AU RÉDACTEUR DU PROGRÈS MÉDICAL
7 mars 1881.
Monsieur le rédacteur,
Je lis dans le dernier numéro du Progrès médical de dimanche G mars : « M. Des» près, qui n’est pas clérical, se sert des armes de Bazile. » J’aurais donc, suivant votre estimable journal, calomnié les laïques! Il ne faut pas, monsieur le rédacteur, dépasser à ce point la mesure.
Voudriez-vous bien informer vos lecteurs du motif pour lequel l’administration a enfin congédié ou déplacé une surveillante laïque de l’hôpital Laënnec que l’on n’avait pas pu renvoyer à cause des protectections dont elle était l’objet et qui, avec ses 600 francs d’appointements par an, avait chez elle quatre lits montés, et avait, m’a-t-on dit, des petites réceptions hebdomadaires.
Quant aux infirmiers, voici un fait propre à éclairer vos lecteurs. L’infirmier de mon service, salle Saint-Jean, à Lliôpital de la Charité, a dit h demi-voix, de façon à ce que je l’entende que « je traitais les infirmiers de voleurs ». Le hasard m’avait fait apprendre qu’il soupçonnait un de ses camarades, infirmier comme lui, de lui avoir pris un pantalon neuf, il y a quinze jours.
LETTRES
« Mon garçon,, lui ai-je répondu, est-ce que c’esl la religieuse qui vous a pris votre pantalon? » Depuis ce temps, il n’a plus rien dit.
Quand vous serez malade, monsieur le rédacteur, prenez, pour les principes, une laïque, mais, si le cognac s’évapore dans vos armoires, si votre linge est décomplété, vous savez bien sur qui porteront vos soupçons.
La nature humaine est fragile. Le serviteur auquel nous donnons GOO francs de gages par an, ne fait ce métier que parce qu’il entrevoit le pourboire, le sou pour franc, ou même l’anse du panier. Les laïques auxquels les hôpitaux ne donnent que GOO francs d’appointements ont fait, font et feront à l’occasion comme nos serviteurs.
éd
Mais prenons la question de plus haut.
Dans notre pays, pour une femme sans fortune et sans famille, je ne connais que trois manières de vivre en société, ménagère, courtisane ou religieuse. A qui le bon sens nous dit-il de confier les pauvres? La garde des malades est l’occupation naturelle de la religieuse. Les protestants l’ont si bien compris, qu’ils ont eux aussi institué sous le nom de diaconesses un ordre de garde-malades qui sont des religieuses, moins l’habit, le chapelet ou le crucilix.
Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, l’assurance de mes sentiments confraternels.