‹ Les Soeurs de Charité en OrientChapitre 6 sur 30 · LA 80RUH DE CHARITE · texte numérisé non relu

LA 80RUH DE CHARITE

écarter la lame du couteau de chasse. L'homme avait jeté à terre son fusil déchargé.

» Se redressant , la Sœur fit le signe de la creix et se plaça devant l'insurgé. Mais ce n'était plus un homme : la vengeance, l'ivresse peut-être, l'aveuglait, et il frappa la Sœur de Charité du fer de son couteau. Elle chancela, et tombant agenouillée près du garde mobile , elle voulait le protéger encore de son corps, car déjà le fer se levait pour la seconde fois.

» Alors un garde national de province s'élance entre la Sœur et l'assassin. D'un coup de baïonnette , il étend l'insurgé à ses pieds , tandis que la lame du couteau , dirigée vers la Sœur, vint se briser sur la buffleterie de la giberne du garde.

» Des deux côtés la fusillade commence; on tire à bout portant, on combat corps à corps, et bientôt la fumée devient si épaisse qu'on ne distingue plus les amis des ennemis. Mais pas un cri, pas un mot. Cela ne dura que deux minutes , mais deux terribles minutes !

» La charge se fit entendre du côté des nôtres, et puis le pas gymnastique; des chasseurs à pied parurent à l'extrémité de la rue. Les insurgés se

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précipitèrent dans la maison d'où ils venaient, et disparurent en se barricadant.

» Balayée par la brise , la fumée commençait à s'élever ; entre les deux nuages bleus qui tourbillonnaient dans l'espace, je vis la Sœur Marthe à genoux, du sang sur la poitrine , le visage calme. Debout , auprès d'elle, appuyé sur son fusil, je vis l'ex-cavalier Joseph Meyer, qui lui aussi regardait le ciel.

» Dieu avait permis que la Sœur de Charité sauvât le soldat, et que le soldat sauvât la Sœur de Charité.

» Avant son départ de Paris, lorsque la lutte fut terminée , je revis Joseph Meyer, que longtemps j'avais cru mort. J'appris de lui comment , à force de veilles , de soins , de charité , — charité de prières , charité de fleurs , charité de paroles , charité de larmes, charité d'espérances, — Sœur Marthe lui avait rendu la vie.

» Pendant quinze mois , Sœur Marthe disputait à la mort ce pauvre soldat qui lui était inconnu. Pour cet homme pauvre , obscur, ignorant , elle prodigua tous les trésors delà charilé I Quelquefois, au printemps , c'était un rayon de soleil qu'avec peine elle dirigeait autour de lui pour réjouir son âme ; l'hiver, elle apportait du sarment qui pétil-

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