A M. LE PRÉFET DE LA SEINE
31 novembre 1883.
Monsieur le préfet,
Le conseil de surveillance des hôpitaux vient de voter la laïcisation immédiate de l’hôpital Necker.
Ce vote est un simple avis dont M. le directeur de l’Assistance publique a le droit de ne tenir aucun compte. La loi de 1849 établit que M. le directeur de l’Assistance
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publique est sous la haute direction du préfet de la Seine qui, lui-même, dépend du ministre de l’intérieur. Si donc M. Quentin, directeur de l’Assistance publique, compromettant de nouveau les intérêts qu’il est chargé de sauvegarder, tient compte de ce vote, il n’y a plus ni loi ni gouvernement. Il n’y a plus que M. Quentin, directeur de l’Assistance publique, instrument aveugle des actes de folie en commun dont le conseil municipal donne périodiquement le spectacle.
Il y a lieu toutefois d’espérer que ce vote sera ramené à sa juste valeur. Le gouvernement doit savoir que la composition du conseil de surveillance élaboré grâce à la faiblesse de feu Hérold entre l’administration et M. Bourneville (ce dernier a en effet
introduit dans le conseil l’imprimeur peu connu d’un journal dont il est rédacteur) laisse à désirer. Presque tous les membres nommés directement par la préfecture ne connaissant nullement les hôpitaux n’ont ni cette autorité ni cette notoriété qui était jadis recherchée. D’ailleurs, le conseil n’ignorait pas qu’une surveillante laïque d’un hôpital laïcisé depuis moins d’un an, l’hôpital Tenon, a été condamnée il y a peu de temps pour un homicide par imprudence sur une malade confiée à ses soins. Si cet enseignement ne suffit pas au conseil à défauts d’autres, le conseil de surveillance est moralement déchu de
toute autorité et le vote qu’il a émis à une très faible majorité éclaire le gouverne-
ment.
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Il est impossible, monsieur le préfet, que nous soyons réduits avoir le riche, seul, libre de se donner une bonne garde-malade, c’est à dire une religieuse, et le pauvre contraint de subir dans les hôpitaux des soins mercenaires, insuffisants, pour Tunique satisfaction de quelques politiciens qui n’ont pas même eu le courage de venir discuter loyalement en public entre républicains et libre penseurs leurs obscurs projets.
Vous pouvez, monsieur le préfet, vous appuyant sur l’autorité motivée des médecins et chirurgiens exprimée au grand jour, vous opposer à l’exécution d’un pareille mesure. Une enquête a été faite, il y a quelques mois, et le gouvernement sait aussi bien que nous que les vrais noms de la laïcisation des
hôpitaux sont : la désorganisation et le désordre.
Veuillez agréer, etc.