‹ Les Soeurs de Charité en OrientChapitre 27 sur 30 · L'ABBÉ FERRARI · texte numérisé non relu

L'ABBÉ FERRARI

Un autre aumônier, M. l'abbé Ferrari, inspira des regrets aussi sentis et aussi mérités. M. Levi , inspecteur de la santé de l'armée , prononça sur la tombe de ce prêtre héroïque un discours qui fait connaître toute l'étendue de son dévouement , et que nous insérons ici.

« L'armée de l'Orient compte un martyr : l'aumônier de l'hôpital militaire de Varna, l'aumônier des cholériques, le consolateur des plus cruelles agonies, vient de succomber lui-même à la maladie

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qu'il a si longtemps bravée en Bulgarie, en Crimée et sur les navires qui portent nos malades de la plage de Kamiesh aux hôpitaux de Constantinople.

» Pendant la durée de l'horrible épidémie de Varna, M. Ferrari a été un modèle de courage simple et modeste, de bienveillance et d'abnégation. Du matin au soir il assistait les malheureux qui mouraient en grand nombre : ses consolations, ses prières n'ont manqué à aucun d'eux. D'une constitution délicate et frêle , il puisait dans son zèle les forces que lui refusait son organisation. Notre étonnement de chaque jour, notre anxiété, était de le voir résister à tant de fatigues, à tant de périls. Parfois sa figure trahissait malgré lui la souffrance et l'épuisement ; jamais il n'a voulu s'arrêter, se reposer, malgré les instances des médecins qui , tous devenus ses amis , l'entouraient d'égards et de vénération.

» Quand il n'avait plus la force de se tenir près des malades , il s'appuyait sur leur lit ; et penché vers leur bouche, il aspirait le soufûe de leur confession et de leurs derniers vœux, il souriait à leurs derniers regards, et, assisté des Sœurs de Saint-

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Vincent de Paul, il lenr rendait, en ce moment suprême, une image de la patrie absente.

» Durant ces longs jours de consternation et de deuil , il n'a éprouvé qu'une seule inquiétude. Touchés de l'état de sa santé, émus de la continuation d'un dévouement au-dessus de la puissance humaine, ses chefs avaient songé à le déplacer, à le tirer de l'atmosphère brûlante et infecte de Varna, pour l'envoyer, dans les camps situés sur les plateaux qui dominent la ville , respirer un air plus pur et goûter un peu de tranquillité. Cette sollicitude lui fut un tourment ; il craignait de laisser incomplète l'œuvre de la douce charité. Cet hôpital de Varna, qui était devenu un mortel foyer d'infection, était le milieu où son âme respirait à l'aise. Le danger, il ne le sentait point ; l'affaiblissement physique , il n'en tenait pas compte. Mêlé sympathiquement aux officiers de santé, aimé des malades, respecté des infirmiers , heureux de s'exposer pour l'accomplissement de son ministère de paix et d'amour, que lui importaient les émanations plus ou moins délétères ?

» Trois médecins, une Sœur de Charité, dixneuf infirmiers avaient été enlevés par le fléau , et

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il ne voyait en ces pertes qu'un motif de redoubler d'efforts et de persévérance. Il me pria en particulier d'intervenir pour assurer son maintien à l'hôpital de Varna , et cette récompense, ainsi s'exprimait M. l'abbé Ferrari, lui fut accordée.

» Il prodiguait ses soins à quelques cholériques quand il sentit lui-même les premiers symptômes de la maladie. Arrivé dans le port de Constantinople, il demanda à être transporté dans la maison de ses amis, messieurs les lazaristes, et c'est là que je fus appelé, le même jour, entre neuf et dix heures du soir , a lui donner quelques conseils , hélas ! impuissants et tardifs. Après une lueur d'amélioration , le pieux et modeste aumônier de Varna s'es-t affaibli, et le 7 décembre au soir, il a rendu à Dieu sa belle âme , dont il est permis de dire avec l'Ecriture, qu'elle appartenait à cette élite dont le monde n'est pas digne.

» Dieu a jugé sans doute qu'il avait assez fait pour obtenir la récompense qu'il attendait ; il a trouvé que sa journée était pleine ; il a marqué au voyageur le terme de ses courses ; il l'a surpris dans l'accomplissement de sa sainte et courageuse mission parmi les derniers cholériques de l'armée.

H nous aura été donné de l'admirer an début et pendant les pl„ s grandes rigueurs de l'expédition, et de l'admirer encore, doux et résigné, dans les dernières victimes. L'armée perd un noble serviteur, les médecins militaires un ami, les malades un Père; que sa mémoire demeure parmi nous comme une émanation féconde de ses vertus, comme un salutaire exemple d'abnégation et de sacrifice ! »

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