L'ABBÉ DE GESLIN
M. Maurice de Geslin était né à Metz d'une famille riche et honorable , et , sur sa demande , il avait été nommé aumônier de l'armée d'Orient. Homme d'un grand talent, mais surtout d'un excellent caractère , il gagnait les cœurs de tous ceux qui avaient l'occasion de le connaître , et il montra aux malades et aux blessés ce dévouement , ce zèle admirable qui ont rendu si chers à
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l'armée tous les apôtres d'une religion de paix et d'amour. A peine âgé de vingt-huit ans, il succomba à la fièvre typhoïde, contractée sous les murs de Sébastopel. Il eut le bonheur de mourir entre les bras de son frère , le comte de Geslin , capitaine des chasseurs, et d'être assisté aux derniers moments par un de ses confrères , l'abbé Weber, qui partageait ses travaux apostoliques.
L'ABBÉ HAUVERT
25 février 1856.
« J'ai beau retarder, écrivait un de ses amis , il me faut arriver à un sujet bien douloureux pour nos cœurs. Elevons-les vers Dieu , mon cher ami ; nous nous sommes confiés en lui, et nous devons remettre entre ses mains paternelles ceux qui nous sont chers. C'est un lien qui nous attachait à lui et qui s'en est allé vers lui ; oui , je crois que nous pouvons le dire, il n'a fait que se rapprocher de Dieu , et désormais c'est Dieu qu'il inclinera vers nous par ses ardentes sollicitations. Vou3 me comprenez : ce bon M. Hauvert a rendu sa douce âme à Dieu.
» Pourquoi ne pas vous dire le peu que je sais à cet égard ? n'est-ce pas le Seigneur qui blesse et guérit ? Eh bien , Celui pour lequel il a donné sa vie n'a pas voulu , non que son sacrifice fût sans amertume, car il a bu, je crois, le calice jusqu'à la lie de l'abandon , mais que la dépouille de ce bon serviteur fût sans honneur et sans lieu. J'étais allé voir l'abbé Martin : a II m'est arrivé une chose bien pénible, me dit-il. Vers midi, le 23 février, un docteur de marine s'arrête à la porte de la chapelle, et nous causons un instant des travaux que je fais exécuter. À cinq heures il revient : M. l'abbé, je ne parle pas officiellement , mais » je crois devoir vous déclarer qu'un prêtre qui est » à bord de l'Assyrien va mourir, » Je prends ma barque , ajouta l'abbé Martin , et je me rends à bord en toute hâte ; malheureusement il était mort. »
d Je l'interrompis : o Quel jour? — Samedi.
— Mais c'est l'abbé Hauvert. — C'était lui-même, » me répondit-il.
» Ainsi , ce pauvre homme qui a tant aidé à mourir, n'a probablement pu être consolé à son heure dernière. Dieu a voulu que son sacrifice fût
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complet. Dans sa miséricorde , il l'a trouvé digne de ce tranquille espoir que son dévouement savait si bien, en face de la mort , inspirer à l'âme , quel que fût son passé.
» Quoi qu'il en soit , et sans doute pour notre consolation, Dieu permit ce que je viens de vous dire et ce que je vais ajouter. Ce brave abbé Martin alla trouver le commandant du bâtiment : « Vous ne songez pas sans doute à garder ce corps pour le jeter à la mer lorsque vous serez parti? — Mais je n'ai pas d'ordres. — Dans ce cas, je prends tout sur moi, et je vous prie de faire débarquer sur-le-champ. »
» Le lendemain, après les prières de l'Eglise, les restes de notre pauvre abbé furent conduits en terre avec le concours de six prêtres , un prêtre syrien et les aumôniers de terre et de mer. Ainsi , dès ce moment, et c'est une faveur expresse de la Providence, ce corps était glorifié dès ici- bas comme prémices du jour où il ressuscitera glorieux pour l'éternité. Cette espérance ne sera point vaine, cher ami, elle est au contraire fondée. Un homme n'aura pas quitté les siens pour se consacrer à Dieu ; il n'aura point quitté son repos pour venir loin
de son pays combattre le bon combat ; il n'aura pas laissé sa dépouille dans la lutte pour que Jésus ne le revête pas du vêlement d'immortalité. Je désire et j'espère davantage : j'espère que l'œuvre commencée par le bon abbé Hauvert , que cette récolte d'âmes qu'il était en train de faire ne séchera pas sur pied. Il achèvera là-haut ce qu'il commençait ici-bas, et il sera paré un jour de celte couronne qu'il laisse peut-être actuellement inachevée. Aidons-le donc dans cette tâche. Que notre prière lui permette, si ce n'est déjà fait, de satisfaire entièrement à Dieu, afin qu'il puisse continuer plus efficacement ces nobles efforts qui ont usé sa vie. »
A la suite de cette lettre, la Gazette de Lyon met les lignes suivantes, qu'un militaire, appartenant à l'un des corps de la garnison de Lyon , l'a priée d'insérer en son nom et au nom de ses camarades :
« Nous n'oublierons jamais la perte douloureuse que nous venons d'éprouver.
» Ceux qui l'ont particulièrement connu, notre aumônier, n'oublieront pas non plus son dévouement pour les militaires, et les sentiments d'esquise
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convenance qui lui conciliaient l'estime de tous.
» L'espérance de pouvoir faire plus de bien sur une terre inhospitalière l'a entraîné loin de son pays, et il a succombé en laissant à ses parents et à ses nombreux amis de France le regret de n'avoir pu lui serrer la main à ses derniers moments. Nous qui fûmes aussi de ses amis, disons-lui un dernier adieu.
• A l'ambulance comme sur le champ d'honneur, sa place était toujours dans les premiers rangs. Son maintien calme et ses paroles affectueuses relevaient le courage des militaires , qu'il avait l'art de consoler.
» Les forces de l'abbé Hauvert étant depuis longtemps épuisées, on le conjurait de prendre enfin un repos nécessaire} mais la confiance que les militaires avaient en lui ne permit pas à l'abbé Hauvert de se reposer. On venait le réclamer de toutes parts. On sollicitait partout son assistance. Comment aurait-il pu résister à de pareils témoignages de sympathie? son âme sensible en était touchée , son zèle voulait y répondre.
» C'est ainsi que l'abbé Hauvert, quoique accablé sous le poids des souffrances, poursuivait
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encore sa mission de bienfaisance et de charité. Il n'a cessé de la poursuivre que lorsqu'il a quitté la vie.
» Digne et excellent ministre du Seigneur, par vos œuvres utiles et charitables, vous avez conquis l'immortelle récompense, et vous laissez dans nos cœurs affligés le souvenir ineffable de vos mérites si justement appréciés de nous tous. Votre bienveillant caractère vous avait attaché le cœur de nombreux amis dont la reconnaissance sera éternelle.
> Adieu , digne ministre du Seigneur. >