V. — L'empire maçonnique et le Kulturkampf
L'empire allemand a été constitué par la Maçonnerie, et il s'est montré ûdèle à cette origine en déclarant la guerre au Catholicisme, eQ lui livrant dans le monde entier un des assauts les plus dan* geroux qu'il ait encore eu à subir.
Pendant les premiers temps, ce plan a été assez bien dissimulé.
C'est dans Tombre que M. d'Arnim, pendant le concile du Vaticao, tramait ses perfides excitations au schisme, et que le 20 septembre 1870 il se faisait le complice des envahisseurs de Romo. Les premiers rôles dans l'œuvre du schisme étaient habilement confiés aux minislres prussophiles et francs-maçons de la catholique Bavière !
C est précisément après ses granfls succès en 1870-1871 , quand
(1) Lo document suivant nous fait comprendre co qu'il en est :
• 1^ Grand-Orient d'Italie au Grand-Orient hongrois ; vallée de Turin, 27 du premier mois 5863.V.'.L.'. •
< Eolondu lo rapport du grand maitre adjoint Buscalioni ; considôrant que l'alliaoca des deux Franc-maçonneries italienne et hongroise consolide de plus on plus la fraterniiô politique des deux nations ; espérant que, dans peu» la Maçonne- Tic hongroise pourra prendre son vol et entonner le cantique des F.*, rachetée sur les rlTos paterneUes db la Drave, de la Theiss et du Danube ;
c Le Grand*Orient d'Italie est heureux do recevoir «otM 9on libre drapeau la Maçonnerie hongroise naissante et se réjouit avec le F.*. T&rr — (celui-là même qui eofflmandait les légions hongroises en 1859)-*de son élection de grand maître effectifs «( avec le F. *• Kowuth, de sa nomination de grand maître honoraire de Tordre.
« Signé : Le grand maître Filippo Gorduva, lo premier grand maître adjoint Oa îttiQ, lo deuxième grand maître adjoint Duscalioni, lo grand archiviste Paaav le graxi4 iKrt(ain GaUo. »
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la Prusse n'avait plus d'ennemis en Allemagne et que les catho* liques, non contents d'avoir prodigué leur sang sur les champs de bataille, s'empressaient d'offrir leur fidélité à l'empire allemand, c^est alors que, sans aucun motif et contre son intérêt le plus évident, M. de Bismarck a inauguré une lutte religieuse qui sera la pierre d'achoppement du nouvel édifice.
Avec la h&te et l'agitation qui sont le propre de son caractère, M. de Bismarck a, dans l'espace de trois années, changé toute la constitution prussienne et édicté la série des lois qui font partout partie du programme maçonnique. Dès 1871 la loi sur l'inspection des écoles, votée par le Landtag prussien, a dépouillé les ministres du culte, catholiques et protestants, de leur autorité séculaire sur les écoles pour la transférer à des fonctionnaires nommés par rÉtat. En même temps on faisait expulser par le Reichstag allemand les jésuites et avec eux les dames du Sacré-Cœur, 'lesligoriens, les lazaristes qu'on prétendait affiliés aux jésuites! Le landtag prussien est allé jusqu'à supprimer les congrégations enseignantes et la plupart des sœurs de charité.
Quand les légitimes et unanimes protestations de l'épiscopat éclatèrent, le gouvernement prussien avait déjà toutes prêtes deux lois qui sont les phis monstrueuses inventions de la théorie de la suprématie religieuse de l'État sur l'ordre spirituel.
L'une, sur la nomination et V éducation des clercs^ enlève aux évoques le pouvoir de droit divin qu'ils ont de conférer le sacerdoce. Aux termes de cette loi, ils ne pourraient plus ordonner que des sujets qui auraient d'abord obtenu un certificat de fin d'études dans un gymnase allemand, qui ensuite auraient passé un examen scientifique, en rapport avec leur vocation^ en Aistoirôy en philosophie, en littérature allemande et dans les lan^ gués classique j devant une commission nommée par le ministre des cultes /// Ces études doivent être faites dans une université (l'on connaît les doctrines matérialistes des universités alleman- ! des), et pendant les trois ans d'études les étudiants en théologie ne peuvent habiter un séminaire. La vie libre des universités est aux yeux de M. de Bismarck la meilleure préparation au sacerdoce. C'était déjà celle que recommandait Weishaupt pour se faire des adeptes parmi le clergé. C'était celle que les ministres francs-maçons de Joseph II avaient cherché à établir en Autriche.
Orftce à Dieu, les prêtres capables de se laisser séduire ^ont
LE kuLTURKAMPP 4là
été aussi peu nombreux en Allemagne qu'en France. La seconds loi sur le pouvoir disciplinaire ecclésiastique a 6té faite tout exprès pour protéger les apostats :
c L'appel à l'État est permis contre toute peine disciplinaire prononcée par le pouvoir ecclésiastique catholique. » Voilà l'article fondamental de cette loi, qui va jusqu'à autoriser le gouver« nement à déposer au besoin les ecclésiastiques dont le maintien dans leurs fonctions serait incompatible avec l'ordre public.
L'ensemble de ces lois rappelle, article par article, certains projets de Napoléon P'', repris plus tard timidement par le gouvernement de Louis-Philippe. M. de Bismarck se flattait sans doute d'amener ainsi peu à peu les catholiques au schisme de Reinkens et de Doëllinger : c'est toujours la même espérance de corrompre et de transformer le Catholicisme^ selon le programme satanique de la partie aristocratique des sectes.
Des engagements pris avec les sociétés secrètes peuvent seuls expliquer une entreprise aussi insensée, car la grande majorité du ^ clergé et des laïques protestants sérieux a hautement repoussé tonte solidarité avec de pareilles lois et les a condamnées comme troublant la paix religieuse du pays.
