‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 93 sur 151 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

hÊL FRUSSB BT LIEMPIRB MAÇONMIQUB

L — Là GlENiSE MAÇONNIQUB DE LA PrUSSS.

Noos n'avons pas de renseignements qui révèlent la part prise par la secte maçonnique au premier développement de la puissance des descendants du grand maître apostat de Tordre teutonique. Nous savons seulement par quelles intrigues fut arraché en 1 701 à Fempereur la reconnaissance du titre royal à leur profit.

Nous avons raconté plus haut (liv. II, chap. III, § 2) la part prise par Frédéric II à la propagation de la Franc-maçonnerie, Tappui qu'il trouva en elle ; nous avons cité le témoignage du grand mattre Bluntschli, datant de son avènement le commence ment de Tère de la Révolution. C'est un de ses lieutenants, un prince vassal de la Prusse, le duc de Brunsvsrick, que tous les ordres maçonniques s'unirent pour faire leur grand maître au con* vent de Willhembad en 1782 ; c'est grâce à la stratégie diplomatique de la Prusse que la coalition des princes tourna en une pore guerre de conquêtes, une intervention contre la Révolution, qui eût dû être essentiellement désintéressée.

Dès cette époque était arrêtée dans les sectes l'idée de détruire

le saint empire romain et la maison d'Autriche, pour réunir toute

l'Allemagne en un empire centralisé sous la dynastie prussienne.

Vu des adeptes de Weishaupt, le marquis de Constanza, écrivait déjà :

« En Allemagne il ne doit y avoir qu'tm ou deux princes tout ^ plt», et il faut^que ces princes soient illuminés et tellement

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conduits par nos adeptes et tellement environnés d'eux, qu'aucun profane ne puisse approcherde leur personne (I). »

Après la dissolution apparente des illuoiinés, à la suite des mesures prises en Bavière contre Weishaupt (liv. II, chap. V, S 5), l'apostat Fessier, qui venait d'être l'inspirateur de Joseph II dans sa triste campagne contre l'Église (liv. II, chap. V, S 4), alla s'établir en Prusse, où, selon Eckert, « il s'était imposé la tâche de donner une forme extérieure au but et aux moyens deriUuminisme. » Là il organisa la grande loge royale York à Vamitié, dont il eut l'habileté de faire accepter le patronage par Guillaume III. Grâce à cette tactique, cette loge, où se conservait le plus pur esprit de l'IUuminisme, survécut aux mesures prises en 1794 par le duc de Brunswick (liv. II, chap. VI, § 13), et elle servit, comme on va le voir, de noyau à la conspiration anti-chrétienne et anti-sociale (2). Cette année même, à la diète de Ratisbonne, la Prusse s'opposait à la demande de l'Autriche d'interdire les loges maçonniques dans toute l'étendue de l'empire (3) .

En 1802, le saint empire romain était détruit et avec lui le dernier reste de la grande pensée de Charlemagne. La Prusse fut de toutes les puissances germaniques celle qui profita le plus de la sécularisation des principautés ecclésiastiques. Comme on l'a vu (liv. II, chap. VIII, S 4), son principal ministre à cette époque, M. de Haugwitz, avait la direction de la Franc-maçonnerie et de

(t) Prœh de PlUuminiime a» Baiv&ré. DfyotUiontjuridiqusi.

Uae leitre de l'impératrice Marie-Tliérèse à sa fille, la reine de Fraoœ, en 1778» el citée en 1868 dans un procès de presse fait à Darmstadt au Journal Biuiieke VollMaeUer, ferait même remonter ce projet de dictature prussienne sur toute TAllemagne à Frédéric II, le chef et propagateur des loges maçonniques en Allemagne, le grand correspondant des maçons de France : c Tout le monde nlt en Burope jusqu'à quel point l'on peut compter sur le roi de Prusse et quel cas on doit faire de sa parole. La France a pu s'en apercevoir dans diverses circonstances. El ▼oUà cependant le souverain qui a la prétention de s'ériger en protecteur et en lUetateur de VAUemagne, Ce qui est plus extraordinaire encore, c'est que les puissances ne songent pas à s'unir pour prévenir un tel malheur dont tontes, tôt ou tard, auront à subir les conséquences funestes. Ce que je viens d'avancer concerne toutes les puissances de l'Europe ; l'avenir ne m'apparait pas sous un Jour riant. Cependant, nous subissons ai:dourd'hui l'influence de cette monarchie despotique et militaire qui ne reconnaît aucun principe, mais qui, dans tout ce qu'elle fait et entreprend, poursuit loi:^ours son même but, son intérêt, son avantage ezclasir. Si Ton continue à laisser gagner du terrain à ce principe prnssion, qu'auront à espérer ceux qui nous succéderont un four ? •

(2) Eclcert, La Franc^maçonnerie, trad* firançaiae, t. U. p. 119 et sulv.

