‹ Les soeurs hospitalièresChapitre 14 sur 28 · LE T T R ES · texte numérisé non relu

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frappé de la quantité de lits vacants. Alors que, dans nos hôpitaux de Paris, à l’heure où ces lignes sont écrites, tous les lits sont pleins, des lits de sangle en supplément sont placés partout où il est possible d’en mettre, à Londres, une ville où il y a un million d’habitants de plus qu’à Paris et un nombre d’hôpitaux moindre, dans toutes les salles que j’ai visitées il n’y avait que un tiers des lits occupés. C’est exactement ce que l’on peut voir dans les hôpitaux des petites villes de province dans notre pays. L’encombrement n’existe pas dans les hôpitaux anglais. Cela tient évidemment à ce que les hôpitaux anglais ne sont pas comme chez nous ouverts à tous. 11 faut, en effet, pour y entrer, la recommandation d’un des souscripteurs. . ,

j’allais dire des actionnaires de l’hôpital; et

il faut être de la paroisse. Gomme il est invraisemblable qu’il y ait si peu de malades à Londres, je me suis renseigné et voici ce que j’ai appris. Les infirmeries des workhouses et Consomption hospital , ainsi que l’hôpital pour le cancer, reçoivent tous les malades incurables ou chroniques que nous recevons sans distinction dans nos hôpitaux en France. Il semble que les hôpitaux ne soient faits, à Londres, que pour les petits employés, les commis et les serviteurs ayant des maladies de courte durée, ou devant subir des opérations qui n’exigent point de longs soins. Un caractère des hôpitaux anglais est encore celui-ci : la plupart des malades payent une redevance ou, si le malade ne la paye pas, quelque bienfaiteur la paye pour lui. Tous les malades cependant ne

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pavent point, ceux qui appartiennent de près ou de loin aux souscripteurs pour l’hôpital entrent gratuitement. Dans presque tous les hôpitaux, il y a un pavillon à part pour les malades payants, et cela donne à ces établissements hospitaliers le caractère des maisons de santé.

Il y a aussi quelque chose qui manque : ce sont les consultations journalières que nous donnons dans nos hôpitaux pour les malades du dehors, et qui varient, suivant l’hôpital et suivant les chefs de service, de soixante à deux cents par jour. C’est là que nous recrutons nos malades, en choisissant ceux qui ont le plus besoin d’être admis à l’hôpital ; car, chez nous, les demandes d’admission dépassent de beaucoup le nombre de places que nous avons à donner. 11 y a

bien à Saint-Hart holomew' s hospital une

consultation, mais elle a lieu dans le cabinet

du médecin, et, le jour où nous avons visité

cet hôpital, nous avons vu quatre ou cinq

consultants par service. La statistique de

cet hôpital en indique cependant un nombre

journalier supérieur.

De tous ces détails il ressort que les

hôpitaux anglais sont gérés avec une grande

économie comme toute institution privée

doit le faire, et qu’ils ne ressemblent que

de très loin h nos hôpitaux français. Plus

semblables à des maisons de santé qu’à des

hôpitaux, ils n’attirent point les malades,

et ne reçoivent gratuitement que les blessés

en cas d’urgence, ou les malades gravement atteints qui ne peuvent être transportés au loin, C’est une manière de faire très oppo-

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sée à la nôtre, et je ne crois pas que nous puissions y prendre des modèles. On a pu voir aussi que ces hôpitaux ont par rapport aux pouvoirs publics une autonomie absolue, et cela les éloigne encore davantage de notre système hospitalier, où l’Etat et surtout le conseil municipal de Paris prennent de plus en plus, et contrairement aux droits des vieux hôpitaux et aux prescriptions des lois, un empire dont les résultats se sont fait sentir par une augmentation considérable de dépense sans augmentation de services rendus. Mais entre l’aulonomie absolue des hôpitaux et une intervention excessive des municipalités, il y a bien des degrés et c’est le meilleur état intermédiaire qu’il nous faudrait tâcher d’obtenir.

Quelques détails encore et nous n’insisterons pas.

Il n’y a plus en Angleterre de femmes médecins et par conséquent d’élèves en médecine féminins dans les hôpitaux ordinaires. L’Angleterre, comme l’Amérique, y a renoncé. A côté de cela, il est digne de remarque que dans tous les hôpitaux anglais le service se fait exclusivement par des femmes. Hors le service du chauffage des machines, de la cuisine, des étuves, de l’amphithéâtre et des gros services extérieurs, tout est accompli par les femmes. Les infirmières font tout ce que l’on demande aux bonnes à tout faire des ménages modestes. Il est vrai que les salles ne sont pas frottées, elles sont simplement lavées; aussi le parquet des salles ne présente pas

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cette exquise propreté que l’on remarque dans nos hôpitaux. Ce ne sont pas les infirmières surveillantes qui font le gros ouvrage. Ce sont des filles de service, des femmes de peine. Ce système a du bon, car le service des salles, même des salles d’hommes, confié à des femmes, a un avantage : cela met les malades à l’abri des grossièretés des infirmiers, grossièretés qu’on ne peut pas toujours prévenir.

Dans les diverses discussions sur la laïcisation des hôpitaux, l’exemple de l’Angleterre a été souvent cité comme un modèle de service laïque. Il était intéressant de savoir au juste ce qu’il en était. Voici ce que nous avons appris. Les infirmières qui tiennent la place qu’occupent les sœurs dans nos hôpitaux sont des filles

ou des veuves. Les unes sont de véritables diaconesses ; les autres prennent l’engagement de ne point se marier, et, si elles se marient, ou bien on les remplace ou bien elles ne sortent que le jour réglementaire, et, en tout cas, le mari n’est jamais reçu dans l’établissement. Il n’y a point de personnel parasite dans les hôpitaux de Londres.

Les Anglais, on le voit, exigent des infirmières pour le service de leurs hôpitaux ou bien le diaconat ou bien au moins le célibat obligatoire : c'est-à-dire la vie religieuse .

Il y aussi à Londres, à l’hôpital Saint-Thomas, une école d’infirmières fondée en 1872 par miss Florence Nightingale. 11 y a environ trente-cinq élèves. C’est bien peu pour le recrutement du personnel de dix-neuf

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