VIII INTRODUCTION
rite et, en quelques endroits, un courage admirables. On ne peut écrire sur Charlotte Brontë sans avoir ce livre constamment ouvert sur sa table. Il n'est cependant pas parfait.
Ecrit deux ans à peine après la mort de Miss Brontë, il ne pouvait qu'être assez incomplet. Mrs Gaskell le composa surtout à l'aide d'une volumineuse correspondance de Charlotte avec son amie Ellen Nussey : elle ne connut aucun des nombreux documents publiés par la suite, quelquesuns — comme les lettres de Branwell Brontë à l'ingénieur Grundy, — d'un intérêt considérable ; elle ne sut rien des on-dit colportés sur le séjour de Charlotte à Bruxelles. D'autre part, la masse énorme des cinq cents lettres qu'elle avait sous les yeux lui en a imposé plus d'une fois ; elle s'y embrouille, hésite à en rien sacrifier et parfois allonge inutilement son récit. Le père de Charlotte Brontë dut la redresser sur plus d'un point, où elle avait préféré à son témoignage celui de bonnes femmes du pays. Elle a une tendance à noircir son tableau et à voir la Charlotte qu'elle a connue dans la jeune fille qu'il lui faut faire revivre. Même quand elle parle d'expérience, il faut quelquefois lui analyser son impression. Tel qu'il est, son livre a une valeur propre qu'on ne peut nier et il ne fallait que le compléter ou le discuter,