VIII. — LE RÈGNE DE LA FrANG-UAÇONNERIE EN ItALIS
Mais par delà le pouvoir temporel c'est le pouvoir spirituel que la Révolution veut atteindre.
« La base granitique de la future politique de Tltalie doit être la guerre contre le Catholicisme, sur toute la superficie du globe, disait à la chambre des députés de Turin, le 12 juillet 1862, ua des chefs de la Maçonnerie italienne, Petruccelli délia Gattina... Nous devons combattre la prépondérance catholique dans le mon* de, partout, et avec tous les moyens. »
Les prétendus modérés, les consorts, n'ont fait qu'accomplir hypocritement les menaces infâmes de Garibaldi. Tous les biens de l'Église spoliés, les congrégations religieuses détruites, les prêtres soumis au service militaire, le mariage civil établi, l'enseignement public devenu athée, les entreprises des sectes les plus abominables de solidaires hautement patronnés par les agents du gouvernement, voilà comment la Franc-maçonnerie triomphante a réalisé le programme hypocrite de Cavour : L'Église libre dans VÉtat libre, et si elle ne s'est pas portée à de plus grands excès encore, la cause en est seulement dans les remords et les combats de conscience de Victor-Emmanuel et de son fils.
Mais la Maçonnerie n'a pas été moins oppressive pour le peuple que pour L'Église. Sa domination est celle d'une caste spoliatrice qui a réduit à la famine et au pellagre (la maladie de la faim) ces pays jadis si riches et si heureux. La Revue de France a tracé, dans son numéro du 1*'' décembre 1878, un tableau aussi exact que navrant de la tyrannie de la Franc-maçonnerie :
« La situation des couches inférieures du peuple italien est aussi douloureuse que pleine de périls pour l'avenir du nouvel ordre de choses. Le paysan y est à bout de patience et ne songe plus qu'à se débarrasser per fas et nefas de tout ce qu'il y a de galants hommes ou de bourgeois en Italie. Mais ici il est nécessaire de bien définir ce que les paysans napolitains entendent pat un galant homme^ puisque toute la question sociale italienne se débat actuellement entre lui et le paysan ou contadino. Le galant homme n'est pas le grand propriétaire appartenant presque ton-
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jours à rancienne noblesse, qoi habitait autrefois au milieu de ses paysans et formait une caste peu nombreuse dans laquelle tout le monde était lié par des liens étroits de parenté. Le noble a disparu du village, ou, pour mieux dire, il en a été chassé par les galants hommes^ qui ont introduit en Italie les fédérations francs-maçon* nés et s'en sont servis pour exclure le noble de toute participation à l'administration des affaires publiques en général et de la com* mune en particulier.
€ Or, dans tous les pays où elle s'est établie, la Franc-maçon* nerie se recrute particulièrement parmi les usuriers et ceux qui exploitent plus directement les couches inférieures, tels que le médecin, le pharmacien, l'homme de loi et l'huissier. C'est ce que nous nommons en France les nouvelles couches sociales. Chez nous, le paysan est trop riche pour qu'elles puissent le traiter à leur fantaisie. Mais en Italie, il se trouve complètement à la discrétion de celui qui lui prête un boisseau de blé à 150 pour 100 d'intérêt.
« Galant homme en italien doit donc se traduire principale* ment par usurier de village. Ce sont ces usuriers qui ont bénéficié de tout ce qui s'est fait en Italie depuis l'unification, ce sont eux qui ont accaparé presque tous les emplois publics et les fonctions électives en faisant voter à leur fantaisie des paysans qui sont tous leurs débiteurs. La classe des grands propriétaires était infiniment moins rapace qu'eux dans ses rapports avec le paysan ; mais cette modération gâtait le métier, et ils l'ont forcée de se re* tirer dans les grandes villes.
« La classe des galantuomini, de l'aveu unanime de toute la presse italienne, a confisqué à son profit tout ce qu'on a essayé d'instituer pour améliorer la condition du prolétaire rural en Italie. Les banques agricoles, celles des avances de semence n'ont servi qu'à fournir des sinécures à des administrateurs infidèles, pour la plupart, et à favoriser les usuriers de villages, les seuls qui leur empruntent pour reprêter aux ps^rsans avec une grosse commission.
« La Franc-maçonnerie bourgeoise^ qui exploite si cruellement le paysan itaUen, est en train d'abattre les seuls étais qui puissent inspirer quelque résignation au prolétaire, en lui prêchant de toute part l'athéisme le plus grossier, et lorsque le galant homme aura achevé cette œuvre de destruction sociale, qu'il a entreprise pour son profit particulier et pour se débarrasser de la suprématie dq
grand propriétaire, il verra tout à coup s'entr'ouvrir sous ses pieds ce gouffre révolutionnaire qui Tengloutira comme il a déjà englouti la bourgeoisie française du dix-huitième siècle (1). »
Si ce tableau de Técrivain français parait trop chargé, écoutes plutôt Bakounine, le fondateur de Vaillance internationale de la démocratie socialiste, nous dire ce qu'il y a au fond des sociétés secrètes de ce pays, qui dans sa rivalité avec Karl Marx Tont si énergiquement soutenu :
€ L'Italie, dit-il, possède ce qui manque à d'autres pays : une jeunesse ardente et énergique, tout à fait déplacée, sans carrière, sans issue, qui, quoique d'origine bourgeoise, n'est pas épuisée moralement et intellectuellement comme la jeunesse bourgeoise des autres pays. Cette jeunesse se précipite aujourd'hui tète baissée dans le socialisme révolutionnaire, dans un socialisme qui accepte notre programme tout entier. Mazzini, notre adversaire si puissant et si plein de génie, est mort ; son parti est tout à fait désorganisé ; et Garibaldi se laisse entraîner de plus en plus par la jeunesse, qui s'est emparée de son nom, et qui va ou plutôt qui court plus loin que son chef (2). »
Voilà la génération capable de réaliser le vœu satanique d'un des chefs de la révolution italienne : « Sans doute nous ne pourrons pas rester à Rome, mais nous la corromprons tellement qu'après nous la papauté ne pourra pas non plus y demeurer (3). »
Mais Dieu est là, et si cette terre, consacrée par le sang des martyrs pour porter le siège de Pierre, est destinée à voir les attentais les plus extrêmes des sectes anti-chrétiennes et anti-sociales, elle verra aussi le triomphe de la justice divine et des paroles qui ne passent pas I
(1) A ce tableaa si iombre de la condition da peaple italien aona la RéTolntion» on est heureux d'apposer celui de sa prospérité sous le gouverneroent de ses princes légitimes. Un homme peu suspect, le fameux Gobden, yisilant la Toscane en t847, disait : c L'étal de la population toscane m'a paru supérieur & tout ce que c j'ai TU ailleurs. L'aspect du pays est celui d'un jardin bien cultiTé. Partout le c peuple est bien vêtu, et sauf quelques boiteux et quelques aveugles, je n'ai ron- « contré nulle part de mendiants, i Cité par M. Salis Schwabe, HicharA Cobde»» NoU» de voyage» et corretpùndanee, p. 71.
(ï) Document cité par R» Meyer, Der Ematicipaliofu Kampf der frierteti Standmg Berlin, iS?!» t. U, p. 192, trad. par Winterer, le Sœialitme eofUemporaUn, Paria,
(3) Nous tenons cette parole d'un émlnent prélat, aujourd'hui évéque, k qui elle a élé dite teitoellemont pair un des hommes importants du gouTornement italien.