‹ Les soeurs hospitalièresChapitre 5 sur 28 · LETTRE AU RÉDACTEUR DU JOURNAL DE MONS ET DU II AI NA U T · texte numérisé non relu

LETTRE AU RÉDACTEUR DU JOURNAL DE MONS ET DU II AI NA U T

Paris, 10 mars 1881 .

Monsieur,

Voici les réponses aux trois questions que vous m’avez adressées.

M. Quentin n’est pas un administrateur, c’est un homme politique choisi dans le conseil municipal de Paris, et il n’a aucune compétence en matière d’hôpitaux ; le dépôt

de son projet avait pour but de brusquer la décision du conseil de surveillance et de satisfaire le conseil municipal de Paris.

L’opinion de M. Bourneville n’a aucune valeur, parce que M. Bourneville n’a guère fait que de la médecine mentale, de la politique et du journalisme, et il est depuis deux ans seulement médecin d’un hospice d’aliénés. M. Bourneville a obtenu que l’on établit à la Salpêtrière une école d’infirmières laïques dont il est naturellement le directeur et le protecteur; son opinion à l’égard des sœurs est donc commandée par ses convenances.

U n’y a donc dans tout ceci que des intérêts politiques et les intérêts de M. Bourneville.

1. Hôpital où il n’v a que des vieillards femmes et des aliénées.

LETTRES

La laïcisation de l’hôpital de la Pitié est le seul fait important relatif à la laïcisation. L’ordre de sœurs qui desservait cet hôpital étant réduit, les dernières sœurs ont demandé leur remplacement. C’est alors que l’administration a placé là des laïques, mais elle n’a pas eu un personnel suffisant. C’est même au point que quatre des religieuses de l’ordre qui disparaissait ont pris l’habit civil, et l’administration, malgré son horreur apparente pour les religieuses, les a conservées avec leur nouvel habit, heureuse de pouvoir ainsi suffire à un service qui ne s’improvise pas aussi facilement que cela a été dit.

Jamais l’administration ne sera en mesure de laïciser sérieusement d’un coup un

grand hôpital. Les hospices, cela se peut à

la rigueur, mais tout cela n’est pas encore fait.

Veuillez agréer, etc.

AU DIRECTEUR DE LA GAZETTE DES HOPITAUX

29 janvier 1882.

Mon cher directeur,

Je viens de recevoir comme la plupart de mes collègues, sans doute, le rapport de M. Bourneville, conseiller municipal, sur les dépenses de l’administration de l’Assistance publique pour l’année 1882. Ce rapport est suivi d’un projet d’avis qui n’est qu’un projet de mainmise du conseil municipal sur

les hôpitaux. Le conseil désire sans doute obtenir la consécration de son usurpation dans la direction des hôpitaux. Si la communication qui nous est adressée a pour but de provoquer nos observations, cette lettre ne manquera pas d’être opportune. Si c’est un défi à l’opinion du corps médical, il me sera permis, quant à moi, de le relever.

M. le directeur de l’Assistance publique, dans son projet de budget, vient de rivaliser de générosité à l’égard du personnel des hôpitaux excepté les malades. Je ne parle pas des religieuses que M. le directeur de l’Assistance publique a promis, dit le rapport, d’expulser de l’hôpital Tenon et de l’hôpital de Lourcine, en mars ou avril 1882, quoiqu’elles n’aient besoin ni d’augmentation de vin ni d’augmentation de traitement .

LETTRES

M. le directeur avait déjà augmenté son budget des sommes suivantes :

Les éloges que reçoit de ce chef le directeur de l’Assistance publique témoignent qu’il a obéi au conseil municipal ; mais le rapport ajoule encore quelques propositions d'augmentations : 30 900 francs pour entretenir entre autres un personnel d’accouchement à peu près inutile; quelques mille

Augmentation du traitement des élèves internes (qui ne la demandaient pas et destinée sans doute à faire passer le reste)

Suppression du maigre et augmentation du vin et de la nourriture des infirmiers et des surveillants laïques

21U.000 fr.

Augmentation des gages des infirmiers et des surveillants laïques

Augmentation des cuisiniers

et des musées ; 5000 francs pour éclairer à la lumière JablochkofF ou Edison un amphithéâtre de la Salpêtrière.

Pour ce qui est du manque de lits dans les hôpitaux et de la situation des malades il n’est rien demandé de nouveau. Les malades, dans les hôpitaux, c’est l’accessoire. L’on est en vérité surpris de voir le budget de l’Assistance publique augmenter de 2 millions dans une année sans qu’il y ait un seul lit de créé dans les hôpitaux. Il me suffira de dire que, depuis un an, dans mon service à la Charité, j’ai journellement douze à dix-huit malades en supplément couchant à terre ou sur des lits de sangle. Vos lecteurs, mon cher directeur, partageront j’en suis sûr les légitimes appréhensions du corps médical qui reste, à ce qu’il

LETTRES

paraît, le dernier défenseur des intérêts des malades.

Veuillez agréer, etc.

P. 'S. — Voici un exemple des tendances actuelles. La suppression d’un aumônier à la Charité laissait libre un étage entier d'un pavillon de la Charité. Croit-on que l’on ait songé à en faire profiter les malades? Point du tout. On y a logé un employé dont le ménage ne réclamait que les trois petites pièces qu’il avait auparavant.

A M. LE DIRECTEUR DE LA GAZETTE DES HOPITAUX

Paris, 11 avril 1882.

Mon cher directeur,

Le conseil de surveillance vient d’émettre par neuf voix contre sept un avis favorable à la laïcisation de l’hôpital Tenon et de l’hôpital de Lourcine. M. le directeur de l’Assistance publique et la majorité du conseil de surveillance, au mépris de l’opinion motivée

LETTRES

de la grande majorité des médecins et des chirurgiens des hôpitaux, ont tenu sans doute à satisfaire le conseil municipal. Ils ont même refusé tout examen de la question, tant ils étaient pressés.

Voilà donc ce que M. le directeur de l’Assistance publique et la majorité du conseil de surveillance ont trouvé pour remédier au manque de lits dans les hôpitaux. Il va falloir créer à l’hôpital Tenon et à l’hôpital de Lourcine plus de trente logements d’employés, de trois chambres au moins pour les laïques, au lieu et place de salles de malades.

Le gouvernement sincèrement républicain de notre pays, qui, dans ses prisons et ses hôpitaux militaires, conserve les religieuses qui assurent un service propre, hon-

nête et à bon marché, ne peut avoir un autre poids et une autre mesure pour les hôpitaux civils. Il est peut-être temps quil avise ou qu’il rende l’autonomie aux hôpitaux.

11 faut espérer que M. le directeur de l’Assistance publique tiendra compte de la respectable minorité qui s’est prononcée contre la laïcisation des deux hôpitaux menacés,

et du résultat peu flatteur obtenu dans les

hôpitaux laïcisés, Saint-Antoine et la Pitié. Il y eût eu, de la part de l’administration, une certaine droiture à signaler le gaspillage contre lequel il a fallu qu’on se prémunît à l’hôpital Saint-Antoine, et les accouchements de surveillantes laïques ou les maladies de leur famille qui ont entravé le service de la Pitié.

Vos lecteurs m’excuseront de parler en-

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