que prit à cet événement le ministre prussien accrédité auprès du pape^ les signaux qu'il donnait au tir des canons piémontais, ses allées et venues dans le camp ennemi .
Accomplie dans ces conditions, la prise de Rome était une victoire de plus pour la Prusse. Il fallut l'absence absolue de tout sentiment national chez les dictateurs qui s'étaient emparés du pouvoir en France pour oser adhérer explicitement à la chute de la puissance du pape, ce seul et dernier ami de notre pays. C'est ce que fit cependant le ministre du 4 septembre auprès du gouvernement italien, M. Sénard. Sa servilité allait encore plus loin, car il offrait au besoin la rétrocession de Nice à l'Italie. Voici, en effet, le document qu'a publié, en janvier 1876, le Pmsiero de Nice. C'est une lettre de M. Crispi, le célèbre chef de la gauche du parlement italien , à un niçois résidant à Florence ;
t Florence, 19 novembre 1870. — Cher Monsieur, j'espère que vdtisme pardonnerez si j'ai mis quelque retard à répondre à votre lettre du 15 courant. Naturellement j'ai causé avec M. Sénard, ministre de France, de Nice et de sa situation. On devra, je crois, à mes observations, la révocation du célèbre Baragnon, dont j'ai été immédiatement avisé. If. Sénard m'a dit qite la République ne pouvait vouloir retenir par la force le comté de Nice. Il m'a vivement prié de vouloir bien employer mon influence à ajourner la solution de la question au retour de la paix. Pour le moment, la France a besoin de concorde, afin de n'être point obligée de disperser ses forces au moment de repousser l'invasion étran« gère. « G. Gbispi. »
Les francs-maçons italiens, prussiens et français s'unissaient fraternellement pour accomplir le programme dont la Carbonara poursuivait r^ccomplissement depuis 1818.
0) V. sur ces démarches de Mazzini un article de la Qazêtiê de Cologne, reproduit par la Défente da 9 décembre 1876, et sur les mouvementa républieaios en Sicile à eoUe époque. Th. Frost, The§ecret Societies, t. II, p. 198.
{%) Pachller, StUU Krieg der Freitnaurerei gegen Thron und Àltar^ p, 283, 253.
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