Devant la courageuse unanimité de l'épiscopat, les ennemis de l'Église ont dû lever le masque et en arriver à la persécution ouverte . Cette persécution ne s'arrête pas aux frontières de l'Allemagne. C'est de Berlin que partent toutes les attaques contre rÉglise, toutes les vexations légales qui l'affligent dans le monde entier, dans le Brésil et les États-Unis d'Amérique, comme en Suisse, en Italie et en Espagne.
L'attitude prise par la Franc-maçonnerie depuis que le Kultur* kampfîiété inauguré est singulièrement significative. Elle juge que le secret est devenu inutile ; elle tient au contraire à se mon* Irer et à faire sentir sa puissance. Dans ses journaux, dans ses loges, elle revendique hautement une part prépondérante dans la fondation du nouvel empire allemand et dans sa lutte contre rÉglise. En voici deux exemples pris entre cent articles semblablés.
Le Herault-Rhenan (35 octobre 1873) disait :
« Nous croyons pouvoir légitimement affirmer que c^est Tcsprit de la Frano^maçonnerie qui, dans le dernier procès qui s'instruit contre TuU tramontanisme, a prononcé sa sentence par la lettre à jamais mcmora« blede i'emporeur au pape. Les idées de Tempereur Guillaume, qui, OQ
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le sait, est membre de la Franc-maçonnerie» ne datent pas d'hier, et ne lui ont pas été uniquement inspirées par ses conseillers actuels, ainsi qu'on se plaît à le répandre. Déjà, encore à la fleur de Vâge, il les exprù ma en présence de l* ordre, à une époque où le monde se faisait de lui un» tout autre idée. Dans ce temps, il proféra des paroles de prince et d'homme, et il y est demeuré fidèle. Si aujourd'hui il les exécute, c^est ce que VhÏB» toire des siècles futurs attestera. »
Quelques jours après, à la suite d'un échange de lettres entre le pape Pie IX et l'empereur Guillaume, la Freimaurer Zeitung de Leipzig publiait le manifeste suivant :
Quand sont ainsi en présence deux antagonistes : l'empereur qui, en sa qualité de F.'., estims et protège V ordre; le pape, qui le maudit et voudrait bien l'envoyer aux enfers, la Franc-maçonnerie peut et doit adopter ^un parti. Elle peut et doit se mettre du côté où elle est comprise
et aimée A la suite de V empereur, nous marchons vers la liberté de
Tesprit sans assujettissement, vers la pacification de la société sans distinction de symboles, vers Taffranchissement de tout4)réjugé de jouissance égoïste... Ce vieillard, ce héros est notre F.'. ; il nous est lié par une chaîne indestructible, indissoluble. L'idéal que poursuit notre société nous l'associe. Avec nous et pour nous il manie le marteau de la force, Téquerre do la sagesse, le compas de l'inspiration commune, qui sert k régler suivant un type idéal les actes dignes de l'homme... Que la con* duite de notre F.*, impérial, qui n'a pas vainement travaillé au grand œuvre, soit un exemple à tous les FF.*. Nous avons confiance que tous nos FF.*, et toutes nos loges sont animés de ces sentiments, et qu'on n'oubliera pas, dans les banquets qui ont lieu à des époques fixées, do faire trois feux nourris en Thonneur et par amour pour le noble vieillard qui a su combattre les puissances de ténèbres qui veulent anéantir nos desseins. »
Mais la justice de Dieu confond ses ennemis par les conséquences logiques de leurs crimes et en tire la glorification de son Église.
Le Kulturkafnpf a succombé à la fois devant Tadmirable résistance de l'épiscopat et du clergé allemand , qui s'est relevé plus fort et plus uni que jamais au siège romain, et devant le développement du socialisme. Ce n'est pas impunément que Ton détruit toute religion dans les masses ! Un pays protestant peut bien moins supporter cette persécution gouvernementale de l'Eglise : la confession luthérienne, dite éva/ngélique^ s'est fondue pour ainsi dire sous l'action de l'école maçonnique. De là le prodigieux et alarmant développement du parti démocrate socialiste- Les masses ne se laissent pas guider docilement par l'héritier de TaU pierston, fût*il le prince de Bismarck lui-même.
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En mâme temps que les succès électoraux des démocrates soda« listes au parlement faisaient réfléchir les conservateurs qui avaient suivi jusque-là de confiance la politique du grand chancelier et réveillait les forces sociales du pays, les sauvages attentats d'Hœdel et de Nobiling contre le vieil empereur, coïncidant avec Texplosion du Nihilisme en Russie, ouvraient les yeux à la dynastie.
Tout ce qu'il y avait d'honnête dans le pays s'est levé et a déclare que Ton avait fait fausse route, que le KuUurkampf perdait l'empire et la société. Devant cette puissante réaction, M. de Bismarck a dû changer de système ; il a pris la tète du mouvement contre le socialisme et a rompu ses alliances avec les progressistes. Mais jusqu'à présent il s'est refusé à abolir les lois de mai; on le voit chercher toujours à retenir autour de lui les nationaux'libércmxy qui représentent plus spécialement la politique de la Maçonnerie. II consent bien à ne pas pousser plus loin la guerre contre l'Église, mais il veut obstinément garder les positions légales prises contre, le Catholicisme au mépris de la constitution et des concordats. Au moment même où nous revoyons ces pages, tons les journaux allemands qui sont sous sa dépendance poussent les radicaux français à expulser les jésuites et les religieux. L'œuvre des sociétés secrètes subit un temps d'arrêt en Allemagne, mais elle n'est pas détruite ; nous en donnerons au S 7 une preuve qui révélera les divers courants qui y Concourent ; mais auparavant il faut montrer le point culminant de leur action.