(S) Amand Meut, La Frano-maçonnerie, t. II, p. 9, a donné une trés-HSompIte flsqiùise des reUtloni dse souTerainf prussiens avec la Maçonnerie.

Là GENisS MÂÇCmiaQDB DE LA PRUSSS â9d

i^ordre intérieur en Allemagne et en Pologne. Frddéric-Gnillaume III et ses ministres- s'engagèrent complètement dans le. Tugendbundy dont la pensée patriotique était si singulièrement mélangée des tendances de la Maçonnerie (liv. II, chap.VIII, S 1). Après la défaite de Napoléon, le roi de Prusse se refusa à donner une constitution, et dès ce moment la lutte sembla se dessiner entre la monarchie et les sociétés secrètes. Sur ces entrefaites eut lien le congrès de Vérone, où M. de Haugwitz fit aux souverains ses révélations si précises sur le but réel poursuivi par les sociétés secrètes.

La suite donnée à cette communication par les souverains ftit bien différente. Voici comment la raconte M. de Gloden :

c Ce mémoire produisit sur les empereurs François et Alexandre une impression plus profonde que l'auteur n'aurait pu l'espérer. En Autri« che et en Russie, c'en est fait pour longtemps, et peut-être pour toujours, de la Franc-maçonnerie. Et comment s'est conduit Guillaume III, à qui était adressé le rapport de son ancien ministre, et que ses amis et ses alliés engageaient à suivre leur exemple ? Gomment a-t-il agi lui qui» comme tout le monde le sait, se prêtait de si bonne gr&ce aux conseils de ses voisins et de ses alliés ?

c Informez vos frères, écrivait-il de Vérone à son médecin partica* lier, Wiebel, lequel était membre de la grande loge d'Allemagne, que i'ai eu fort à faire ici au sujet de la Franc-maçonnerie et de sa conserva* tien en Prusse ; mais que je ne leur retirerai pas la confiance que je leur û accordée, à moins d'avoir des motifs plus concluants. Dites* leur que la Maçonnerie pourra compter sur ma protection, aussi longtemps qu'elle se renfermera dans les limites qu'elle s'est fixée elle-même (1). >

(1) H. dfi Gloden a publié ces âoeaments en 1840.

Quelqnag années plus tardf V Orient, revue mensuelle maçonniquOi Paris, 1844* lSi5, reprodnisait Textrait suivanl de la Gazette de Leipeiek i

( U* de Gloden, père de Gh. de Gloden, professeur à l'université de Rostock,

^ le temps qu'il possédait encore une fortune considérable avait acheté et

ncaeilU afférente doeuments maçonniquee qui prouvent que la Prusse avait et a

«leore l'intention de se servir de la Franc-maçonnerie pour établir sa prépondé-

"ucs politique sur l'Allemagoe. M. de Gloden, ayant perdu sa fortune, grâce à

i^ospitalilô européenne de sa maison, conçut l'idée d'offrir ses papiers au prince

ds Pnuse (roi actuel) pour la somme de 10,000 tbalers. Ce prince lui en offrit 5,000,

([aeM.de Gloden refusa. Derniàrement, deux gendarmes mecklembourgeois se pré-

leoteot chez lui. Après lui avoir répété l'offre de 5,000 thalers poar ses papiers,

«t, sor le refus de la part de H. de Gloden, ils lui déclarèrent quMIs étaient autorisée

\n It police à faire une perquisition domiciliaire et à enlever les papiers de vivo

îoree. M. de Gloden protesta en vain ; les papiers furent trouvés et enlevés. Il vient

tfalsalsr un procès au gouvernement de Meddemboarg, qui, en agissant ainsi, a

LA Prusse bt l^bkpibx maçohnique 400

Dès ce jour un pacte fut conclu entre la Prusse et la Franomaçonnerie. Les loges jugèrent que la Prusse était de tous les Etats de TEurope le plus capable de réaliser leur œuvre, et elles en ont fait le pivot de leur action politique, sans se laisser déconcerter par les hésitations et parfois môme par les velléités réactionnaires du successeur de Guillaume III.

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