LA SOKUR DB CHARITÉ
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» Surpris de rencontrer là, dans un hôpital, cette profonde connaissance du cœur et de l'âme , je pensai que la Sœur était une de ces natures d'élite qui avait fui le monde , où sa place restait vide.
» Avec une curiosité mêlée d'intérêt , j'observai la Sœur Marthe. Vieillie par les fatigues et les vaux , elle semblait âgée de quarante ans : elle avait trente à peine.
» Sa pâleur contrastait avec une force apparente et réelle. Au reste , dans sa personne , rien n'était remarquable , si ce n'est un regard pur et limpide, et un timbre de voix d'une mélancolie surprenante.
» Sa grande coiffure d'une blancheur éclatante , son vêtement gris , le chapelet suspendu à sa ceinture et son crucifix de bois , enfin tout l'ensemble du costume de la Sœur, sont trop populaires pour que j'en fasse ici la moindre description.
» Mon malheureux soldat fut le prétexte et le sujet d'une conversation très courte entre la Sœur et moi. Je lui appris que Joseph Meyer était l'un de mes anciens spahis. Je sus qu'elle était la Sœur Marthe, fille de nos campagnes.
» Gomme le soldat, la Sœur de Charité avait quitté son pays pour servir : lui était serviteur du pays ;
elle , servante des pauvres. Soumis tous deux aux rudes privations, aux pénibles travaux, vêtus tous deux d'étoffes grossières , étrangers tous deux , et pour toujours , aux richesses et à la science du monde , ils passaient leur existence à veiller pour la société, le soldat au camp , la Soeur à l'hôpital ; celle-ci prosternée au lit de mort , celui-là debout à la frontière.
» Douze ans après l'époque dont je viens de vous entretenir, le 25 juin 1848, je me dirigeais rapidement, avec les bataillons qui m'étaient confiés , vers l'Hôtel-de--ville de Paris , en suivant les quais de la Seine. D'effroyables détonations se faisaient entendre, et, de minute en minute, la grande voix du canon dominait le tumulte. Au loin, le sinistre appel du tocsin répondait au bruit de l'artillerie.
» Bientôt nous fûmes en présence des insurgés. Le général Duvivier, qui allait être mortellement blessé , et que je voyais , hélas 1 pour la dernière fois, occupait la place de l'Hôtel-de- ville. Derrière lui, deux pièces d'artillerie balayaient une rue. A l'entrée de la place , du côté de la rivière , un bataillon de jeunes gardes mobiles , tout sanglant de ses glorieux combats de la veille, se préparait à
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